Issue Category : Numéro 2, 2023

  • Entretien avec Mme Danielle Smith, première ministre de l’Alberta

    Entretien avec Mme Danielle Smith, première ministre de l’Alberta

    Danielle Smith, première ministre de l’Alberta

    Timothy Egan, président et chef de la direction de l’Association canadienne du gaz, a eu l’occasion de s’entretenir avec la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, pour discuter des moyens qui permettront aux gouvernements et à l’industrie de travailler ensemble et d’assurer un avenir énergétique sûr.

    Tim : C’est une journée plutôt fraîche ici à Edmonton, et nous aimons dire qu’il s’agit là d’un temps idéal pour le gaz naturel. Le gaz naturel de l’Alberta aide tout le pays, en particulier par temps froid, et nous vous en sommes reconnaissants, madame la première ministre. Cependant, ce témoignage de gratitude nous fait penser à plusieurs sujets qui alimentent le débat mondial et national sur l’énergie, et nous vous sommes reconnaissants du temps que vous nous accordez pour en discuter aujourd’hui.

    Les récents événements mondiaux témoignent plus manifestement que jamais de l’importance de la sécurité énergétique, et je pense qu’ils réorientent le débat sur l’énergie dans le monde entier. Je me demandais si vous pouviez nous donner votre avis sur ce que cela signifie pour le Canada et pour l’Alberta.

    Madame la première ministre Smith : Eh bien, je crois que ces événements nous amènent à élargir le débat sur l’énergie. Je pense que pendant longtemps, la discussion a principalement porté sur la réduction des émissions, ce qui est un sujet important. Si nous avons présenté un plan visant à atteindre la carboneutralité d’ici 2050, c’est en partie parce que nous voulons illustrer au monde que, oui, nous voulons faire preuve d’initiative en matière d’environnement.

    Cependant, vous pouvez aussi prendre d’autres mesures qui sont nécessaires, c’est-à-dire assurer la sécurité énergétique et rendre l’énergie abordable. Ces trois éléments sont d’une importance vitale. Je crois donc que l’instabilité qui règne actuellement dans le monde, en particulier en Europe, incite les gens à élargir leur vision de ce qu’est l’énergie verte. Je pense que le paradigme était auparavant axé sur l’éolien, le solaire et les batteries; mais maintenant nous commençons à voir des obligations vertes en Europe qui englobent l’énergie nucléaire et le gaz naturel.

    Cela s’explique par le fait que le gaz naturel présente un profil d’émissions plus faible que beaucoup des combustibles qu’il peut remplacer. Je pense donc qu’en adoptant l’approche selon laquelle le gaz naturel fait partie du futur paysage énergétique, nous pouvons réduire les émissions mondiales en utilisant cette source d’énergie pour remplacer le charbon, le bois et d’autres produits plus polluants. À mon avis, il s’agit là d’un message très positif que les gens commencent enfin à considérer comme étant légitime.

    Tim : Pourriez-vous élaborer un peu plus sur le sujet du gaz naturel. Le gaz naturel est au cœur du débat mondial sur l’énergie. Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’Europe s’est désespérément inquiétée d’une pénurie d’approvisionnement en gaz naturel. Des Européens sont venus frapper à nos portes, ici au Canada, pour nous demander ce que nous pouvions faire de plus avec cette source d’énergie.

    Le monde entier semble vouloir du gaz naturel en provenance du Canada. Que devons-nous faire de plus pour exporter notre gaz naturel outre-mer?

    Madame la première ministre Smith : Eh bien, nous devons dire à ceux qui en ont besoin qu’il existe un argument commercial en leur faveur. Je rencontrerai le représentant de l’Allemagne, car je pense qu’on lui a donné une mauvaise impression lorsqu’il est venu pour la première fois au Canada. Nous discutons activement avec les partenaires de LNG Canada, soit des pays comme le Japon, la Corée et la Malaisie, pour savoir s’ils comprennent l’importance du gaz naturel pour leurs économies futures.

    J’ai également discuté avec les membres de différentes alliances commerciales de LNG Canada dans le monde qui s’inquiètent beaucoup du fait que si le Canada ne fait pas sa part pour fournir un approvisionnement propre et sûr en gaz naturel à d’autres pays dans le monde, ceux-ci devront miser sur le charbon, ce qui va complètement à l’encontre de ce que nous cherchons à faire sur le plan environnemental. Je crois donc que le rôle du Canada est très important, et il est de mon devoir de m’assurer que les gens comprennent que nous sommes là et que nous sommes prêts à les aider.

    Je suis ravie de voir que le projet Coastal Gaslink est terminé. Il est en train d’être rempli en ce moment même. L’entreprise LNG Canada sera prête, si j’ai bien compris, en 2025. Celle-ci s’efforce de prendre une décision finale en matière d’investissement. Il est possible d’apporter un soutien supplémentaire à quelques autres projets menés par des Autochtones en Colombie-Britannique. Tant que nous pourrons faire valoir que la réduction des émissions à l’étranger est un moyen d’atteindre les objectifs mondiaux, je pense que les Britanno-Colombiens, les Albertains et les Canadiens comprendront qu’il s’agit d’un élément important du paysage énergétique de demain.

    Tim : Que pouvons-nous faire de plus au sein de l’industrie et comment pouvons-nous mieux travailler avec le gouvernement? Historiquement, il semble qu’il y ait eu une approche presque conflictuelle, souvent entre l’industrie et le gouvernement au sujet de l’énergie, en particulier au niveau fédéral. Avez-vous des conseils à donner sur ce que nous pouvons faire ensemble pour améliorer la situation et saisir les opportunités dont vous parlez?

    Madame la première ministre Smith : Je dois vous dire que, ironiquement, Michael Moore et son film Planet of the Humans, sorti il y a quelques années, ont vraiment fait voler en éclats le paradigme sur lequel le gouvernement fédéral s’appuyait. Beaucoup d’écologistes pensaient que l’éolien, le solaire et les batteries constituaient la solution. Or, ce documentaire a illustré le fait que si l’éolien et le solaire ont pu se développer, c’est en partie parce que le gaz naturel a servi de source d’énergie de secours.

    Ainsi, lorsque le vent ne souffle pas ou que le soleil ne brille pas, les centrales à gaz sont là pour nous aider. De plus, vous ne pouvez pas fabriquer un panneau solaire à partir d’un panneau solaire, ni une éolienne à partir d’une éolienne. Tout cela nécessite une énergie énorme nécessitant des équipements lourds et des processus industriels qui requièrent l’utilisation d’hydrocarbures. Je pense que la prise de conscience de ces choses a commencé à changer l’approche adoptée initialement.

    « Ainsi, lorsque le vent ne souffle pas ou que le soleil ne brille pas, les centrales à gaz sont là pour nous aider ».

    Il est très important que nous fassions comprendre ces faits aux gens parce que le gouvernement fédéral procède selon un paradigme qui repose encore sur ce très vieux raisonnement. C’est la raison pour laquelle il pense que tout peut être électrifié. Ils parlent de développer l’électricité pour la croissance future, mais aussi de chauffer toutes nos maisons à l’électricité. C’est pourquoi ils sont si obsédés par les pompes à chaleur, qu’elles fonctionnent ou non, à -25 degrés Celsius.

    Ils parlent également de faire passer tous les moyens transports à l’électricité. Or, nous venons d’apprendre aujourd’hui à Edmonton que des bus électriques sont en panne et que l’entreprise qui les a vendus va probablement faire faillite parce qu’ils ne fonctionnent pas très bien à des températures de 30 degrés Celsius. Il faut donc injecter une dose de réalité dans tout cela.

    Dans notre province, nous avons toujours compté sur des réseaux parallèles. Nous avons eu un réseau électrique et un réseau de gaz naturel. Notre réseau électrique est également alimenté principalement par le gaz naturel. Nous avons donc compris que le fait de disposer d’un système de secours permettant d’avoir les deux systèmes est un facteur de sécurité énergétique. Nous nous battons donc avec acharnement contre le gouvernement fédéral, contre son paradigme, car nous pensons qu’il entraînera une instabilité du réseau, un manque de fiabilité, des tarifs trop élevés et qu’il ne permettra absolument pas d’atteindre les objectifs mondiaux en matière de protection de l’environnement.

    Je crois donc qu’il y a beaucoup de travail à faire pour présenter le gaz naturel comme un élément du paradigme de la réduction des émissions. Je ne pense pas que nous ayons pleinement réussi parce que les voix des extrémistes sur cette question ont malheureusement prévalu pendant un certain nombre d’années. Toutefois, je commence à constater qu’on fait preuve de plus en plus de réalisme dans le débat, par exemples chez Bjorn Lomborg, Michael Shellenberger ou d’autres écologistes qui sont très préoccupés par les émissions, mais qui comprennent néanmoins que tout doit être fait de manière équilibrée.

    Tim : Dernière question, madame la première ministre : la communauté autochtone est un groupe de Canadiens très préoccupés par les questions environnementales. Vous avez fait référence au fait que plusieurs projets de gaz naturel liquéfié (GNL) comportent désormais une facette autochtone. Voulez-vous commenter l’occasion de réconciliation économique que cela représente et ce que cela signifie pour l’Alberta?

    Madame la première ministre Smith : Mon ministre des relations avec les Autochtones, Rick Wilson, parle de « réconcili-action », car même si de nombreuses paroles ont été prononcées (et les paroles sont importantes), si nous voulons faire une différence significative dans la vie des peuples autochtones, il faut qu’ils disposent de leur propre source de revenus. Elles doivent pouvoir disposer d’un flux de revenus sûr à long terme qui leur permette de consacrer de l’argent à leurs priorités, de développer leurs communautés avec toutes les infrastructures clés dont elles ont besoin, mais aussi de fournir des emplois bien rémunérés et une instruction aux personnes qui veulent créer des entreprises et travailler au sein de ces entreprises.

    La nature de la structure de propriété des Premières Nations ne leur permet pas d’aller à la banque et de contracter un prêt pour réaliser un investissement majeur dans un projet. La solution la plus simple a donc été de devenir l’entité qui fournit la garantie d’emprunt.

    Nous avons donc créé un fonds de garantie de prêt d’un milliard de dollars qui nous permet d’indemniser l’achat de certains de ces projets. Le processus que nous suivons est très rigoureux. Je m’attends donc à une incidence très, très faible de défaillance, mais cela leur permet de créer des flux de revenus à long terme. Nous avons déjà, je crois, sept projets, et deux autres seront mis en œuvre l’année prochaine, qui généreront 23 millions de revenus par an pour plus de 30 peuples autochtones.

    Sur la durée de vie de ces seuls projets, les revenus s’élèveront à 1,2 milliard de dollars. Pour eux, cela change la donne. L’enthousiasme suscité par ces projets nous a enthousiasmés. Nous n’avons cessé de recevoir des suggestions sur ce que nous pourrions faire de plus. Nous avons donc porté le montant de la garantie de prêt à 2 milliards cette année, puis celle-ci passera à 3 milliards l’année prochaine.

    J’aimerais que tous les grands projets d’infrastructure, qu’il s’agisse d’un oléoduc, d’un gazoduc ou d’une centrale électrique, fassent l’objet d’une prise de participation autochtone afin que les communautés concernées puissent bénéficier des revenus à long terme liés au développement de ces projets. Je pense que les Premières Nations sont en train de prendre l’initiative, ce que j’apprécie beaucoup.

    Regardez les projets de GNL en Colombie-Britannique menés par les Premières Nations, qui ont leur propre processus d’approbation environnementale et qui sont défendus lors de diverses conférences sur le GNL. Pour moi, c’est très stimulant de voir que nous avons des gens qui se soucient profondément de l’environnement, de leur peuple et de la question de l’accessibilité financière, mais qui comprennent aussi que ce type d’investissement offre une solution sans avoir à faire de compromis sur l’un ou l’autre de ces points.

    Et nous allons continuer à soutenir ce type de mesure.

    Tim : Nous estimons que c’est une solution. C’est une bonne nouvelle pour tous les Canadiens, tout comme l’est le gaz naturel. Nous vous remercions donc de nous avoir accordé de votre temps aujourd’hui et nous vous remercions, vous et vos concitoyens albertains, pour ce gaz naturel. Je suis un Ontarien qui l’utilise pour chauffer sa maison, et je l’apprécie beaucoup.

    Madame la première ministre Smith : J’en suis ravie. Nous sommes heureux de vous tenir au chaud.

    Tim : Merci encore madame la première ministre Smith.

  • Les positions de nos analystes : Conservateur, Libéral, et NPD

    Les positions de nos analystes : Conservateur, Libéral, et NPD

    On doit parvenir à un équilibre entre les trois piliers que sont l’abordabilité, la fiabilité et la réduction des émissions de GES si l’on veut assurer notre sécurité énergétique. Comment les gouvernements devraient-ils s’y prendre pour parvenir à cet équilibre?

    Par Tim Powers

    Jusqu’à présent, le paysage politique fédéral du Canada en 2023 a été fortement influencé par les défis que les Canadiens doivent relever en matière d’accessibilité financière. Qu’il s’agisse d’acheter des produits alimentaires, de mettre de l’essence dans leur voiture, de payer leur logement actuel ou d’envisager d’en acheter un pour la première fois. L’inflation, les variations de l’économie mondiale et les politiques fédérales ont contribué à créer un climat d’anxiété pour les gens en fonction de leur situation personnelle. Si de nombreux Canadiens se préoccupent toujours, à juste titre, des changements climatiques, leur attention immédiate semble se porter sur leur portefeuille.

    Au cours de l’été dernier, que ce soit dans le cadre de sondages ou d’élections régionales, les preuves se sont accumulées pour montrer que c’est l’accessibilité financière qui motive les intentions de vote des Canadiens, et non un engagement ferme en faveur d’une politique d’atténuation des changements climatiques. Comme l’a dit l’ancien premier ministre Jean Chrétien, « une preuve est une preuve est une preuve ». Permettez-moi donc de vous en donner quelques-unes.

    En août, un reportage de CTV News avait pour titre : « La taxe sur le carbone est ine¥cace pour réduire les émissions de carburant, selon une majorité de Canadiens » [traduction]. S’appuyant sur les données de Nanos Research, CTV a rapporté que les deux tiers des Canadiens estimaient que le moment était mal choisi pour augmenter la taxe sur le carbone, et qu’une majorité d’entre eux pensaient que la taxe sur l’essence était inefficace pour lutter contre les changements climatiques.

    Dans un sondage publié le 23 août 2023, notre propre société Abacus Data a constaté que les Canadiens estiment que les problèmes les plus importants avec lesquels le Canada doit composer sont l’augmentation du coût de la vie (73 %), l’accessibilité et l’abordabilité du logement (47 %), les soins de santé (45 %), l’économie (35 %) et les changements climatiques et l’environnement (29 %). Il est tout aussi instructif de découvrir que les plus grandes cohortes de votants au Canada, la génération Z et les milléniaux, ont classé l’augmentation du coût de la vie ainsi que l’accessibilité et l’abordabilité du logement bien au-dessus de la politique climatique dans la matrice des principaux enjeux.

    La circonscription provinciale de Preston, en Nouvelle-Écosse, a été un bastion libéral pendant 30 ans, jusqu’à ce que les progressistes-conservateurs de la Nouvelle-Écosse en prennent le contrôle cet été. Pourquoi? Le titre d’un reportage de Global News d’Halifax aide à en comprendre la raison : « Le chef libéral de la Nouvelle-Écosse s’indigne de l’affiche électorale des progressistes-conservateurs sur la taxe fédérale sur le carbone ». Selon le reportage de Global News, « …le message des conservateurs concernant la taxe fédérale sur le carbone (a eu) un impact important sur le vote à la suite de l’élection partielle » [traduction]. Le chef libéral Zach Churchill n’était pas très content et s’est plaint que ses libéraux provinciaux aient été mis dans le même sac que le gouvernement Trudeau. Mis à part les effets dramatiques de la campagne, ce renversement historique de la circonscription s’est produit lorsque les problèmes d’accessibilité ont été opposés à la politique en matière de changements climatiques.

    « … sur le front de l’opinion publique, la bataille pour la réduction de nos émissions de gaz à effets de serre s’estompe devant l’impact immédiat des pressions exercées sur le portefeuille des particuliers. »

    Qu’il s’agisse d’incendies de forêt, d’alertes de chaleur ou d’ouragans, les défis climatiques sont toujours présents dans nos vies et ne disparaîtront pas. Toutefois, en ce moment, sur le front de l’opinion publique, la bataille pour la réduction de nos émissions de gaz à effets de serre s’estompe devant l’impact immédiat des pressions exercées sur le portefeuille des particuliers. La tolérance des Canadiens à l’égard de sacrifices individuels supplémentaires est faible, qu’il s’agisse de lutter contre la hausse des coûts ou de s’assurer qu’ils disposent de sources d’énergie fiables et rentables.

    Le pendule finira par revenir à l’urgence climatique, mais il est peu probable que cela se produise tant que les Canadiens ne se sentiront pas plus en sécurité sur le plan financier.

    Tim Powers, est le président de Summa Strategies Canada et le directeur général d’Abacus Data, dont les deux sièges sociaux sont à Ottawa. M. Powers est souvent invité à l’émission Power and Politics du réseau de télévision CBC, ainsi qu’à la chaîne VOCM de Terre-Neuve-et-Labrador, sa province d’origine.


    Par Dan Moulton

    Parvenir à un équilibre entre l’abordabilité, la fiabilité et la réduction des émissions est une tâche délicate à la fois réalisable et nécessaire sur le plan politique pour tout parti cherchant à gouverner au Canada. Alors que notre pays est aux prises avec une transition urgente et inéluctable vers des sources d’énergie plus propres, il est tout aussi important pour notre vitalité économique et le bien-être social de nos concitoyens de trouver le bon équilibre entre ces piliers. Si ceux-ci sont parfois présentés comme étant déséquilibrés ou incongrus les uns par rapport aux autres, cet argument est généralement au service d’objectifs partisans étroits. Notre sécurité économique est mieux servie par des gouvernements qui s’efforcent de trouver un équilibre entre ces piliers, ce qui oblige la plupart des gouvernements à trouver les moyens d’y parvenir. De plus, comme l’a démontré le récent silence de la plate-forme conservatrice sur la réduction des émissions, elle n’est généralement pas favorable à l’opportunisme partisan.

    L’abordabilité est à juste titre le premier pilier de votre question. Compte tenu de la situation actuelle, cet aspect est en tête de votre liste, mais aussi de celle des décideurs politiques. Les familles canadiennes doivent composer avec une forte augmentation des dépenses des ménages, principalement attribuable au coût d’emprunt, ainsi qu’au prix du carburant pour leurs véhicules et des combustibles pour le chauffage de leur maison. L’accès à l’énergie pour chauffer sa maison devrait être un droit fondamental de la personne, car il s’agit d’une nécessité de base si l’on veut se loger en toute sécurité. Garantir un accès abordable à l’énergie fait progresser la cause de la justice sociale à tout moment, y compris celui que nous vivons actuellement. C’est un facteur clé du rythme de la transition de l’approvisionnement ou de l’investissement dans les infrastructures, qui détermine la prise de décision et l’élaboration des politiques.

    La fiabilité est probablement le pilier pour lequel nous connaissons le plus de succès en tant que nation. Malgré notre géographie vaste et complexe, la plupart des familles et des entreprises canadiennes bénéficient d’une infrastructure énergétique bien construite et, à l’exception de quelques défaillances mémorables, se préoccupent rarement de la fiabilité de notre énergie. Bien entendu, ce n’est pas le cas pour tout le monde. De nombreuses communautés (autochtones, éloignées, rurales et nordiques) ne disposent pas de l’accès fondamental à des sources d’énergie fiables, ce qui s’accompagne de difficultés économiques et sociales. Combler ce fossé grâce à l’innovation technologique — comme l’adoption de micro-réseaux, de petits réacteurs modulaires et de thermopompes de maison — doit représenter une priorité pour tout gouvernement. En le faisant d’une manière qui favorise la décarbonisation, on donne à ces communautés les moyens de réussir à long terme.

    La réduction des émissions s’inscrit dans l’impératif mondial et national de lutte contre les changements climatiques. Il s’agit de plus en plus d’une attente minimale de la part des électeurs, et donc des gouvernements. Les politiques telles que la tarification du carbone, les incitations aux projets d’énergie renouvelable et les normes d’émission strictes pour les industries font partie intégrante de cet engagement. La lutte contre les changements climatiques n’est pas seulement une nécessité environnementale, elle représente aussi une occasion économique pour le Canada. Les capitaux mondiaux penchent vers la décarbonisation, et le Canada risque d’être laissé pour compte s’il ne s’adapte pas.

    Pour parvenir à un équilibre entre ces trois piliers, les gouvernements doivent adopter une approche nuancée et progressive. Les politiques qui y parviennent sont de plus en plus courantes, car nous nous efforçons progressivement de décarboniser notre approvisionnement en énergie sans créer de nouvelles et graves difficultés en matière de coût d’approvisionnement et de fiabilité du réseau de distribution. La réussite dans ce domaine repose sur une prise de décision fondée sur des données probantes, qui s’appuie fortement sur la sagesse des parties prenantes, qui tiennent compte de la nature dynamique du paysage énergétique et de l’importance de faire preuve de souplesse dans l’adaptation de nos stratégies à des circonstances changeantes.

    Dan Moulton est vice-président de Crestview Strategy à Toronto. Il est spécialisé dans l’élaboration de stratégies qui gagnent l’opinion publique et permettent de remporter des victoires politiques. Dan dirige les plus grandes entreprises du Canada pendant les périodes de changement, de turbulences et de risques de réputation. Basé au bureau de Toronto, la pratique de Dan se concentre sur les entreprises centrées sur le consommateur, la technologie perturbatrice et l’énergie.


    Par Kathleen Monk

    Lorsqu’on se trouve en équilibre sur un tabouret à trois pieds, si l’un de ceux-ci cède, on tombe à la renverse. Toutefois, la lutte contre les changements climatiques ne constitue pas un simple jeu. Nous allons devoir réduire les émissions, assurer la sécurité énergétique et rendre la vie abordable.

    Cela fait un an que l’Inflation Reduction Act of 2022 (loi américaine de 2022 sur la réduction de l’inflation) a été adoptée. Partout dans le monde, des pays vont de l’avant avec détermination. Il est clair que l’inaction ne fait pas partie des solutions possibles.

    Si nous ne parvenons pas à relever ces défis, nos entreprises perdront du terrain face à la concurrence internationale, les investissements étrangers se tariront et les travailleurs canadiens feront la ligne au centre d’assurance-emploi, plutôt que d’être présents sur les lignes de production des produits à faibles émissions de demain.

    Si nous ne réduisons pas les émissions, nous risquons de laisser notre économie à la traîne dans la nouvelle économie mondiale à faibles émissions de carbone. Si l’énergie n’est pas abordable, les familles à faibles revenus risquent de devoir choisir entre payer leur épicerie, leur loyer ou leur facture d’électricité. Sans fiabilité, les gens perdent confiance dans les fournisseurs d’énergie. Dans tous les cas, les gens rejetteront la faute sur les gouvernements, ce qui rend les politiciens malheureux.

    Nous ne pouvons certainement pas nous permettre de commettre l’erreur de nous cacher la tête dans le sable comme une autruche et de ne pas penser à l’avenir, comme cela semble être la politique officielle du gouvernement de l’Alberta. Entre l’interdiction des projets d’énergie renouvelable, qui met en péril des milliards de dollars d’investissement, et le refus obstiné de travailler avec d’autres gouvernements sur un plan de réseau électrique propre, Danielle Smith se dirige à pleine vitesse vers une impasse qui laisserait pour compte l’économie, les entreprises et les travailleurs de l’Alberta.

    Nous devons agir! Nous devons nous préparer aujourd’hui aux réalités de demain. Cependant, la réduction des émissions de gaz à effets de serre peut être une victoire économique pour le Canada. Cela signifie qu’il faudra concevoir de nouvelles technologies qui consomment moins d’énergie, et ainsi en réduire la demande globale. Cela signifie créer de nouvelles opportunités économiques, tout en permettant aux particuliers et aux entreprises d’économiser de l’argent sur leurs factures d’énergie.

    Le Canada est également bien placé pour devenir un fournisseur de premier plan de minéraux essentiels. Nous avons des entreprises prêtes à passer à une fabrication moins polluante et plus propre. Nous disposons d’une main-d’oeuvre bien formée, travailleuse et productive.

    En juin, le gouvernement fédéral a présenté la Loi sur les emplois durables. Cette loi établit une feuille de route pour que les gouvernements, les entreprises et les travailleurs collaborent à cette transition qui n’arrive qu’une fois par génération. En travaillant ensemble, ils peuvent aligner l’action climatique des gouvernements sur l’amélioration de la formation et du soutien à l’apprentissage pour les travailleurs, ainsi que sur les nouvelles possibilités économiques pour les entreprises.

    Pour que cette transition économique soit fructueuse, il est essentiel de s’assurer que les travailleurs sont présents à la table des négociations. En effet, les communautés prospères sont bâties par des travailleurs qui ont de bons emplois bien rémunérés. Des emplois syndiqués qui permettent aux jeunes travailleurs de subvenir aux besoins de leur famille et même, peut-être un jour, d’acheter leur propre maison.

    Après un été marqué par des incendies de forêt, des évacuations massives, une qualité de l’air dangereuse et des conditions météorologiques extrêmes, il ne fait aucun doute que les changements climatiques sont réels et qu’ils s’aggravent. Le Canada est un pays qui dispose cependant d’une abondance de ressources, tant humaines que naturelles. Nous sommes bien placés pour aªronter l’avenir avec succès, à condition de ne pas laisser les autruches prendre le dessus.

    Kathleen Monk est propriétaire principale de Monk + Associates, une société indépendante d’a aires publiques. Elle apparaît régulièrement à l’émission Power and Politics du réseau CBC News et siège au conseil d’administration de CIVIX, un organisme de bienfaisance non partisan qui se consacre à la formation de citoyens engagés.

  • Les entreprises canadiennes du secteur de l’énergie se tournent vers le sud pour assurer leur croissance

    Les entreprises canadiennes du secteur de l’énergie se tournent vers le sud pour assurer leur croissance

    En septembre, Enbridge a annoncé l’acquisition de trois entreprises américaines de services publics pour un montant de 14 milliards de dollars américains, ce qui a permis à la plus grande entreprise énergétique du Canada de devenir également la plus grande entreprise de services publics de gaz d’Amérique du Nord. L’opération est importante non seulement en soi, mais aussi parce qu’elle s’inscrit dans une tendance plus large : les entreprises énergétiques canadiennes qui cherchent des perspectives de croissance les trouvent au sud de la frontière.

    Cette tendance n’est pas nouvelle. En 2016, les entreprises canadiennes de services publics ont fait leurs emplettes aux États-Unis. En effet, Fortis a acquis ITC pour une somme de 11,3 milliards de dollars américains; l’entreprise ontarienne Algonquin Power & Utilities Corp. a acquis Empire District Electric Company, basée dans le Missouri, pour 2,4 milliards de dollars américains; et Emera, basée en Nouvelle-Écosse, a acquis l’entreprise floridienne TECO dans le cadre d’une transaction de 10,4 milliards de dollars américains.

    Les entreprises de gazoducs étaient également dans le coup, TC Energy ayant acquis cette année-là (2016) Columbia Pipeline Group, un réseau de transmission de gaz, pour 13 milliards de dollars américains.

    En 2017, Hydro One a acheté le fournisseur d’électricité américain Avista pour 3,4 milliards de dollars américains, et AltaGas a absorbé WGL Holdings (qui fournit du gaz naturel à la Maison Blanche) pour 4,6 milliards de dollars américains. Plus récemment, TriSummit a acquis les actifs de distribution, de transmission et de stockage de gaz en Alaska de SEMCO Energy pour 800 millions de dollars américains en mars dernier.

    En tant que tel, la méga-entente des services publics d’Enbridge peut être considérée moins comme un signe avant-coureur que comme un aboutissement logique.

    Qu’est-ce qui se cache derrière cet appétit canadien pour les services publics et les gazoducs américains? D’une part, il s’agit d’une réaction aux limites inhérentes imposées au secteur canadien des services publics, qui est fortement réglementé et souvent aux provinces. Ajoutez à cela le torrent de politiques climatiques d’Ottawa visant à réduire la croissance du pétrole et du gaz naturel canadiens, et vous constaterez vous aussi que les pâturages sont plus verts ailleurs.

    Cela témoigne également de la confiance des principaux acteurs de l’industrie dans les perspectives à long terme du gaz naturel. À preuve, l’accord avec Dominion fait passer les bénéfices d’Enbridge d’une répartition 60-40 à près de 50-50 entre le pétrole brut / les liquides et le gaz naturel / les énergies renouvelables. Enbridge, comme de nombreuses entreprises du secteur de l’énergie, mise sur le fait que le gaz naturel sera un combustible qui servira à la transition énergétique, plutôt qu’une source d’énergie progressivement abandonnée. Et quel que soit le mélange de combustibles que nous utiliserons à l’avenir (gaz naturel, gaz naturel renouvelable, hydrogène ou autre), il nécessitera des gazoducs et un réseau de distribution.

    Deux phénomènes méritent d’être soulignés. Le premier est que les États-Unis sont considérés comme un territoire de croissance, ce qui n’est pas le cas du Canada. Nos plus grandes entreprises énergétiques se développent vers le sud, mais l’inverse n’est pas vrai. Enbridge et TC Energy ouvrent la voie, mais Cenovus, Cameco, Hydro-Québec et d’autres font de même, en plus de la longue liste d’entreprises de services publics mentionnée ci-dessus.

    Il ne s’agit pas d’une simple anecdote. Selon le département d’État américain, les investissements directs étrangers du Canada aux États-Unis (528 milliards de dollars américains) étaient environ 26 % plus élevés que les investissements directs étrangers au Canada (406 milliards de dollars américains) en 2022.1 Cette situation s’inscrit dans une tendance plus large qui s’aggrave depuis 2014. Cette année-là, les investissements canadiens à l’étranger n’étaient supérieurs que d’environ 100 milliards de dollars canadiens aux investissements étrangers au Canada. En 2022, le déséquilibre s’était creusé pour atteindre la somme colossale de 725 milliards de dollars canadiens.2 Les entreprises canadiennes créent de la richesse; elles en génèrent simplement une plus petite proportion chez elles.

    « Cela témoigne également de la confiance des principaux acteurs de l’industrie dans les perspectives à long terme du gaz naturel » [traduction].

    Deuxièmement, les marchés de l’énergie canadien et américain sont très interdépendants et le sont de plus en plus. En fait, en 2022, les échanges d’énergie entre nos deux pays ont atteint un niveau record de 190 milliards de dollars américains, soit près du triple de ce qu’ils étaient au plus fort de la pandémie de la COVID-19, et ils ont surpassés le dernier record de 178 milliards de dollars américains atteint en 2008. Qu’il s’agisse de gazoducs, de pipelines de liquides, de raffineries ou de réseaux électriques, nous disposons fondamentalement d’un système énergétique nord-américain unique.

    À ce titre, nous devrions élaborer et coordonner beaucoup plus étroitement les politiques énergétiques et climatiques. Il est inefficace, pour ne pas dire pénible pour le secteur de l’énergie, que le Canada et les États-Unis — et bon nombre de provinces et d’États — proposent des normes, des cibles et des réglementations substantiellement différentes. L’énergie est un domaine qui nécessite une collaboration et un alignement politiques plus étroits entre nos deux nations afin de parvenir à un approvisionnement durable, fiable et abordable.

    Ce besoin se manifeste par une présence canadienne croissante dans la capitale américaine. Depuis un an environ, TC Energy a mis en place une équipe politique à Washington, et Cenovus et le Conseil canadien des affaires y ont ouvert des bureaux (tout comme mon propre groupe de réflexion, l’Institut Macdonald-Laurier). Comme les supplications adressées à Ottawa tombent dans l’oreille d’un sourd, les entreprises cherchent un accueil ailleurs.

    Le secteur canadien de l’énergie mise beaucoup sur le gaz naturel, que ce soit pour la vente au détail, le transport par gazoduc ou les exportations de GNL. Dans la mesure du possible, il mise également sur le Canada. Toutefois, c’est aux États-Unis et dans d’autres marchés que la croissance est au rendez-vous.

    Nous devrions tous nous réjouir de la réussite des entreprises canadiennes à l’étranger. Cependant, nous devrions créer un environnement politique et commercial qui leur permette de se développer également dans notre propre pays.

    Heather Exner Pirot est directrice de l’énergie, des ressources naturelles et de l’environnement à l’Institut Macdonald-Laurier.


    1 “2023 Investment Climate Statements: Canada” (2023), en ligne : U.S. Department of State <www.state.gov/reports/2023-investment-climate-statements/canada>.
    2 “Bilan net des investissements directs étrangers du Canada” (dernière mise à jour le 28 avril 2023), en ligne : Statistique Canada <www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/230428/cg-b001-fra.htm>.

  • Faits et actualités au sujet des pompes à chaleur

    Faits et actualités au sujet des pompes à chaleur

    Saviez-vous que les pompes à chaleur au gaz peuvent fournir un rendement supérieur à 100 %, ce qui pourrait vous aider à réduire le montant de vos factures d’électricité et les émissions de carbone rattachées à votre consommation d’énergie?

    Compte tenu de notre climat froid au Canada, il n’est pas surprenant que le chauffage des pièces du logement représente la plus grande part, soit 64 %, de la consommation énergétique des foyers canadiens. La plupart des Canadiens et Canadiennes se chauffent à l’aide d’une fournaise au gaz à haut rendement. Cependant, les pompes à chaleur peuvent être encore plus efficaces! Bien que les pompes à chaleur électriques soient actuellement les plus courantes, les pompes à chaleur au gaz apparaissent comme une autre solution pratique qui offre des avantages uniques.

    Fondamentalement, une pompe à chaleur au gaz fonctionne de la même manière qu’une pompe à chaleur électrique. Elle absorbe la chaleur de l’air ambiant extérieur et transfère la chaleur à l’intérieur. Elle peut donc fonctionner avec un rendement supérieur à 100 %. La principale différence, comme son nom l’indique, est qu’une pompe à chaleur au gaz naturel utilise le gaz naturel comme source d’énergie au lieu de l’électricité. Cependant, l’utilisation d’une pompe à chaleur au gaz est moins onéreuse, car l’énergie directe du gaz est beaucoup moins chère que l’électricité. De plus, en raison de son moteur thermique, elle peut fonctionner par temps plus froid et est donc plus fiable pendant nos froids hivers canadiens.

    Consommation énergétique moins élevée

    Selon l’Office de l’efficacité énergétique de Ressources naturelles Canada, une résidence canadienne typique alimentée au gaz naturel nécessite une consommation moyenne de 95 GJ par an pour le chauffage de l’eau et de ses pièces. Le passage à une pompe à chaleur au gaz naturel pour une habitation de près de 620 m3 pourrait permettre à ses occupants de réduire leur consommation annuelle d’énergie de 24 GJ — ce qui représente une réduction d’énergie de 25 % par rapport à une fournaise au gaz naturel. En 2022, cela aurait permis de réaliser une économie moyenne de 330 $ par ménage — ce qui équivaut à une réduction des émissions de carbone de plus de 1,2 tonne par ménage annuellement.

    Projets de déploiement

    Les fabricants de pompes à chaleur au gaz et de nombreuses entreprises de distribution de gaz naturel du Canada ont mis à l’essai cette technologie en fonction de divers usages dans l’ensemble du pays :

    Enbridge Gas :

    Enbridge Gas a installé une pompe à chaleur à absorption au gaz de 65 kW en 2022 pour accroître l’approvisionnement en eau chaude domestique d’un immeuble multirésidentiel à Toronto. Les résultats recueillis à ce jour révèlent une économie annuelle de gaz naturel estimée à 25 %.

    FortisBC :

    En 2022, FortisBC a lancé un projet pilote visant à installer des pompes à chaleur au gaz dans 20 résidences. On estime que les participants et participantes au programme économiseront jusqu’à 40 GJ par an, ce qui équivaut à des économies de 500 $ et à des réductions d’émissions de près de 2 tonnes1.

    Comme en témoignent les projets décrits ci-dessus, les entreprises de distribution de gaz du Canada favorisent concrètement les technologies innovantes et la commercialisation des pompes à chaleur au gaz. Alors, la prochaine fois que vous devrez remplacer votre système de chauffage domestique, nous vous invitons à prendre en considération les pompes à chaleur au gaz. En tant que consommateurs, nous devons souvent tenir compte du trilemme énergétique, soit l’abordabilité, la sécurité énergétique et la réduction des émissions; une pompe à chaleur semble respecter tous ces critères.


    1 FortisBC brings high-efficient gas heat pumps into B.C. homes for the first time » (26 May 2022), online: FortisBC <www.fortisbc.com/news-events/media-centre-details/2022/05/26/fortisbc-brings-high-efficient-gas-heat-pumps-into-b.c.-homes-for-the-first-time>.