Energy Magazine Category : États-Unis

  • La nouvelle réalité énergétique : la compétitivité avant tout

    La nouvelle réalité énergétique : la compétitivité avant tout

    Article d’opinion : Réflexions sur la conférence CERAWeek

    Lors de la conférence CERAWeek de 2026, le message était clair : les pays qui peuvent compter sur une énergie fiable et abordable acheminée au moyen d’un réseau d’approvisionnement résilient, comme c’est le cas pour le gaz naturel, joueront un rôle de premier plan sur leur territoire et soutiendront leurs alliés à l’étranger.

    Par Susanna Zagar, présidente et cheffe de la direction, Association canadienne du gaz

    La conférence CERAWeek n’est pas très connue en dehors du secteur de l’énergie, mais elle mériterait de l’être. Ce rendez-vous mondial de premier plan se tient à Houston et en est à sa 44e édition. Il rassemble plus de 10 000 participants, dont des responsables gouvernementaux et des représentants du secteur dans 89 pays, en vue de discuter des changements en cours et de l’avenir.

    Au fil des discussions de cette semaine, un point revenait sans cesse. L’énergie n’est plus abordée uniquement comme une question environnementale ou économique. Elle est désormais considérée comme un enjeu de sécurité et de compétitivité, et la conclusion est sans équivoque : les pays les mieux placés pour attirer les investissements, soutenir la croissance industrielle et renforcer la résilience seront ceux qui seront en mesure de fournir l’énergie dont les citoyens et les entreprises ont besoin.

    Or, cela vaut tout autant pour le Canada que pour n’importe quel autre pays. La capacité de notre pays à tenir ses engagements envers ses alliés dépend avant tout de sa capacité à le faire sur le plan national. Nous aurions tout intérêt à élaborer une stratégie claire en matière de gaz naturel – une stratégie qui soit régulièrement communiquée et qui puisse profiter tant aux gouvernements qu’à l’industrie dans leurs efforts pour attirer des capitaux au Canada.

    Il est également clair que le débat a dépassé « tout ce qui précède » pour aborder une question plus urgente : nous aurons besoin de PLUS de ce qui précède. La demande n’attend pas. Toutes les perspectives crédibles soulignent la nécessité d’accroître l’offre, les infrastructures et les capacités à tous les niveaux du réseau, en commençant par ce que nous pouvons mettre en œuvre ici, chez nous.

    « La demande n’attend pas. Toutes les perspectives crédibles soulignent la nécessité d’accroître l’offre, les infrastructures et les capacités à tous les niveaux du réseau, en commençant par ce que nous pouvons mettre en œuvre ici, chez nous. »

    Dans ce contexte, le gaz naturel n’est pas un élément secondaire. Il joue un rôle central pour relever les défis actuels.

    Partout au Canada, l’industrie de l’approvisionnement en gaz naturel répond à 40 % des besoins énergétiques du pays grâce à un réseau qui dessert plus de 7,6 millions d’abonnés. Il s’agit d’un réseau conçu pour les conditions canadiennes, qui offre évolutivité, capacités de stockage et fiabilité, et qui permet au Canada de répondre à la demande intérieure tout en contribuant à la sécurité énergétique mondiale.

    Ce que j’ai également entendu cette semaine, c’est que la pression sur l’ensemble du réseau énergétique nord-américain ne fait que s’accentuer, ce qui signifie que nous devons accélérer les procédures d’autorisation et la construction afin de répondre à la demande des consommateurs. Tout cela s’inscrit dans un débat bien plus concret que celui que nous menions il y a encore quelques années. La question n’est pas simplement de savoir à quel type d’avenir énergétique nous aspirons. Il s’agit de savoir si nos réseaux sont capables d’assurer l’abordabilité, la fiabilité et la résilience pendant que cet avenir se construit.

    Les dirigeants canadiens affirment aujourd’hui que l’avenir peut s’appuyer sur le gaz naturel. Comme l’ont souligné le ministre Hodgson et d’autres intervenants, « la sécurité énergétique est une question de sécurité nationale ». Son récent message est également un signal d’ambition bienvenu : [traduction] « Nous remporterons cette course. Et nous ne la remporterons qu’avec le gaz naturel. » Cette clarté est importante et mérite d’être saluée. Le gaz naturel est un formidable catalyseur : il alimente l’IA, soutient la délocalisation intérieure et fournit une énergie abordable et fiable. Toutefois, il ne peut pas être considéré simplement comme une opportunité d’exportation. Le Canada doit harmoniser sa politique intérieure pour profiter de ses ressources et de ses infrastructures existantes afin de favoriser l’abordabilité, la croissance économique et la résilience du réseau.

    Le Canada bénéficie d’une situation unique grâce à ses abondantes ressources en gaz naturel appuyées par un vaste réseau de distribution. Cet atout devrait faire partie intégrante de notre réflexion sur la résilience et la vigueur économique de notre pays.

    Le gaz naturel est au cœur de l’abordabilité. Il garantit la fiabilité. Il favorise la croissance économique. Son rôle doit être clairement reconnu et soutenu, non seulement dans les forums internationaux comme la conférence CERAWeek, mais aussi dans les politiques et les décisions que nous prenons chez nous au nom des Canadiens.

    « Le gaz naturel est au cœur de l’abordabilité. Il garantit la fiabilité. Il favorise la croissance économique. »

    Le Canada a l’occasion d’aborder cette période avec confiance et pragmatisme, et de présenter le gaz naturel comme le pilier du réseau énergétique qu’il constitue déjà aujourd’hui. Si l’on en juge par les discussions menées lors de la conférence CERAWeek, les décennies à venir exigeront davantage de chaque composante du système énergétique, et non l’inverse.

  • La forteresse Amérique du Nord?

    La forteresse Amérique du Nord?

    Dans un monde de plus en plus instable, la nécessité d’une alliance énergétique nord-américaine solide pour garantir la sécurité énergétique, stimuler la croissance économique, atteindre les objectifs climatiques et tenir à distance les adversaires géopolitiques peut sembler plus urgente que jamais. Bien que les avantages puissent être évidents pour le Canada, les États-Unis et le Mexique, qui partagent déjà un réseau énergétique hautement intégré, certains observateurs affirment que les relations commerciales trilatérales qui se détériorent et les priorités nationales conflictuelles ont assombri les perspectives d’un alignement stratégique en matière d’énergie. D’autres affirment que l’établissement de la Forteresse Amérique du Nord est non seulement nécessaire, mais également réalisable, et que le moment est venu d’agir.

    « … l’établissement de la Forteresse Amérique du Nord est non seulement nécessaire, mais également réalisable, et le moment est venu d’agir. » [Traduction]
    Par David H. Coburn

    Lors de leur dernière rencontre, les dirigeants nord-américains ont convenu de la nécessité de mettre en place des chaînes d’approvisionnement régionales afin de promouvoir la sécurité économique en protégeant les économies hautement intégrées du Canada, des États-Unis et du Mexique – une décision facile à prendre compte tenu des souvenirs encore frais des goulots d’étranglement liés à la pandémie et des tensions géopolitiques croissantes. Des questions plus épineuses liées aux médicaments, à l’immigration et à l’énergie, notamment les différentes approches face aux changements climatiques et les politiques mexicaines restreignant les investissements étrangers dans le secteur énergétique, n’ont pas été résolues.

    Néanmoins, le sommet des « Trois Amigos » qui s’est tenu en janvier 2023 à Mexico a suscité suffisamment d’optimisme pour que la rédaction du Los Angeles Times se montre éloquente dans sa défense de l’alliance qui, depuis sa création en 1994 sous le nom d’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), aujourd’hui appelé Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), a permis d’accroître la prospérité des trois partenaires.

    « Bien sûr, les États-Unis, le Mexique et le Canada ont leurs propres besoins et intérêts (et défis politiques), selon le Times. Toutefois, le partenariat nord-américain est trop important et présente trop d’occasions intéressantes pour être mis de côté par des relations glaciales. Le sommet devrait nous rappeler tout ce que les pays peuvent accomplir ensemble. » [Traduction]

    Près de trois ans plus tard, cet optimisme semble malheureusement en contradiction avec la réalité actuelle. Avec l’arrivée de nouveaux dirigeants à Ottawa, Washington et Mexico, la libéralisation du commerce et la coopération trilatérale ont été reléguées au second plan au profit de manœuvres bilatérales, à la suite de l’imposition par le président américain Donald Trump de droits de douane sur ses deux principaux partenaires commerciaux, y compris une menace de taxe de 10 % sur le pétrole et le gaz naturel canadiens, qui bénéficiaient jusqu’alors d’un statut de franchise douanière dans le cadre de l’ALENA et de l’ACEUM.

    Les tensions commerciales croissantes, combinées à la montée du nationalisme énergétique au Mexique et aux programmes nationaux conflictuels de chaque pays, ont jeté une ombre sur la vision longtemps recherchée d’une « Forteresse Amérique du Nord » qui promettait d’assurer l’indépendance énergétique et la prospérité économique du continent, d’atténuer les menaces provenant d’acteurs étrangers hostiles et d’aider chaque partenaire à respecter ses obligations en matière de climat.

    Un observateur, dans un article publié en février 2025 dans The Elgar Companion to North American Trade and Integration, qualifie le potentiel d’une alliance énergétique aussi solide d’« image dans le rétroviseur », La solide coopération trilatérale du début des années 2000, qui a inspiré le surnom de « Trois Amigos », est désormais une relique du passé, remplacée par « quelque chose qui ressemble davantage à trois connaissances bilatérales dans les années 2020 ». [Traduction]

    En effet, depuis la première salve tarifaire lancée par Trump peu après son retour au pouvoir en janvier dernier, le Canada s’est activement engagé dans la recherche de partenariats énergétiques distincts avec le Mexique qui pourraient profiter aux deux pays. Parallèlement, des questions subsistent quant à l’avenir de l’ACEUM, approuvé en 2020, les États-Unis refusant de s’engager à renouveler le pacte tripartite, qui doit faire l’objet d’une rétrospective obligatoire l’été prochain.

    D’autres, dont Damjan Krnjević Mišković, expert international en politique énergétique, offrent une vision plus optimiste des perspectives de création d’une Forteresse Amérique du Nord pour la sécurité énergétique. Tout en reconnaissant les défis politiques actuels, le partenariat pour atteindre la sécurité énergétique est clairement l’une de ces opportunités trop précieuses pour être compromises par des « relations glaciales », comme le souligne le Times. Il s’agit d’un objectif non seulement nécessaire, mais également à la portée du continent, compte tenu de ses vastes ressources en pétrole, en gaz, en minéraux essentiels, en technologie et en capitaux d’investissement, ainsi que de son réseau transfrontalier d’infrastructures énergétiques déjà profondément interconnecté.

    Krnjević, ancien haut fonctionnaire canadien des Nations Unies qui a grandi à Montréal et qui est aujourd’hui professeur de pratique en géopolitique contemporaine à l’université ADA de Bakou, en Azerbaïdjan, définit la sécurité énergétique comme une condition fondamentale du développement et « un préalable indispensable à pratiquement tout ce que les citoyens et les gouvernements souhaitent accomplir » [traduction], qu’il s’agisse de bâtir des économies solides au niveau national ou de partager leurs ressources abondantes de manière à aider leurs alliés et partenaires commerciaux à atteindre leur propre sécurité énergétique et à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre en remplaçant les sources d’énergie plus polluantes.

    « Aucun pays au monde, quel que soit son stade de développement, ne peut se développer ou poursuivre son développement sans un réseau énergétique fiable, résilient, abordable et abondant… » [Traduction]
    « Aucun pays au monde, quel que soit son stade de développement, ne peut se développer ou poursuivre son développement sans un réseau énergétique fiable, résilient, abordable et abondant », a déclaré M. Krnjević. « Il est impossible d’atteindre une prospérité durable sans garantir, autant que possible, la sécurité énergétique. Il serait géopolitiquement irresponsable de ne pas faire tout ce qui est en notre pouvoir – nous, les Nord-Américains, c’est-à-dire les Canadiens et nos voisins américains et mexicains, ensemble – pour acquérir et maintenir l’autosuffisance, l’autonomie et la sécurité énergétiques… en d’autres termes, la souveraineté et l’indépendance énergétiques. Je ne vois tout simplement pas comment nous pouvons atteindre cet objectif stratégique en discriminant l’utilisation du gaz naturel, du pétrole et d’autres sources d’énergie locales. Nos abondantes ressources en hydrocarbures sont des atouts stratégiques nationaux, et non des passifs. Nos décideurs politiques doivent encourager la poursuite du développement des infrastructures de transport et de stockage pertinentes, y compris les pipelines, afin d’alimenter nos foyers, nos entreprises, nos usines, nos centres de données et nos ports d’exportation à l’étranger en sources d’énergie plus abordables, plus efficaces et plus sûres. » [Traduction]

    Alors que la collaboration en matière d’énergie est au point mort – les trois ministres de l’Énergie de l’Amérique du Nord ne se sont pas réunis depuis 2017 – et que les politiques commerciales de M. Trump remettent en question l’avenir de l’ACEUM, les partisans du libre-échange à travers le continent se joignent à l’appel en faveur d’un regain d’efforts pour travailler ensemble. Le Conseil canadien des affaires et ses homologues, la Chambre de commerce des États-Unis et le Consejo Coordinador Empresarial du Mexique, ont publié en mai un document intitulé « North American Energy Security: A Proposal for Greater Cooperation » (sécurité énergétique en Amérique du Nord : une proposition pour une plus grande coopération), appelant le Canada, les États-Unis et le Mexique à poursuivre le développement d’une « alliance énergétique nord-américaine » axée sur la maximisation de la sécurité énergétique commune et des intérêts économiques et géopolitiques.

    « L’Amérique du Nord occupe une position unique pour tirer parti de ses ressources naturelles et de ses marchés énergétiques profondément intégrés afin de renforcer la sécurité énergétique et l’économie dans les années à venir, a déclaré le groupe dans sa proposition. Une collaboration transfrontalière renforcée et officialisée sous l’égide d’une alliance énergétique nord-américaine fournirait un cadre durable pour consolider le rôle du continent en tant que puissance énergétique mondiale. » [Traduction]

    L’intégration énergétique est profondément ancrée

    La nature interconnectée des marchés et des infrastructures énergétiques nord-américains – avec des réseaux tentaculaires d’oléoducs, de gazoducs et de réseaux électriques qui traversent les frontières du Canada, des États-Unis et du Mexique – fait en soi de la sécurité énergétique une question qu’il vaut mieux traiter sur une base trilatérale plutôt que comme une préoccupation purement nationale ou bilatérale, malgré les obstacles posés par les menaces tarifaires actuelles et d’autres barrières non tarifaires qui affectent le commerce de l’énergie entre les trois partenaires de l’ACEUM.

    « La sécurité énergétique nord-américaine est-elle nécessaire? Oui. Et la raison est assez simple : nos réseaux énergétiques sont hautement intégrés. Ainsi, même si un acteur ou un État hostile s’efforce de compromettre la sécurité énergétique américaine, de telles actions auront inévitablement des effets néfastes sur le Canada et, dans une moindre mesure, sur le Mexique, a déclaré M. Krnjević. Cela signifie donc qu’il est nécessaire que les trois pays nord-américains unissent leurs forces pour réagir. Le continent occupe une position unique, car il est pratiquement isolé géographiquement et dispose de ressources phénoménales, ce qui lui permet de s’assurer que les acteurs hostiles ne parviennent pas à leurs fins. » [Traduction]

    L’Amérique du Nord produit actuellement 30 % du pétrole et du gaz mondiaux, les États-Unis occupant la première place dans ces deux domaines et étant également le premier exportateur de pétrole et de gaz. Au cours des deux dernières années, ils sont devenus le premier exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL). Le Canada est le quatrième producteur mondial de pétrole et le cinquième producteur mondial de gaz naturel. Le Mexique se classait onzième pour la production de pétrole et vingtième pour la production de gaz naturel en 2024.

    Tout aussi important est le degré élevé d’interdépendance énergétique qui lie le destin des trois pays, en particulier celui du Canada et des États-Unis. Le Canada est le deuxième plus grand partenaire commercial des États-Unis, avec des échanges bilatéraux s’élevant à 917 milliards de dollars en 2024, dont 150 milliards dans le secteur de l’énergie, qui a plus que doublé depuis 2010, où il représentait près de 100 milliards de dollars. Le Canada représente 60 % des importations pétrolières des États-Unis, exportant du pétrole brut lourd vers les raffineries américaines, principalement dans le Midwest.

    Le flux bidirectionnel de gaz naturel entre les États-Unis et le Canada, rendu possible par un vaste réseau de pipelines qui relie plus de huit provinces canadiennes et dix États américains, passant par 27 postes frontaliers, illustre l’ampleur de l’intégration des systèmes énergétiques en Amérique du Nord. Le gaz canadien est acheminé vers les États-Unis, avec 73 milliards de mètres cubes destinés à des marchés clés tels que la côte Ouest, le Midwest et le Nord-Est en 2023. Parallèlement, le Canada reçoit du gaz américain, l’Est du pays dépendant de livraisons de 25 milliards de mètres cubes de gaz naturel américain importé du Midwest et du Nord-Est.

    « Le flux bidirectionnel de gaz naturel entre les États-Unis et le Canada, rendu possible par un vaste réseau de pipelines qui relie plus de huit provinces canadiennes et dix États américains, passant par 27 postes frontaliers… » [Traduction]
    Au total, 13 États américains dépendent du gaz naturel importé du Canada pour au moins 30 % de leur approvisionnement en gaz naturel, selon une analyse d’impact tarifaire réalisée par l’Association canadienne du gaz (ACG) en janvier 2025. En moyenne, près de 60 % du gaz entrant dans ces États provient du Canada, ce pourcentage variant de 30 % dans des États comme la Californie et l’Iowa à 100 % dans des États comme le Montana et le Vermont.

    Presque tous ces États utilisent le gaz pour au moins un quart de leur consommation finale totale d’énergie, en plus de l’utiliser pour produire de l’électricité. De plus, le Canada est également le premier exportateur d’électricité vers les États-Unis, fournissant plus de 90 % des importations d’électricité américaines via 35 lignes de transport en 2023, près des deux tiers de la production totale provenant d’énergie hydroélectrique propre.

    Le vaste réseau de pipelines a également ouvert de nouveaux marchés aux producteurs de gaz naturel canadiens, qui fournissent désormais du gaz à de grands exportateurs américains de GNL tels que Cheniere Energy, permettant ainsi au gaz naturel canadien d’atteindre les marchés étrangers avant même que l’installation d’exportation de GNL Canada à Kitimat, en Colombie-Britannique, n’expédie sa première cargaison de GNL à la mi-2025. Ces accords ont aidé l’Amérique du Nord à soutenir ses alliés européens et asiatiques dans leurs efforts pour renforcer leur propre sécurité énergétique en éliminant leur dépendance au gaz naturel russe à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.

    Bien que de moindre envergure, le commerce énergétique entre les États-Unis et le Mexique – 66,5 milliards de dollars en 2023, soit moins de 10 % des 946 milliards de dollars que représente le commerce bilatéral total entre les deux pays – repose lui aussi sur un réseau énergétique fortement interconnecté. Le Mexique importe plus de 70 % du gaz naturel qu’il consomme des États-Unis via des pipelines transfrontaliers, ainsi qu’une gamme de produits pétroliers tels que l’essence, le diesel et le propane. En matière d’exportation d’énergie, le Mexique exporte vers le nord, aux États-Unis, le pétrole brut produit par son entreprise pétrolière nationale, PEMEX, ainsi qu’une petite quantité d’électricité via des lignes de transport transfrontalières.

    Bien que les échanges énergétiques entre le Canada et le Mexique aient été négligeables jusqu’à présent, les perspectives de croissance du commerce bilatéral dans ce domaine et d’intégration accrue des marchés énergétiques nord-américains sont de plus en plus prometteuses. Le « Plan d’action Canada-Mexique » annoncé en septembre par le premier ministre Mark Carney et la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum vise à développer des opportunités de collaboration sur des projets énergétiques susceptibles de répondre à la demande croissante du Mexique en gaz naturel pour satisfaire ses besoins en matière de production d’électricité et d’industrie.

    Par exemple, la nouvelle installation de liquéfaction et de regazéification de GNL du Mexique sur la côte Ouest, Energia Costa Azul, située sur la côte Pacifique en Basse-Californie, pourrait ouvrir un nouveau marché pour la capacité d’exportation de GNL en pleine expansion du Canada, tout en aidant le Mexique à développer et à décarboniser son économie et, parallèlement, à réduire sa dépendance aux approvisionnements en gaz naturel des États-Unis.

    Une chose est claire : la demande en énergie nord-américaine est en forte hausse, tant au niveau national qu’international. Avec la demande en gaz naturel pour la production d’électricité et l’utilisation directe qui atteint des sommets partout en Amérique du Nord, stimulée par la croissance économique, l’électrification généralisée, le retrait progressif des centrales à charbon et l’explosion des besoins en énergie des centres de données d’intelligence artificielle, les Trois Amigos et leurs alliés auront besoin de plus d’énergie, et non moins, pour assurer leur sécurité énergétique, rendant ainsi une collaboration étroite plus importante que jamais.

    Clé de l’approche « globale »

    Pour faire progresser la vision de Forteresse Amérique du Nord, les promoteurs reconnaissent que la sécurité énergétique doit commencer chez soi, avec des réformes politiques indispensables au niveau national dans les trois pays afin de supprimer les obstacles au développement des ressources naturelles et à l’investissement dans les infrastructures pour les énergies renouvelables et les énergies non renouvelables à faible teneur en carbone, si le continent veut assurer sa primauté en tant que puissance énergétique mondiale.

    La proposition du Conseil canadien des affaires désignée sous le nom d’« Alliance énergétique nord-américaine », par exemple, préconise une approche globale qui « oriente les investissements privés et publics ainsi que les mesures de soutien vers des projets qui renforcent la sécurité énergétique à court et à long terme et la résilience des chaînes d’approvisionnement » [traduction], notamment en augmentant les exportations de GNL et d’autres énergies sur les côtes Est et Ouest.

    La proposition prévoit également la création d’un groupe de travail nord-américain règlementaire « chargé d’élaborer une vision commune pour identifier, approuver et autoriser rapidement les infrastructures et les installations qui renforcent la résilience combinée des chaînes d’approvisionnement en énergie et en minéraux essentiels de l’Amérique du Nord, en mettant particulièrement l’accent sur les infrastructures transfrontalières et les chaînes d’approvisionnement intégrées » [traduction].

    Dans un livre blanc intitulé North America’s Moment : The case for North American energy cooperation (le moment de l’Amérique du Nord : les arguments en faveur de la coopération énergétique nord-américaine), le groupe de réflexion américain Atlantic Council reconnaît également le rôle clé du gaz naturel dans la transition énergétique et estime qu’il est essentiel de rationaliser les processus d’octroi de licences et de permis dans les trois pays afin de maximiser la sécurité énergétique, de respecter les obligations climatiques et de stimuler la croissance économique.

    Ces deux recommandations constituent une critique directe des politiques qui ont freiné le développement des ressources énergétiques du Canada au cours de la dernière décennie – notamment la Loi sur l’évaluation d’impact, la taxe industrielle sur le carbone, l’interdiction relative aux pétroliers et le plafond d’émissions – et qui ont permis aux États-Unis de « devancer le Canada » dans la course à l’exportation de GNL, comme l’a déclaré Greg Ebel, président-directeur général d’Enbridge, dans un discours prononcé en octobre devant l’Empire Club of Canada à Toronto.

    M. Krnjević, qui a contribué au lancement des négociations ayant abouti à l’adoption du Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations Unies et qui a été étroitement associé aux récentes conférences des Nations Unies sur les changements climatiques, notamment la COP29 qui s’est tenue l’année dernière à Bakou, fait également partie de ceux qui ont plaidé en faveur d’une approche canadienne « globale » en matière d’énergie : tous les combustibles, toutes les technologies, tous les réseaux, et plus encore, comme il l’a écrit dans un article publié en août 2025 pour le MacDonald-Laurier Institute. « Pour transformer notre pays en une superpuissance énergétique, il faut considérer les hydrocarbures comme faisant partie intégrante d’une stratégie énergétique globale, uniforme et non discriminatoire », a-t-il ajouté. M. Krnjević fait également partie de ceux qui rejettent sans équivoque l’idéologie « climato-maximaliste » qui sous-tend ces politiques, selon laquelle le développement des ressources en hydrocarbures du Canada et la réduction des émissions de carbone liées aux changements climatiques sont des objectifs incompatibles.

    En réalité, c’est tout le contraire. L’expansion rapide des infrastructures gazières au Mexique a permis de remplacer les combustibles plus polluants utilisés dans la production d’électricité, les transports et les applications industrielles. Au-delà de l’Amérique du Nord, les pays en développement du monde entier ont besoin de sources d’énergie plus propres, notamment le gaz naturel, pour remplacer les combustibles inefficaces et nocifs pour la santé tels que le feu nu, le charbon, le fumier, le bois et les résidus de cultures, et pour stimuler leur développement économique.

    M. Krnjević souligne que les obligations climatiques du Canada comprennent la contribution à un fonds de 300 milliards de dollars américains convenu lors de la COP29 pour aider les pays en développement à mettre en œuvre des mesures d’atténuation ou d’adaptation aux changements climatiques. Il ajoute que les abondantes réserves de gaz naturel du Canada et sa capacité croissante d’exportation de GNL doivent faire partie de la solution pour réduire les émissions, non seulement dans ces pays, mais aussi dans les pays développés fortement émetteurs à l’échelle mondiale.

    « Le Mexique est le pays d’Amérique du Nord où il est le plus facile de réduire les émissions, et le développement rapide des ressources énergétiques de ce pays est le meilleur moyen d’y parvenir rapidement, a déclaré M. Krnjević. Au-delà de cela, la réalité est que la plus grande opportunité de réduction des émissions réside dans le transfert de l’énergie nord-américaine vers les marchés mondiaux, ainsi que de la technologie nord-américaine vers les marchés mondiaux, et ces deux éléments nécessitent un développement économique plus rapide en Amérique du Nord. » [Traduction]

    Bien que l’Amérique du Nord représente 30 % de la demande énergétique mondiale, le continent contribue moins de la moitié de cette quantité, soit environ 14,3 %, aux émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), selon M. Krnjević, qui qualifie les performances environnementales de l’Amérique du Nord de « l’un de ses plus grands atouts » et « d’un élément qui devrait être considéré comme faisant partie de l’ensemble des actifs de la Forteresse Amérique du Nord » [traduction].

    Les États-Unis et le Mexique se sont également associés pour faire pencher la balance, en sélectionnant les gagnants et les perdants dans le domaine de l’énergie et en adoptant des politiques qui ont entravé la coopération trilatérale et bloqué l’intégration des réseaux énergétiques. Aux États-Unis, l’annulation du projet de pipeline Keystone XL et la suspension des autorisations de GNL viennent immédiatement à l’esprit. Le Mexique continue de favoriser les sociétés d’État d’électricité et de pétrole au moyen de politiques qui limitent les investissements étrangers indispensables dans les infrastructures énergétiques, y compris les projets d’énergie renouvelable, en refusant les autorisations gouvernementales nécessaires pour se connecter au réseau national.

    « Les décideurs politiques devraient cesser de privilégier une utilisation finale plutôt qu’une autre et encourager tous les réseaux d’approvisionnement en carburant – électriques, gazeux, liquides, voire solides – afin de favoriser la concurrence et d’accroître l’accès à l’énergie pour tous, a déclaré M. Krnjević. L’énergie est le moteur de la prospérité. En imposant aux Canadiens le type d’énergie à utiliser, les décideurs politiques entravent notre prospérité sans pour autant contribuer de manière significative à la réduction des émissions mondiales. Pourquoi diable ferions-nous une chose pareille? » [Traduction]

    La sécurité énergétique ou « les États-Unis d’abord »?

    Au-delà du chaos transfrontalier provoqué par les mesures tarifaires de M. Trump, sa promesse électorale d’assurer la domination énergétique des États-Unis et son indifférence affichée à l’égard de l’avenir du partenariat commercial trilatéral vieux de 31 ans, les observateurs estiment que l’objectif plus vaste de sécurité énergétique nord-américaine n’est pas incompatible avec le programme « America First » (les États-Unis d’abord) du président.

    En dernière analyse, Forteresse Amérique du Nord – rendue possible par une stratégie « tout ce qui fonctionne » pour développer les ressources pétrolières et gazières, les énergies renouvelables, le nucléaire et les combustibles à faible ou zéro émission de carbone, y compris l’hydrogène bleu et vert, et à faciliter la libre circulation de l’énergie et des investissements à travers les frontières – reste une vision réalisable, car une alliance énergétique solide sert les intérêts nationaux des Trois Amigos.

    La mise en place d’une chaîne d’approvisionnement continentale en énergie propre, par exemple, tirant parti de l’abondance des minéraux essentiels au Canada et du potentiel du Mexique en tant que centre de transformation, réduirait la vulnérabilité des États-Unis face aux récentes menaces de contrôle des exportations de la Chine et atténuerait les risques similaires pour le Canada et le Mexique. Elle servirait également l’objectif fixé lors du sommet de 2023, qui consiste à créer des chaînes d’approvisionnement régionales afin de renforcer la sécurité économique.

    Comme l’a rappelé M. Ebel, d’Enbridge, à l’auditoire de l’Empire Club : « La sécurité énergétique est désormais synonyme de sécurité nationale et de sécurité économique. » [Traduction]

    « La sécurité énergétique est désormais synonyme de sécurité nationale et de sécurité économique. » [Traduction] – Greg Ebel
    Derrière ses déclarations fracassantes sur la suppression de l’ACEUM et l’imposition de droits de douane sur le pétrole et le gaz canadiens, M. Trump a une « compréhension assez solide de l’énergie » et du rôle clé que le partenariat trilatéral – ainsi que la libéralisation des échanges, l’accès aux marchés et l’intégration favorisés par les accords commerciaux successifs – a joué dans la réussite énergétique des États-Unis, selon M. Krnjević.

    « Le président américain est un négociateur. Il souhaite obtenir de meilleurs accords, a indiqué M. Krnjević. Il négociera avec fermeté, car c’est un bon négociateur, et il est bien informé par Chris Wright, son excellent secrétaire à l’Énergie, et d’autres personnes sur l’importance de la proposition de valeur en matière d’énergie à l’échelle du continent, et sur la manière dont la collaboration avec le Canada et le Mexique dans ce domaine profite aux États-Unis. » [Traduction]

    En s’appuyant sur les principes fondamentaux de la diplomatie – trouver un terrain d’entente, résoudre les conflits d’intérêts et promouvoir la coopération –, les Trois Amigos peuvent-ils faire progresser la sécurité énergétique nord-américaine face au chauvinisme américain, au maximalisme climatique au Canada et au nationalisme énergétique au Mexique? M. Krnjević est optimiste.

    « La domination énergétique des États-Unis est mieux servie par deux voisins amis et intégrés, tous deux riches en énergie, de sorte que nous parlons en réalité de la domination énergétique nord-américaine, a déclaré M. Krnjević. Il suffit de regarder les flux énergétiques entre le Canada et les États-Unis. Il s’agit d’une relation incroyablement efficace qui pourrait le devenir encore davantage. Le Mexique promet la même chose, car ce pays continue de développer encore plus ses infrastructures. La véritable question est de savoir ce que nous pouvons faire pour accroître ce niveau déjà élevé d’intégration et de coopération. » [Traduction]

  • Une période de prospérité pour le gaz américain?

    Une période de prospérité pour le gaz américain?

    Quelques années à peine se sont écoulées depuis que les analystes prédisaient que la demande de gaz naturel américain atteindrait bientôt un pic et entamerait une longue dégringolade, alors que les objectifs climatiques ont stimulé la transition énergétique des États-Unis. Mais la hausse de la demande intérieure d’énergie électrique – en grande partie attribuable à la ruée vers la construction de nouveaux centres de données induite par l’intelligence artificielle (IA) – et une montée en puissance significative des capacités d’exportation de GNL pourraient faire de 2025 une nouvelle année record pour le gaz naturel, sauf perturbations découlant des politiques commerciales désastreuses.

    Il n’y a pas si longtemps, les perspectives de l’industrie du gaz naturel aux États-Unis semblaient si sombres qu’il était de bon ton pour les entreprises de distribution locales de se distancier de leurs origines dans les combustibles fossiles et de commencer à se rebaptiser « entreprises d’infrastructure énergétique ». 

    Même si les interdictions de nouveaux raccordements et les politiques d’électrification forcée qui se multipliaient à l’époque empêchaient les entreprises de proposer le combustible géologique à leurs clients, elles savaient que leurs réseaux de transport et de distribution seraient essentiels pour fournir les molécules énergétiques de la nouvelle ère, notamment le gaz naturel renouvelable et l’hydrogène. 

    Ne quittez pas la ligne : Et voilà que le gaz naturel semble à nouveau être la coqueluche des États-Unis, si ce n’est pour les défenseurs du climat, du moins pour les entreprises et des industries qui comptent sur les abondantes réserves nationales de ce combustible pour répondre aux nouveaux besoins en énergie et continuer à alimenter l’économie américaine. 

    Au sortir d’une année record pour la consommation de gaz naturel aux États-Unis en 2024, la trajectoire ascendante s’est poursuivie en 2025, la United States Energy Information Agency (agence américaine d’information sur l’énergie) prévoyant à la mi-mars que la consommation atteindra un nouveau record de 92,0 milliards de pieds cubes par jour (Gpi³/j) cette année. 

    « Après une année record pour la consommation de gaz naturel aux États-Unis en 2024, la trajectoire ascendante s’est poursuivie en 2025… » 

    Bien entendu, cette estimation ne prévoyait probablement pas l’impact des manigances commerciales actuelles du président Donald Trump, qui, à la mi-avril, ont ébranlé les marchés financiers, poussé des alliés fidèles comme le Canada à se demander ce qu’il était advenu de leur vieil ami fiable et fait grimper en flèche les risques de récession. 

    À long terme, cependant, deux tendances puissantes soutiennent les fortunes croissantes de l’industrie du gaz naturel aux États-Unis : l’appétit des Américains pour l’énergie électrique augmente soudainement pour la première fois depuis des décennies, et la demande mondiale de GNL américain continue d’augmenter au moment même où les nouvelles infrastructures nécessaires pour desservir le marché de l’exportation sont mises en service. 

    Ces tendances, associées à l’un des hivers les plus froids depuis plusieurs années, ont poussé les prix de référence du gaz naturel à dépasser la barre des 4 $/MMBTU à la fin du mois de mars, comparativement à moins de 2 $ l’année dernière, ce qui a incité les analystes à prévoir une augmentation des investissements dans la production de gaz et dans les infrastructures pour desservir les marchés nationaux et d’exportation. 

    « La croissance structurelle se produit ici »

    En janvier, le secteur américain de l’électricité a établi un nouveau record mensuel de demande de gaz pour un mois d’hiver et, le même mois, la demande industrielle a atteint le niveau le plus élevé jamais enregistré depuis 2005, selon Richard Meyer, vice-président des marchés de l’énergie, de l’analyse et des normes à l’American Gas Association (AGA).   

    « Le chiffre de l’industrie est très intéressant parce qu’il ne dépend pas seulement de la demande de chauffage, mais aussi par des facteurs économiques et structurels, a déclaré M. Meyer. Le fait qu’il atteigne un niveau record alors que le mois de janvier a été très froid, mais pas le plus froid jamais enregistré, est très révélateur d’une certaine croissance structurelle. » [Traduction] 

    M. Meyer ne doute pas qu’une partie de cette croissance structurelle est attribuable aux investissements dans l’industrie manufacturière américaine, stimulés par les mesures d’incitation de la CHIPS and Science Act (loi sur les puces et l’innovation scientifique) et de l’Inflation Reduction Act (loi sur la réduction de l’inflation) de l’ère Biden, qui ont stimulé la demande de gaz naturel à la fois pour la production d’électricité et pour son utilisation directe dans la production. 

    De plus, l’augmentation des délocalisations à proximité (raccourcissement des chaînes d’approvisionnement mondiales en déplaçant les opérations de fabrication et d’assemblage de sites éloignés vers le Mexique afin de réduire l’exposition aux risques géopolitiques et aux vulnérabilités mises en évidence pendant la pandémie) stimule également la demande de gaz naturel américain au Mexique. 

    Les exportations de gaz naturel des États-Unis vers le Mexique devraient augmenter de près de 40 %, passant de 6,5 Gpi³/j à 9 Gpi³/j d’ici à la fin de la décennie, les délocalisations à proximité représentant environ un tiers de cette croissance, selon Patrick Rau, vice-président principal de la recherche et de l’analyse pour la publication de l’industrie Natural Gas Intelligence (NGI). 

    Emboiter le pas à l’IA et au boom des centres de données

    Cependant, ce qui va changer la donne pour le gaz naturel américain dans un avenir proche, c’est l’appétit vorace des Américains pour l’énergie électrique, dont la consommation devrait augmenter de 50 % d’ici 2050 après être restée pratiquement stable pendant la majeure partie des 25 dernières années. Les experts estiment que la capacité de production des États-Unis devra doubler d’ici 2035 pour répondre aux besoins.

    En plus des changements structurels de la demande susmentionnés, une partie de cette croissance résultera des politiques d’électrification – une stratégie clé préconisée par les défenseurs du climat pour remplacer l’utilisation directe du gaz naturel dans diverses applications par de l’électricité produite à partir de sources d’énergie moins émettrices, telles que les énergies renouvelables. 

    Toutefois, le principal moteur de la croissance à court terme – l’intelligence artificielle ou l’IA – n’était même pas sur le radar il y a seulement quelques années. Aujourd’hui, la demande d’électricité des géants américains de la technologie explose, car ils construisent de nouveaux centres de données pour gérer les énormes besoins de calcul des programmes basés sur l’IA. 

    Certains experts prévoient un taux de croissance annuel de 15 % de la consommation d’électricité par les centres de données jusqu’en 2030 et estiment que ces centres pourraient représenter 5 % de la consommation mondiale totale d’électricité d’ici la fin de la décennie. 

    Un rapport de la Bank of America Securities publié début mars prévoit que les dépenses d’investissement pour les centres de données à très grande échelle – centres de données massifs construits par les géants de la technologie comme Microsoft, Google Alphabet, Nvidia, Meta, Amazon et Tesla pour former des modèles d’intelligence artificielle – augmenteront de 34 % d’une année à l’autre pour atteindre 257 milliards de dollars en 2025.  

    On ne s’entend pas vraiment sur la mesure dans laquelle les besoins en électricité des centres de données pourraient ajouter à la demande de gaz naturel, les estimations allant de 1 Gpi³/j d’ici la fin de 2030 à 18 Gpi³/j. M. Rau de NGI estime que la médiane se situe autour de 4,5 Gpi3/j, ajoutant qu’elle pourrait être « un peu optimiste selon la façon dont un certain nombre de facteurs différents se manifestent » [traduction]. 

    Les inconnues comprennent la rapidité avec laquelle les développeurs d’IA peuvent suivre l’exemple de DeepSeek en trouvant des moyens moins énergivores de former les modèles utilisés par les outils d’IA générative tels que ChatGPT et à quel point les problèmes de chaîne d’approvisionnement, tels que les pénuries de turbines, limiteront la capacité de l’industrie du gaz naturel à saisir les opportunités. 

    En voici un exemple : NRG Energy, GE Vernova et Kiewit ont annoncé fin février leur intention de construire des centrales à cycle combiné au gaz naturel qui auront une capacité totale de plus de 5 gigawatts afin d’alimenter les centres de données, avec une mise en service progressive de la nouvelle capacité entre 2029 et 2032. « Cela vous indique qu’il y a un long délai de mise en œuvre » [traduction] a déclaré M. Rau. 

    Pourtant, le gaz naturel est dans une position enviable pour profiter du développement des centres de données. Tous les grands acteurs de la technologie ont des objectifs de carboneutralité et préféreraient ne pas utiliser de gaz naturel pour faire fonctionner leurs centres de données, mais ni les énergies renouvelables intermittentes, ni le nucléaire, dont les délais d’attente sont encore plus longs, ne peuvent répondre à tous leurs besoins. 

    « Avec l’IA, l’idée est que ces nouveaux centres de données devront fonctionner 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et donc qu’ils devront être en mesure, en charge de base, de fonctionner tout le temps à pleine capacité, a déclaré M. Rau. Le gaz naturel semble vraiment cocher toutes les cases de ce que les gens veulent et de ce dont ils ont besoin. » [Traduction] 

    La capacité à répondre à ce type d’exigences particulières en matière d’alimentation – non seulement pour les centres de données mais aussi pour d’autres applications essentielles – est l’une des raisons pour lesquelles le gaz naturel utilisé dans la production d’électricité a augmenté de 3,3 % en 2024 et représente toujours 43 % du bouquet énergétique global pour la production d’électricité aux États-Unis, selon l’EIA. 

    Bien que l’impact futur reste flou, une chose est claire : l’adoption des technologies fondées sur l’IA croît à un rythme exponentiel. Selon OpenAI, ChatGPT est passé de zéro lors de son introduction en novembre 2022 à 400 millions d’utilisateurs actifs hebdomadaires en février. 

    Et il n’en est encore qu’à ses débuts. Les modèles émergents d’« intelligence artificielle agentique » promettent une véritable automatisation de toutes sortes de processus commerciaux et industriels, de la renégociation de contrats à la robotique intelligente capable de penser et de prendre des décisions de manière autonome. Même dans l’hypothèse de modèles plus économes en énergie, l’IA aura besoin de beaucoup de puissance. 

    « L’adoption des technologies fondées sur l’IA croît à un rythme exponentiel »

    Ouvrir le robinet de GNL

    Les perspectives d’une nouvelle année record pour le gaz naturel ont été renforcées par la mise en place rapide de l’infrastructure d’exportation de GNL aux États-Unis et, avec l’évolution du paysage politique à Washington, par une opinion franchement favorable au gaz naturel et à l’infrastructure gazière, ainsi que par la réduction des obstacles règlementaires susceptibles de retarder les projets. 

    Les nouvelles installations d’exportation de GNL qui devraient être mises en service cette année devraient accroître la demande de gaz d’alimentation d’environ 3 Gpi³/j, ce qui représenterait une augmentation de près de 25 % par rapport aux volumes de 2024, selon M. Rau de NGI. À la mi-mars, la demande de gaz d’alimentation s’élevait en moyenne à plus de 15 Gpi³/j, avec des flux approchant les 17 Gpi³/j le 21 mars. 

    Ces projets comprennent l’installation de GNL Plaquemines 2 de Venture Global, qui devrait commencer à expédier du GNL en septembre, neuf mois après avoir expédié sa première cargaison de Plaquemines 1. En mars, Venture Global a annoncé son intention d’augmenter la capacité de Plaquemines de 27 millions de tonnes par an (mtpa) à 45 mtpa. 

    Cheniere Energy devrait également démarrer la première phase de son installation d’expansion Corpus Christi Stage 3 au Texas cette année, et Exxon a signalé dans un rapport règlementaire plus tôt cette année que son projet Golden Pass GNL, une coentreprise avec Qatar Energy, reste sur la bonne voie pour expédier du gaz avant la fin de 2025. 

    Grâce à des clauses de destination flexibles qui leur permettent d’envoyer des cargaisons là où elles rapporteront le prix le plus élevé, les exportateurs américains sont bien placés pour tirer parti de la demande mondiale de GNL, a déclaré M. Rau, notant que la demande reste forte alors que l’Europe continue d’éviter le gaz russe et de reconstituer des stocks épuisés après un hiver rigoureux. 

    Signal d’alarme concernant les perspectives du nuage commercial

    La forte demande intérieure et à l’exportation et les faibles niveaux de gaz naturel en stock se conjuguent pour faire monter les prix, et la hausse des prix indique aux producteurs de gaz naturel qu’il est temps d’augmenter la production afin d’aligner l’offre et la demande. 

    L’EIA a révisé ses perspectives de prix pour 2025 à la mi-mars à une moyenne de 4,20 $/MMBTU pour l’année – en hausse de 11 % par rapport à février – et a estimé les prix au comptant du Henry Hub pour 2026 à une moyenne « près de 4,50 $/MMBTU », selon le rapport Short-Term Energy Outlook de l’agence publié le 11 mars. Ce chiffre est conforme à la courbe à terme 2026 Henry Hub de Natural Gas Intelligence de 4,45 $/MMBTU publiée le même jour. 

    Dès le mois de février, ces prix avaient déjà transformé les perspectives stables ou négatives concernant la production de gaz aux États-Unis en 2025 en attentes d’une augmentation significative. M. Rau de NGI a commencé à entendre parler en février des plans des producteurs d’ajouter des appareils de forage et des équipes de fracturation, et prévoit une croissance du gaz de plus de 3 % cette année et de près de 5 % en 2026. 

    « Il y a une énorme quantité de gaz qui se libère une fois que vous dépassez les 3,50 $ US et que vous atteignez les 5,00 $ US », a déclaré M. Meyer de l’AGA, en faisant référence à la fourchette des cours à terme du Henry Hub. « Je ne suis pas surpris que les exploitants réagissent. Maintenant, nous allons voir à quelle vitesse il arrive sur le marché et à quels volumes. » [Traduction] 

    Bien que tous les indicateurs pointent vers une nouvelle année record pour le gaz naturel, des perturbations résultant de conflits commerciaux entre les États-Unis et leurs partenaires pourraient faire dérailler les prévisions, même si, au moment où nous écrivons ces lignes, fin mars, il n’est pas encore certain que les échanges de menaces tarifaires se transforment en une véritable guerre commerciale. 

    M. Rau a minimisé l’impact à court terme sur le marché américain du gaz naturel des frictions commerciales avec les plus grands associés commerciaux des États-Unis. Le Canada ne comble que 7 % des besoins en gaz des États-Unis et le Mexique reçoit 70 % de son gaz naturel des États-Unis; il est donc peu probable que le gaz soit un pion dans une querelle commerciale avec le voisin du sud des États-Unis.  

    Sa plus grande préoccupation est une guerre commerciale prolongée qui déclenche une récession mondiale et réduit la demande de gaz naturel dans le pays et à l’étranger. À la mi-avril, les économistes estimaient à 47 % la probabilité d’une récession aux États-Unis cette année, soit environ le double des estimations de février, en grande partie à cause de l’érosion de la confiance des entreprises et des consommateurs résultant des politiques commerciales erratiques du président Trump. 

    L’industrie américaine du gaz naturel – comme sans doute son homologue canadienne – ne peut qu’espérer que des voix plus modérées l’emportent et que le monde puisse éviter une économie mondiale alourdie par des droits de douane et des contre-tarifs. Il n’y aura pas de gagnant dans ce scénario. 

  • Rehausser l’ambition

    Rehausser l’ambition

    Depuis le début des années 1980, le Low-Income Home Energy Assistance Program (programme d’aide à l’énergie pour les ménages à faible revenu) du gouvernement fédéral américain, connu sous son acronyme familier LIHEAP, s’est avéré être un filet de sécurité durable pour les Américains vulnérables qui se débattent avec leurs factures d’énergie. Toutefois, les défenseurs de ce programme craignent que les efforts déployés pour réduire la part du gaz naturel dans le bouquet énergétique du pays, dans le cadre d’une stratégie visant à atteindre les objectifs climatiques, ne compromettent la capacité du LIHEAP à lutter contre la pauvreté énergétique.

    À Washington, ville où la politique hyperpartisane est à l’ordre du jour, il y a au moins une chose sur laquelle les républicains et les démocrates sont d’accord depuis plus de 40 ans : le gouvernement fédéral a un rôle légitime à jouer pour aider les Américains vulnérables qui n’ont pas les moyens de payer leurs factures d’énergie.

    Depuis 1981, ce consensus a permis de soutenir le LIHEAP, qui a distribué l’année dernière plus de 4 milliards de dollars pour aider les familles à éviter les coupures de courant, à améliorer l’isolation de leur logement et à payer les réparations d’urgence ou le remplacement des fournaises et des systèmes d’air conditionné.

    L’impact du programme est significatif dans un pays où un Américain sur quatre déclare avoir été contraint de renoncer à des produits de première nécessité pour payer une facture d’énergie. Considérez ces données :

    Le programme d’aide au paiement des factures du LIHEAP a permis de rétablir l’électricité ou d’éviter la déconnexion pour plus de 2,7 millions de familles américaines au cours de l’année financière 2023.

    La même année, près de 61 000 foyers ont été modernisés grâce aux fonds du programme, ce qui a permis d’améliorer l’efficacité énergétique et de réduire la consommation d’énergie et les factures.

    En 2022, le programme a permis à 34 000 enfants et 48 000 personnes âgées de sortir de la pauvreté grâce à l’aide à l’énergie.

    Selon Katrina Metzler, directrice exécutive de la National Energy and Utility Affordability Coalition (coalition nationale pour l’abordabilité de l’énergie et des services publics – NEUAC), le principal groupe de défense du LIHEAP, même avec les niveaux de financement actuels, le LIHEAP ne peut servir qu’une famille sur six répondant aux critères d’admissibilité du programme en matière de revenus.

    Bien que le LIHEAP soit l’un des rares programmes fédéraux dont le financement a légèrement augmenté ces dernières années, l’expiration du financement d’urgence de l’ère pandémique a mis le programme dans le pétrin à un moment où la hausse des coûts de l’énergie, les phénomènes météorologiques extrêmes et l’inflation exacerbent l’insécurité énergétique.

    « Nous constatons une augmentation constante du nombre de demandes et une diminution globale du financement disponible en raison de la disparition de ces ressources d’urgence, a déclaré Mme Metzler. Les familles dont nous parlons doivent régulièrement faire des choix entre les médicaments ou la nourriture et payer leur facture de services publics. » [Traduction]

    Malgré cela, le LIHEAP place les États-Unis loin devant le Canada, qui est à la traîne des autres économies développées en matière d’assistance énergétique aux personnes à faible revenu, selon Abhilash Kantamneni, associé de recherche à Efficacité énergétique Canada, qui se penche sur l’efficacité énergétique en tant qu’élément clé pour résoudre le problème de l’abordabilité de l’énergie.

    « Le Canada a beaucoup à apprendre du LIHEAP, a déclaré M. Kantamneni. Le Canada est l’un des rares pays (développés) à ne pas avoir de définition officielle de la pauvreté énergétique, et il n’existe aucun programme d’aide à l’énergie au niveau national pour aider les ménages à faible revenu aux prises avec des factures d’énergie. » [Traduction]

    La souplesse, une caractéristique essentielle

    Selon les observateurs, la clé de l’efficacité du LIHEAP réside dans la souplesse du programme. Les fonds fédéraux sont alloués par le Congrès et distribués aux États, qui travaillent avec les entreprises de services publics locales et les organisations d’action communautaire pour trouver les meilleurs moyens d’apporter une aide énergétique aux personnes dans le besoin.

    De cette manière, les fonds fédéraux peuvent être combinés à diverses autres sources de financement – les États eux-mêmes, les programmes d’assistance énergétique gérés par les entreprises de services publics et financés par les dons de leurs propres fondations de bienfaisance et de leurs clients, ainsi que les fonds de combustibles à but non lucratif – afin d’amplifier l’impact du LIHEAP.

    Selon M. Kantamneni, « il s’agit d’un rôle très mûr que le gouvernement fédéral doit jouer pour être en mesure de rehausser l’ambition des programmes étatiques et locaux existants, puis de leur fournir la stabilité d’un financement à long terme afin qu’ils puissent les utiliser de façon intelligente pour débloquer les avantages pour les ménages » [traduction].

    Les fonds du LIHEAP peuvent être appliqués aux factures d’énergie des ménages, quelle que soit la source d’énergie, de sorte que certains États incluent l’énergie solaire parmi les sources d’énergie possibles pour améliorer l’efficacité énergétique. Les États peuvent également accroître l’impact de leurs fonds LIHEAP en les combinant avec des fonds provenant d’un programme fédéral distinct d’aide à l’intempérisation.

    Les États peuvent également faire preuve de souplesse dans l’utilisation des fonds du LIHEAP. De plus, plusieurs États utilisent le LIHEAP pour financer un programme de paiement en fonction du revenu qui permet d’assumer un pourcentage des factures de services publics d’un client pendant un an, tout en s’efforçant de réduire la consommation d’énergie grâce à des mesures d’amélioration de l’efficacité énergétique.

    Duke Energy, basée à Charlotte, en Caroline du Nord, propose un programme pour les clients admissibles au LIHEAP, qui offre un crédit forfaitaire sur la facture pendant 12 cycles de facturation tout en préqualifiant automatiquement les participants pour son programme d’intempérisation, a déclaré Kevin Alexander, directeur de la stratégie et de l’agence pour les clients vulnérables chez Duke Energy.

    « Nous essayons de trouver des moyens d’inscrire les clients à ces programmes pour répondre à l’aspect de l’efficacité et de l’abordabilité de l’énergie, mais aussi pour les aider aujourd’hui » [traduction], a déclaré M. Alexander, ajoutant que le service public a lancé une nouvelle initiative en Caroline du Nord pour améliorer sa capacité à mettre en relation davantage de clients avec les programmes d’aide à l’énergie.

    Des programmes similaires d’aide à la facturation et de crédit sur facture sont disponibles au Canada, tels que le Programme d’aide aux impayés d’énergie (AIE) de la Commission de l’énergie de l’Ontario, financé par les contribuables, et le Programme ontarien d’aide relative aux frais d’électricité (POAFE), financé par les contribuables, a déclaré Harneet Panesar, chef de l’exploitation de la Commission de l’énergie de l’Ontario.

    La grande différence, bien sûr, est que le Canada ne dispose actuellement d’aucun programme fédéral pour renforcer les efforts des provinces en matière d’abordabilité de l’énergie. Un nouveau programme lancé en 2025 alloue 800 millions de dollars à la rénovation énergétique des habitations, mais ne prévoit aucune forme d’aide à la facturation, a précisé M. Kantamneni.

    « Vous ne pouvez pas organiser suffisamment de ventes de pâtisseries au niveau local pour remplacer le LIHEAP, a déclaré Mme Metzler de la NEUAC. Quatre milliards de dollars, ça représente beaucoup de ressources que notre gouvernement fédéral injecte dans notre réseau pour s’assurer que l’énergie est abordable pour tout le monde. L’approche consistant à supprimer ces fonds et à attendre des États ou des agences locales qu’ils prennent le relais n’est pas raisonnable pour garantir l’abordabilité de l’énergie dans notre pays. » [Traduction]

    « Cela fait une grande différence, a déclaré M. Alexander. Le LIHEAP représente la grande majorité des fonds qui seront disponibles au niveau des États et au niveau local, et il aide un grand nombre d’agences qui essaient vraiment d’aider les clients dans le besoin. » [Traduction]

    « Le parti n’a pas d’importance »

    Adopté lors du premier mandat de Ronald Reagan en réponse à la crise énergétique, à la récession et à l’inflation galopante de la fin des années 1970, le LIHEAP a traversé cinq décennies, sept administrations, des coupes budgétaires et une pandémie. Les observateurs reconnaissent le soutien bipartisan que les défenseurs du programme ont obtenu au fil des ans.

    « Je pense que l’une des raisons pour lesquelles le programme a survécu alors que beaucoup d’autres ne l’ont pas fait, c’est qu’il est bipartisan, a déclaré Mme Metzler, de la NEUAC. Quel que soit le côté du Congrès où vous siégez, vous êtes en mesure de voir les avantages pour votre district et les électeurs de votre district de programmes comme ceux-ci qui aident à maintenir la stabilité des familles et des collectivités et à répondre aux préoccupations en matière de santé et de sécurité communautaires. » [Traduction]

    Les membres de la NEUAC donnent une idée de l’ampleur et de la diversité des partenaires qui appuient le LIHEAP, soit les associations commerciales de services publics et les entreprises de services publics elles-mêmes, les groupes représentant les combustibles livrés comme le propane, les organismes sans but lucratif de la base, les organismes de bienfaisance confessionnels et les organismes étatiques et locaux qui gèrent des programmes favorisant l’abordabilité de l’énergie.

    En plus d’organiser la journée d’action du LIHEAP, son événement phare de défense des intérêts qui attire des centaines de partisans au Capitole chaque année, la NEUAC joue également un rôle clé pour s’assurer que les plus de 300 membres de la coalition travaillent efficacement ensemble au profit du plus grand nombre possible de ménages.

    L’une des fonctions de base de la NEUAC consiste à éduquer les organisations membres et les autres intervenants pour s’assurer qu’ils savent comment mettre en contact les clients dans le besoin avec les ressources du LIHEAP. Avec l’aide financière de l’American Gas Association (AGA), la NEUAC a créé une carte interactive qui rend l’information facilement accessible.

    Avec seulement deux employés à plein temps, la NEUAC compte sur ses partenaires des services publics pour faire connaître le LIHEAP. Duke Energy et sa division Piedmont Natural Gas, par exemple, communiquent avec leurs clients au sujet du LIHEAP et de leurs propres programmes, Share the Light (partager la lumière) et Share the Warmth (partager la chaleur), par l’intermédiaire de leurs sites Web, de leurs encarts de factures, d’événements communautaires et d’autres plateformes.

    Brian Caudill, directeur général des affaires gouvernementales et des politiques publiques pour l’AGA, attribue la force de la coalition pour le succès du LIHEAP à l’obtention d’augmentations de financement au cours des dernières années, alors même que les projets de loi de crédits contenant le financement étaient régulièrement réduits.

    « Tant que nous avons le plaidoyer en place et que nous sommes en mesure de faire résonner le message auprès de nos décideurs et de faire montre des avantages du programme à l’échelle nationale, le programme sera toujours mieux financé, a déclaré M. Caudill. Le parti n’a pas d’importance, et le parti n’a certainement pas d’importance pour quelqu’un qui est sans chauffage au milieu de janvier. » [Traduction]

    « … il est impératif de répondre aux besoins de ces familles en matière d’abordabilité lorsque nous parlons d’électrification forcée. » [Traduction]
    Le défi imminent de la transition

    Malgré le succès du programme, les défenseurs du LIHEAP s’inquiètent du fait que la sécurité énergétique pourrait devenir inatteignable pour encore plus d’Américains si la transition vers une économie axée sur l’énergie propre pousse les décideurs à redoubler d’efforts pour l’électrification et à retirer le gaz naturel abordable du paysage énergétique du pays.

    Le gaz naturel fournit du chauffage à 60 % des foyers américains, et les ménages qui utilisent le gaz naturel économisent environ 1 132 $ par année comparativement à une maison entièrement alimentée à l’électricité, selon l’AGA. La perte de cet avantage sur le plan des prix ainsi que le fardeau financier du passage du gaz naturel à l’électricité préoccupent Mme Metzler de la NEUAC.

    « Je n’ai pas d’expertise en électrification, mais ce que je sais, c’est l’impact que cela aurait sur les ménages, a déclaré Mme Metzler. À cette fin, il est impératif de répondre aux besoins de ces familles en matière d’abordabilité lorsque nous parlons d’électrification forcée. » [Traduction]

    « Le gaz naturel fournit du chauffage à 60 % des foyers américains, et les ménages qui utilisent le gaz naturel économisent environ 1 132 $ par année comparativement à une maison entièrement alimentée à l’électricité, selon l’AGA.» [Traduction]
    M. Caudill de l’AGA souligne que les émissions de gaz à effet de serre provenant du réseau de distribution de gaz naturel ont diminué de 70 % depuis 1990 et continuent de diminuer à mesure que l’industrie se décarbonise grâce à des investissements dans l’infrastructure, les carburants à faible teneur en carbone comme le gaz naturel renouvelable et l’hydrogène, et des programmes d’efficacité énergétique accrus.

    « « Pourquoi éliminerions-nous le chauffage le plus rentable pour les personnes dans le besoin, surtout compte tenu du rôle indispensable que le gaz naturel peut jouer dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle de l’économie »? [traduction]

    – Brian Caudill, directeur général des affaires gouvernementales et des politiques publiques pour l’AGA

    « Pourquoi éliminerions-nous le chauffage le plus rentable pour les personnes dans le besoin, surtout compte tenu du rôle indispensable que le gaz naturel peut jouer dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle de l’économie? demande M. Caudill. Ce sont certaines des choses sur lesquelles nous travaillons constamment et que nous essayons de régler sur la Colline. » [Traduction]

    M. Kantamneni d’Efficacité énergétique Canada suggère que les répercussions financières de l’électrification totale mettent en évidence la nécessité de veiller à ce que les résidents à faible revenu d’une collectivité ne vivent pas également dans les maisons les moins éconergétiques – un objectif d’abordabilité énergétique enchâssé dans les politiques climatiques du Royaume-Uni, précise-t-il.

    Les défenseurs du LIHEAP préféreraient rester dans leur voie et se concentrer sur le message de santé et de sécurité qui a gagné les cœurs et les esprits au Capitole depuis 1981. Cependant, alors que les pressions pour atteindre les objectifs climatiques s’intensifient, eux et les plus vulnérables des États-Unis ont clairement un enjeu énorme dans le débat sur le déroulement de cette transition.

     

    David Coburn est un penseur stratégique, un écrivain, un expert en relations avec les médias et un consultant en communication qui s’appuie sur plus de 30 ans d’expérience en journalisme imprimé et en relations publiques d’agences.

  • Vous n’êtes pas seul

    Vous n’êtes pas seul

    Alors que les compagnies de gaz naturel américaines poursuivent leurs efforts pour repousser les assauts législatifs et réglementaires au niveau des États et des administrations publiques locales, elles reçoivent un appui opportun de divers intervenants qui comprennent l’impact réel des politiques d’électrification obligatoire. Ensemble, les partisans du choix en matière de combustible ont tenu bon dans la bataille contre l’interdiction du gaz naturel.

    Lorsque la première interdiction locale du gaz naturel en Amérique a été débattue à Berkeley, en Californie, certains des opposants les plus bruyants étaient des restaurateurs – en particulier ceux proposant des plats asiatiques et latins – qui affirmaient que l’interdiction les priverait des techniques de cuisson essentielles à leur cuisine « qui repose sur l’utilisation d’une flamme ».

    Cinq ans plus tard, soit en janvier 2024, à Seattle, une proposition d’interdiction annoncée par les législateurs de l’État a suscité les plus vives mises en garde de la part d’un représentant d’une association professionnelle de constructeurs de cet État : « Interdisez le gaz naturel, et notre réseau électrique tombera en panne! » [Traduction]

    Les restrictions visant le gaz naturel étant devenues une stratégie populaire des États et des administrations publiques locales pour atteindre les objectifs climatiques, les entreprises de services publics ont commencé à faire en sorte que les consommateurs et les autres parties prenantes comprennent bien les conséquences des restrictions proposées, tout en parlant des initiatives qu’elles mettent en oeuvre pour réduire leur empreinte carbone.

    Cependant, dans les débats très publics sur les interdictions locales et nationales de raccordement au gaz naturel et les décrets d’électrification totale, les dirigeants des services publics américains d’un bout à l’autre du pays fredonnent probablement l’air de la chanson populaire de Carole King de 1969, « You’ve got a friend » (tu n’es pas seul).

    En effet, au cours des cinq années qui se sont écoulées depuis l’entrée en vigueur de l’interdiction à Berkeley, récemment annulée, diverses parties prenantes sont devenues des alliées indispensables dans les efforts visant à ralentir la folle ruée vers l’électrification, explique Daniel Lapato, vice-président associé pour les affaires publiques de l’American Gas Association (AGA).

    « À mon avis, nos opposants essaient de dépeindre la situation comme un effort mené par le milieu des services publics, mais en fin de compte, vous constaterez que ce milieu ne représente qu’un des partisans de cette perspective », a déclaré M. Lapato. En fait, il s’agit d’un point de vue ralliant diverses parties prenantes qui ont commencé à réaliser les impacts que les interdictions de gaz auront sur leurs membres, leurs entreprises et leurs communautés. » [Traduction]

    Les associations d’hôpitaux, les syndicats, les groupes de petites entreprises, les défenseurs des faibles revenus, les constructeurs de maisons et de nombreuses autres parties prenantes ont tous contribué à faire résonner davantage et à amplifier les messages des entreprises de services publics au sujet des avantages du gaz naturel, dont 189 millions d’Américains dépendent chaque jour, et des risques que pose l’interdiction de ce combustible.

    « Interdisez le gaz naturel, et notre réseau électrique tombera en panne! » [Traduction]

    Jusqu’à présent, les entreprises de services publics tiennent bon. La législation permettant le choix de son combustible est en vigueur dans 25 États et proposée dans huit autres. Selon l’AGA, des interdictions locales du gaz naturel ou des codes d’électrification des bâtiments à l’échelle de l’État sont toutefois en vigueur dans 12 États et proposés dans neuf autres États ou administrations publiques locales. De plus, le magazine Forbes a rapporté en mars dernier que 70 villes américaines disposent désormais de règlementations exigeant ou encourageant la construction de bâtiments uniquement alimentés à l’électricité.

    « Ces 25 États ont permis à l’industrie et à nos partenaires de parler des avantages du gaz naturel d’un point de vue national, car à ce stade, la moitié du pays a désormais préservé son choix en matière de combustible, a déclaré M. Lapato. Je pense qu’il est très important de mettre l’accent sur ce fait. » [Traduction]

    Depuis son point d’observation à l’AGA, qui appuie plus de 200 entreprises énergétiques locales dans tout le pays, M. Lapato voit un fil conducteur (c.-à-d. faire en sorte que davantage de personnes parlent des effets négatifs qu’aurait l’interdiction du gaz naturel) dans les efforts déployés par les entreprises de services publics pour résister aux moratoires sur les nouveaux raccordements au gaz naturel et aux modifications des codes de construction qui favorisent l’électrification.

    « Les services publics jouent un rôle important dans ces débats, en aidant les autres parties prenantes à comprendre que ceux-ci ont lieu et que c’est le moment pour elles de peser dans la balance. » [Traduction]

    M. Lapato cite l’exemple d’une coalition d’intérêts qui s’est réunie pour soutenir une initiative de vote à Spokane qui aurait empêché la ville de mettre en oeuvre une interdiction des nouveaux raccordements au gaz naturel. Les constructeurs d’habitations, les syndicats et même une association professionnelle de fabricants de cheminées au gaz naturel se sont unis pour parler des effets négatifs d’une telle interdiction sur l’accessibilité au logement, les petites entreprises, l’emploi et les consommateurs.

    Les « amis » de l’industrie dans la bataille du choix personnel de son combustible ont souvent été prêts à parler des risques de l’électrification obligatoire d’une manière plus directe, en soulignant clairement et sans détour les ramifications dans le monde réel, d’une manière qui a touché les consommateurs et les décideurs politiques.

    En janvier, les législateurs de l’État de Washington ont relancé un projet de loi visant à interdire le gaz naturel, quelques semaines après une vague de froid historique qui a contraint Puget Sound Energy à demander à ses clients de réduire leur consommation d’électricité. Greg Lane, vice-président exécutif de la Building Industry Association of Washington, n’a pas mâché ses mots lorsqu’un journaliste l’a interrogé sur l’impact de l’interdiction proposée : « La suppression du gaz naturel comme source de chauffage des maisons et de l’eau entraînera une défaillance de notre réseau électrique. » [Traduction]

    Lors d’une conférence de presse organisée en janvier à Chicago, les représentants de la section locale 150 de l’International Union of Operating Engineers (IUOE) se sont solidarisés avec les dirigeants municipaux opposés à une nouvelle proposition d’interdiction des nouveaux raccordements au gaz naturel. Le syndicat a diffusé sur les ondes et dans les journaux des publicités percutantes reprochant au gouverneur de l’Illinois, J.B. Pritzker, d’avoir adopté une loi autorisant les interdictions locales de raccordement au gaz naturel et les mesures réglementaires qui ont entraîné la suppression de 1 000 emplois.

    La page intitulée « Fight Back » sur le site Internet du syndicat affiche un message de l’IUOE en lettres majuscules rouges : « DITES AU GOUVERNEUR DE L’ILLINOIS PRITZKER ET À LA CCI DE LEVER L’INTERDICTION DU GAZ NATUREL ET D’ÉLABORER UN PLAN DE TRANSITION PROGRESSIVE VERS LES ÉNERGIES PROPRES. » [Traduction]

    Près d’un an s’est écoulé depuis que la Caroline du Nord est devenue le dernier État à rejoindre le club du choix en matière de combustible; il n’y a pas eu non plus de nouvelles interdictions de raccordement au gaz naturel ou de décrets en faveur de l’électrification à l’échelle de l’État. Cependant, la légalité de ce type d’interdiction est revenue sur le devant de la scène depuis qu’une cour d’appel fédérale a invalidé l’ordonnance de Berkeley en avril 2023 dans le cadre d’une décision sur un procès intenté par la California Restaurant Association (association des restaurateurs californiens).

    La Ninth Circuit Court of Appeals a confirmé sa décision au début du mois de janvier, obligeant de nombreuses administrations publiques à évaluer l’impact des interdictions existantes ou proposées. Les villes de Spokane et de Palo Alto ont par la suite renoncé à leurs interdictions, et Berkeley elle-même a réglé le procès en mars en acceptant de ne plus appliquer son interdiction de nouveaux raccordements au gaz naturel et de l’abroger par la suite. Entre-temps, des contestations juridiques de la loi new-yorkaise interdisant les nouvelles installations de gaz naturel, en vigueur depuis un an, ont été déposées sur la base des mêmes arguments que ceux qui sous-tendent la décision de Berkeley.

    « Étant donné que le gaz naturel ne représente que de 4 à 10 % des émissions totales de GES d’une maison, l’accent est mal placé ». [traduction] – Daniel Lapato, vice-président associé pour les affaires publiques de l’American Gas Association

    Là où les efforts législatifs visant à restreindre l’utilisation du gaz naturel ont échoué, certains États et certaines villes adoptent une approche « d’interdiction détournée » en adoptant des exigences d’électrification dans les codes de construction ou en influant sur l’élaboration de codes modèles dont les contraintes se répercutent à l’échelle de l’État. Mais, encore là, les partenaires de l’industrie interviennent.

    « Ce sont les constructeurs, les entrepreneurs en chauffage, en ventilation et en climatisation, les agents immobiliers et les exploitants de bâtiments commerciaux qui ont le plus insisté dans ces débats, car il s’agit d’une question de coût, de coût et encore de coût », a déclaré M. Lapato. « Cela fait grimper non seulement le coût de la construction, mais aussi le coût du bâtiment lui-même, qu’il s’agisse d’une maison ou d’un immeuble commercial, et ce coût devient vraiment lourd à supporter. » [Traduction]

    M. Lapato explique qu’il n’a pas vu beaucoup d’entreprises de services publics lancer de vastes campagnes de communication destinées à promouvoir le choix en matière de combustible, car elles savent que le public ne s’intéresse pas nécessairement aux discussions abstraites sur la politique énergétique et qu’il ne réagit que lorsque l’impact personnel devient évident.

    Le tollé provoqué l’année dernière par la suggestion d’un organisme de règlementation d’interdire les cuisinières à gaz en est un bon exemple. Cinq États qui disposaient déjà d’une législation sur le choix en matière de combustible (la Floride, la Géorgie, le Montana, le Dakota du Sud et le Tennessee) ont adopté des lois sur la liberté de cuisiner qui empêchent l’interdiction des appareils alimentés au gaz naturel.

    Malheureusement, l’accent mis sur l’interdiction du gaz naturel et l’électrification obligatoire comme stratégie de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) a occulté les progrès importants réalisés par les entreprises de services publics dans la réduction de l’empreinte carbone du gaz naturel, que ce soit grâce à l’efficacité énergétique et aux efforts en matière de climatisation, aux investissements continus dans l’intégrité des gazoducs ou aux nouvelles initiatives de décarbonisation telles que le gaz naturel renouvelable (GNR), le gaz certifié, l’hydrogène bleu et les technologies de captage, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC).

    Étant donné que le gaz naturel ne représente que de 4 à 10 % des émissions totales de GES d’une maison, l’accent est mal placé, selon M. Lapato, qui affirme que les réductions d’émissions peuvent tout aussi bien être réalisées en utilisant les technologies du gaz naturel déjà disponibles et en cours de développement, à une fraction du coût de l’électrification totale. De plus, l’industrie dispose déjà de l’infrastructure nécessaire pour fournir des solutions énergétiques à faible teneur en carbone.

    « … les efforts continus visant à restreindre l’utilisation du gaz naturel risquent de sacrifier la sécurité, la fiabilité, la résilience et l’accessibilité financière que les Américains attendent de leur système énergétique. » [Traduction]

    « Les entreprises de services publics ont été dépeintes comme le milieu qui tente de défendre le statu quo, mais ce que l’industrie défend plus précisément, c’est que ces politiques entravent notre capacité à innover, et c’est ce que nous faisons le mieux, a déclaré M. Lapato. Si vous êtes vraiment préoccupés par les réductions d’émissions, ne laissez aucune solution de côté. » [Traduction]

    Alors que les experts en énergie tirent déjà la sonnette d’alarme face à l’augmentation de la demande en électricité aux États-Unis en raison de la prolifération des centres de données, de la « relocalisation » de la fabrication américaine et de la croissance de l’utilisation des véhicules électriques, les efforts continus visant à restreindre l’utilisation du gaz naturel risquent de sacrifier la sécurité, la fiabilité, la résilience et l’accessibilité financière que les Américains attendent de leur système énergétique.

    C’est un message que les entreprises de services publics américaines – avec l’aide de l’AGA et des amis de l’industrie – devraient privilégier en continuant à positionner le gaz naturel et l’infrastructure de l’industrie comme une pièce essentielle du casse-tête de la réduction des émissions.

    David Coburn est un penseur stratégique, un écrivain, un expert en relations avec les médias et un consultant en communication qui s’appuie sur plus de 30 ans d’expérience en journalisme imprimé et en relations publiques d’agences.

  • Les entreprises canadiennes du secteur de l’énergie se tournent vers le sud pour assurer leur croissance

    Les entreprises canadiennes du secteur de l’énergie se tournent vers le sud pour assurer leur croissance

    En septembre, Enbridge a annoncé l’acquisition de trois entreprises américaines de services publics pour un montant de 14 milliards de dollars américains, ce qui a permis à la plus grande entreprise énergétique du Canada de devenir également la plus grande entreprise de services publics de gaz d’Amérique du Nord. L’opération est importante non seulement en soi, mais aussi parce qu’elle s’inscrit dans une tendance plus large : les entreprises énergétiques canadiennes qui cherchent des perspectives de croissance les trouvent au sud de la frontière.

    Cette tendance n’est pas nouvelle. En 2016, les entreprises canadiennes de services publics ont fait leurs emplettes aux États-Unis. En effet, Fortis a acquis ITC pour une somme de 11,3 milliards de dollars américains; l’entreprise ontarienne Algonquin Power & Utilities Corp. a acquis Empire District Electric Company, basée dans le Missouri, pour 2,4 milliards de dollars américains; et Emera, basée en Nouvelle-Écosse, a acquis l’entreprise floridienne TECO dans le cadre d’une transaction de 10,4 milliards de dollars américains.

    Les entreprises de gazoducs étaient également dans le coup, TC Energy ayant acquis cette année-là (2016) Columbia Pipeline Group, un réseau de transmission de gaz, pour 13 milliards de dollars américains.

    En 2017, Hydro One a acheté le fournisseur d’électricité américain Avista pour 3,4 milliards de dollars américains, et AltaGas a absorbé WGL Holdings (qui fournit du gaz naturel à la Maison Blanche) pour 4,6 milliards de dollars américains. Plus récemment, TriSummit a acquis les actifs de distribution, de transmission et de stockage de gaz en Alaska de SEMCO Energy pour 800 millions de dollars américains en mars dernier.

    En tant que tel, la méga-entente des services publics d’Enbridge peut être considérée moins comme un signe avant-coureur que comme un aboutissement logique.

    Qu’est-ce qui se cache derrière cet appétit canadien pour les services publics et les gazoducs américains? D’une part, il s’agit d’une réaction aux limites inhérentes imposées au secteur canadien des services publics, qui est fortement réglementé et souvent aux provinces. Ajoutez à cela le torrent de politiques climatiques d’Ottawa visant à réduire la croissance du pétrole et du gaz naturel canadiens, et vous constaterez vous aussi que les pâturages sont plus verts ailleurs.

    Cela témoigne également de la confiance des principaux acteurs de l’industrie dans les perspectives à long terme du gaz naturel. À preuve, l’accord avec Dominion fait passer les bénéfices d’Enbridge d’une répartition 60-40 à près de 50-50 entre le pétrole brut / les liquides et le gaz naturel / les énergies renouvelables. Enbridge, comme de nombreuses entreprises du secteur de l’énergie, mise sur le fait que le gaz naturel sera un combustible qui servira à la transition énergétique, plutôt qu’une source d’énergie progressivement abandonnée. Et quel que soit le mélange de combustibles que nous utiliserons à l’avenir (gaz naturel, gaz naturel renouvelable, hydrogène ou autre), il nécessitera des gazoducs et un réseau de distribution.

    Deux phénomènes méritent d’être soulignés. Le premier est que les États-Unis sont considérés comme un territoire de croissance, ce qui n’est pas le cas du Canada. Nos plus grandes entreprises énergétiques se développent vers le sud, mais l’inverse n’est pas vrai. Enbridge et TC Energy ouvrent la voie, mais Cenovus, Cameco, Hydro-Québec et d’autres font de même, en plus de la longue liste d’entreprises de services publics mentionnée ci-dessus.

    Il ne s’agit pas d’une simple anecdote. Selon le département d’État américain, les investissements directs étrangers du Canada aux États-Unis (528 milliards de dollars américains) étaient environ 26 % plus élevés que les investissements directs étrangers au Canada (406 milliards de dollars américains) en 2022.1 Cette situation s’inscrit dans une tendance plus large qui s’aggrave depuis 2014. Cette année-là, les investissements canadiens à l’étranger n’étaient supérieurs que d’environ 100 milliards de dollars canadiens aux investissements étrangers au Canada. En 2022, le déséquilibre s’était creusé pour atteindre la somme colossale de 725 milliards de dollars canadiens.2 Les entreprises canadiennes créent de la richesse; elles en génèrent simplement une plus petite proportion chez elles.

    « Cela témoigne également de la confiance des principaux acteurs de l’industrie dans les perspectives à long terme du gaz naturel » [traduction].

    Deuxièmement, les marchés de l’énergie canadien et américain sont très interdépendants et le sont de plus en plus. En fait, en 2022, les échanges d’énergie entre nos deux pays ont atteint un niveau record de 190 milliards de dollars américains, soit près du triple de ce qu’ils étaient au plus fort de la pandémie de la COVID-19, et ils ont surpassés le dernier record de 178 milliards de dollars américains atteint en 2008. Qu’il s’agisse de gazoducs, de pipelines de liquides, de raffineries ou de réseaux électriques, nous disposons fondamentalement d’un système énergétique nord-américain unique.

    À ce titre, nous devrions élaborer et coordonner beaucoup plus étroitement les politiques énergétiques et climatiques. Il est inefficace, pour ne pas dire pénible pour le secteur de l’énergie, que le Canada et les États-Unis — et bon nombre de provinces et d’États — proposent des normes, des cibles et des réglementations substantiellement différentes. L’énergie est un domaine qui nécessite une collaboration et un alignement politiques plus étroits entre nos deux nations afin de parvenir à un approvisionnement durable, fiable et abordable.

    Ce besoin se manifeste par une présence canadienne croissante dans la capitale américaine. Depuis un an environ, TC Energy a mis en place une équipe politique à Washington, et Cenovus et le Conseil canadien des affaires y ont ouvert des bureaux (tout comme mon propre groupe de réflexion, l’Institut Macdonald-Laurier). Comme les supplications adressées à Ottawa tombent dans l’oreille d’un sourd, les entreprises cherchent un accueil ailleurs.

    Le secteur canadien de l’énergie mise beaucoup sur le gaz naturel, que ce soit pour la vente au détail, le transport par gazoduc ou les exportations de GNL. Dans la mesure du possible, il mise également sur le Canada. Toutefois, c’est aux États-Unis et dans d’autres marchés que la croissance est au rendez-vous.

    Nous devrions tous nous réjouir de la réussite des entreprises canadiennes à l’étranger. Cependant, nous devrions créer un environnement politique et commercial qui leur permette de se développer également dans notre propre pays.

    Heather Exner Pirot est directrice de l’énergie, des ressources naturelles et de l’environnement à l’Institut Macdonald-Laurier.


    1 “2023 Investment Climate Statements: Canada” (2023), en ligne : U.S. Department of State <www.state.gov/reports/2023-investment-climate-statements/canada>.
    2 “Bilan net des investissements directs étrangers du Canada” (dernière mise à jour le 28 avril 2023), en ligne : Statistique Canada <www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/230428/cg-b001-fra.htm>.

  • Cafouillage des cuisinières à gaz aux États-Unis

    Cafouillage des cuisinières à gaz aux États-Unis

    Tout a commencé début janvier 2023, lorsqu’un membre de la U.S. Consumer Product Safety Commission (CPSC — commission de surveillance des produits de consommation), interrogé sur des études liant l’utilisation de cuisinières à gaz à l’asthme infantile, a déclaré à Bloomberg News que « toutes les options sont sur la table » et que « les produits qui ne peuvent pas être rendus sûrs peuvent être interdits » [traduction].

    La Commission s’est empressée de revenir sur les propos du commissaire Richard Trumka Jr, nommé par M. Biden, et d’assurer les membres du public que personne ne viendrait emporter leurs poêles. Mais il était trop tard : L’article du 9 janvier avait déjà déclenché une nouvelle escarmouche dans les guerres culturelles américaines et une frénésie médiatique.

    Les médias se sont livrés à une véritable compétition pour la couverture la plus clichée. The Economist a observé qu’un « débat enflammé s’est déclenché en Amérique » à propos d’une proposition qui a « enflammé certains républicains ». Politico a estimé que « le feu de paille a donné aux législateurs républicains l’occasion de remettre les politiques énergétiques de M. Biden sur le devant de la scène » [traduction].

    Dans l’ensemble, « c’était un cycle de nouvelles très stupide », a dit un porte-parole d’un démocrate de la Chambre. « Si peu de ces choses étaient fondées sur des faits. » Personne n’est plus d’accord avec cette évaluation que l’industrie gazière américaine, qui a rapidement lancé un effort public pour réfuter la validité du rapport qui a déclenché le cafouillage des cuisinières à gaz.

    Le rapport en question a été publié en décembre 2022 dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health et affirme que près de 13 % des cas actuels d’asthme chez les enfants aux États-Unis peuvent être attribués à l’utilisation de cuisinières à gaz et à l’impact sur la qualité de l’air intérieur des émissions de dioxyde d’azote, de monoxyde de carbone et de particules fines.

    Dans une déclaration publiée le lendemain de la parution de l’article de Bloomberg, l’American Gas Association (AGA) a contesté les conclusions du rapport et a fait remarquer que celui-ci avait été financé par des organisations non gouvernementales, notamment le groupe de réflexion sur l’énergie propre Rocky Mountain Institute (RMI), « pour faire avancer leur programme visant à supprimer le choix énergétique des consommateurs et l’option du gaz naturel » [traduction].

    L’AGA a publié une autre déclaration quelques jours plus tard, annonçant que le RMI « a finalement admis » que l’étude « ne suppose pas ou n’estime pas une relation de cause à effet entre l’asthme infantile et les cuisinières à gaz naturel » [traduction].

    La Présidente et chef de la direction de l’AGA, Karen Harbert, a souligné dans la couverture initiale que ni la CPSC ni l’Environmental Protection Agency (EPA) ne présentent les cuisinières à gaz comme un facteur majeur qui contribuerait à la qualité négative de l’air ou à un risque pour la santé dans leur documentation technique ou d’information, leurs orientations ou leurs exigences destinées au public.

    « Pour une question aussi importante et personnelle que la santé des enfants, des données scientifiques solides sont importantes » [traduction]

    – Karen Harbert, Présidente et chef de la direction, AGA

    (EPA) ne présentent les cuisinières à gaz comme un facteur majeur qui contribuerait à la qualité négative de l’air ou à un risque pour la santé dans leur documentation technique ou d’information, leurs orientations ou leurs exigences destinées au public

    « Cette conversation a été alimentée en grande partie par une étude qui n’a recueilli aucune donnée et n’a fait aucune hypothèse de causalité et s’appuie sur des rapports qui n’ont pas testé de cuisinières au gaz naturel et qui n’ont pas tenu compte de la recherche qui n’a trouvé aucun lien entre les cuisinières à gaz et l’asthme », a déclaré Mme Harbert. « Pour une question aussi importante et personnelle que la santé des enfants, des données scientifiques solides sont importantes » [traduction].

    Dans sa réponse, l’AGA a cité une étude réalisée en 2022 par GTI Energy, qui a testé en laboratoire des cuisinières à gaz et des cuisinières électriques. L’étude n’a révélé aucune différence dans les émissions de particules, mais elle a démontré l’importance d’une bonne ventilation pour tous les types de cuisinières, car les émissions provenant des aliments et de l’huile sont produites pendant la cuisson, quelle que soit la source de combustible.

    Trois jours après la publication de l’article de Bloomberg, Mme Harbert a suggéré, lors d’une conversation téléphonique avec des journalistes, que l’une des raisons de ce tollé était le simple fait que les Américains aiment vraiment leurs cuisinières à gaz. En effet, on estime que 38 % des ménages américains disposent de cuisinières à gaz et les enquêtes montrent que les cuisiniers professionnels privilégient massivement le gaz pour cuisiner.

    Le « StoveGate », qui met l’accent sur la santé et la qualité de l’air intérieur, n’est qu’une manifestation de la pression plus vaste et de plus en plus forte en faveur d’interdictions à grande échelle sur les nouveaux raccordements au gaz naturel de la part d’activistes qui considèrent l’électrification totale du système énergétique des États-Unis comme la clé pour mettre un terme aux changements climatiques.

    À la fin du mois de janvier 2023, près de 100 villes et comtés du pays avaient adopté des décrets d’électrification qui interdisent ou découragent les raccordements au gaz pour les nouveaux bâtiments en faveur d’appareils électriques et de thermopompes. Ce chiffre est surprenant si l’on considère qu’il y a seulement quatre ans, Berkeley, en Californie, est devenue la première ville américaine à approuver l’interdiction des raccordements au réseau de gaz naturel. La loi est entrée en vigueur en août 2021.

    La gouverneure de l’État de New York, Kathy Hochul, est entrée dans la danse juste au moment où la controverse sur les cuisinières à gaz prenait de l’ampleur. Son plan (annoncé le 12 janvier 2023) interdirait les raccordements au réseau de gaz dans les nouvelles constructions, en commençant par les nouvelles maisons en 2025 et en s’étendant aux grands bâtiments en 2028 — une mesure qui, selon l’AGA, « augmenterait les coûts pour les consommateurs, mettrait en péril les progrès environnementaux et priverait les populations mal desservies d’une énergie abordable » [traduction].

    Les défenseurs du gaz ont riposté : jusqu’à présent, 24 États — dont beaucoup bénéficient d’un soutien bipartisan — ont adopté une loi sur le « choix du combustible » qui empêche les municipalités d’interdire l’utilisation du gaz naturel dans les bâtiments. Ces États représentent près d’un tiers de la consommation résidentielle et commerciale de gaz aux États-Unis. Des lois similaires ont été introduites dans plusieurs autres États.

    Le secteur a également remporté des victoires devant les tribunaux, notamment une décision de la Cour d’appel des États-Unis pour le neuvième circuit (17 avril 2023) qui a annulé le décret de Berkeley au motif que les autorités municipales avaient outrepassé leurs pouvoirs en adoptant l’interdiction. On s’attendait à ce que cette décision soit contestée, mais les experts estiment que d’autres interdictions pourraient ne pas être menacées en raison de l’étroitesse de l’arrêt sur les spécificités de la Loi de Berkeley.

    Même en l’absence d’interdictions, les partisans de l’électrification des bâtiments comme moyen de réduire les émissions de gaz à effet serre (GES) disposent de nombreux outils pour encourager les changements souhaités dans le comportement des consommateurs. L’Inflation Reduction Act de 2022, par exemple, a créé des remises allant jusqu’à 840 dollars sur le coût d’une table de cuisson, d’une cuisinière ou d’un four mural électrique, ainsi que des remises et des crédits d’impôt pour les thermopompes et les véhicules électriques.

    Le tollé suscité par les cuisinières à gaz montre qu’il est difficile de gagner devant le tribunal d’opinion publique, même lorsque les faits sont de votre côté. Les données scientifiques fiables sont importantes, mais elles ne permettent pas de gagner la guerre des relations publiques lorsque les personnes que vous espérez persuader agissent avec leur cœur plutôt qu’avec leur tête.

    Alors que le patron de Trumka à la CPSC a insisté après le fracas sur le fait qu’aucune interdiction ou restriction pure et simple des cuisinières à gaz n’était inscrite au registre, la Commission s’était déjà engagée en décembre 2022 à envisager de nouveaux règlements en matière de sécurité. La CPSC a prévu d’ouvrir une période de consultation publique en mars 2023 pour solliciter des commentaires, mais M. Trumka a déclaré dans son interview à Bloomberg qu’il était peu probable qu’une action ou que de nouvelles propositions soient entreprises cette année.

    Il y a seulement quelques années, l’idée d’une interdiction nationale des cuisinières à gaz aux États-Unis aurait semblé absurde. Cependant, sans aller jusqu’à l’interdiction totale, les nouvelles normes d’efficacité des appareils proposées par le département de l’Énergie au début de l’année rendraient inadmissible la moitié des cuisinières à gaz actuellement sur le marché américain.

    S’il est peut-être trop tôt pour prédire à quel point l’histoire d’amour de la nation avec la cuisine au gaz sera freinée par des affirmations non fondées sur la qualité de l’air, la réglementation en matière d’efficacité et la volonté d’électrification totale, une chose semble certaine : En tant qu’élément de base de la guerre culturelle symbolisant le fossé apparemment infranchissable qui divise les factions politiques américaines, la cuisinière à gaz est là pour rester.

    Attendez-vous à ce que la question de l’interdiction des cuisinières à gaz soit remise sur le tapis à l’approche de l’élection présidentielle américaine de 2024.

    Dans l’atmosphère polarisée et hyperpartisane qui imprègne la politique américaine, il y a peu de place pour un débat réfléchi et raisonné sur les mérites relatifs de la cuisson au gaz par rapport à la cuisson électrique, ou d’ailleurs sur la meilleure façon pour les États-Unis de garantir un accès continu à une énergie abordable et fiable tout en réduisant les émissions afin d’atteindre les objectifs fixés par les gouvernements. Les questions d’accessibilité et de fiabilité retiennent de plus en plus l’attention, car elles sont toutes deux sérieusement menacées par un programme d’électrification. Mais le discours politique consiste avant tout à gonfler la base et à réduire des questions complexes à des slogans qui tiennent sur un t-shirt, un chapeau ou, dans le cas présent, un tablier.

    David Coburn est un penseur stratégique, un écrivain, un expert en relations avec les médias et un consultant en communication qui s’appuie sur plus de 30 ans d’expérience en journalisme imprimé et en relations publiques d’agences.

  • Les exploitants américains sont-ils plus à l’abri des cybermenaces après la cyberattaque de Colonial Pipeline? Peut-être.

    Les exploitants américains sont-ils plus à l’abri des cybermenaces après la cyberattaque de Colonial Pipeline? Peut-être.

    Depuis que des pirates informatiques russes ont entraîné la fermeture d’un important pipeline de carburants liquides, les services publics de gaz et les exploitants de pipelines américains se sont davantage concentrés sur la mise en place de moyens de défense contre les cybermenaces, mais la conformité aux directives de sécurité fédérales est devenue une distraction gênante.

    Quelques semaines avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février, le groupe d’experts en cybersécurité Cisco Talos Intelligence Group avait déjà lancé des mises en garde au sujet des cyberattaques menées par des acteurs malveillants aux États-Unis et ailleurs en vue d’éroder le soutien à l’Ukraine. Talos prédisait alors que les cyberattaques viseraient probablement les infrastructures critiques dans le but de créer des perturbations graves, mais dont on peut se remettre assez facilement.

    Cela éveillait un sentiment de déjà vu. En effet, les pirates russes à l’origine de l’attaque par rançongiciel de Colonial Pipeline en mai 2021 avaient alors ciblé les systèmes d’entreprise de l’exploitant, tout en laissant les systèmes opérationnels intacts. Ils ont pourtant forcé Colonial Pipeline à fermer un important réseau de livraison d’essence, de carburéacteur et de diesel sur la côte Est et à payer une rançon de quatre millions de dollars en cryptomonnaie.

    Près d’un an plus tard, les exploitants américains de pétrole et de gaz naturel sont-ils mieux équipés pour se défendre contre de telles attaques de la part de divers cybercriminels indépendants ou commandités par un État? Peut-être, mais certains représentants de l’industrie s’inquiètent du fait que de nombreux exploitants ont dû rediriger leur attention vers le respect des nouvelles directives fédérales en matière de sécurité plutôt que de renforcer réellement leurs cyberdéfenses.

    La cyberattaque de Colonial Pipeline a certainement attiré l’attention des dirigeants de l’industrie gazière et a contribué à redéfinir les priorités en matière de cybersécurité pour certains. Peu après l’incident de mai, la Transportation Security Administration (TSA) a publié deux directives de sécurité destinées à fortifier une centaine de réseaux de pipelines critiques désignés par la TSA pour contrer les rançongiciels, les logiciels malveillants et autres menaces.

    Les deux directives comptent plusieurs exigences. La première oblige les exploitants de ces réseaux à désigner un coordonnateur de la cybersécurité à titre de personne-ressource pour la TSA. Cette personne sera responsable de signaler les incidents de cybersécurité à la Cybersecurity and Infrastructure Security Agency (agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures) du Department of Homeland Security (département de la Sécurité intérieure) des États-Unis. La deuxième directive, plus épineuse, oblige les exploitants à prendre des mesures d’atténuation précises pour se protéger contre les cybermenaces, ainsi qu’à élaborer et à mettre en oeuvre des plans d’urgence et des mesures d’atténuation des effets.

    « Sommes-nous plus protégés? Je ne vais pas dire que nous ne le sommes pas, a déclaré Kimberly Denbow, gestionnaire de la sécurité et des opérations pour l’American Gas Association (AGA), qui représente plus de 200 entreprises énergétiques. Je dirai donc que oui, en un mot, nous sommes davantage protégés, mais en même temps, nous sommes distraits par la conformité. » [Traduction]

    Mme Denbow a indiqué que lors d’un récent appel avec David Pekoske, administrateur de la TSA, un président-directeur général du secteur du gaz naturel avait expliqué à l’organisme de réglementation comment les directives de sécurité avaient forcé son entreprise à « ajouter beaucoup plus de personnel cybernétique, non pas parce qu’ils avaient un mauvais programme cybernétique, mais pour pouvoir être conforme en cochant les cases qui doivent être cochées. » [Traduction]

    Renforcer les capacités d’alerte en cas de menaces

    Pour sa part, l’AGA a fait des progrès l’année dernière en améliorant les capacités du Downstream Natural Gas Information Sharing and Analysis Center (DNG-ISAC), le premier système d’alerte de l’industrie en cas de menaces physiques ou cybernétiques. Le système dessert les membres de l’AGA, l’Association canadienne du gaz (ACG) et les exploitants de gazoducs représentés par l’Interstate National Gas Association of America (INGAA).

    L’AGA a amélioré la plateforme du DNG-ISAC en 2021 pour la rendre plus sûre et plus conviviale, avec une application mobile et de meilleures capacités de notifications poussées au sujet des menaces et des possibilités de soumission d’information. La plateforme a publié 1 200 alertes l’année dernière, ce qui comprenait des renseignements sur des centaines de cybermenaces, de vulnérabilités potentielles et de cyberintrusions réelles présentant un intérêt pour les exploitants de pipelines.

    David McConkey, directeur des opérations de sûreté et de sécurité à l’Association canadienne du gaz, a déclaré que le DNG-ISAC est un complément important au Programme de la flamme bleue, un système de diffusion d’information et d’analyse sur les menaces en temps quasi réel mis en place par l’ACG l’an dernier en partenariat avec le Centre canadien pour la cybersécurité (Centre pour la cybersécurité).

    L’ACG a contribué à faciliter l’étroite relation de travail qui existe maintenant entre le DNGISAC, le Centre pour la cybersécurité et d’autres organismes du côté canadien, « de sorte qu’ils ont un flux d’information vraiment sain et actif, ce qui profite à nos membres parce que l’information provenant du DNG-ISAC a également une saveur canadienne » [traduction], a déclaré M. McConkey.

    Le système d’alerte en cas de menaces n’est qu’un des domaines où la collaboration transfrontalière renforce les cyberdéfenses. Cet automne, l’AGA pilotera son premier événement NGX, un exercice de planification de la cybersécurité qui comptera des participants américains et canadiens des services publics de gaz naturel, des pipelines de transmission et du gouvernement. Il s’agira d’une version à plus petite échelle du GridEx, un exercice de planification qui a vu le jour dans le secteur de l’électricité, mais qui inclut désormais les exploitants de gaz. Le plan de Mme Denbow consiste à faire évoluer le NGX au fil du temps.

    Programme de la flamme blue - Architecture
    « Le Programme de la flamme bleue de l’ACG ajoute une capacité opérationnelle afin de réduire les cyberrisques pour l’industrie du gaz ».

    Les cybervulnérabilités devraient-elles être vues sous un nouvel angle?

    Les préoccupations en matière de cybersécurité ont tendance à porter sur le sac d’astuces que les acteurs étrangers malveillants et les « cyberactivistes » nationaux peuvent utiliser pour ravager les infrastructures critiques dans la poursuite de leur projet. Toutefois, les représentants de l’industrie américaine affirment que l’impact potentiel de l’électrification totale du réseau énergétique sur la cybersécurité devrait susciter plus d’attention.

    Selon eux, le passage au tout-électrique ne rendra pas seulement le réseau énergétique global moins résilient pour ce qui est des menaces physiques (p. ex. les phénomènes météorologiques violents ou les attaques d’activistes), mais pourrait également simplifier les règles du jeu pour ceux qui planifient des cyber-chaos.

    Le réseau électrique est déjà mis à rude épreuve. En effet, selon une analyse du Wall Street Journal publiée en début d’année, 182 perturbations majeures du réseau ont été enregistrées en 2020, comparativement à moins de deux douzaines en 2000. Les coupables sont l’âge du réseau de transmission américain, la vulnérabilité inhérente d’un système de transmission en surface, et les caprices de l’éolien et du solaire.

    « Tout est lié au fait d’avoir de l’électricité, mais nous ne nous concentrons pas sur la fiabilité du réseau. C’est absurde et effrayant, a déclaré Curt Morgan, président-directeur général du grossiste en électricité Vistra Corp., au Wall Street Journal en février. Il y a un tel élan émotionnel, que je comprends, pour atteindre nos objectifs en matière de changements climatiques. Toutefois, nous ne pouvons pas rejeter l’idée d’avoir un réseau fiable. » [Traduction]

    Power Lines Across Ripening Wheat

    Mme Denbow de l’AGA a établi un lien entre l’électrification totale et l’accroissement des risques pour la cybersécurité lors d’une récente réunion de la National Association of Regulatory Utility Commissioners (NARUC). Mme Denbow avait alors lancé une mise en garde contre la poursuite de politiques qui atténuent la résilience du réseau en « mettant tous nos oeufs énergétiques dans le même panier » [traduction] et en ignorant leur impact sur le paysage de la cybersécurité.

    « La politique énergétique continue d’être élaborée en vase clos, a déclaré Mme Denbow. La cybersécurité devient une considération secondaire. On demande aux exploitants : qu’en est-il de la cybersécurité? Je réponds : qu’en est-il de la politique énergétique qui a accru notre cybervulnérabilité? » [Traduction]

    Comme tant d’autres aspects du débat sur l’électrification totale (p. ex. son impact sur les changements climatiques, la résilience et l’accessibilité financière), on se demande ce que l’on perd en n’incluant pas le gaz naturel dans la solution.

    « Je pense que le message est que le secteur du gaz naturel fait beaucoup, que nous prenons les choses bien en main, que nous sommes un grand atout du point de vue de la sécurité physique et de la cybersécurité et que nous faisons preuve de leadership dans de nombreux domaines, a déclaré M. McConkey, de l’ACG. En mettant notre industrie à l’écart, vous perdez un atout à de très nombreux égards. » [Traduction]

    « Comme tant d’autres aspects du débat sur l’électrification totale (p. ex. son impact sur les changements climatiques, la résilience et l’accessibilité financière), on se demande ce que l’on perd en n’incluant pas le gaz naturel dans la solution ».

    Toujours à peaufiner

    L’AGA et ses entreprises membres travaillent avec la TSA depuis le mois de juillet pour traiter des aspects des directives de sécurité à « taille unique » qui ont créé des problèmes pour les exploitants; par exemple, les exigences d’authentification multifactorielle qui ne sont pas compatibles avec les systèmes de contrôle et les divers composants utilisés actuellement.

    Les problèmes persistent et de nouvelles vulnérabilités font leur apparition dans le processus. En février, la TSA a demandé aux exploitants de pipelines désignés de lui soumettre par voie électronique leurs plans d’intervention en cas d’incident de cybersécurité — une demande qui a suscité de grandes inquiétudes chez les exploitants.

    « La TSA a rassemblé tous ces plans sensibles dans une seule base de données, a déclaré Mme Denbow. Dans un environnement de menaces où nous nous inquiétons de voir des États-nations compromettre nos réseaux, le stockage de tous ces plans d’intervention en un seul endroit ne rassure pas les exploitants, quelles que soient les assurances en matière de sécurité fournies par le gouvernement. » [Traduction]

    À peu près au moment où la deuxième directive de la TSA a été publiée en juillet dernier, les fonctionnaires fédéraux ont simultanément publié des documents précédemment classifiés révélant qu’une campagne chinoise de « harponnage » avait réussi à nuire à 13 des 23 exploitants de gazoducs américains entre 2010 et 2013, ce qui aurait pu permettre aux pirates de prendre le contrôle des opérations du gazoduc.

    Ces révélations, qui se sont ajoutées à l’incident de Colonial Pipelines et aux directives de la TSA qui ont suivi, ont sans doute eu une influence salutaire sur les exploitants pétroliers et gaziers qui tardaient à renforcer leur cybersécurité, mais ceux-ci étaient probablement déjà en minorité.

    « Pour la majorité des entreprises visées par les directives de sécurité, la cybersécurité constitue une priorité depuis longtemps, a déclaré Mme Denbow. Pour celles qui n’avaient peut-être pas encore accordé à la cybersécurité l’intérêt que celle-ci devrait susciter, il est certain que ces entreprises s’intéressent davantage à ce sujet maintenant. » [Traduction]

    David Coburn est un penseur stratégique, un écrivain, un expert en relations avec les médias et un consultant en communication qui s’appuie sur plus de 30 ans d’expérience en journalisme imprimé et en relations publiques d’agences.

  • L’hydrogène : voie vers la carboneutralité ou équation à somme nulle?

    L’hydrogène : voie vers la carboneutralité ou équation à somme nulle?

    Le Canada et les États-Unis soutiennent la croissance des économies axées sur l’hydrogène

    Les piles à hydrogène constitueront-elles une solution de stockage d’énergie pour les véhicules lourds du secteur des transports et compenseront-elles le caractère intermittent des énergies éolienne, solaire et autres? Au cours des derniers mois, les États-Unis1 et le Canada2 ont publié des stratégies fédérales de développement des économies axées sur l’hydrogène, à partir de la production d’hydrogène jusqu’aux applications des piles à hydrogène, qui sont présentées comme un élément essentiel pour atteindre la carboneutralité.

    La technologie des piles à hydrogène remonte au XIXe siècle, lorsque William Nicholson et Anthony Carlisle ont réussi à décomposer l’eau en ses deux éléments, soit l’hydrogène et l’oxygène, à l’aide d’électricité. Ce processus, appelé électrolyse, a permis à William Grove de créer la première pile à combustible fonctionnelle en 1839 lorsqu’il a généré de l’électricité à partir d’une réaction électrochimique de l’hydrogène et de l’oxygène en utilisant du platine comme catalyseur. L’obtention d’électricité à partir de la pile à combustible a démontré le fait que les piles à hydrogène pouvaient fonctionner comme une batterie.

    Les travaux de recherche qui s’en sont suivis ont donné naissance à plusieurs types de piles à hydrogène avec diverses propriétés qui les rendent adaptées à une variété d’applications. L’hydrogène est le combustible de la pile à hydrogène, mais lorsqu’il est combiné à de l’oxygène (généralement de l’air), il produit de l’électricité à partir d’une réaction chimique plutôt que d’une combustion. Le sous-produit est l’eau.

    Quelques types de piles3 à hydrogène conviennent à des applications qui atténuent la combustion d’énergies fossiles, et qui permettent donc d’éliminer des émissions de carbone. Cherchant à tenir leurs promesses de réduction des émissions d’ici l’atteinte de la « carboneutralité » (où les émissions de carbone seront compensées par des réductions d’émissions de carbone), les gouvernements ont dirigé l’élaboration de stratégies nationales relatives à l’hydrogène.

    L’hydrogène est un élément abondant, mais que l’on trouve généralement en combinaison avec de l’oxygène (eau) et du carbone (hydrocarbures). Chaque source d’hydrogène a ses partisans et ses opposants, et bien que l’hydrogène qui en résulte soit le même, le débat politique sur l’hydrogène est devenu coloré, littéralement.

    Lorsqu’un hydrocarbure est décomposé en ses éléments constitutifs, soit l’hydrogène et le carbone, le sous-produit de carbone qui en résulte peut être libéré dans la nature ou capturé. Le carbone capturé peut être utilisé dans des processus industriels ou stocké pour prévenir les impacts environnementaux négatifs. L’hydrogène issu des hydrocarbures sans capture du carbone a été qualifié de « gris ». Lorsque le carbone est capturé, on parle plutôt d’hydrogène « bleu ».

    L’hydrogène bleu est clairement plus bénéfique pour le climat que l’hydrogène gris, mais il existe aussi de l’hydrogène « vert ». L’hydrogène vert est produit par électrolyse, soit le procédé dont Nicholson et Carlisle sont les pionniers. Les partisans de l’hydrogène vert considèrent l’électricité produite par des méthodes à émission nulle — cellules solaires, éoliennes, barrages hydroélectriques et centrales nucléaires — comme une solution prometteuse pour décarboniser les économies sans les priver d’énergie. À l’heure actuelle, le coût de production de l’hydrogène vert est plus élevé que celui de l’hydrogène bleu, et bien que les aspects économiques de l’hydrogène vert puissent s’améliorer au fil du temps grâce aux progrès de la technologie, ce type d’hydrogène sera probablement toujours désavantageux sur le plan des coûts, car il nécessite plusieurs conversions d’énergie.

    C’est la deuxième raison pour laquelle les gouvernements doivent élaborer des stratégies nationales relatives à l’hydrogène, au-delà de leurs promesses de carboneutralité. La science est indifférente au choix entre les méthodes « bleue » ou « verte » de production d’hydrogène; les aspects économiques des deux méthodes favorisent aujourd’hui la bleue, mais la méthode verte s’efforce de combler l’écart. Le choix est donc politique.

    Pour les régions disposant de grandes ressources en hydrocarbures, comme l’Alberta ou le Texas, la production d’hydrogène bleu offre un moyen de participer aux efforts nationaux et internationaux visant à répondre aux préoccupations climatiques. Les habitants de ces endroits ont souvent une vision politique conservatrice. Les cycles d’expansion et de ralentissement typiques des marchés des matières premières présentent suffisamment de risques et d’incertitudes. S’en tenir à ce qui a fait ses preuves et s’efforcer de vivre selon les valeurs qui reflètent une bonne réputation sont des vertus qui prouvent leur valeur dans les moments difficiles, lorsque vous apprenez sur qui vous pouvez compter et qui sont vos véritables amis.

    En 2021, les dirigeants d’Ottawa et de Washington sont progressistes, et la production d’hydrogène vert les séduit, car elle reflète le pouvoir de la technologie qui permettra aux nations d’atteindre des objectifs climatiques ambitieux. L’urgence de ces objectifs justifie des changements majeurs, en passant outre les objections et en faisant fi des opposants.

    Et pourtant, le Canada et les États-Unis ont tous deux adopté des stratégies relatives à l’hydrogène qui tiennent compte de tout le spectre des couleurs de la production d’hydrogène. Cet œcuménisme dans l’offre d’hydrogène reflète en partie le problème de demande. Les piles à hydrogène feront progresser l’électrification des transports et aideront les réseaux électriques à équilibrer la production intermittente.

    Il sera difficile pour les services publics d’électricité d’investir de façon importante dans les véhicules à piles à combustible ainsi que dans les installations de piles à combustible — et d’augmenter drastiquement la capacité de production, de transmission et de distribution d’électricité sur le continent — alors que les économies se remettent encore de la pandémie. La reconstruction en mieux nécessitera un large soutien et sera plus laborieuse si les partisans des méthodes bleue et verte de production d’hydrogène commencent à s’affronter maintenant.

    Les entreprises membres de l’Association canadienne du gaz joueront un rôle central dans les débats sur l’hydrogène en Amérique du Nord. La logistique de l’approvisionnement en hydrogène ressemblera probablement plus à celle du gaz naturel qu’à celle du pétrole, car l’hydrogène peut être produit dans de nombreux endroits, et le transport de l’hydrogène par bateau nécessite une flotte maritime qui n’existe pas encore. Tout comme le gaz, l’hydrogène peut entraîner l’établissement de plaques tournantes d’approvisionnement qui sont reliées aux consommateurs par des conduites et grâce à une certaine forme de transport terrestre d’hydrogène sous forme d’ammoniac ou de méthanol.

    « La logistique de l’approvisionnement en hydrogène ressemblera probablement plus à celle du gaz naturel qu’à celle du pétrole, car l’hydrogène peut être produit dans de nombreux endroits, et le transport de l’hydrogène par bateau nécessite une flotte maritime qui n’existe pas encore  »

    L’ajout d’hydrogène dans les gazoducs existants est une solution possible, mais celle-ci comporte des risques, car l’adultération du gaz affecte la pression dans les conduites. Un réseau de pipelines dédiés à l’hydrogène coûterait plus cher maintenant, mais serait plus judicieux à moyen terme, le temps que la demande s’établisse. Des pipelines séparés pour l’hydrogène vert et l’hydrogène bleu augmenteraient les coûts de manière exponentielle et n’apporteraient aucun avantage réel puisque l’hydrogène qu’ils fournissent est le même.

    Washington et Ottawa tenteront d’amener leurs économies dans une transition vers l’hydrogène afin d’atteindre la carboneutralité. Étant donné les récents antécédents des politiciens qui ne s’entendent sur rien, l’économie de l’hydrogène pourrait ne jamais décoller. Le débat « bleu contre vert » pourrait également paralyser l’économie de l’hydrogène.

    Les membres de l’ACG savent ce qui est nécessaire pour faire progresser l’hydrogène en tant que composant du méthane. Ils comprennent l’importance de l’équipement pour favoriser la demande, et de la fiabilité pour convaincre les consommateurs d’investir dans un équipement leur permettant d’utiliser leur produit. Dans un monde rationnel, le secteur du gaz naturel gérerait la transition vers l’hydrogène si c’est ce que veulent les consommateurs.

    « Les membres de l’ACG savent ce qui est nécessaire pour faire progresser l’hydrogène en tant que composant du méthane. Ils comprennent l’importance de l’équipement pour favoriser la demande, et de la fiabilité pour convaincre les consommateurs d’investir dans un équipement leur permettant d’utiliser leur produit ».

    Les progrès réalisés en matière de vaccination et de lutte contre la COVID-19 pourraient rendre nos débats sur l’énergie au Canada et aux États-Unis un peu plus rationnels. Toutefois, les stratégies des deux pays en matière d’hydrogène resteront politiques, et donc incertaines, tant que les objectifs de carboneutralité correspondront à une équation à somme nulle en ce qui a trait à l’hydrogène bleu et vert.

    Christopher Sands est le directeur du Woodrow Wilson International Center for Scholars de la Canada Institute et un professeur-chercheur principal à la Paul H. Nitze Shool for Advanced International Studies de l’Université Johns Hopkins, les deux établis à Washington D.C.

    1. Energy Department Releases its Hydrogen Program Plan (12 novembre 2020), en ligne : Department of Energy <www.energy.gov/articles/energy-department-releases-its-hydrogen-program-plan>.
    2. Stratégie relative à l’hydrogène, en ligne : Ressources naturelles Canada <www.rncan.gc.ca/changements-climatiques/strategie-relative-lhydrogene/23134>.
    3. Types of Fuel Cells, Hydrogen and Fuel Cell Technology Office, en ligne : <www.energy.gov/eere/fuelcells/types-fuel-cells>.

  • Élection de 2020 aux États-Unis : La fin du tout-ou-rien?

    Élection de 2020 aux États-Unis : La fin du tout-ou-rien?

    Aux États-Unis où la participation électorale est rarement aussi élevée qu’au Canada, les politiciens américains déclarent presque toujours que l’élection à venir est la plus importante de tous les temps. Cette année ne fait pas exception alors que les candidats des deux principaux partis tentent de motiver les électeurs à distance en temps de quarantaine due à la maladie à coronavirus 2019 (COVID19). Selon les deux camps, l’élection de 2020 consiste à faire un choix entre le candidat qui se présente à vous et le triomphe du mal incarné. Qui pourrait se réjouir à cette idée?

    Toutefois, cette hyperbole d’année d’élection laisse à penser que quelque chose d’important se joue aux États-Unis. La polarisation politique de l’électorat, évidente depuis des décennies, s’est intensifiée. Chaque camp accuse les autres de ne pas respecter les normes et les conventions qui déjà fixaient les limites de la rhétorique ou de la façon de se comporter en public. Les nouvelles règles d’une « culture du bannissement » régissent la place publique en Amérique en ce moment, mais curieusement la violence à des fins politiques n’est pas bannissable, et on en fait même l’éloge dans certains cercles.

    En mettant de côté les flammes rugissantes et les braises encore brûlantes du discours politique américain, il est possible de voir le conflit d’un tout autre œil, non entre la droite et la gauche mais entre la génération des baby-boomers qui a dominé la scène politique depuis les années 1960 et les millénariaux qui sont devenus la plus grande génération de l’électorat américain en 2016 lorsque, il est permis de croire, la teneur de la politique des États-Unis a pris un mauvais tournant.

    Les baby-boomers et les millénariaux sont des activistes ainsi que des idéalistes. Aujourd’hui aux États-Unis, ils s’entendent pour dire que le statu quo est inacceptable. Par contre, ils ne s’entendent pas, même au sein de chaque cohorte générationnelle, sur la direction du changement qui devrait s’opérer.

    Depuis 1992, lorsque Bill Clinton est devenu le premier baby-boomer à être élu président des États-Unis, les électeurs mécontents de l’état actuel des choses ont fait de chaque élection une sorte de référendum, dont le vainqueur promettait d’apporter des changements. Tous les présidents depuis Clinton ont obtenu un deuxième mandat, promettant d’apporter encore plus de changements en vue de rester au pouvoir, ce qui a rendu la pilule encore plus difficile à avaler pour les idéalistes de l’autre camp. Lorsque les Républicains l’emportent, les critiques demandent si le Parti démocrate disparaîtra; lorsque les Démocrates sont réélus, ce sont les Républicains que l’on dit en voie d’extinction.

    « Aujourd’hui, aux États-Unis, les [baby-boomers et les millénariaux] s’entendent pour dire que le statu quo est inacceptable ».
    La politique aux États-Unis est, en ce sens, bien différente de la politique canadienne. Il est vrai que les tactiques dures et le langage cru, qui sont courants aux États-Unis, sont copiés par des politiciens canadiens. Mais les partis rivalisent pour le milieu de l’électorat. Justin Trudeau et Erin O’Toole peuvent débattre et rivaliser, mais aucun d’eux ne voit l’autre comme le mal incarné.

    Autrefois, la politique américaine ressemblait à celle du Canada en fait de ton et de tempérament, et pourrait y revenir sous peu. La raison en est la fatigue pure et simple de la rhétorique et des affronts extrêmes qui imprègnent la vie publique aux États-Unis. Comme au cours de récentes élections, les électeurs veulent du changement – même s’ils ne s’entendent pas sur la direction que doit prendre ce changement, eu égard aux questions administratives spécifiques auxquelles le pays fait face. Pour les Canadiens, l’aspect le plus important des élections de 2020 n’est pas qui gagnera, mais plutôt quelles indications cela donnera-t-il quant à la direction que devraient prendre les changements futurs aux États-Unis?

    Au niveau de la présidence, la personne qui remportera la Maison-Blanche sera une figure transitionnelle. Il s’agit presque certainement de la dernière élection pour laquelle les principaux candidats seront des baby-boomers. Si le président Donald Trump est réélu, les débats d’orientation sont susceptibles de se poursuivre au cours des quatre prochaines années de la même manière qu’ils se sont produits depuis 2016, avec des débats sur la légitimité du résultat de l’élection, des marches de protestation et malheureusement, d’autres manifestations violentes dans les rues américaines. Si l’ancien vice-président Joseph Biden l’emporte, son âge avancé et sa santé rendront un deuxième mandat peu probable et il n’est pas clair que les progressistes dynamiques du Parti démocrate seront en mesure de promulguer des lois ou de mettre en œuvre leur programme d’action avec un soutien incertain d’un président centriste et d’un électorat divisé. Dans les deux scénarios, la frustration et les divergences d’opinion virulentes mèneront les Américains et les Canadiens, aussi, à chercher des étoiles montantes parmi les plus jeunes politiciens qui pourraient se présenter en 2024.

    Personnellement, j’ai bon espoir que l’élection de 2024 apportera un vent de changement et même de renouveau du centrisme à la politique américaine. Lorsque les engueulades et les menaces s’estompent, il y a un niveau surprenant de consensus public sur les questions administratives qui, comme le soutiennent nos critiques, divisent les États-Unis de façon irréparable. Nous nous opposons au racisme et à la brutalité policière, nous estimons les manifestations et abhorrons les émeutes. Nous souhaitons que la science et la politique publique permettent de maîtriser la pandémie de la COVID-19.

    Et sur la scène internationale, des majorités bipartisanes soutiennent le mélange de libéralisation commerciale pour nos secteurs concurrentiels et de protection pour les industries en déclin et les travailleurs, que renferme l’Accord Canada–États-Unis–Mexique. Lorsque les administrations Obama et Trump ont cherché à retirer leurs forces armées de guerres et d’initiatives de reconstruction de nations à l’étranger, peu ont pleuré l’interventionnisme des années Clinton et Bush. La récente approche budgétaire qui combine des réductions d’impôt avec de plus grandes dépenses pourrait démoraliser les adeptes du libre-échange, mais elle est appréciée du Congrès et des électeurs.

    Ce qui caractérise chacun des domaines d’entente en matière de politique est le compromis, ce qui va à l’encontre de la rhétorique du « tout-ou-rien » de la droite et de la gauche en fait de politique et d’activisme politique en 2020. Alors que des commentateurs haletants nous laissent entendre qu’une réélection de Trump ou une victoire de Biden entraînerait la fin du monde et déclencherait une apocalypse en termes de politique et que bon nombre de millénariaux estiment que 2020 ne changera rien à rien, regarder au-delà de cette élection vers 2024 permet d’espérer de voir la politique du tout-ou-rien prendre fin et de redécouvrir les compromis qui rendraient la politique américaine plus canadienne. Il nous est permis de l’espérer.

    « La politique américaine ressemblait à celle du Canada en fait de ton et de tempérament, et pourrait y revenir sous peu ».

    Christopher Sands est le directeur du Woodrow Wilson International Center for Scholars de la Canada Institute et un professeur-chercheur principal à la Paul H. Nitze Shool for Advanced International Studies de l’Université Johns Hopkins, les deux établis à Washington D.C.