Issue Category : Numéro 2, 2021

  • Un entretien avec le député Steve Baker

    Un entretien avec le député Steve Baker

    Cet entretien a été transcrit, puis révisé pour en réduire la longueur et en accroître la clarté. Le texte ci-dessous est une traduction de l’anglais.

    Tim : Je suis Timothy Egan, président et chef de la direction de l’Association canadienne du gaz. Nous apprécions vraiment cette occasion de bavarder.

    Député Steve Baker : Je suis absolument ravi de vous rencontrer.

    Tim : La première question concerne la politique locale pour vous : vous parlez beaucoup des préoccupations de votre circonscription en matière de faim et de pauvreté. On a beaucoup parlé de la pauvreté énergétique dans plusieurs endroits en Europe et maintenant un peu en Amérique du Nord aussi. Pensez-vous que les problèmes de faim et de pauvreté dans votre circonscription sont liés aux questions énergétiques ou quelle en est la cause? À votre avis, qu’est-ce qui se passe?

    Député : Je n’aurais pas dit que c’était la raison prédominante, mais je la verrais comme une contribution. Donc, si je devais prendre du recul — le président précédent, qui vient de quitter la banque alimentaire, est un de mes amis à l’église. J’ai de bons contacts à la banque alimentaire et d’autres personnes qui dirigent la banque alimentaire étaient également à mon église. J’ai donc compris qu’il y avait un problème croissant et sérieux d’insécurité alimentaire à Wycombe [Buckinghamshire, Royaume-Uni] et qu’en partie à cause de la pandémie, cette insécurité avait fortement augmenté. La plupart de ces personnes ont des moments de crise, c’est donc un sujet de préoccupation vraiment sérieux pour moi au XXIe siècle. Nous devrions mieux nourrir les gens. L’université Sheffield Hallam a découvert que Wycombe était l’endroit le plus touché par l’insécurité alimentaire au Royaume-Uni et plutôt que de discuter de la méthode, j’ai accepté et me suis penché sur la question en disant que nous devions faire plus. Mais quels sont les facteurs? Je pense que parce que nous sommes si proches de Londres, il y a un problème de coût de la vie très élevé, mais les gens de Wickham ne sont pas si bien payés, et les coûts élevés du logement et de l’énergie s’y ajoutent bien sûr. Si vous gagnez 20 000 et quelques livres au Royaume-Uni, vous aurez du mal à joindre les deux bouts à Wickham. C’est inévitable. C’est un endroit où la vie est chère, donc tout ce qui concerne les factures d’énergie me préoccupe. Je crois savoir que nous investissons environ 11 milliards dans les énergies renouvelables par le biais des factures d’énergie en ce moment au Royaume-Uni, certains des plus grands parcs éoliens recevant jusqu’à un demi-milliard. Je suis très conscient qu’à Wickham les gens ne sont pas si bien lotis… donc nous avons un petit problème maintenant. Le premier ministre prétend que le coût des énergies renouvelables a baissé — il l’a dit dans une réponse… à la Chambre des Communes — mais lorsque [nous] avons fait des recherches — une fois que vous tenez compte de l’ampleur de la subvention, je ne pense pas que vous puissiez soutenir l’argument selon lequel le prix de l’éolien a baissé — donc nous allons devoir avoir une conversation vraiment sérieuse sur la pauvreté énergétique et ce que cela signifie pour les gens dans des circonscriptions comme la mienne. Mais, connaissant les politiciens, ils essaieront d’avoir le beurre et l’argent du beurre… ils voudront agir sur la pauvreté alimentaire et énergétique, mais ils voudront aussi une carboneutralité plus forte et plus rapide et j’ai bien peur que parfois il faille accepter que l’on ne peut pas tout avoir.

    « Si vous gagnez 20 000 et quelques livres au Royaume-Uni, vous aurez du mal à joindre les deux bouts à Wickham ».

    Tim : Récemment, John Constable a longuement parlé devant la Chambre des lords du coût de l’énergie et de la subvention aux énergies renouvelables et de la part du coût de l’électricité au Royaume-Uni qu’elle représente. Nous avons une situation similaire au Canada et l’un des défis est de savoir comment faire pour expliquer cette situation aux gens et ensuite essayer de la résoudre. Que pouvez-vous faire pour ceux qui souffrent le plus, car l’intervention consistant à « leur fournir une assistance » est souvent une réponse facile.

    Député : Si je peux me permettre de reprendre deux fils, la première chose que j’aimerais voir… c’est que lorsque les factures sont envoyées, j’aimerais voir une indication claire de ce qui est taxe, ce qui est subvention et ce qu’est réellement le coût de l’énergie. Cela pourrait être fait à l’aide d’un diagramme circulaire ou d’un diagramme à barres ou quelque chose qui donne aux gens une compréhension claire… J’aimerais que cela soit communiqué au public [afin qu’il sache] quel est le coût de ces choses. Je pense que [cela] serait une très bonne idée parce que nous avons besoin de l’assentiment du public et le deuxième point concernant l’assistance — je veux dire, j’ai apporté ce point au dossier lorsque le Royaume-Uni a examiné notre future trajectoire de la dette, notre chien de garde du budget — l’office pour la responsabilité budgétaire — le fait tous les deux ans — il examine la trajectoire de la dette à long terme et il ne cesse de constater que les finances publiques ne sont pas viables en raison des dépenses liées au vieillissement et la crise du coronavirus nous a essentiellement catapultés en avant d’environ 20 ans sur cette trajectoire de la dette et cela va cristalliser des choix difficiles plus tôt. C’est pourquoi nous avons aujourd’hui ce vote sur le projet de loi sur l’assurance nationale parce que Boris [Johnson, premier ministre du Royaume-Uni] est confronté à des listes d’attente de 10 millions dans le service national de santé. [Il] a proposé d’augmenter les impôts, mais ce que je veux dire, c’est que toutes ces pressions sur les gens ordinaires ne peuvent pas continuer. Nous ne pouvons pas continuer à augmenter les impôts, nous ne pouvons pas continuer à imposer le coût de la carboneutralité et attendre des gens qu’ils la supportent. Donc, pour ce qui est de votre remarque sur l’assistance, je veux dire que la réalité à laquelle les politiciens doivent faire face est que nous sommes en train de manquer de l’argent des autres. C’est ça le problème — l’impôt est approximativement dans ses limites historiques au Royaume-Uni et la trajectoire de la dette est terrible… nous devons commencer à poser de sérieuses questions sur ce que signifie vivre dans les limites de ce que nous pouvons nous permettre.

    Tim : Les questions que vous soulevez sont des questions qui se posent certainement, je pense, partout dans l’anglosphère, si je peux m’exprimer ainsi, au Canada, aux États-Unis, en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Royaume-Uni — des questions très similaires — et dans tous ces pays, la carboneutralité a été proposée comme une sorte de quête nécessaire. Comme vous l’avez noté, elle est tenue à l’écart de la question des coûts. Que faites-vous pour rapprocher les deux? Que faites-vous pour aider les gens à comprendre les implications de la carboneutralité car, à première vue, c’est très attrayant pour beaucoup de gens?

    Député : Eh bien, l’idée, même si l’on mettait de côté les changements climatiques — ce que nous ne pouvons pas faire — de baser la vie de milliards de personnes sur la combustion d’une ressource limitée serait évidemment, à long terme, une folie. En plus de cela, il faut dire que les changements climatiques sont réels, que le dioxyde de carbone y contribue, que le dioxyde de carbone émis par l’homme y contribue, et que nous devons agir. Je ne remets pas en cause les données scientifiques, donc je pense que nous devons dire aux gens que c’est une conversation maintenant sur la façon dont nous décarbonisons. Maintenant, il y a des gens qui veulent parler de la science. Je trouve cela très intéressant — je pense effectivement que la science est parfois très mal représentée — je pense que c’est très clair. Mais… chaque fois que quelqu’un dévie de mes questions sur les coûts, pour revenir à la raison pour laquelle nous devons faire quelque chose, nous devrions le signaler. Parler de la science, c’est parler du pourquoi, et je ne conteste pas pourquoi nous devons faire quelque chose, et en fait je ne conteste pas ce que nous allons faire, c’est-à-dire atteindre la carboneutralité. Je ne remets pas ces choses en question… [mais] parlons du comment, parce que s’il n’y a pas de consentement public pour cet énorme ensemble de changements dans nos vies — la façon dont nous isolons et chauffons nos maisons, les voitures que nous conduisons, la nourriture que nous mangeons, la mesure dans laquelle nous pouvons voyager — cela affectera également notre travail — c’est tellement transformateur dans nos vies. S’il n’y a pas de débat public sérieux et de consentement public, je pense que nous aurons un terrible soulèvement politique. À l’heure actuelle, au Royaume-Uni et sans doute au Canada — vous m’avez dit qu’il y a essentiellement un consensus politique sur le fait qu’il faut le faire, la seule question est de savoir à quel point et à quelle vitesse — je pense que si vous ne donnez à personne le choix aux urnes, vous ne faites qu’emmagasiner des problèmes pour plus tard. C’est là qu’on se demande « comment allez-vous faire? ». Eh bien, je pense que nous devons écrire les articles, nous devons faire des apparitions à la télévision, nous allons devoir tenir des débats au Parlement, et juste demander au public — c’est ce que cela va signifier concrètement dans votre vie de faire cela — est-ce vraiment ce que vous voulez?

    « [S]’il n’y a pas de consentement public pour cet énorme ensemble de changements dans nos vies — la façon dont nous isolons et chauffons nos maisons, les voitures que nous conduisons, la nourriture que nous mangeons, la mesure dans laquelle nous pouvons voyager — cela affectera également notre travail — c’est tellement transformateur dans nos vies ».

    Tim : Eh bien, nous sommes certainement dans un débat très similaire en ce moment et en fait, nous sommes au milieu d’une campagne électorale1 et les partis se bousculent tous pour dire à quel point ils sont engagés à atteindre la carboneutralité, mais il n’y a aucune conversation sur le comment. Au Royaume-Uni, le premier ministre semblait très bien parti pour éliminer progressivement le gaz naturel dans le cadre de son [plan]. Vous et d’autres ont parlé des défis que cela représente — nous avons suivi cela de très près comme vous pouvez l’imaginer. J’ai été intrigué par la façon dont vous avez réussi à ouvrir la conversation et à faire comprendre aux gens que cela a d’énormes implications en termes de coûts pour les propriétaires. Comment se fait-il que le PM se soit concentré sur le gaz et comment avez-vous réussi à remettre les choses en perspective?

    Député : J’ai d’abord écrit un article pour le magazine The Critic, qui est un mensuel d’information, puis j’ai écrit pour le Sun, qui est un journal tabloïd à grand tirage — un très bon journal — et j’ai simplement exposé les faits. J’ai souligné que le gouvernement prévoyait d’interdire votre chaudière à gaz d’ici 2035, en disant que vous dépenserez 10 000 livres pour chauffer votre maison [et] que vous devrez également dépenser des milliers de livres supplémentaires pour l’isoler, installer de nouveaux radiateurs plus grands, des tuyaux plus gros, peut-être un chauffage par le sol — c’est une entreprise énorme — et, d’ailleurs, vous ne pourrez peut-être pas le faire parce que vous êtes dans un appartement — il s’agissait donc de présenter les faits au public et nous avons constaté que la porte était ouverte. Une fois qu’un journal populaire a écrit ce que cela allait coûter aux gens et qu’il a dit « par une nuit froide quand le vent ne souffle pas, quand vous n’avez pas de gaz, vous pourriez bien vous retrouver à grelotter dans le noir sous une couette » — c’est le genre d’image — et il est assez incontestable que si nous avons une électricité peu fiable et pas de chauffage au gaz et que nous obligeons les gens à dépenser tout cet argent… c’est très clairement une réduction du niveau de vie. Je pense que c’est pour cela que la porte s’est ouverte. Une fois que nous l’avons dit dans le Sun, je pense qu’il est juste de dire que le Telegraph a également pris en compte le coût pour les gens ordinaires. Ce que je constate, c’est que les gens sont toujours très méfiants — ils pensent que je vais être un négationniste des changements climatiques — ce qui, bien sûr, est une calomnie dont je suis parfois étiqueté. Mais ce n’est pas vrai — je dis oui, j’accepte la science des changements climatiques et nous devrions faire quelque chose. Essentiellement, [je suis à la place de] Bjorn Lomborg et Michael Schellenberger — je connais les deux — donc… nous devrions agir — mais c’est le fait de présenter aux membres du public quelque chose qui compte dans leur vie, c’est ce qui a fait la grande différence et les journaux ont été prêts à se rallier à cette idée. Je pense qu’à partir de là, nous finirons par avoir une conversation sérieuse sur ce qui est fait.

    « [S]i nous avons une électricité peu fiable et pas de chauffage au gaz et que nous obligeons les gens à dépenser tout cet argent… c’est très clairement une réduction du niveau de vie ».
    Tim : Pensez-vous que si vous n’aviez pas fait paraître l’article dans le Sun, cela ne serait pas arrivé?

    Député : Cela semble être le cas, oui. Je suis toujours réticent à trop revendiquer la gloire, mais il semble bien que si nous n’avions pas écrit dans le Critic et le Sun, nous aurions simplement avancé à tâtons, en interdisant très rapidement les chaudières à gaz et tout le reste avec la complaisance que cela impliquerait. C’est le problème qui se produit en politique lorsque tous les premiers bans sont d’accord, et que tous les principaux partis sont d’accord, la complaisance s’installe, puis la vigilance s’estompe et les coûts sont imposés au public. La nouvelle extension du train à grande vitesse au Royaume-Uni est un autre classique — tous les principaux partis politiques étaient d’accord sur ce projet. Certains d’entre nous ont dit : « le jeu n’en vaut pas la chandelle et, en plus, les coûts vont grimper très rapidement ». Ce qui devait arriver arriva — les coûts sont devenus incontrôlables mais il n’y a pas eu de véritable examen parce que les partis étaient tous d’accord, approuvant le projet avec complaisance, donc je crains une répétition de cela. Mais, ce que je dis, c’est que le public n’a pas tort, les journaux n’ont pas tort, et si les politiciens sont assez courageux pour poser les questions : Comment cela va-t-il fonctionner et comment allons-nous tenir nos promesses? Voici ce que cela va coûter aux gens — où les coûts vont-ils tomber? Ces personnes peuvent-elles se le permettre? Je pense alors que les journaux et la sphère publique se réveilleront au Canada comme ils l’ont fait au Royaume-Uni.

    Tim : Eh bien, je suis un peu plus pessimiste quant à la situation au Canada. Vous avez des médias beaucoup plus robustes et diversifiés que nous et il est difficile de faire passer un article. Je pense que de nombreux médias au Canada seraient plus proches du Guardian sur ce genre de choses, donc moins susceptibles de reprendre certains sujets.

    Député : Loin de moi l’idée de faire la leçon à vos propres politiciens, dont je n’ai rencontré que quelques-uns, et je pensais les avoir tous aimés, mais je crains que ma propre expérience de la politique, qui est très souvent inconfortable, est que parfois quelqu’un dans la sphère politique doit repousser, pour ainsi dire, l’intérieur du ballon et faire un plat… Oui, le Guardian me déteste, mais je peux travailler avec ça — je peux travailler avec leur condamnation, leur examen minutieux et leur répugnance à passer mes articles et j’ai peur qu’il faille un politicien canadien courageux pour être prêt à entrer dans la tanière du lion et dire « En fait, vous dites que vous vous souciez de la guerre et de la pauvreté énergétique, parlons de ce que votre politique de consommation énergétique nette zéro va vraiment signifier ».

    Tim : Avez-vous suscité un grand soutien de la part d’autres députés d’arrière-ban sur les marchés gouvernementaux?

    Député : J’ai créé deux groupes de députés d’arrière-ban et j’ai dit à mes collègues que je ne voulais pas organiser le troisième parce que c’est une charge de travail énorme, alors je l’ai fait avec mon collègue Craig McKinley… Je ne sais pas combien de personnes y participent… mais je dois dire qu’il n’y aura pas de majorité au Parlement… Personne ne doit se faire d’illusions, nous ne gagnerons aucun vote au Parlement sur ce sujet. Avec les principaux partis politiques alignés, cela ressemblera beaucoup plus à l’expérience du coronavirus, c’est-à-dire que nous serons un petit groupe de marginaux posant des questions vraiment délicates, mais de manière raisonnable, et je pense que cela ouvrira un débat public, mais nous ne sommes pas susceptibles de renverser une majorité de 80 sièges dans notre Parlement.

    Tim : Pour en revenir aux spécificités de l’énergie, l’hydrogène est un autre élément important de la conversation au Royaume-Uni sur le programme de réduction des émissions. Le Canada a également une stratégie en matière d’hydrogène et l’industrie essaie d’y travailler avec le gouvernement. Que pensez-vous des possibilités qu’offre l’hydrogène au Royaume-Uni? Avez-vous des conseils à donner aux autres pays qui les explorent, car je pense que le Royaume-Uni est, à bien des égards, bien avancé dans cette conversation.

    Député : En fait, je suis enthousiaste au sujet de l’hydrogène. Je suis ingénieur aérospatial et je vois le potentiel de l’hydrogène dans les avions et, bien sûr, dans les voitures. La rapidité du ravitaillement et l’autonomie — tout cela — je pourrais être vraiment enthousiaste pour l’hydrogène. Le problème est, bien sûr, de savoir d’où il va venir, car quiconque suit cette conversation sait que l’hydrogène n’est pas disponible gratuitement en abondance. Je suis très préoccupé par le fait que si nous optons pour l’hydrogène à partir du gaz naturel, cela ne sera pas du tout neutre en termes de carbone, et si nous optons pour l’hydrogène vert à partir de l’électrolyse de l’eau, c’est tellement cher. L’utilisation de l’énergie éolienne pour électrolyser l’eau afin de produire de l’hydrogène et toutes les pertes inhérentes à ce processus de passage de l’énergie éolienne aux piles à hydrogène — c’est tellement coûteux que de temps en temps, quelqu’un flirte avec la fusion nucléaire, mais il me semble que tant que nous n’aurons pas le type d’abondance que la nouvelle fusion semble offrir, j’ai l’impression de ne pas savoir d’où vient l’hydrogène. Mon conseil est d’être réaliste. Je veux dire, oui, l’hydrogène mais d’où vient-il? …Une entreprise du secteur de l’énergie est venue me voir et a suggéré que le gouvernement autorise un mélange de cinq pour cent d’hydrogène dans notre système de gaz afin de créer une demande suffisante d’hydrogène, pour inciter les grandes entreprises pétrochimiques à chercher comment elles pourraient le produire plus efficacement. C’est une suggestion intéressante, mais je reste assez pessimiste quant à la possibilité de produire de l’hydrogène de manière rentable.

    Tim : L’un des moyens les moins chers de produire de l’hydrogène aujourd’hui est de le faire directement à partir du gaz naturel. Le Royaume-Uni a toujours été un important producteur de gaz naturel, vous disposez d’énormes ressources en gaz naturel, [mais] la fracturation est incroyablement controversée au Royaume-Uni. Voyez-vous une opportunité de développer ces ressources nationales?

    Député : Est-ce que je vois une opportunité? Oui, je vois absolument une opportunité. L’une de mes exquises frustrations est qu’un de mes électeurs, un ingénieur, prétend qu’il a un trépan qui peut fournir du gaz de schiste sans fracturation. Il affirme, si j’ai bien compris, que lorsque vous introduisez le trépan, s’il est lubrifié, le lubrifiant referme les fissures dans le schiste. Il a donc un trépan qui ne nécessite pas ce type de lubrifiant. Par conséquent, lorsqu’il traverse le schiste, le gaz commence immédiatement à s’écouler sans qu’il soit nécessaire de procéder à la fracturation controversée — il suffit de forer le trou et le gaz sort. J’ai essayé de présenter cela aux ministres, car il y a bien sûr un obstacle réglementaire. Personne ne va investir dans le développement final de cette tête de forage … tant qu’ils ne savent pas qu’ils peuvent l’utiliser. Donc, il est coincé dans un cercle vicieux. J’ai essayé d’entrer en contact avec les ministres pour leur présenter cette possibilité et demander une modification de la réglementation, mais ils ne sont vraiment pas intéressés. Cela me dit que quelle que soit l’opportunité d’un approvisionnement en gaz sûr, abondant et bon marché au Royaume-Uni, les ministres ne veulent pas de ce gaz. Ils veulent le laisser dans le sol et je trouve cela personnellement très alarmant. Si nous voulons faire de l’hydrogène, nous avons besoin de gaz — nous avons besoin de notre propre gaz pour les besoins de sécurité énergétique à court terme. Il y a toutes sortes de possibilités d’utiliser ce gaz et de l’utiliser à bon escient, afin d’améliorer le bien-être et la sécurité du peuple britannique. En fait, je suis alarmé par le fait que les ministres ne veulent même pas participer à la réunion pour entendre comment cela pourrait être fait sans fracturation et s’ils ne veulent pas le faire sans fracturation, je ne les vois pas embrasser la controverse de la fracturation, même si l’impact sismique est très faible. Une fois, j’ai interrompu une séance d’information au Parlement ici — un sismologue expliquait qu’une fracturation typique équivaut à laisser tomber un carton de jus d’orange de la hauteur de la taille — et je l’ai arrêtée pour lui dire « désolé, ai-je bien entendu, un carton de jus d’orange de la hauteur de la taille? » Donc, il me semble que si c’est globalement vrai, alors nous devons simplement nous assurer que la fracturation est effectuée de manière sécuritaire par rapport aux caractéristiques géologiques souterraines qui la rendent plus difficile et nous devons nous y mettre. Mais, bien sûr, tout fait l’objet de propagande — on voit les robinets avec du gaz qui s’échappe et tout le reste, mais on devrait avoir le courage politique de passer outre la propagande et de sécuriser les approvisionnements énergétiques pour la prospérité des personnes que nous sommes censés servir.

    « Il y a toutes sortes de possibilités d’utiliser ce gaz et de l’utiliser à bon escient, afin d’améliorer le bien-être et la sécurité du peuple britannique ».

    Tim : Oui, c’est fascinant ici. Nous avons des réserves de gaz extraordinaires dans de nombreux endroits du pays et dans des endroits où les ressources conventionnelles ont été exploitées. Et au bénéfice des communautés locales, il y a beaucoup plus d’ouverture à la fracturation parce qu’elles comprennent la proposition de valeur du développement de la ressource, alors que dans les régions où il n’y a pas eu de développement de la ressource, l’idée de la fracturation est juste une sorte d’anathème. Je pense donc que le Royaume-Uni ressemble davantage à ces dernières situations au Canada.

    Député : J’ai vu des députés réfléchis que je respecte, être très fervents contre la fracturation parce que c’est la pression démocratique qu’ils subissent et on a un peu l’impression que ce navire a vogué et c’est dommage. Mais, c’est pourquoi je suis assez enthousiaste quant à la proposition de mes électeurs pour un équipement de forage qui ne nécessite pas de fracturation, car nous devons tous accepter que des trous doivent être percés dans le sol et si cela peut être fait sans fracturation à travers la couche, alors cela semble être assez excitant.

    Tim : Nous avons pris beaucoup de votre temps, y a-t-il autre chose que vous aimeriez commenter pour nos lecteurs ou pour cet article?

    Député : Ce que je dirais aux lecteurs, c’est que la conversation que vous avez maintenant est absolument existentielle pour notre prospérité. Même s’il y a des gens enthousiastes à l’idée d’avoir des conversations détaillées sur la science et… le réglage des modèles climatiques et la façon dont cela fait une différence, même au niveau du signe des mécanismes de rétroaction, mais il est inutile d’avoir cette conversation parce qu’elle ne capte pas l’imagination du public. Donc, je dirais aux personnes qui veulent avoir un quelconque succès dans cette conversation, de laisser tomber cela. Ils doivent avoir la conversation sur la façon dont elle est livrée parce qu’en fait, j’ose dire que les politiciens au Canada ne sont pas beaucoup mieux que les politiciens dans l’ensemble au Royaume-Uni. Ils n’ont pas tendance à réfléchir aux détails de la manière dont quelque chose va être livré, qu’il s’agisse du régime de prestations ou de la réforme des soins de santé ou autre. Nous avons tendance à dire ce que nous voulons et pourquoi nous le voulons et nous pouvons nous plaindre si nous ne l’obtenons pas, mais en tant qu’ingénieur… je me soucie vraiment de la façon dont les choses sont faites. Je conseille donc à tous ceux qui se soucient de la prospérité et de l’énergie d’avoir une conversation sur le comment, et d’être impitoyable en recentrant la conversation sur le comment, car cela exposera les vœux pieux des personnes qui n’ont pas envisagé les objectifs politiques incompatibles qu’ils ont, par exemple, en ce qui concerne la pauvreté énergétique et la carboneutralité. Ce serait mon point principal. Il se peut que ce soit les élus qui doivent être courageux et avoir cette conversation et mon conseil serait que vous pouvez être courageux dès que vous êtes raisonnable. La grande majorité des électeurs voudront que leurs représentants élus défendent leur prospérité, alors vous pouvez le faire en toute sécurité. …En politique, vous devez accepter que vous ne pourrez pas satisfaire tout le monde.

    « Je conseille donc à tous ceux qui se soucient de la prospérité et de l’énergie d’avoir une conversation sur le comment, et d’être impitoyable en recentrant la conversation sur le comment, car cela exposera les vœux pieux des personnes qui n’ont pas envisagé les objectifs politiques incompatibles qu’ils ont, par exemple, en ce qui concerne la pauvreté énergétique et la carboneutralité ».

    Tim : Je tiens à vous remercier pour votre temps, et j’espère que nous aurons une autre occasion de nous parler.

    1. Cet entretien a eu lieu le 14 septembre 2021, avant l’élection fédérale du 20 septembre 2021.

  • Le logement : Améliorer l’efficacité énergétique sans compromettre l’accessibilité financière

    Le logement : Améliorer l’efficacité énergétique sans compromettre l’accessibilité financière

    La conversation autour de l’efficacité énergétique dans le logement évolue. Alors qu’autrefois elle ne figurait même pas dans les préoccupations de la plupart des Canadiens, les propriétaires et les locataires s’attendent maintenant à un certain niveau d’efficacité énergétique dans les nouvelles maisons. Cette attente est fondée sur la réalité — les maisons construites aujourd’hui sont beaucoup plus efficaces que celles construites il y a même 20 ans, grâce en grande partie à l’innovation au sein de l’industrie et aux partenariats passés entre le gouvernement et l’industrie qui ont permis aux Canadiens de figurer parmi les personnes les mieux logées au monde. Mais alors que nous nous efforçons de réduire nos émissions collectives de gaz à effet de serre (GES), il est important que nous n’érodions pas davantage l’accessibilité au logement pour la prochaine génération. Une politique intelligente en matière de logement et un investissement gouvernemental dans des mesures d’efficacité énergétique ciblées qui favorisent l’accessibilité financière sont fondamentaux pour continuer à améliorer nos maisons.

    L’efficacité énergétique sous l’angle de l’accessibilité financière

    Alors que l’amélioration de l’efficacité énergétique des habitations prend de l’ampleur, il est important de considérer les idées qui sont sur la table à travers le prisme de l’accessibilité financière d’une maison. Les maisons d’aujourd’hui sont déjà très efficaces sur le plan énergétique, et atteindre des niveaux d’efficacité plus élevés exige des compétences, une expérience et des coûts supplémentaires. Si des exigences sont mises en place sans évaluer suffisamment les coûts qu’elles ajoutent à la construction (et même potentiellement à l’exploitation — pour la climatisation, par exemple), nous risquons d’éroder davantage l’accessibilité financière. L’astuce consiste à trouver des solutions innovantes pour réduire les coûts de construction afin de faire baisser les paiements hypothécaires.

    Il y a de nombreux professionnels dans tous les domaines de l’industrie de la construction résidentielle qui sont passionnés par l’innovation dans le but d’améliorer l’efficacité énergétique d’une maison sans ajouter de coûts. Les membres du Conseil de la maison à consommation énergétique nette zéro de l’ACCH comprennent des constructeurs, des rénovateurs, des conseillers en énergie, des services publics, des fabricants et d’autres personnes qui travaillent à cet objectif commun et qui font partager ce qu’ils apprennent en cours de route. Tout aussi important est le travail que fait l’ACCH pour évaluer et communiquer les commentaires de l’industrie sur l’impact réel qu’auraient des centaines de modifications mineures et majeures proposées aux codes. Ce travail important, ainsi que la collaboration et le volontarisme des leaders de l’industrie, contribuent à propulser les progrès de la science du logement. Mais avec un soutien supplémentaire des gouvernements, l’adoption généralisée de mesures d’efficacité améliorées peut se faire beaucoup plus rapidement sur une base facultative, surtout s’il y a de l’innovation pour trouver des solutions plus abordables.

    « Une politique intelligente en matière de logement et un investissement gouvernemental dans des mesures d’efficacité énergétique ciblées qui favorisent l’accessibilité financière sont fondamentaux pour continuer à améliorer nos maisons ».

    Le rôle du gouvernement

    Le gouvernement fédéral dispose de leviers politiques pour s’attaquer aux changements climatiques et améliorer l’accessibilité financière en tandem — et il faudra une politique intelligente pour y parvenir. Lors de la récente élection fédérale, l’accessibilité financière des logements au taux du marché a fait l’objet d’un débat passionné entre les électeurs et les candidats politiques, et a donné lieu à l’inclusion de nombreuses mesures relatives au logement dans les plateformes des principaux partis. Dans sa plateforme, le Parti libéral nouvellement réélu a proposé la création d’un Centre d’innovation pour les matériaux de construction à faible teneur en carbone, qui travaillera directement avec les entrepreneurs, les municipalités, les provinces et territoires et les gouvernements autochtones pour s’assurer que les innovations canadiennes sont les mieux placées pour réussir. De même, les conservateurs ont inclus dans leur plateforme un plan pour développer des initiatives visant à soumettre à des projets pilotes de nouvelles technologies et solutions qui réduiront les coûts et accéléreront le rythme des rénovations énergétiques des logements. Investir dans la recherche et le développement et jouer un rôle de leader en réunissant des groupes pour innover est une étape positive; il est également nécessaire de s’assurer que l’accessibilité au logement est l’un des résultats escomptés.

    Avant de réglementer des niveaux de performance énergétique excessivement élevés dans tout le pays, le gouvernement devrait d’abord se concentrer sur l’innovation pour faire baisser les coûts et favoriser l’utilisation volontaire, afin d’améliorer l’accessibilité financière pour les consommateurs, et non l’aggraver.

    L’investissement dans les maisons éconergétiques ne concerne pas seulement la construction de nouvelles maisons. Le Canada compte 14 millions de logements, et environ 43 % du parc immobilier actuel a été construit avant 1983. La majorité de ces vieux bâtiments sont loin derrière les nouvelles maisons en matière d’efficacité énergétique. Le fait de se concentrer uniquement sur les nouvelles constructions ne permettra pas au Canada d’atteindre ses objectifs de réduction des GES pour le logement. Même si toutes les nouvelles maisons construites d’ici 2030 étaient construites de manière à ne produire aucune émission, nous n’atteindrions toujours pas notre objectif.

    La rénovation des maisons existantes doit faire partie de la solution, et les gouvernements à tous les niveaux doivent trouver des moyens d’aider davantage de propriétaires à obtenir l’aide dont ils ont besoin pour apporter des améliorations éconergétiques à leur maison. L’engagement fédéral de 2,6 milliards de dollars pour fournir des subventions pour des améliorations éconergétiques, des évaluations énergétiques ÉnerGuide gratuites et un soutien pour recruter et former des conseillers en énergie ÉnerGuide incitera les propriétaires à entreprendre ces travaux nécessaires.

    « La rénovation des maisons existantes doit faire partie de la solution, et les gouvernements à tous les niveaux doivent trouver des moyens d’aider davantage de propriétaires à obtenir l’aide dont ils ont besoin pour apporter des améliorations éconergétiques à leur maison ».

    L’industrie a besoin de plus de professionnels formés pour répondre à la demande croissante, notamment des constructeurs, des rénovateurs et des ouvriers qualifiés. La formation est un élément clé du programme d’étiquetage des maisons à consommation énergétique nette zéro de l’ACCH, qui garantit que chaque maison participante est qualifiée par une tierce partie pour répondre aux exigences techniques spécifiées. Mais nous avons besoin de plus de professionnels formés dans l’industrie. Selon ConstruForce Canada, l’industrie de la construction résidentielle devra attirer et former environ 148 000 travailleurs au cours de la prochaine décennie pour combler les départs à la retraite et répondre à la demande croissante de construction et de rénovation de maisons neuves. Le gouvernement fédéral a un rôle à jouer dans l’élargissement des possibilités pour promouvoir les métiers spécialisés pour les jeunes et améliorer le système d’immigration pour mieux répondre aux pénuries de main-d’œuvre par des solutions permanentes.

    « L’industrie a besoin de plus de professionnels formés pour répondre à la demande croissante, notamment des constructeurs, des rénovateurs et des ouvriers qualifiés ».

    Prochaines étapes

    L’amélioration de la qualité et de l’efficacité énergétique des maisons est un objectif louable, mais compte tenu de la crise de l’accessibilité au logement, cela doit être fait en tandem avec un véritable objectif d’accessibilité. L’industrie de la construction résidentielle innove volontairement pour nous y amener. Mais avant que le Canada puisse envisager une réglementation généralisée, nous devons investir davantage dans des mesures d’efficacité énergétique ciblées qui favorisent l’accessibilité financière. Avec une politique intelligente en matière de logement qui inclut l’accessibilité financière comme objectif, et des gouvernements à tous les niveaux qui travaillent ensemble avec l’industrie et les citoyens, nous pouvons atteindre nos objectifs. Mais si l’accessibilité financière n’est pas une priorité, nous nous demanderons pourquoi nous n’avons pas atteint nos objectifs en matière de changement climatique (et pourquoi l’accessibilité financière a empiré au lieu de s’améliorer).

  • Une entrevue avec Cynthia Hansen, vice-présidente exécutive et présidente, Distribution et stockage de gaz, Enbridge Gas Inc.

    Une entrevue avec Cynthia Hansen, vice-présidente exécutive et présidente, Distribution et stockage de gaz, Enbridge Gas Inc.

    1. Merci de prendre le temps de nous rencontrer aujourd’hui. Tout d’abord, nous souhaitons vous féliciter pour votre nouveau rôle de présidente du conseil d’administration de l’Association canadienne du gaz. Il s’agit d’une nouvelle étape de votre importante carrière dans le secteur. Qu’est-ce qui vous a attiré à l’origine dans l’industrie énergétique?

    J’ai grandi dans le nord de l’Alberta et mon père travaillait dans les services pétroliers. En fait, mon premier emploi a été de travailler pour mon père. Cela fait donc longtemps que j’évolue dans le secteur de l’énergie.

    2. Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent accéder au secteur de l’énergie aujourd’hui?

    Nous en sommes à une période passionnante et dynamique de l’industrie énergétique. Une carrière dans le secteur de l’énergie est l’occasion de faire une réelle différence dans la qualité de vie des gens — l’énergie permet de chauffer les maisons, de transporter les marchandises et favorise la croissance économique.

    « Une carrière dans le secteur de l’énergie est l’occasion de faire une réelle différence dans la qualité de vie des gens… »

    Le gaz naturel offre à des millions de Canadiens le choix énergétique le plus abordable et le plus fiable qui soit à l’heure actuelle. Nous travaillons d’arrache-pied pour intégrer les systèmes énergétiques et rendre nos réseaux plus écologiques, en vue d’un avenir à plus faible teneur en carbone. Compte tenu de leur taille et de leur portée, les services publics de gaz sont particulièrement bien placés pour mener la transition. Par exemple, à l’heure actuelle, chez Enbridge Gas, nous avons de nombreux programmes de carburants à faible teneur en carbone, comme l’hydrogène et le gaz naturel renouvelable, des technologies de chauffage alternatives, comme l’énergie géothermique et l’énergie solaire, et des programmes de conservation qui réduisent les émissions dans les bâtiments et les secteurs industriels.

    Pour les jeunes qui s’intéressent aux réponses concrètes à nos défis les plus pressants, comme l’équilibre entre le besoin d’une énergie abordable pour alimenter la croissance économique et la lutte contre le changement climatique, l’industrie énergétique est l’endroit idéal vers lequel se tourner.

    « Pour les jeunes qui s’intéressent aux réponses concrètes à nos défis les plus pressants, comme l’équilibre entre le besoin d’une énergie abordable pour alimenter la croissance économique et la lutte contre ».

    3. Enbridge Gas a travaillé en étroite collaboration avec la province de l’Ontario pour étendre le réseau de gaz naturel dans les communautés rurales et les petites communautés. À une époque où de nombreuses municipalités parlent d’interdire le gaz, quel type d’intervention avez-vous reçu de ces communautés et comment voyez-vous cette expansion profiter à ces municipalités?

    L’accès à des ressources en gaz naturel fiables et abordables est essentiel pour les collectivités rurales et du Nord de l’Ontario. Le gaz naturel réduit les factures d’énergie des familles, crée de nouvelles possibilités pour les Ontariens et aide les entreprises à devenir plus compétitives, à croître et à créer des emplois. Le gaz naturel a également une empreinte carbone plus faible que les solutions de rechange comme le bois, le mazout et le propane.

    Grâce à la première phase du Programme pour l’expansion de l’accès au gaz naturel du gouvernement de l’Ontario, Enbridge Gas a mené à bien sept nouveaux projets d’expansion communautaire. La réaction dans ces collectivités a été incroyable, et nous sommes sur la bonne voie pour atteindre notre objectif de fidélisation des clients au cours de la période de prévision de 10 ans.

    L’intérêt démontré envers la deuxième phase du programme a été manifeste, et le gouvernement de l’Ontario a récemment annoncé un financement de 234 millions de dollars pour soutenir le raccordement au gaz dans 43 communautés rurales, nordiques et autochtones, dans le cadre de 28 projets. Nous prévoyons commencer les travaux de construction cette année, et tous les projets devraient être en cours d’ici la fin de 2025. Nous sommes impatients de collaborer avec la province et les municipalités locales pour continuer à apporter le gaz naturel à un plus grand nombre de foyers et d’entreprises de l’Ontario.

    4. Enbridge a fait activement progresser ses travaux liés au développement du gaz naturel renouvelable (GNR) et de l’hydrogène. Quel rôle voyez-vous jouer ces combustibles gazeux à court et à long terme?

    Les trois plus grands contributeurs aux émissions de GES sont le transport, le chauffage des bâtiments et l’industrie. Collectivement, ils représentent plus de 80 % des émissions totales1. L’hydrogène et le GNR peuvent être un moyen rentable de décarboniser ces secteurs aujourd’hui, et nous augmentons la production et l’injection au fil du temps.

    Transport

    Le transport génère la plus grande quantité d’émissions de GES en Ontario. L’électrification des véhicules légers à passagers jouera un rôle essentiel dans la décarbonisation du secteur des transports. L’électrification du transport lourd, cependant, est prohibitive à l’heure actuelle en raison de la taille des batteries et des exigences de recharge. Ce secteur peut être décarbonisé de façon rentable dès aujourd’hui grâce au gaz naturel comprimé, qui permet de réduire les GES de 20 % et de réaliser des économies de carburant de 40 % par rapport à l’essence ou au diesel. En utilisant du gaz naturel renouvelable, vous pouvez atteindre des émissions nulles, une solution que de nombreuses municipalités ontariennes utilisent aujourd’hui, notamment Toronto et Hamilton. À plus long terme, les véhicules électriques à piles à hydrogène constituent une autre option pour les véhicules à émissions nulles.

    Chauffage des bâtiments

    La deuxième source d’émissions de GES en Ontario est le chauffage des bâtiments. Aujourd’hui, environ 75 % des foyers ontariens sont chauffés au moyen du gaz naturel. Pour remplacer cela par de l’électricité, il faudrait augmenter de 200 à 300 % notre réseau électrique actuel, ce qui prendrait du temps à mettre en place et représenterait un coût important.

    L’augmentation de la production d’hydrogène et de GNR est un moyen efficace de décarboniser le chauffage des bâtiments à un coût inférieur à celui de l’électricité2, tout en préservant la résilience du système énergétique.

    « L’augmentation de la production d’hydrogène et de GNR est un moyen efficace de décarboniser le chauffage des bâtiments à un coût inférieur à celui de l’électricité, tout en préservant la résilience du système énergétique ».

    Enbridge fait progresser le GNR et l’hydrogène sur plusieurs fronts. Grâce à notre programme volontaire de GNR, OptUp, les clients peuvent choisir de soutenir la transition vers une énergie à faible teneur en carbone par une petite contribution mensuelle pour aider à compenser les coûts accrus d’acquisition de gaz naturel renouvelable neutre en carbone. À Markham, nous pilotons le mélange d’hydrogène à notre installation Power-to-Gas, qui est capable de produire 1 000 kilogrammes par jour, soit suffisamment d’énergie pour alimenter 100 voitures à piles à combustible parcourant 1 000 km par jour. Le succès de ces programmes aidera Enbridge à poursuivre des activités de mélange d’hydrogène supplémentaires et à plus grande échelle, permettant ainsi au Canada de réduire davantage son empreinte carbone déjà faible à grande échelle.

    À plus long terme, comme les coûts de l’hydrogène et du GNR continuent de baisser grâce à l’innovation et au déploiement, nous continuerons à augmenter le pourcentage de GNR et d’H2 dans l’approvisionnement en gaz. Nous poursuivrons également nos programmes de conservation agressifs et l’adoption d’autres technologies à faible teneur en carbone telles que l’énergie géothermique, l’énergie solaire photovoltaïque, les pompes à chaleur au gaz naturel et les systèmes de chauffage hybrides, offrant ainsi de multiples voies pour atteindre la carboneutralité des émissions provenant du chauffage des bâtiments.

    L’industrie

    L’industrie est le troisième plus grand contributeur d’émissions de GES en Ontario. L’hydrogène est une solution efficace pour les activités à forte intensité énergétique, comme la production d’acier et de béton.

    Le Canada commence à accélérer sa capacité d’utiliser l’hydrogène. À court terme, Enbridge et d’autres entreprises mènent à bien des projets pilotes et le développement d’infrastructures qui nous permettront d’exploiter cette ressource à son plein potentiel d’ici 2050.

    Le captage et le stockage du carbone (CSC) est également une technologie éprouvée, disponible dès maintenant, qui s’avère prometteuse pour la réduction des GES pour les industries difficiles à décarboniser. Le Canada, qui a entrepris des projets de longue date dans l’Ouest canadien, est un chef de file mondial en matière de CSC. Ici, en Ontario, la géologie du sud-ouest de la province se prête au stockage du carbone, et Enbridge a une longue histoire de stockage souterrain sécuritaire et fiable du gaz naturel.

    5. Le discours sur la politique publique des élus n’est souvent pas favorable au gaz naturel en ce moment, le Programme pour l’expansion de l’accès au gaz naturel en Ontario étant une exception. Mais comme le montre clairement ce programme, les clients apprécient beaucoup tout ce que nous offrons — prix abordable, fiabilité et performance environnementale. Comment pensez-vous que l’industrie peut mieux transmettre la réalité de l’acceptation des clients à nos décideurs politiques?

    Nous devons raconter notre histoire et apporter une perspective unique à la discussion sur la transition énergétique.

    En fin de compte, nos systèmes énergétiques sont interdépendants et une voie intégrée offre un moyen plus réaliste3, moins coûteux et moins risqué de réduire les émissions. L’électrification seule ne suffit pas pour y parvenir.

    Aujourd’hui, le gaz naturel représente environ 30 % de l’énergie utilisée en Ontario, et presque trois fois et demie plus d’énergie de pointe que l’électricité. Remplacer cette énergie par l’électricité, tout en assurant la redondance et la fiabilité requises pendant la charge de pointe, sera extrêmement difficile. En outre, l’électricité ne peut pas être stockée à grande échelle, ce qui nécessite une sauvegarde sur demande, à la fois maintenant et au fur et à mesure que l’énergie renouvelable se développe, et elle ne convient pas à de nombreuses applications industrielles à forte consommation d’énergie.

    Enbridge a activement pris contact avec les décideurs, les municipalités, les organismes de réglementation et d’autres intervenants pour démontrer comment les systèmes énergétiques doivent fonctionner ensemble pour assurer la transition vers un avenir à faible émission de carbone. Et nous partageons de l’information sur la façon dont nous soutenons la transition grâce à des solutions énergétiques innovantes et à la collaboration avec les gouvernements et les partenaires qui réduisent les impacts environnementaux tout en maintenant une énergie abordable et fiable.

    « Enbridge a activement pris contact avec les décideurs, les municipalités, les organismes de réglementation et d’autres intervenants pour démontrer comment les systèmes énergétiques doivent fonctionner ensemble pour assurer la transition vers un avenir à faible émission de carbone ».

    6. L’ACG a récemment remporté l’appel d’offres pour accueillir la conférence mondiale sur l’innovation dans le domaine du gaz, connue sous le nom de conférence sur la recherche gazière de l’UIG2024 (IGRC2024), qui se tiendra à Banff, en Alberta, en mai 2024. À l’échelle mondiale, l’utilisation du gaz naturel croît à un rythme remarquable et nombreux sont ceux qui, dans le monde, veulent avoir accès au gaz canadien et à notre expertise en matière de gestion. Selon vous, que devrait faire l’industrie canadienne pour faire de cet événement un moment particulièrement précieux?

    Je me réjouis à l’idée que le Canada puisse faire valoir au monde entier tous les excellents programmes et initiatives que nous avons mis sur pied pour favoriser des solutions à faible émission de carbone. L’événement sera un succès grâce au dialogue que nous susciterons avec les décideurs clés. Travailler ensemble est essentiel pour atteindre l’objectif mondial de carboneutralité d’ici 2050.

    1. Net Zero 2050 (juin 2021), en ligne : Association de l’énergie de l’Ontario <energyontario.ca/Files/PDF%20files%20to%20share/OEA_Net_Zero_2050.pdf>.
    2. Le GNR coûte 24 $/GJ, soit l’équivalent de 0,09 $/kWh. L’hydrogène bleu coûte 11,23 $/GJ, soit l’équivalent de 0,040 $/kWh; l’hydrogène vert coûte environ 44 $/GJ, soit l’équivalent de 0,16 $/kWh.
    3. Les politiques de réduction des GES qui favorisent entièrement l’électricité par rapport aux approches multi-réseaux sont beaucoup plus coûteuses (289 $/tCO2 pour l’électricité seule contre 129 $/tCO2 pour les réseaux intégrés).

  • Les positions de nos analystes: Conservateur, Libéral, et NDP

    Les positions de nos analystes: Conservateur, Libéral, et NDP

    Qu’est-ce que les résultats de l’élection fédérale nous apprennent sur l’opinion qu’ont les Canadiens et Canadiennes au sujet du paysage politique énergétique et environnemental du pays?

    Les points de vue et opinions exprimés dans cet article sont ceux des auteurs et ne reflètent pas nécessairement la politique ou la position officielle de l’Association canadienne du gaz

    Par Tim Powers

    La 44e élection générale du Canada s’est terminée le 20 septembre 2021. Les résultats de ce scrutin ont presque entièrement reflété le résultat de la campagne de 2019. Les libéraux ont été ramenés au pouvoir une nouvelle fois avec un gouvernement minoritaire. Les conservateurs serviront à nouveau de principal parti d’opposition, le Bloc québécois et le NPD semblant être plus des partenaires que des adversaires pour les libéraux lorsque le Parlement reviendra le 22 novembre.

    Le vote de 2021 a très peu porté sur l’environnement et la politique énergétique. En fin de compte, il s’agissait plutôt de savoir si Justin Trudeau devait être réélu ou s’il fallait donner une chance à Erin O’Toole. Bien que l’actuel premier ministre ait gagné, il n’a finalement pas obtenu la majorité tant recherchée. Après l’élection, M. O’Toole a fait l’objet d’appels précoces de la part de certaines parties du mouvement conservateur pour qu’il se retire — pour l’instant cependant, il semble qu’il tienne bon.

    Dans les premiers jours de la campagne, l’avenir de l’Afghanistan, le retrait du Canada et des troupes alliées de ce pays, ainsi que la situation critique de nombreux Afghans qui avaient aidé notre pays pendant le conflit, ont dominé la discussion. Après quelques semaines de couverture intense de ce sujet, le récit s’est déplacé vers toutes les questions relatives à la pandémie, puis vers une controverse auto-infligée des conservateurs sur l’interdiction ou non de certaines armes au Canada. Il aurait fallu le vieux détective légendaire Colombo pour trouver, au-delà des mentions dans les plateformes, une quelconque discussion sur l’énergie en général, le gaz en particulier, ou l’environnement.

    Bien que les élections n’aient pas donné un aperçu de ce que les prochaines années pourraient signifier en termes de politique environnementale et énergétique, je pense qu’il y a quelques indicateurs clés à surveiller qui pourraient nous orienter. Le premier indicateur clé a été les nominations au Cabinet, et en particulier le déplacement de Jonathan Wilkinson d’Environnement et Changement climatique (ECCC) vers les Ressources naturelles, et le placement de l’activiste défenseur de l’environnement Steven Guilbeault à ECCC. L’accent très fort mis sur l’environnement ne fera que se renforcer. Et les remarques du premier ministre à la COP l’ont clairement démontré.

    Bien sûr, le discours du Trône de la fin novembre sera un autre indicateur avancé de la direction que prendra le gouvernement Trudeau en matière de politique. Ce discours du Trône pourrait être plus crucial que les autres de l’ère de Justin Trudeau s’il énonce le programme de ce qui pourrait être son dernier mandat.

    Les spéculations à Ottawa et dans les environs ne valent généralement pas grand-chose, mais actuellement, on semble mûre à l’idée qu’à un moment donné au cours de cette législature, le premier ministre annoncera qu’il ne se représentera pas. Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles cela est logique, y compris la difficulté historique pour un leader de remporter quatre gouvernements consécutifs et le succès général du Parti libéral dans l’organisation des passations de pouvoir.

    Mais ne vous y trompez pas, si Justin Trudeau se retire effectivement de la politique, il aura à cœur de laisser un héritage. Il n’est pas difficile de concevoir que l’un des héritages qu’il souhaiterait voir se concrétiser serait d’ordre environnemental, avec des objectifs ambitieux en matière de gaz à effet de serre, un éloignement accru des ressources non renouvelables et une restructuration économique correspondante. Cela pourrait arriver et avec le NPD et le Bloc comme alliés à court terme, tout est possible.

    « Il n’est pas difficile de concevoir que l’un des héritages qu’il souhaiterait voir se concrétiser serait d’ordre environnemental, avec des objectifs ambitieux en matière de gaz à effet de serre, un éloignement accru des ressources non renouvelables et une restructuration économique correspondante ».

    Tim Powers, est le président de Summa Strategies Canada et le directeur général d’Abacus Data, dont les deux sièges sociaux sont à Ottawa. M. Powers est souvent invité à l’émission Power and Politics du réseau de télévision CBC, ainsi qu’à la chaîne VOCM de Terre-Neuve-et-Labrador, sa province d’origine.


    Par Gabriela Gonzalez

    Certaines personnes ont osé dire que les élections fédérales de 2021 étaient une perte de temps et de ressources, mais je ne suis pas d’accord avec elles pour deux raisons qui définissent notre époque : la garde d’enfants et le climat. En tant que mère d’un enfant de trois ans, j’ai des arguments tangibles en faveur des garderies abordables. En tant que libérale de longue date qui a récemment déménagé de Toronto à Calgary, j’ai une nouvelle perspective sur la politique énergétique et environnementale et, sans surprise, c’est ce dont je traite dans le présent article.

    Les Canadiens et Canadiennes veulent que l’on s’attaque réellement au changement climatique

    Lors des élections fédérales de 2021, 16 035 732 Canadiens et Canadiennes, soit 94 % des votes exprimés, ont voté pour des partis dotés d’un plan climatique. La population canadienne d’un océan à l’autre a envoyé un message clair : on a dépassé le stade des débats, et des mesures concrètes doivent être adoptées pour faire face à l’urgence climatique.

    « La population canadienne d’un océan à l’autre a envoyé un message clair : on a dépassé le stade des débats, et des mesures concrètes doivent être adoptées pour faire face à l’urgence climatique ».

    Leadership du secteur de l’énergie

    Les politiques climatiques des libéraux en 2015 étaient visionnaires et parfois perçues comme trop ambitieuses, mais elles ont sans aucun doute poussé les secteurs, en particulier le secteur énergétique (qui nécessite beaucoup de ressources), sur la voie de la durabilité et de la diversification. En juin de cette année, les plus grands producteurs de sables bitumineux du Canada ont annoncé une alliance sans précédent pour atteindre des émissions nettes nulles de gaz à effet de serre d’ici 2050 afin d’aider le Canada à atteindre ses objectifs climatiques, y compris ses engagements relatifs à l’Accord de Paris. Il s’agit d’une mesure importante qui envoie un message fort aux employés, aux investisseurs et à la population canadienne, à savoir que le secteur prend des mesures sérieuses en faveur de la durabilité.

    Les populations de Calgary et d’Edmonton soutiennent des mesures climatiques ambitieuses

    Alors que nous savons que les Canadiens et Canadiennes des provinces comme le Québec, l’Ontario et la Colombie-Britannique sont généralement favorables aux mesures climatiques, la population albertaine de quatre circonscriptions a surpris le pays en élisant des députés néo-démocrates et libéraux. Qui plus est, les populations de Calgary et d’Edmonton ont également élu des maires progressistes et diversifiés. À Edmonton, Amarjeet Sohi, un ancien ministre libéral des Ressources naturelles, a été élu maire avec une impressionnante proportion de 45 % des voix, soit plus du double de son plus proche adversaire. Malgré un ralentissement important de l’économie de l’Alberta en raison d’un autre effondrement des prix du pétrole et des effets de la pandémie, les habitants de Calgary et d’Edmonton ont été audacieux et ont voté en faveur de mesures ambitieuses de lutte contre le changement climatique.

    Les conservateurs ont pris au sérieux la politique climatique

    L’orientation de la politique du Parti conservateur en matière de changement climatique, qui comprend la tarification du carbone, a surpris plusieurs Canadiennes et Canadiens, mais la plupart d’entre eux savaient qu’un plan climatique était un prérequis pour être considéré comme une opposition viable, et surtout comme un gouvernement en devenir. Un sondage à la sortie des urnes commandé par Clean Prosperity a révélé que plus de 40 % des électeurs conservateurs ont déclaré que le Parti devrait en faire plus pour le climat, tandis que 10 % ont déclaré que le Parti devrait en faire moins. L’inclusion du prix du carbone dans le plan des conservateurs a changé la donne pour le Parti. Plus de six électeurs sur dix ont dit qu’ils ne pouvaient pas voter pour un parti sans plan climatique crédible et ont déclaré que la taxe sur le carbone était une priorité pour ce type de plan.

    En conclusion, cette élection fédérale a été une victoire pour les familles canadiennes et la planète, et nous nous en portons tous et toutes mieux.

    Gabriela Gonzalez est directrice des communications et de la participation du public chez Argyle et une bénévole libérale de longue date qui a récemment déménagé de Toronto à Calgary. Elle aime vivre près des montagnes avec sa famille et a embrassé l’identité de résidante de l’Ouest canadien. Vous pouvez la joindre sur Twitter (@GabrielainYYC) ou sur LinkedIn.


    Par Kathleen Monk

    Avec les événements climatiques catastrophiques qui se produisent tout autour de nous, et après un été au Canada marqué par des vagues de chaleur record et de vastes feux de forêt, il était surprenant de constater que les questions du changement climatique et de l’environnement n’ont pas dominé davantage la campagne électorale fédérale.

    Et si les résultats des élections n’ont pas beaucoup changé la répartition des sièges au Parlement, cela ne signifie pas que la prochaine législature sera comme la précédente.

    Le gouvernement libéral de Justin Trudeau, du moins pour un certain temps, ne peut plus agiter le gros bâton d’une possible élection auprès des partis d’opposition. Pour sa part, le chef conservateur Erin O’Toole sera probablement plus préoccupé au cours des prochains mois à gagner le soutien de son propre caucus que par les libéraux. Et bien que les néo-démocrates aient fait quelques gains, l’élection 2021 n’a pas eu de grands gagnants. Même le parti qui a subi la plus forte baisse, le Parti vert, pourrait pointer du doigt les luttes intestines au sein de son parti comme étant la cause de son recul, plutôt qu’un signe de changement d’opinion des Canadiens et Canadiennes sur l’environnement.

    Ce qui a le plus changé dans le paysage politique canadien, c’est que tous les partis se sont rapprochés de la politique climatique.

    Les libéraux et les conservateurs ont tous deux proposé des investissements massifs dans la capture du carbone et une norme de carburant à faible teneur en carbone, ainsi que dans un régime qui fixe un prix pour le carbone. Bien que les conservateurs aient toujours pris des engagements fermes pour soutenir l’industrie pétrolière et gazière du Canada, ils ont employé un langage plus explicite que jamais pour reconnaître que le changement climatique est bel et bien réel. La question est maintenant de savoir à quel point les conservateurs prennent vraiment au sérieux cette nouvelle préoccupation pour le changement climatique, ou s’ils vont simplement revenir, tel un élastique, à leur ancienne approche de la tête dans le sable à ce sujet.

    Quant aux néo-démocrates, ils ont bien expliqué pourquoi le gouvernement libéral n’en a pas fait assez pour lutter contre le changement climatique. Ils ont déployé des efforts considérables pour faire passer le message que le gouvernement Trudeau est fort en paroles, mais faible en actions, notamment en ce qui concerne l’élimination des subventions aux combustibles fossiles et les mesures concrètes pour atteindre des objectifs ambitieux de réduction des émissions.

    Les libéraux devront choisir qui sera leur partenaire de danse au cours de la prochaine législature. Ce sera le calcul politique à surveiller. Chercheront-ils à obtenir le soutien des conservateurs sur des sujets comme la capture du carbone et une approche plus favorable à l’industrie? Ou chercheront-ils à s’associer au NPD sur les questions de l’élimination des subventions aux combustibles fossiles et de l’adoption de mesures plus rigoureuses pour lutter contre le changement climatique?

    Connaissant le modus operandi des libéraux, la réponse à ces questions résidera dans la voie que le Parti pense être la plus susceptible de les mener vers un gouvernement majoritaire.

    Se concentreront-ils davantage sur le maintien de leur soutien dans les villes du Canada et auprès des jeunes électeurs? Ou seront-ils plus préoccupés par les électeurs des Prairies et ceux des communautés plus dépendantes des ressources? Et à quelle vitesse le changement climatique reviendra-t-il au premier plan des préoccupations de l’électorat, une fois que les gens auront l’impression que l’on a vraiment stoppé la pandémie?

    Le premier signe clair d’une réponse à ces grandes questions viendra lorsque la gouverneure générale Mary Simon prononcera le discours du Trône du gouvernement.

    Kathleen Monk est propriétaire principale de Monk + Associates, une société indépendante d’affaires publiques. Elle apparaît régulièrement à l’émission Power and Politics du réseau CBC News et siège au conseil d’administration de CIVIX, un organisme de bienfaisance non partisan qui se consacre à la formation de citoyens engagés.

  • Offre croissante de gaz naturel renouvelable au Canada

    Offre croissante de gaz naturel renouvelable au Canada

    Le gaz naturel renouvelable (GNR) est une source d’énergie neutre en termes de gaz à effet de serre (GES) qui est produite à partir de déchets organiques provenant de fermes, de forêts, de décharges et d’usines de traitement des eaux. Au niveau moléculaire, le GNR est identique au gaz naturel. Il peut être mélangé sans problème au gaz naturel conventionnel et injecté dans l’infrastructure de gaz naturel existante. En outre, il peut facilement remplacer le gaz naturel conventionnel dans les applications d’utilisation finale sans autres ajustements.

    Bien que le GNR soit plus coûteux que le gaz naturel classique, il reste une option relativement rentable par rapport aux autres sources d’énergie. Comme le montre la figure 1, le coût actuel du GNR est inférieur à celui de l’électricité et de l’hydrogène1.

    En 2017, les entreprises de distribution de gaz du Canada ont fixé un objectif ambitieux de 5 % de mélanges de GNR d’ici 2025 et de 10 % d’ici 2030. À ce moment-là, il n’y avait que huit installations de production au Canada, injectant environ 4 500 000 gigajoules (GJ) de GNR dans le réseau de gazoducs par an.

    Figure 1 : Comparaison des coûts de plusieurs sources de combustible.

    Source : ACG, Hydro-Québec, Stratégie de l’hydrogène pour le Canada de RNCan.
    Remarque : H2-RMV + CSC reflète « l’hydrogène bleu » et H2-Électrolyse reflète « l’hydrogène vert ».

    Dans quelle mesure le GNR s’est-il développé depuis?

    Aujourd’hui, le nombre de projets de GNR a presque doublé. Dans tout le pays, les producteurs de GNR se sont associés aux services publics de gaz du Canada pour construire et mettre en service 15 installations qui produisent du GNR de qualité pipeline. La production totale de GNR de ces installations s’élève à près de 5 950 000 GJ par an, ce qui est suffisant pour chauffer près de 66 150 foyers. Cette quantité de GNR permettrait de compenser près de 310 000 tonnes d’éq. CO2, ce qui équivaut au retrait de plus de 67 250 voitures particulières de la circulation.

    Figure 2 : Nombre de projets de GNR et capacité de production en 2017, 2021, et projections pour 2025.

    Cependant, la croissance du GNR ne s’arrête pas là.

    Plusieurs projets de GNR sont actuellement en cours de développement ou ont été annoncés; d’ici la fin de 2025, plus de 30 projets devraient être en service. La capacité annuelle de GNR doublera presque pour atteindre 10 250 000 GJ, soit suffisamment pour chauffer plus de 115 000 foyers. Cela permettrait de réduire les émissions de GES de près de 467 500 tonnes – ce qui équivaut au retrait de 102 000 voitures de tourisme de la circulation.

    Le Canada fait partie de plusieurs pays qui investissent dans des projets de GNR. Comme le montre la figure 3, la majeure partie de l’offre mondiale provient d’Europe et d’Amérique du Nord, l’Allemagne, les États-Unis et la France étant en tête de la production.

    Figure 3 : Installations de production de GNR/Biométhane en Europe, au Canada et aux États-Unis.

    La croissance des projets de GNR au cours des quatre dernières années a été formidable et les quatre prochaines années promettent d’en faire autant. Cette tendance témoigne du rôle important que le GNR jouera dans le futur bouquet énergétique du Canada. Pour plus de détails sur les projets de GNR au Canada, veuillez consulter le site cga2026.acartdev.com/fr.

    1. Les coûts du GNR et de l’hydrogène sont calculés en supposant les mêmes coûts de transport et de distribution que ceux du gaz naturel.

  • Message du Président et chef de la direction de l’ACG

    Message du Président et chef de la direction de l’ACG

    Cette deuxième année de pandémie, qui a comporté son lot de confinements, se trouvera bientôt derrière nous, et nous souhaitons tous une année 2022 qui soit davantage axée sur l’ouverture.

    Prendre le temps de réfléchir à l’année qui vient de s’écouler nous rappelle que la vie a signifié bien plus que la seule pandémie de COVID-19 en 2021. Le présent numéro aborde précisément divers points marquants des douze derniers mois.

    De nouveaux gouvernements ont été élus au Canada et aux États-Unis, notre voisin le plus proche. Le résultat des élections canadiennes a été une réélection, tandis qu’aux États-Unis, un vent de changement a soufflé, Joe Biden remplaçant Donald Trump à la présidence. Dans ce numéro de la revue ÉNERGIE, nous examinons la législation sur les infrastructures du président Biden, Build Back Better, et ses répercussions sur l’industrie américaine du gaz naturel. Du côté canadien, nos commentateurs abordent ce que la réélection du gouvernement Trudeau signifie en termes de mesures visant à contrer le changement climatique au Canada.

    Les besoins en matière d’énergie abordable se sont fait clairement ressentir en 2021, les Canadiens ayant constaté des hausses de prix et des contraintes en termes d’approvisionnement. Le fardeau réglementaire s’est accru et des rebonds des marchés se sont fait sentir plus rapidement que prévu. La question de l’abordabilité en général préoccupe de plus en plus les Canadiens, et se manifeste de façon plus évidente dans les marchés du logement — l’Association canadienne des constructeurs d’habitations partage leur point de vue.

    Par ailleurs, le débat énergétique au Royaume-Uni a de plus en plus défrayé la manchette en 2021, menant à la tenue de la COP26 en novembre. Nous avons saisi cette occasion pour communiquer avec le député britannique Steve Baker afin de discuter de certains des enjeux liés à l’énergie et à l’environnement et de la manière dont ils influencent le contexte politique sur le terrain.

    Comme toujours, nous avons mis l’accent sur les consommateurs en 2021. Le présent numéro comporte une entrevue avec Jennifer Murphy, mairesse d’Eganville, en Ontario, municipalité dont les résidents ont récemment réussi à s’approvisionner en gaz grâce à la deuxième phase du Programme pour l’expansion de l’accès au gaz naturel de l’Ontario, réussissant ainsi à réduire considérablement leur facture d’énergie et à améliorer la fiabilité énergétique.

    Enfin, l’année 2021 a été marquée par la nomination d’une nouvelle présidente au conseil d’administration de l’ACG, Cynthia Hansen. Cynthia a pris le temps de discuter avec nous malgré son emploi du temps chargé chez Enbridge Gas, où elle occupe le poste de vice-présidente exécutive et de présidente du secteur de la distribution et de l’entreposage.

    Nous espérons que le présent numéro du magazine ÉNERGIE se révélera être informatif et inspirant. De la part de nous tous à l’ACG, nous vous souhaitons un joyeux temps des Fêtes et avons hâte de vous retrouver en 2022.