Animé par un enthousiasme pour l’énergie et un désir d’apprendre, David Morton poursuit sa carrière en travaillant sur des questions liées à la fiabilité énergétique.
Par Graham Chandler
« J’ai toujours été intéressé par l’énergie – c’est l’une des raisons qui m’ont poussé à me diriger vers le génie mécanique » [traduction], explique David Morton, ing., ICD.D. Il est actuellement président-directeur général du Canadian Energy Reliability Council (CERC), cadre en résidence chez Énergie Positive à l’Université d’Ottawa et président de l’International Confederation of Energy Regulators (ICER).
« Mon premier point d’entrée dans l’industrie de l’énergie a été la règlementation des services publics, explique-t-il. Les entreprises de services publics sont souvent les seuls fournisseurs de services énergétiques dans une région. Cela en fait ce que les économistes appellent des fournisseurs monopolistiques, dont les tarifs ne sont généralement pas soumis à l’influence du marché exercée par un concurrent. Cela expose potentiellement les clients au risque de payer trop cher ou de recevoir un service qui n’est pas optimal. » [Traduction]
Les organismes de règlementation des services publics sont avant tout des « organismes de règlementation économique » et leur rôle consiste à se substituer aux forces du marché afin de protéger les clients, explique-t-il. Ils doivent également veiller à ce que les services publics perçoivent suffisamment de recettes pour leur permettre de dégager un rendement équitable des investissements généralement considérables qu’ils doivent réaliser dans les infrastructures.
« C’est cette nécessité d’équilibrer les intérêts économiques qui m’intéresse, en plus de mon intérêt général pour l’énergie, explique M. Morton. Les aspects d’intérêt public qui consistent à faire en sorte que les entreprises de services publics fournissent une énergie sûre et fiable, qu’elles puissent obtenir un rendement équitable et que le public soit protégé contre tout excès des fournisseurs monopolistiques sont stimulants, intéressants et, lorsqu’on y parvient, gratifiants. » (Traduction) Et c’est ce qui a guidé sa carrière.
M. David Morton, ing., ICD.D., est président-directeur général du Canadian Energy Reliability Council (CERC), cadre en résidence chez Énergie positive à l’Université d’Ottawa et président de l’International Confederation of Energy Regulators (ICER).
David Morton est né au Royaume-Uni et y a vécu jusqu’à l’âge de 9 ans, lorsque sa famille a déménagé au Canada. « Mes parents avaient une certaine envie de voyager, et j’ai fini par aller à l’école à Thunder Bay (Winnipeg) et à Orlando (Floride), et dans plusieurs endroits du Sud de l’Ontario » [traduction], explique-t-il. Cette envie de voyager s’est également manifestée dans ses choix de carrière, qui ont débuté par un baccalauréat en sciences et en génie mécanique à l’Université de Toronto en 1977.
Avant de travailler dans les secteurs de l’industrie de l’énergie et des services publics, il a consacré une grande partie de sa carrière à l’informatique. « Tout a commencé par un intérêt pour ce qu’on appelait souvent l’informatique visuelle à la fin des années 1970 et au début des années 1980, explique-t-il. J’ai cofondé une entreprise afin de développer des logiciels permettant de créer des simulations et des modèles visuels. À l’époque, cela représentait une véritable révolution dans un monde où les ordinateurs personnels venaient tout juste d’apparaître et n’affichaient qu’un nombre limité de caractères sur un écran vert. J’ai utilisé le logiciel que nous avions développé pour créer des modèles pour divers projets, notamment l’agrandissement du terminal et la construction d’une deuxième piste à l’aéroport de Vancouver. » [Traduction]
Le succès de ce projet l’a incité à poursuivre une carrière dans le domaine en plein essor des technologies de l’information. « J’ai géré divers projets de développement informatique pour des entreprises et des organismes gouvernementaux, raconte-t-il. Bon nombre d’entre eux étaient conçus sur mesure et exigeaient une bonne compréhension des besoins des utilisateurs du système et de la capacité du logiciel à répondre à ces besoins, compte tenu des contraintes budgétaires du projet. » [Traduction]
En 2010, il a appris qu’un poste de commissaire à temps partiel était vacant à la BC Utilities Commission (BCUC). Il était très intéressé et s’est dit : « Je pourrais intégrer cela à mon autre travail, cependant, le travail était si intéressant que j’ai fini par prendre en charge de plus en plus de dossiers. Puis, environ cinq ans plus tard, le poste de président-directeur général s’est libéré et j’ai posé ma candidature, qui a été retenue. Ce poste m’a permis de mettre mes compétences en leadership au service de tous les Britanno-Colombiens. Ce fut un honneur d’être l’un des dirigeants ayant les plus longs états de service à la BCUC. L’une des considérations est l’échelle et la portée de l’énergie fournie par le gaz naturel, explique-t-il. Celui-ci fournit actuellement plus d’énergie que l’électricité, et certaines des utilisations du gaz naturel sont très difficiles à satisfaire avec l’électricité, comme la fabrication de ciment, par exemple. » [Traduction]
Bien qu’il soit théoriquement possible de remplacer le gaz naturel par l’électricité, cela impliquerait au minimum de doubler la quantité d’électricité que nous produisons actuellement au Canada, explique M. Morton. « Et ce doublement s’inscrit dans un contexte où nous pourrions également avoir besoin d’électricité supplémentaire si nous décidons d’électrifier notre réseau de transport en remplaçant les carburants à base de pétrole par l’électricité et si nous décidons aussi d’électrifier la liquéfaction du gaz naturel afin de développer un secteur d’exportation de GNL. De plus, tout cela s’ajoute à la fourniture de quantités croissantes d’électricité pour alimenter les centres de données et les processus d’intelligence artificielle (IA), et pour répondre à la demande croissante d’électricité d’une population en augmentation, ajoute-t-il. Même s’il ne faut jamais dire jamais, compte tenu de l’état actuel de la technologie et des infrastructures énergétiques, il est peu probable que le Canada abandonne le gaz naturel comme ressource », conclut-il. [Traduction]
« Compte tenu de l’état actuel de la technologie et des infrastructures énergétiques, il est peu probable que le Canada abandonne le gaz naturel comme ressource. » [Traduction]« Je ne suis pas favorable à l’opposition du gaz naturel à l’électricité, ajoute M. Morton. Je m’efforce d’adopter une vision équilibrée et de poser les questions difficiles. Je pense que nous devons garder l’esprit ouvert et être conscients des défis et des limites de chaque source d’énergie. Je siège au conseil d’administration du Western Electricity Coordinating Council, qui est chargé de veiller au respect et à l’application des normes de fiabilité électrique dans une région appelée western interconnect, qui comprend 17 États américains ainsi que certaines parties du Nord du Mexique, de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. La fiabilité de l’électricité est donc un sujet qui me tient à cœur, tout comme la fiabilité énergétique en général. » [Traduction]
M. Morton affirme que son désir d’équilibre s’étend à son mode de vie. « Le travail est important pour cet équilibre, et pour qu’il soit réussi, il faut aimer ce que l’on fait. J’ai l’immense chance de pouvoir dire que je suis passionné par le travail que je continue à faire, même si j’ai dépassé l’âge de la retraite. » [Traduction]
Par exemple, David continue de collaborer avec ses collègues du milieu de la règlementation à l’échelle internationale en tant que président bénévole de l’International Confederation of Energy Regulators (ICER).
Mais ce n’est pas tout : « J’ai récemment lancé une nouvelle initiative appelée le Canadian Energy Reliability Council, ajoute-t-il. Le Council a pour mission de créer de nouveaux modèles de collaboration à l’échelle du réseau énergétique et de contribuer à redéfinir la façon dont les décideurs politiques et le public perçoivent la fiabilité, précise-t-il. La fiabilité énergétique est un sujet qui nous concerne tous, mais qui semble souvent passer au second plan derrière d’autres questions jugées plus urgentes. Je suis très heureux de pouvoir mener à bien cette initiative. » [Traduction]
Une autre réalisation dont il est fier est sa participation régulière à des conférences et à des formations internationales destinées à d’autres organismes de règlementation à travers le monde. « J’ai collaboré avec des organismes de règlementation et des gouvernements au Botswana, en Macédoine, en Zambie, en Namibie, en Moldavie, au Sri Lanka, en Argentine, en Bosnie, en Dominique, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, au Brésil, au Kazakhstan et au Bangladesh. » [Traduction]
En plus de ces activités et de nombreuses autres activités paraprofessionnelles, « l’un de mes passe-temps consiste à essayer de comprendre l’histoire, explique-t-il. Comme l’a dit le philosophe espagnol George Santayana : ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter. Je pense qu’à bien des égards, nous sommes à la croisée des chemins et qu’en tant que société, nous sommes trop prompts à ignorer les leçons de l’histoire. » [Traduction]
Ainsi, cet esprit familial d’aventure n’a jamais vraiment quitté David. Même s’il s’exprime sous des formes légèrement différentes, il est toujours présent. « Lorsque je ne suis pas occupé par des activités liées à l’énergie ou aux services publics, j’apprécie voyager, tant au niveau local qu’international, explique-t-il. J’ai la chance de vivre dans une région magnifique du monde, je ne me lasse jamais des paysages de la côte Ouest. Je trouve que voyager à l’étranger m’ouvre les yeux et l’esprit à d’autres cultures et d’autres perspectives. C’est également l’occasion d’en apprendre davantage sur l’histoire commune qui nous unit tous. » [Traduction]
Le présent numéro d’ÉNERGIE marque la fin de mon mandat en tant que rédacteur en chef après près de 16 ans au sein de l’Association canadienne du gaz (ACG) et presque autant au sein de ce magazine, que nous avons lancé en 2014. Le secteur de l’énergie gazière au Canada a connu une croissance remarquable au cours de cette période, et le magazine ÉNERGIE en a été le témoin, comme c’est encore le cas pour le présent numéro.
Le présent numéro débute par notre rubrique politique habituelle : des commentateurs libéraux, conservateurs et néo-démocrates nous présentent chacun leur point de vue sur un sujet d’actualité. Cette fois-ci, le thème abordé est la manière dont le Canada devrait saisir l’opportunité que représente le gaz naturel dans un contexte nord-américain de plus en plus incertain. Les analyses révèlent l’éventail des questions politiques en jeu, de l’expansion des exportations à la politique climatique, en passant par la mobilisation des peuples autochtones.
Ce paysage nord-américain est au cœur du prochain grand article – « La forteresse Amérique du Nord ? » – qui porte sur l’évolution des relations entre le Canada, les États-Unis et le Mexique à l’ère des droits de douane, du nationalisme énergétique et du besoin urgent de renforcer les infrastructures énergétiques et l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement. Alors que la demande en services énergétiques (gaz naturel et électricité) continue de croître en Amérique du Nord, cet article offre un aperçu opportun des risques et des possibilités qui s’offrent à nous.
Dans notre rubrique Faits et développements, nous nous penchons sur l’amélioration continue de l’efficacité énergétique dans les foyers partout au Canada. Malgré une clientèle croissante, la consommation résidentielle de gaz naturel est restée remarquablement stable, ce qui témoigne de l’efficacité des équipements, des programmes de longue date de gestion axée sur la demande (GAD) et des investissements soutenus dans des technologies qui favorisent à la fois l’accessibilité financière et la réduction des émissions.
Notre Profil d’un membre de l’industrie porte sur David Morton, qui a mené une carrière variée et fascinante, notamment en tant que l’un des responsables de premier plan au Canada en matière de règlementation de l’énergie. Son parcours reflète un intérêt de longue date pour la manière dont les choses affectent la vie quotidienne des Canadiennes et des Canadiens, en trouvant un équilibre entre coût et fiabilité, innovation et commodité, besoins immédiats et résilience à long terme.
Le Profil du fournisseur, du fabricant et de l’entrepreneur du présent numéro met en vedette l’entreprise Viega, un leader mondial fort de 125 ans d’expérience dans le domaine des technologies de tuyauterie, qui continue de contribuer à la distribution fiable et sûre du gaz naturel en Amérique du Nord. Grâce à sa présence croissante et à ses capacités de fabrication de pointe, Viega illustre de quelle manière les fournisseurs aident le secteur à se moderniser et à s’adapter aux nouveaux besoins liés aux combustibles multiples et à la réduction des émissions.
Ensemble, ces articles mettent en évidence un secteur bien positionné pour répondre aux demandes émergentes avec expertise et détermination.
Pour conclure, je tiens à souligner que mon travail de rédacteur en chef de cette publication a été un véritable privilège. J’ai eu l’occasion de collaborer avec des chercheurs experts, des leaders du secteur et de nombreuses autres personnes profondément soucieuses de l’avenir de notre filière énergétique, et j’ai beaucoup appris. Je suis particulièrement reconnaissant envers vous, nos lecteurs, pour votre intérêt et votre soutien continus.
Nous remercions le personnel remarquable de l’ACG qui a contribué de manière significative au succès de ce magazine et de toutes les activités de l’ACG.
Ce fut un honneur de servir, par l’intermédiaire de nos entreprises membres, les millions de Canadiennes et de Canadiens qui utilisent quotidiennement le gaz naturel pour améliorer leur qualité de vie. Je souhaite qu’ils continuent de profiter du gaz naturel et des infrastructures gazières pour les générations à venir.
Dans un monde de plus en plus instable, la nécessité d’une alliance énergétique nord-américaine solide pour garantir la sécurité énergétique, stimuler la croissance économique, atteindre les objectifs climatiques et tenir à distance les adversaires géopolitiques peut sembler plus urgente que jamais. Bien que les avantages puissent être évidents pour le Canada, les États-Unis et le Mexique, qui partagent déjà un réseau énergétique hautement intégré, certains observateurs affirment que les relations commerciales trilatérales qui se détériorent et les priorités nationales conflictuelles ont assombri les perspectives d’un alignement stratégique en matière d’énergie. D’autres affirment que l’établissement de la Forteresse Amérique du Nord est non seulement nécessaire, mais également réalisable, et que le moment est venu d’agir.
« … l’établissement de la Forteresse Amérique du Nord est non seulement nécessaire, mais également réalisable, et le moment est venu d’agir. » [Traduction]Par David H. Coburn
Lors de leur dernière rencontre, les dirigeants nord-américains ont convenu de la nécessité de mettre en place des chaînes d’approvisionnement régionales afin de promouvoir la sécurité économique en protégeant les économies hautement intégrées du Canada, des États-Unis et du Mexique – une décision facile à prendre compte tenu des souvenirs encore frais des goulots d’étranglement liés à la pandémie et des tensions géopolitiques croissantes. Des questions plus épineuses liées aux médicaments, à l’immigration et à l’énergie, notamment les différentes approches face aux changements climatiques et les politiques mexicaines restreignant les investissements étrangers dans le secteur énergétique, n’ont pas été résolues.
Néanmoins, le sommet des « Trois Amigos » qui s’est tenu en janvier 2023 à Mexico a suscité suffisamment d’optimisme pour que la rédaction du Los Angeles Times se montre éloquente dans sa défense de l’alliance qui, depuis sa création en 1994 sous le nom d’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), aujourd’hui appelé Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), a permis d’accroître la prospérité des trois partenaires.
« Bien sûr, les États-Unis, le Mexique et le Canada ont leurs propres besoins et intérêts (et défis politiques), selon le Times. Toutefois, le partenariat nord-américain est trop important et présente trop d’occasions intéressantes pour être mis de côté par des relations glaciales. Le sommet devrait nous rappeler tout ce que les pays peuvent accomplir ensemble. » [Traduction]
Près de trois ans plus tard, cet optimisme semble malheureusement en contradiction avec la réalité actuelle. Avec l’arrivée de nouveaux dirigeants à Ottawa, Washington et Mexico, la libéralisation du commerce et la coopération trilatérale ont été reléguées au second plan au profit de manœuvres bilatérales, à la suite de l’imposition par le président américain Donald Trump de droits de douane sur ses deux principaux partenaires commerciaux, y compris une menace de taxe de 10 % sur le pétrole et le gaz naturel canadiens, qui bénéficiaient jusqu’alors d’un statut de franchise douanière dans le cadre de l’ALENA et de l’ACEUM.
Les tensions commerciales croissantes, combinées à la montée du nationalisme énergétique au Mexique et aux programmes nationaux conflictuels de chaque pays, ont jeté une ombre sur la vision longtemps recherchée d’une « Forteresse Amérique du Nord » qui promettait d’assurer l’indépendance énergétique et la prospérité économique du continent, d’atténuer les menaces provenant d’acteurs étrangers hostiles et d’aider chaque partenaire à respecter ses obligations en matière de climat.
Un observateur, dans un article publié en février 2025 dans The Elgar Companion to North American Trade and Integration, qualifie le potentiel d’une alliance énergétique aussi solide d’« image dans le rétroviseur », La solide coopération trilatérale du début des années 2000, qui a inspiré le surnom de « Trois Amigos », est désormais une relique du passé, remplacée par « quelque chose qui ressemble davantage à trois connaissances bilatérales dans les années 2020 ». [Traduction]
En effet, depuis la première salve tarifaire lancée par Trump peu après son retour au pouvoir en janvier dernier, le Canada s’est activement engagé dans la recherche de partenariats énergétiques distincts avec le Mexique qui pourraient profiter aux deux pays. Parallèlement, des questions subsistent quant à l’avenir de l’ACEUM, approuvé en 2020, les États-Unis refusant de s’engager à renouveler le pacte tripartite, qui doit faire l’objet d’une rétrospective obligatoire l’été prochain.
D’autres, dont Damjan Krnjević Mišković, expert international en politique énergétique, offrent une vision plus optimiste des perspectives de création d’une Forteresse Amérique du Nord pour la sécurité énergétique. Tout en reconnaissant les défis politiques actuels, le partenariat pour atteindre la sécurité énergétique est clairement l’une de ces opportunités trop précieuses pour être compromises par des « relations glaciales », comme le souligne le Times. Il s’agit d’un objectif non seulement nécessaire, mais également à la portée du continent, compte tenu de ses vastes ressources en pétrole, en gaz, en minéraux essentiels, en technologie et en capitaux d’investissement, ainsi que de son réseau transfrontalier d’infrastructures énergétiques déjà profondément interconnecté.
Krnjević, ancien haut fonctionnaire canadien des Nations Unies qui a grandi à Montréal et qui est aujourd’hui professeur de pratique en géopolitique contemporaine à l’université ADA de Bakou, en Azerbaïdjan, définit la sécurité énergétique comme une condition fondamentale du développement et « un préalable indispensable à pratiquement tout ce que les citoyens et les gouvernements souhaitent accomplir » [traduction], qu’il s’agisse de bâtir des économies solides au niveau national ou de partager leurs ressources abondantes de manière à aider leurs alliés et partenaires commerciaux à atteindre leur propre sécurité énergétique et à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre en remplaçant les sources d’énergie plus polluantes.
« Aucun pays au monde, quel que soit son stade de développement, ne peut se développer ou poursuivre son développement sans un réseau énergétique fiable, résilient, abordable et abondant… » [Traduction]« Aucun pays au monde, quel que soit son stade de développement, ne peut se développer ou poursuivre son développement sans un réseau énergétique fiable, résilient, abordable et abondant », a déclaré M. Krnjević. « Il est impossible d’atteindre une prospérité durable sans garantir, autant que possible, la sécurité énergétique. Il serait géopolitiquement irresponsable de ne pas faire tout ce qui est en notre pouvoir – nous, les Nord-Américains, c’est-à-dire les Canadiens et nos voisins américains et mexicains, ensemble – pour acquérir et maintenir l’autosuffisance, l’autonomie et la sécurité énergétiques… en d’autres termes, la souveraineté et l’indépendance énergétiques. Je ne vois tout simplement pas comment nous pouvons atteindre cet objectif stratégique en discriminant l’utilisation du gaz naturel, du pétrole et d’autres sources d’énergie locales. Nos abondantes ressources en hydrocarbures sont des atouts stratégiques nationaux, et non des passifs. Nos décideurs politiques doivent encourager la poursuite du développement des infrastructures de transport et de stockage pertinentes, y compris les pipelines, afin d’alimenter nos foyers, nos entreprises, nos usines, nos centres de données et nos ports d’exportation à l’étranger en sources d’énergie plus abordables, plus efficaces et plus sûres. » [Traduction]
Alors que la collaboration en matière d’énergie est au point mort – les trois ministres de l’Énergie de l’Amérique du Nord ne se sont pas réunis depuis 2017 – et que les politiques commerciales de M. Trump remettent en question l’avenir de l’ACEUM, les partisans du libre-échange à travers le continent se joignent à l’appel en faveur d’un regain d’efforts pour travailler ensemble. Le Conseil canadien des affaires et ses homologues, la Chambre de commerce des États-Unis et le Consejo Coordinador Empresarial du Mexique, ont publié en mai un document intitulé « North American Energy Security: A Proposal for Greater Cooperation » (sécurité énergétique en Amérique du Nord : une proposition pour une plus grande coopération), appelant le Canada, les États-Unis et le Mexique à poursuivre le développement d’une « alliance énergétique nord-américaine » axée sur la maximisation de la sécurité énergétique commune et des intérêts économiques et géopolitiques.
« L’Amérique du Nord occupe une position unique pour tirer parti de ses ressources naturelles et de ses marchés énergétiques profondément intégrés afin de renforcer la sécurité énergétique et l’économie dans les années à venir, a déclaré le groupe dans sa proposition. Une collaboration transfrontalière renforcée et officialisée sous l’égide d’une alliance énergétique nord-américaine fournirait un cadre durable pour consolider le rôle du continent en tant que puissance énergétique mondiale. » [Traduction]
L’intégration énergétique est profondément ancrée
La nature interconnectée des marchés et des infrastructures énergétiques nord-américains – avec des réseaux tentaculaires d’oléoducs, de gazoducs et de réseaux électriques qui traversent les frontières du Canada, des États-Unis et du Mexique – fait en soi de la sécurité énergétique une question qu’il vaut mieux traiter sur une base trilatérale plutôt que comme une préoccupation purement nationale ou bilatérale, malgré les obstacles posés par les menaces tarifaires actuelles et d’autres barrières non tarifaires qui affectent le commerce de l’énergie entre les trois partenaires de l’ACEUM.
« La sécurité énergétique nord-américaine est-elle nécessaire? Oui. Et la raison est assez simple : nos réseaux énergétiques sont hautement intégrés. Ainsi, même si un acteur ou un État hostile s’efforce de compromettre la sécurité énergétique américaine, de telles actions auront inévitablement des effets néfastes sur le Canada et, dans une moindre mesure, sur le Mexique, a déclaré M. Krnjević. Cela signifie donc qu’il est nécessaire que les trois pays nord-américains unissent leurs forces pour réagir. Le continent occupe une position unique, car il est pratiquement isolé géographiquement et dispose de ressources phénoménales, ce qui lui permet de s’assurer que les acteurs hostiles ne parviennent pas à leurs fins. » [Traduction]
L’Amérique du Nord produit actuellement 30 % du pétrole et du gaz mondiaux, les États-Unis occupant la première place dans ces deux domaines et étant également le premier exportateur de pétrole et de gaz. Au cours des deux dernières années, ils sont devenus le premier exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL). Le Canada est le quatrième producteur mondial de pétrole et le cinquième producteur mondial de gaz naturel. Le Mexique se classait onzième pour la production de pétrole et vingtième pour la production de gaz naturel en 2024.
Tout aussi important est le degré élevé d’interdépendance énergétique qui lie le destin des trois pays, en particulier celui du Canada et des États-Unis. Le Canada est le deuxième plus grand partenaire commercial des États-Unis, avec des échanges bilatéraux s’élevant à 917 milliards de dollars en 2024, dont 150 milliards dans le secteur de l’énergie, qui a plus que doublé depuis 2010, où il représentait près de 100 milliards de dollars. Le Canada représente 60 % des importations pétrolières des États-Unis, exportant du pétrole brut lourd vers les raffineries américaines, principalement dans le Midwest.
Le flux bidirectionnel de gaz naturel entre les États-Unis et le Canada, rendu possible par un vaste réseau de pipelines qui relie plus de huit provinces canadiennes et dix États américains, passant par 27 postes frontaliers, illustre l’ampleur de l’intégration des systèmes énergétiques en Amérique du Nord. Le gaz canadien est acheminé vers les États-Unis, avec 73 milliards de mètres cubes destinés à des marchés clés tels que la côte Ouest, le Midwest et le Nord-Est en 2023. Parallèlement, le Canada reçoit du gaz américain, l’Est du pays dépendant de livraisons de 25 milliards de mètres cubes de gaz naturel américain importé du Midwest et du Nord-Est.
« Le flux bidirectionnel de gaz naturel entre les États-Unis et le Canada, rendu possible par un vaste réseau de pipelines qui relie plus de huit provinces canadiennes et dix États américains, passant par 27 postes frontaliers… » [Traduction]Au total, 13 États américains dépendent du gaz naturel importé du Canada pour au moins 30 % de leur approvisionnement en gaz naturel, selon une analyse d’impact tarifaire réalisée par l’Association canadienne du gaz (ACG) en janvier 2025. En moyenne, près de 60 % du gaz entrant dans ces États provient du Canada, ce pourcentage variant de 30 % dans des États comme la Californie et l’Iowa à 100 % dans des États comme le Montana et le Vermont.
Presque tous ces États utilisent le gaz pour au moins un quart de leur consommation finale totale d’énergie, en plus de l’utiliser pour produire de l’électricité. De plus, le Canada est également le premier exportateur d’électricité vers les États-Unis, fournissant plus de 90 % des importations d’électricité américaines via 35 lignes de transport en 2023, près des deux tiers de la production totale provenant d’énergie hydroélectrique propre.
Le vaste réseau de pipelines a également ouvert de nouveaux marchés aux producteurs de gaz naturel canadiens, qui fournissent désormais du gaz à de grands exportateurs américains de GNL tels que Cheniere Energy, permettant ainsi au gaz naturel canadien d’atteindre les marchés étrangers avant même que l’installation d’exportation de GNL Canada à Kitimat, en Colombie-Britannique, n’expédie sa première cargaison de GNL à la mi-2025. Ces accords ont aidé l’Amérique du Nord à soutenir ses alliés européens et asiatiques dans leurs efforts pour renforcer leur propre sécurité énergétique en éliminant leur dépendance au gaz naturel russe à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.
Bien que de moindre envergure, le commerce énergétique entre les États-Unis et le Mexique – 66,5 milliards de dollars en 2023, soit moins de 10 % des 946 milliards de dollars que représente le commerce bilatéral total entre les deux pays – repose lui aussi sur un réseau énergétique fortement interconnecté. Le Mexique importe plus de 70 % du gaz naturel qu’il consomme des États-Unis via des pipelines transfrontaliers, ainsi qu’une gamme de produits pétroliers tels que l’essence, le diesel et le propane. En matière d’exportation d’énergie, le Mexique exporte vers le nord, aux États-Unis, le pétrole brut produit par son entreprise pétrolière nationale, PEMEX, ainsi qu’une petite quantité d’électricité via des lignes de transport transfrontalières.
Bien que les échanges énergétiques entre le Canada et le Mexique aient été négligeables jusqu’à présent, les perspectives de croissance du commerce bilatéral dans ce domaine et d’intégration accrue des marchés énergétiques nord-américains sont de plus en plus prometteuses. Le « Plan d’action Canada-Mexique » annoncé en septembre par le premier ministre Mark Carney et la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum vise à développer des opportunités de collaboration sur des projets énergétiques susceptibles de répondre à la demande croissante du Mexique en gaz naturel pour satisfaire ses besoins en matière de production d’électricité et d’industrie.
Par exemple, la nouvelle installation de liquéfaction et de regazéification de GNL du Mexique sur la côte Ouest, Energia Costa Azul, située sur la côte Pacifique en Basse-Californie, pourrait ouvrir un nouveau marché pour la capacité d’exportation de GNL en pleine expansion du Canada, tout en aidant le Mexique à développer et à décarboniser son économie et, parallèlement, à réduire sa dépendance aux approvisionnements en gaz naturel des États-Unis.
Une chose est claire : la demande en énergie nord-américaine est en forte hausse, tant au niveau national qu’international. Avec la demande en gaz naturel pour la production d’électricité et l’utilisation directe qui atteint des sommets partout en Amérique du Nord, stimulée par la croissance économique, l’électrification généralisée, le retrait progressif des centrales à charbon et l’explosion des besoins en énergie des centres de données d’intelligence artificielle, les Trois Amigos et leurs alliés auront besoin de plus d’énergie, et non moins, pour assurer leur sécurité énergétique, rendant ainsi une collaboration étroite plus importante que jamais.
Clé de l’approche « globale »
Pour faire progresser la vision de Forteresse Amérique du Nord, les promoteurs reconnaissent que la sécurité énergétique doit commencer chez soi, avec des réformes politiques indispensables au niveau national dans les trois pays afin de supprimer les obstacles au développement des ressources naturelles et à l’investissement dans les infrastructures pour les énergies renouvelables et les énergies non renouvelables à faible teneur en carbone, si le continent veut assurer sa primauté en tant que puissance énergétique mondiale.
La proposition du Conseil canadien des affaires désignée sous le nom d’« Alliance énergétique nord-américaine », par exemple, préconise une approche globale qui « oriente les investissements privés et publics ainsi que les mesures de soutien vers des projets qui renforcent la sécurité énergétique à court et à long terme et la résilience des chaînes d’approvisionnement » [traduction], notamment en augmentant les exportations de GNL et d’autres énergies sur les côtes Est et Ouest.
La proposition prévoit également la création d’un groupe de travail nord-américain règlementaire « chargé d’élaborer une vision commune pour identifier, approuver et autoriser rapidement les infrastructures et les installations qui renforcent la résilience combinée des chaînes d’approvisionnement en énergie et en minéraux essentiels de l’Amérique du Nord, en mettant particulièrement l’accent sur les infrastructures transfrontalières et les chaînes d’approvisionnement intégrées » [traduction].
Dans un livre blanc intitulé North America’s Moment : The case for North American energy cooperation (le moment de l’Amérique du Nord : les arguments en faveur de la coopération énergétique nord-américaine), le groupe de réflexion américain Atlantic Council reconnaît également le rôle clé du gaz naturel dans la transition énergétique et estime qu’il est essentiel de rationaliser les processus d’octroi de licences et de permis dans les trois pays afin de maximiser la sécurité énergétique, de respecter les obligations climatiques et de stimuler la croissance économique.
Ces deux recommandations constituent une critique directe des politiques qui ont freiné le développement des ressources énergétiques du Canada au cours de la dernière décennie – notamment la Loi sur l’évaluation d’impact, la taxe industrielle sur le carbone, l’interdiction relative aux pétroliers et le plafond d’émissions – et qui ont permis aux États-Unis de « devancer le Canada » dans la course à l’exportation de GNL, comme l’a déclaré Greg Ebel, président-directeur général d’Enbridge, dans un discours prononcé en octobre devant l’Empire Club of Canada à Toronto.
M. Krnjević, qui a contribué au lancement des négociations ayant abouti à l’adoption du Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations Unies et qui a été étroitement associé aux récentes conférences des Nations Unies sur les changements climatiques, notamment la COP29 qui s’est tenue l’année dernière à Bakou, fait également partie de ceux qui ont plaidé en faveur d’une approche canadienne « globale » en matière d’énergie : tous les combustibles, toutes les technologies, tous les réseaux, et plus encore, comme il l’a écrit dans un article publié en août 2025 pour le MacDonald-Laurier Institute. « Pour transformer notre pays en une superpuissance énergétique, il faut considérer les hydrocarbures comme faisant partie intégrante d’une stratégie énergétique globale, uniforme et non discriminatoire », a-t-il ajouté. M. Krnjević fait également partie de ceux qui rejettent sans équivoque l’idéologie « climato-maximaliste » qui sous-tend ces politiques, selon laquelle le développement des ressources en hydrocarbures du Canada et la réduction des émissions de carbone liées aux changements climatiques sont des objectifs incompatibles.
En réalité, c’est tout le contraire. L’expansion rapide des infrastructures gazières au Mexique a permis de remplacer les combustibles plus polluants utilisés dans la production d’électricité, les transports et les applications industrielles. Au-delà de l’Amérique du Nord, les pays en développement du monde entier ont besoin de sources d’énergie plus propres, notamment le gaz naturel, pour remplacer les combustibles inefficaces et nocifs pour la santé tels que le feu nu, le charbon, le fumier, le bois et les résidus de cultures, et pour stimuler leur développement économique.
M. Krnjević souligne que les obligations climatiques du Canada comprennent la contribution à un fonds de 300 milliards de dollars américains convenu lors de la COP29 pour aider les pays en développement à mettre en œuvre des mesures d’atténuation ou d’adaptation aux changements climatiques. Il ajoute que les abondantes réserves de gaz naturel du Canada et sa capacité croissante d’exportation de GNL doivent faire partie de la solution pour réduire les émissions, non seulement dans ces pays, mais aussi dans les pays développés fortement émetteurs à l’échelle mondiale.
« Le Mexique est le pays d’Amérique du Nord où il est le plus facile de réduire les émissions, et le développement rapide des ressources énergétiques de ce pays est le meilleur moyen d’y parvenir rapidement, a déclaré M. Krnjević. Au-delà de cela, la réalité est que la plus grande opportunité de réduction des émissions réside dans le transfert de l’énergie nord-américaine vers les marchés mondiaux, ainsi que de la technologie nord-américaine vers les marchés mondiaux, et ces deux éléments nécessitent un développement économique plus rapide en Amérique du Nord. » [Traduction]
Bien que l’Amérique du Nord représente 30 % de la demande énergétique mondiale, le continent contribue moins de la moitié de cette quantité, soit environ 14,3 %, aux émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), selon M. Krnjević, qui qualifie les performances environnementales de l’Amérique du Nord de « l’un de ses plus grands atouts » et « d’un élément qui devrait être considéré comme faisant partie de l’ensemble des actifs de la Forteresse Amérique du Nord » [traduction].
Les États-Unis et le Mexique se sont également associés pour faire pencher la balance, en sélectionnant les gagnants et les perdants dans le domaine de l’énergie et en adoptant des politiques qui ont entravé la coopération trilatérale et bloqué l’intégration des réseaux énergétiques. Aux États-Unis, l’annulation du projet de pipeline Keystone XL et la suspension des autorisations de GNL viennent immédiatement à l’esprit. Le Mexique continue de favoriser les sociétés d’État d’électricité et de pétrole au moyen de politiques qui limitent les investissements étrangers indispensables dans les infrastructures énergétiques, y compris les projets d’énergie renouvelable, en refusant les autorisations gouvernementales nécessaires pour se connecter au réseau national.
« Les décideurs politiques devraient cesser de privilégier une utilisation finale plutôt qu’une autre et encourager tous les réseaux d’approvisionnement en carburant – électriques, gazeux, liquides, voire solides – afin de favoriser la concurrence et d’accroître l’accès à l’énergie pour tous, a déclaré M. Krnjević. L’énergie est le moteur de la prospérité. En imposant aux Canadiens le type d’énergie à utiliser, les décideurs politiques entravent notre prospérité sans pour autant contribuer de manière significative à la réduction des émissions mondiales. Pourquoi diable ferions-nous une chose pareille? » [Traduction]
La sécurité énergétique ou « les États-Unis d’abord »?
Au-delà du chaos transfrontalier provoqué par les mesures tarifaires de M. Trump, sa promesse électorale d’assurer la domination énergétique des États-Unis et son indifférence affichée à l’égard de l’avenir du partenariat commercial trilatéral vieux de 31 ans, les observateurs estiment que l’objectif plus vaste de sécurité énergétique nord-américaine n’est pas incompatible avec le programme « America First » (les États-Unis d’abord) du président.
En dernière analyse, Forteresse Amérique du Nord – rendue possible par une stratégie « tout ce qui fonctionne » pour développer les ressources pétrolières et gazières, les énergies renouvelables, le nucléaire et les combustibles à faible ou zéro émission de carbone, y compris l’hydrogène bleu et vert, et à faciliter la libre circulation de l’énergie et des investissements à travers les frontières – reste une vision réalisable, car une alliance énergétique solide sert les intérêts nationaux des Trois Amigos.
La mise en place d’une chaîne d’approvisionnement continentale en énergie propre, par exemple, tirant parti de l’abondance des minéraux essentiels au Canada et du potentiel du Mexique en tant que centre de transformation, réduirait la vulnérabilité des États-Unis face aux récentes menaces de contrôle des exportations de la Chine et atténuerait les risques similaires pour le Canada et le Mexique. Elle servirait également l’objectif fixé lors du sommet de 2023, qui consiste à créer des chaînes d’approvisionnement régionales afin de renforcer la sécurité économique.
Comme l’a rappelé M. Ebel, d’Enbridge, à l’auditoire de l’Empire Club : « La sécurité énergétique est désormais synonyme de sécurité nationale et de sécurité économique. » [Traduction]
« La sécurité énergétique est désormais synonyme de sécurité nationale et de sécurité économique. » [Traduction] – Greg EbelDerrière ses déclarations fracassantes sur la suppression de l’ACEUM et l’imposition de droits de douane sur le pétrole et le gaz canadiens, M. Trump a une « compréhension assez solide de l’énergie » et du rôle clé que le partenariat trilatéral – ainsi que la libéralisation des échanges, l’accès aux marchés et l’intégration favorisés par les accords commerciaux successifs – a joué dans la réussite énergétique des États-Unis, selon M. Krnjević.
« Le président américain est un négociateur. Il souhaite obtenir de meilleurs accords, a indiqué M. Krnjević. Il négociera avec fermeté, car c’est un bon négociateur, et il est bien informé par Chris Wright, son excellent secrétaire à l’Énergie, et d’autres personnes sur l’importance de la proposition de valeur en matière d’énergie à l’échelle du continent, et sur la manière dont la collaboration avec le Canada et le Mexique dans ce domaine profite aux États-Unis. » [Traduction]
En s’appuyant sur les principes fondamentaux de la diplomatie – trouver un terrain d’entente, résoudre les conflits d’intérêts et promouvoir la coopération –, les Trois Amigos peuvent-ils faire progresser la sécurité énergétique nord-américaine face au chauvinisme américain, au maximalisme climatique au Canada et au nationalisme énergétique au Mexique? M. Krnjević est optimiste.
« La domination énergétique des États-Unis est mieux servie par deux voisins amis et intégrés, tous deux riches en énergie, de sorte que nous parlons en réalité de la domination énergétique nord-américaine, a déclaré M. Krnjević. Il suffit de regarder les flux énergétiques entre le Canada et les États-Unis. Il s’agit d’une relation incroyablement efficace qui pourrait le devenir encore davantage. Le Mexique promet la même chose, car ce pays continue de développer encore plus ses infrastructures. La véritable question est de savoir ce que nous pouvons faire pour accroître ce niveau déjà élevé d’intégration et de coopération. » [Traduction]
Comment le Canada peut-il tirer parti de son avantage énergétique, en particulier le gaz naturel, pour se positionner comme un partenaire clé dans la sécurité énergétique nord-américaine?
Par Scott Reid
Si vous avez un penchant pour le gaz naturel liquéfié (GNL), vous allez certainement être en faveur de l’orientation des politiques canadiennes et des stratégies énergétiques à l’approche de 2026.
D’une manière quelque peu paradoxale, l’élection de Donald Trump a réorienté de manière positive les perspectives du secteur gazier canadien et remodelé la politique intérieure relative à cette source d’énergie. La flambée des droits de douane américains a ébranlé l’économie mondiale, et la possibilité d’une récession provoquée par les décideurs politiques américains semble se concrétiser. De plus, rien ne concentre autant l’attention des responsables politiques que la perspective de pertes d’emplois et de contraction économique.
Dans ce contexte, le Canada connaît une transition rapide de ses priorités politiques, dont la plupart laissent entrevoir des avantages directs pour le secteur du gaz naturel. Depuis sa victoire électorale en avril, le premier ministre Mark Carney a clairement indiqué que les choses étaient en train de changer. Lorsque les dirigeants européens ont récemment interrogé Justin Trudeau sur la possibilité d’augmenter les exportations de GNL, la réponse a été plutôt négative. Tim Hodgson, le nouveau ministre de l’Énergie de M. Carney, a directement assuré à ces mêmes dirigeants cet été que cette réticence appartenait désormais au passé. Alors que le Canada cherche à développer ses échanges commerciaux avec l’Europe (et l’Asie, par ailleurs), les exportations de GNL se trouveront probablement au cœur des préoccupations.
« Le Canada connaît une transition rapide dans ses priorités politiques, dont la plupart laissent entrevoir des avantages directs pour le secteur du gaz naturel. » [Traduction]La preuve en a été faite récemment lorsque le gouvernement Carney a dévoilé sa première liste restreinte de grands projets. Le gaz naturel en est sorti grand gagnant, avec la phase II du projet Kitimat mise en avant et la promesse de nouvelles infrastructures énergétiques à venir. Un consensus politique commence également à se dessiner autour du port en eau profonde de Churchill, que de nombreux chefs d’entreprise et dirigeants politiques considèrent comme une opportunité exceptionnelle d’acheminer davantage de GNL vers les marchés étrangers. La nature à long terme et l’importance du soutien provincial – et même de l’opposition – en faveur du gaz naturel laissent entrevoir une dynamique qui sera difficile à arrêter.
Dans ce contexte, d’autres signes laissent entrevoir le potentiel du GNL. À chaque mission commerciale et diplomatique en Asie et en Europe, les perspectives de nouvelles sources de demande se multiplient. De plus, comme il a été mentionné précédemment, l’engagement en faveur des infrastructures énergétiques devrait rassurer les investisseurs préoccupés par la viabilité du transport d’un tel produit vers les clients.
Cependant, le facteur le plus encourageant est peut-être, une fois de plus, la position décourageante de notre voisin du sud. Comme l’ont souligné de nombreux dirigeants, le chemin le plus probable pour que le gaz naturel canadien arrive en Europe passe, ironiquement, par les États-Unis. On estime que 95 % ou plus de nos exportations de GNL transitent par l’Amérique. Dans un monde où Trump a pratiquement abandonné l’idée que le Canada reste un allié, la volonté politique de renforcer notre capacité à commercer avec le reste du monde ne devrait pas s’éroder. Elle est passée d’une priorité économique à une question de souveraineté.
Pour 2026, que ce soit en raison de la réalité politique, de la nécessité économique ou de l’évolution des temps, l’engagement du gouvernement fédéral envers le secteur du gaz naturel n’a jamais semblé aussi fort. Et il n’a jamais semblé aussi certain qu’il soit maintenu.
Scott Reid a été directeur des communications de l’ancien premier ministre Paul Martin, et est le cofondateur de Feschuk.Reid.
L’opportunité à saisir que représente le gaz naturel canadien : il est temps d’agir
Par Robin Guy
Le domaine du gaz naturel représente actuellement une opportunité générationnelle pour le Canada. Nos ressources sont convoitées à l’échelle mondiale : les pays européens recherchent des solutions de rechange sûres au gaz russe, et les économies asiatiques ont besoin de plus d’énergie pour alimenter leur croissance. Avec des réserves abondantes, une main-d’œuvre hautement qualifiée et des normes environnementales de premier plan, nous sommes dans une position unique pour être à l’avant-garde de la production énergétique responsable. Cependant, les erreurs du gouvernement fédéral et la règlementation excessive ont permis à d’autres pays de prendre de l’avance au détriment du Canada.
Pendant près d’une décennie, le programme anti-production du gouvernement libéral de Trudeau a freiné les investissements et ralenti les progrès dans notre secteur du gaz naturel. Des mesures telles que le plafonnement des émissions, le système de tarification du carbone non concurrentiel et la règlementation restrictive sur le méthane ont été présentées comme nécessaires pour lutter contre le changement climatique, mais en réalité, elles ont imposé des limites rigides qui ont découragé l’innovation et rendu presque impossible toute expansion responsable pour les producteurs. L’interdiction des méthaniers et la « loi anti-pipelines » ont encore restreint le développement d’infrastructures essentielles, piégeant le gaz naturel canadien à l’intérieur de nos frontières alors que les marchés mondiaux réclamaient un approvisionnement fiable.
Pendant ce temps, les concurrents du Canada, y compris les États-Unis, ont saisi l’occasion et construit des terminaux de GNL à un rythme record, fournissant à l’Europe et à l’Asie une énergie qui aurait pu (et aurait dû) être canadienne. Cette incapacité à saisir l’occasion au bon moment a non seulement coûté aux Canadiens des milliers d’emplois bien rémunérés, mais a également réduit notre influence géopolitique à un moment critique. Au lieu de prendre une position de leader mondial et de renforcer notre domination sur la scène internationale, nous avons cédé du terrain aux États-Unis et à d’autres pays producteurs.
La récente élection du premier ministre Carney était censée marquer le début d’une nouvelle ère, axée sur la croissance économique, les résultats et la réalisation de projets. Les Canadiens se sont vu promettre moins de discours et plus d’actions. Cependant, malgré un changement initial dans le langage et le ton, tout semble indiquer que la paralysie règlementaire qui a entravé le gouvernement précédent va se poursuivre. Si la création très médiatisée du Bureau des grands projets est une initiative bienvenue, une approche fragmentaire ne permettra pas de libérer tout le potentiel du Canada.
La voie à suivre pour devenir une superpuissance énergétique est claire : le gouvernement doit prendre du recul et laisser l’innovation et l’expertise canadiennes prendre les devants. Le Canada doit donner la priorité aux projets qui peuvent être réalisés et développés rapidement, permettant ainsi à notre industrie de diversifier ses marchés et de soutenir de nouveaux secteurs tels que les centres de données alimentés par l’énergie canadienne. Il doit créer un cadre règlementaire prévisible qui s’applique de manière équitable à tous les projets. Il n’a pas besoin de l’accompagnement du gouvernement. Le véritable succès ne viendra pas de politiques ponctuelles ou de favoritisme politique, mais de la clarté, de la compétitivité et de la cohérence. Le gouvernement fédéral doit envoyer un signal fort et unique aux investisseurs mondiaux pour leur indiquer que le Canada est ouvert aux affaires, engagé dans une production énergétique responsable et déterminé à développer son secteur du gaz naturel.
Le gouvernement fédéral doit envoyer un signal fort et unique aux investisseurs mondiaux pour leur dire que le Canada est ouvert aux affaires, qu’il s’engage à produire de l’énergie de façon responsable et qu’il est déterminé à faire croître son secteur du gaz naturel.
Si Ottawa agit de manière décisive, les avantages seront considérables : augmentation des investissements, création d’emplois bien rémunérés dans tout le pays et croissance économique accrue pour l’ensemble de la nation. Le temps des demi-mesures et des consultations interminables est révolu. Les Canadiens méritent un gouvernement qui défendra notre secteur du gaz naturel et donnera à nos travailleurs les moyens d’être compétitifs et de s’imposer sur la scène internationale.
Le choix qui s’offre à nous est urgent et clair. Le Canada peut saisir cette occasion ou la laisser passer au profit d’autres pays. Il est temps d’agir.
Robin Guy est vice-président chez Crestview Strategy à Ottawa. Il possède près de 20 ans d’expérience dans le domaine des affaires publiques, dont plus de dix ans en tant que membre du personnel politique de plusieurs ministres du gouvernement Harper.
Comment le Canada peut-il tirer parti de son avantage énergétique, en particulier du gaz naturel, pour se positionner comme un partenaire clé dans la sécurité énergétique nord-américaine?
Par Kathleen Monk
Chaque mètre cube de gaz naturel sous le sol canadien représente une promesse de sécurité énergétique et de prospérité, mais sonne aussi comme un avertissement. En effet, alors que le monde s’oriente vers des sources d’énergie à faibles émissions, il est crucial de savoir comment exploiter les ressources en gaz naturel du Canada de manière à promouvoir la sécurité énergétique, tout en respectant les engagements environnementaux.
Les vastes réserves canadiennes de gaz naturel nous offrent la possibilité de renforcer la sécurité énergétique de notre pays alors que les chaînes d’approvisionnement mondiales, les marchés pétroliers mondiaux et nos relations commerciales – en particulier avec les États-Unis – deviennent de plus en plus volatils et instables.
« Les vastes réserves canadiennes de gaz naturel nous offrent la possibilité de renforcer la sécurité énergétique de notre pays, alors que les chaînes d’approvisionnement mondiales, les marchés pétroliers mondiaux et nos relations commerciales – en particulier avec les États-Unis – deviennent de plus en plus volatils et instables. » [Traduction]La véritable question n’est pas de savoir s’il convient d’exploiter nos importantes réserves de gaz naturel, mais plutôt comment le faire de manière à renforcer notre indépendance énergétique sans compromettre nos engagements climatiques ni délaisser les travailleurs et les familles. Comme les gouvernements qui se sont succédé ont constamment repoussé ce défi, le temps presse. Si l’urgence de la situation n’était pas suffisamment flagrante avant l’élection de Donald Trump à la présidence, elle l’est certainement maintenant.
Les chiffres ne mentent pas. Le Canada possède l’une des plus grandes réserves de gaz naturel au monde; et oui, ce gaz brûle plus proprement que le charbon. Cependant, sans une surveillance adéquate, un partenariat avec les communautés autochtones et davantage de valorisation au Canada, cet avantage se transformera en une occasion ratée.
Le fait de développer nos infrastructures pour les combustibles fossiles sans mesures claires de protection du climat risque de compromettre les objectifs de réduction des émissions du Canada. Le leadership de notre pays ne devrait pas se limiter à fournir davantage de combustibles fossiles, mais plutôt à démontrer comment un pays riche en énergie comme le nôtre peut également jouer un rôle de premier plan dans la décarbonisation.
La voie à suivre exige également un véritable partenariat avec les communautés autochtones. Il ne s’agit pas seulement de les consulter, mais aussi d’assurer une participation économique concrète de leur part. Si le Canada souhaite exploiter ses ressources en gaz naturel de manière responsable, les dirigeants autochtones doivent jouer un rôle central dans la planification des projets et les accords de partage des bénéfices. Il est temps de mettre fin aux promesses non tenues.
L’avantage que présente le gaz naturel canadien doit constituer un pont, et non un détour. Nous ne pouvons pas l’utiliser comme prétexte pour retarder la transition vers les énergies propres. Au contraire, il doit ouvrir la voie à un avenir renouvelable. Les revenus générés par les exportations de gaz naturel devraient être réinvestis dans des projets d’énergie renouvelable à grande échelle, dans la modernisation du réseau électrique et dans l’innovation des technologies vertes. Il est essentiel que le prochain gouvernement s’engage à mettre en place des mécanismes politiques qui contribuent à financer les investissements nécessaires pour faire du gaz naturel canadien le plus propre de l’Amérique du Nord.
Il ne s’agit pas seulement de faire ce qui est juste, mais aussi de placer la population canadienne au cœur de notre politique industrielle et climatique.
Pendant trop longtemps, les travailleurs ont dû naviguer seuls dans la transition vers une économie à faibles émissions de carbone. Cette approche n’est pas acceptable. Comme ce sont les travailleurs canadiens qualifiés qui construiront notre avenir à faibles émissions de carbone, ils devront avoir une place centrale à la table de prise de décision alors que nous planifierons cet avenir. Cela signifie des emplois syndiqués de qualité, une formation professionnelle complète et des programmes de transition concrets qui garantissent qu’aucune région ne soit laissée pour compte.
Il ne s’agit pas d’un choix entre la sécurité énergétique et la responsabilité environnementale, comme certains le prétendent. Il s’agit plutôt de choisir entre rester dans un statu quo qui ne fonctionne pas ou avoir le courage de bâtir une nouvelle économie énergétique offrant une plus grande sécurité économique ainsi que des communautés prospères, et où il fait bon vivre partout au pays. C’est ça, donner la priorité au Canada.
KathleenMonkestpropriétaireprincipaledeMonk +Associates,unesociétéindépendanted’affaires publiques.Elleapparaîtrégulièrementàl’émission Power and Politics du réseau CBC News et siège au conseil d’administration de CIVIX, un organisme de bienfaisance non partisan qui se consacre à la formation de citoyens engagés.
Monsieur Tim Houston, premier ministre de la Nouvelle-Écosse
L’Association canadienne du gaz (ACG) a eu le privilège d’interviewer l’honorable Tim Houston, premier ministre de la Nouvelle-Écosse, afin de discuter de l’évolution du paysage énergétique de la province. Le premier ministre Houston a partagé ses perspectives sur le développement du gaz naturel, l’abordabilité énergétique et l’approche à long terme de la Nouvelle-Écosse en matière de compétitivité économique et de gestion des ressources.
L’abordabilité est une priorité pour de nombreux Néo-Écossais. Comment le développement accru de la production de gaz naturel de la province pourrait-il contribuer à stabiliser les coûts à long terme?
À l’heure actuelle, tout le gaz naturel que nous utilisons en Nouvelle-Écosse est extrait ailleurs et nous est vendu par les États-Unis. Et ce, malgré le fait que nous disposions de suffisamment de gaz naturel pour alimenter notre province pendant des milliers d’années et pour répondre à la demande totale du Canada pendant plus de 30 ans. C’est comme si nous arrêtions de cultiver des bleuets en Nouvelle-Écosse et que nous importions tous nos bleuets des États-Unis à un prix élevé. Cela n’est pas logique. Produire et utiliser le gaz naturel dont la Nouvelle-Écosse a la chance de disposer nous permettra de bénéficier d’un approvisionnement abondant, de stabiliser les prix et de réduire les coûts de transport et autres.
« Faire de la Nouvelle-Écosse un exportateur d’énergie procurerait de bons emplois et des avantages économiques aux Néo-Écossais. » [Traduction]
Le réseau de gaz naturel en Nouvelle-Écosse est relativement récent. Quelles mesures la province peut-elle prendre pour soutenir l’expansion de son réseau vers de nouvelles communautés industrielles, autochtones et rurales?
Le gaz naturel est peut-être relativement nouveau, mais la Nouvelle-Écosse a déjà connu une industrie du gaz naturel extracôtière florissante. Sous le premier ministre John Hamm, à la fin des années 1990 et au début des années 2000, cette industrie a rapporté plus de quatre milliards de dollars en redevances directes à la province, qui ont été utilisées pour rémunérer les médecins et les infirmières et investir dans les routes, autant de choses dont nous avons désespérément besoin aujourd’hui. Elle a également permis de créer des milliers d’emplois qui ont soutenu des familles. Avec Nova Natural Gas, nous pouvons réitérer cet exploit.
Vous avez récemment lancé une campagne de sensibilisation auprès du public intitulée « Nova Natural Oil and Gas ». Quelles sont les principales idées fausses que vous souhaitez dissiper, et pourquoi est-il si important que le public comprenne bien cette question à l’heure actuelle?
Pendant trop longtemps, la Nouvelle-Écosse a eu pour habitude de refuser d’exploiter ses ressources naturelles. Cela a conduit les investisseurs à douter de leur capacité à lancer des projets ici et a suscité le scepticisme du public à l’égard de secteurs entiers que des politiques gouvernementales peu ambitieuses avaient interdits de manière générale dans le passé. Notre objectif est de contribuer à l’économie du pays afin de ne plus dépendre de la richesse d’autres provinces. En démontrant les avantages pour les Néo-Écossais, nous espérons que le public soutiendra notre province afin qu’elle bénéficie des mêmes opportunités économiques que les autres provinces.
Vous avez clairement indiqué que la Nouvelle-Écosse est « ouverte aux affaires ». Quels sont les besoins exprimés par les investisseurs dans le secteur de l’énergie, et comment votre gouvernement s’efforce-t-il de leur donner confiance pour investir ici?
J’ai récemment assumé le rôle de ministre de l’Énergie afin de transmettre le message que la libération du potentiel énergétique de la Nouvelle-Écosse est une priorité absolue. En tant que premier ministre, je comprends pourquoi les investisseurs n’avaient pas confiance dans les ressources naturelles à l’époque où les gouvernements hésitaient même à aborder ces questions. Notre gouvernement a amélioré les processus d’octroi de permis, approuvé de nouveaux projets miniers et des expansions, et j’ai personnellement rencontré des représentants de l’industrie pour leur dire en personne que les opportunités en Nouvelle-Écosse sont réelles.
La mise en œuvre de projets énergétiques nécessite souvent une coopération étroite entre le gouvernement fédéral et les provinces. Dans quels domaines avez-vous le plus besoin de l’appui d’Ottawa pour aider la Nouvelle-Écosse à faire avancer ses projets?
Le premier ministre souhaite que le Canada devienne une superpuissance énergétique. La Nouvelle-Écosse peut non seulement y contribuer, mais grâce à l’énergie éolienne, à l’énergie marémotrice et au gaz naturel, nous pouvons devenir notre propre superpuissance énergétique au sein d’une superpuissance énergétique. Le premier ministre peut nous aider à y parvenir avec le soutien des ressources de ses projets d’intérêt national pour Wind West, en accordant des crédits d’impôt à l’investissement pour l’électricité propre et en confirmant l’accès au financement à faible taux d’intérêt de la Banque de l’infrastructure du Canada.
Nous avons constaté les avantages d’une politique claire concernant le gaz naturel, notamment en Ontario, où un énoncé de politique sur le gaz naturel a récemment été publié. Existe-t-il des projets visant à adopter un énoncé similaire pour la Nouvelle-Écosse?
Notre gouvernement a établi des conditions claires dans le cadre d’un appel d’offres ouvert et transparent lancé par la Régie Canada-Nouvelle-Écosse de l’énergie extracôtière. L’appel d’offres a été publié le 7 juillet et la date de clôture est fixée au 28 avril 2026.
Les dirigeants européens manifestent de plus en plus leur intérêt pour le gaz naturel canadien. Envisagez-vous la possibilité d’un terminal d’exportation de GNL vers l’Europe en Nouvelle-Écosse?
Absolument! On estime que nous disposons de suffisamment de gaz naturel extracôtier pour alimenter la Nouvelle-Écosse pendant des milliers d’années. Ce gaz naturel pourrait faire baisser les prix chez nous, tout en laissant des quantités suffisantes pour être exportées vers nos partenaires dans d’autres régions du Canada, nos alliés en Europe et dans le monde entier. Faire de la Nouvelle-Écosse un exportateur d’énergie procurerait de bons emplois et des avantages économiques aux Néo-Écossais.
Profil d’un fournisseur, d’un fabricant et d’un entrepreneur
À propos de votre entreprise
L’histoire de Viega a débuté en Allemagne en 1899, lorsque Franz‑Anselm Viegener a inventé un robinet à bière en laiton révolutionnaire. En 1901, l’entreprise s’est diversifiée dans les produits de plomberie domestique et est rapidement devenue un leader dans la technologie du sertissage de tuyaux, avec une présence internationale croissante. Le lancement de Viega North America en 1999 a marqué un nouveau chapitre pour l’entreprise, élargissant la portée de la marque et son offre de produits. Aujourd’hui, après plus de 125 ans d’innovation dans le domaine des technologies du bâtiment, Viega produit plus de 17 000 produits et s’impose comme le leader mondial des systèmes de tuyauterie métallique, notamment PureFlow®, ProPress®, MegaPress® et MegaPressG®, destinés à des usages industriels, commerciaux et résidentiels.
Où se trouve votre entreprise?
Viega North America a son siège social à Broomfield, dans le Colorado, juste à côté de Denver. Les usines de fabrication de l’entreprise sont situées au Kansas et dans l’Ohio, tandis que les centres de distribution se trouvent au Nevada, en Pennsylvanie, en Géorgie et dans l’Ohio. Viega propose également des formations spécialisées dans des centres de séminaires situés dans le Colorado, le New Hampshire et l’Ohio. Son centre Viega Experience Center, situé à New York, dispense des formations continues sous forme de séances en présentiel et d’ateliers en ligne.
Combien d’employés avez-vous?
À mesure que le nombre de produits Viega continue d’augmenter, Viega poursuit l’expansion de son personnel hautement qualifié et spécialisé. Viega North America emploie actuellement plus de 1 200 professionnels, tous engagés à créer les meilleurs produits de raccordement possibles. À l’échelle mondiale, Viega compte 5 500 professionnels.
Quelle est la priorité de l’entreprise pour les cinq prochaines années?
Viega North America s’engage à soutenir les métiers avec des produits fabriqués en Amérique du Nord. En maintenant la production au niveau national, nous pouvons garantir le respect des normes de qualité et renforcer nos liens avec les communautés et les économies locales. Notre nouvelle usine de fabrication, de distribution et de formation à la pointe de la technologie, située à Mantua, dans l’Ohio, illustre parfaitement cet engagement. D’une superficie de 244 000 pi², cette usine représente un investissement de 178 millions de dollars et permettra de créer environ 68 nouveaux emplois au cours des deux premières années. Elle produira les systèmes de technologie de pressage Viega et servira de centre de distribution et de formation clé pour les clients de l’est des États-Unis et du Canada.
Quelles sont les possibilités qui s’offrent à votre entreprise et les défis qu’elle doit relever?
Alors que Viega North America continue d’élargir son offre de produits et ses capacités de fabrication nationales, nous voyons d’énormes opportunités dans le développement de technologies de construction durables et la satisfaction des demandes en constante évolution du secteur de l’énergie. L’évolution vers des systèmes à haut rendement et l’attention croissante portée à la conservation et à la sécurité de l’eau ouvrent de nouveaux domaines d’innovation et de croissance. Parallèlement, nous sommes confrontés à des défis liés à la résilience de la chaîne d’approvisionnement, au développement de la main-d’œuvre dans les métiers spécialisés et à l’adaptation à l’évolution rapide de la règlementation et des conditions du marché.
Selon vous, quel sera le rôle du gaz naturel au cours des 50 prochaines années?
Nous estimons que le gaz naturel continuera à fournir une énergie fiable et souple pour les bâtiments et de nombreux processus industriels à court et moyen terme. Notre expérience sur le terrain et nos gammes de produits (par exemple, MegaPressG et ProPressG) s’articulent autour de la livraison et de l’installation sûres et efficaces des infrastructures gazières. Nous prévoyons que le réseau de gaz naturel deviendra plus polyvalent et moins émetteur de carbone. Les systèmes Viega sont déjà adaptés aux applications gazières et la documentation de certains de nos produits souligne leur compatibilité avec l’hydrogène et d’autres fluides spéciaux, positionnant notre approche de raccordement par sertissage comme un moyen pratique d’adapter les infrastructures existantes. Viega s’engage à accompagner ses clients dans cette transition tout en réduisant sa propre empreinte écologique. Nous nous sommes fixé pour objectif de rendre notre production et toutes nos installations neutres sur le plan climatique d’ici 2035 et continuons à améliorer nos produits et nos processus afin de réduire les émissions globales. Cet engagement guide la manière dont nous concevons des systèmes répondant aux besoins gaziers actuels, tout en ouvrant la voie à une réduction des émissions de carbone à l’avenir.
Dans le secteur de l’énergie, il y un adage disant que la meilleure forme d’énergie est celle qui n’est pas utilisée. En termes pratiques, cela correspond à l’efficacité énergétique, c’est-à-dire la capacité à utiliser moins d’énergie pour effectuer une tâche donnée ou produire un résultat précis. Elle est souvent exprimée en pourcentage de l’énergie consommée qui est convertie en énergie utile. L’énergie consommée a habituellement trait à une source de combustible, telle que le gaz naturel et l’essence. L’énergie utile peut désigner le chauffage des bâtiments, la production d’électricité ou le fonctionnement du moteur d’une voiture. Par exemple, un appareil dont l’efficacité énergétique est de 50 % signifie que 1 kW d’énergie consommée produira 0,5 kW d’énergie utile.
L’efficacité énergétique est un sujet dont on parle beaucoup plus de nos jours, non seulement comme moyen de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), mais aussi comme moyen de maintenir des prix abordables. Au fil des ans, des progrès technologiques et des innovations ont considérablement amélioré l’efficacité des équipements au gaz naturel, permettant ainsi aux consommateurs de cette source d’énergie de réaliser des économies énergétiques et financières.
Les habitations canadiennes deviennent plus efficaces
L’un des secteurs où cette tendance est la plus marquée est celui de la construction résidentielle. Les données présentées dans la figure 1 illustrent parfaitement cette situation. Le nombre de clients résidentiels recourant au gaz naturel au Canada a augmenté de manière constante au fil des ans. De 2000 à 2024, la clientèle du gaz naturel a augmenté de 65 %, passant de 4,2 millions à près de 7 millions de consommateurs.
« Le nombre de clients résidentiels recourant au gaz naturel au Canada a augmenté de manière constante au fil des ans. »
La figure 1 présente également la demande totale de gaz naturel dans le secteur résidentiel. Indépendamment des fluctuations annuelles liées aux conditions météorologiques, la tendance générale indique que la consommation de gaz résidentielle est restée globalement stable depuis 2000. À première vue, cela peut paraître surprenant : comment la clientèle a-t-elle pu augmenter de plus de 65 % dans l’ensemble du secteur sans que la consommation totale de gaz n’augmente? La réponse réside dans l’amélioration de l’efficacité énergétique. De 2000 ‘a 2024, la consommation moyenne de gaz par ménage a diminué de 45 %, passant de 155 GJ à 85 GJ.
Figure 1:
Adopter une technologie à haut rendement
L’un des facteurs les plus importants à l’origine de cette amélioration de l’efficacité énergétique a été l’adoption de fournaises au gaz naturel à haut rendement. La figure 2 illustre l’évolution des fournaises au gaz naturel au fil des ans. En 2000, environ 50 % des ménages canadiens qui se chauffaient au gaz naturel utilisaient des fournaises à rendement normal, soit 62 %. Cependant, environ 30 % utilisaient des fournaises à rendement moyen (efficacité de 80 %), et seulement 20 % celles offrant un haut rendement (efficacité de 90 %). Aujourd’hui, les fournaises au gaz naturel à haut rendement énergétique sont devenues la norme et représentent près de 80 % des fournaises au gaz naturel au pays. Parallèlement, les fournaises à rendement normal ont été entièrement éliminées.
Figure 2:
Programmes de gestion de la demande
Les remplacements par des fournaises à haut rendement, comme ceux qui ont eu lieu tout au long des années 2000 et au début des années 2010, ont été réalisés dans le cadre de programmes appelés « gestion axée sur la demande » (GAD). Les entreprise de services publics proposent généralement ces programmes afin d’encourager leurs clients à réduire leur consommation d’énergie et les incitent à adopter des technologies écoénergétiques en leur offrant des remises ou d’autres subventions.
Les entreprises de distribution de gaz au Canada administrent depuis longtemps des programmes de GAD. Le tout premier programme de GAD pour les entreprises de gaz naturel a été lancé en Ontario en 1995. Depuis lors, les entreprises de distribution de gaz au pays ont continué à investir des millions chaque année pour aider leurs clients à économiser de l’énergie. Au cours de la dernière décennie seulement, elles ont investi plus de 2,1 milliards de dollars dans des programmes de GAD, ce qui a permis d’économiser 1,9 milliard de m3 de gaz naturel qui auraient autrement été consommés.
Alors que le débat sur l’efficacité énergétique continue d’évoluer, il est essentiel de reconnaître les progrès accomplis, mais également de prendre conscience des opportunités qui subsistent. Les fournaises à haut rendement ne sont qu’un aspect de ces programmes. Aujourd’hui, les programmes de GAD sont proposés à différents types de clients et comprennent toutes sortes de solutions écoénergétiques, notamment la rénovation des maisons, les thermostats intelligents et même les thermopompes à absorption de gaz. L’industrie canadienne du gaz naturel innove constamment, notamment en poursuivant son engagement en faveur de l’efficacité énergétique. Ces efforts sont l’une des principales raisons pour lesquelles le gaz naturel reste la source d’énergie la plus abordable au Canada.