Susanna Zagar, présidente et cheffe de la direction de l’ACG
Canada entre dans une nouvelle ère énergétique, caractérisée moins par les débats que par la nécessité urgente de fournir une énergie abordable, fiable et sûre, dans un contexte de demande croissante, d’incertitude économique et de changements géopolitiques. Alors que les gouvernements d’un océan à l’autre considèrent l’énergie comme un élément central de l’avenir économique du Canada (et un atout essentiel pour répondre aux besoins mondiaux), l’importance de trouver un équilibre entre l’abordabilité, la fiabilité, la durabilité et la compétitivité au pays est devenue plus évidente que jamais.
Le présent numéro du magazine ÉNERGIE traite de ces thèmes aussi bien sous l’angle de la scène internationale que des communautés locales, tout en mettant en relief le leadership au sein de notre secteur. Nous commençons par un entretien avec l’honorable Tim Hodgson, ministre fédéral de l’Énergie et des Ressources naturelles, suivi de réflexions sur la conférence CERAWeek 2026. Ces deux articles portent sur l’avenir énergétique du Canada, sa compétitivité et les infrastructures nécessaires pour soutenir la croissance dans un contexte mondial en mutation.
Par la suite, nos commentateurs politiques analysent la façon dont les questions de l’abordabilité, de la sécurité énergétique et des infrastructures alimentent de plus en plus les débats politiques au Canada. Dans le présent numéro, on se penche également sur le rôle que continue de jouer le gaz naturel dans le secteur des serres en Ontario, contribuant ainsi à la sécurité alimentaire. On y examine également la proposition de l’ACG visant à raccorder davantage de communautés rurales et autochtones à l’infrastructure du gaz naturel, reconnu pour son abordabilité et sa fiabilité.
Nous mettons également en lumière l’innovation dans notre profil de fournisseurs, de fabricants et d’entrepreneurs, qui porte cette fois-ci sur Ultimarii, une plateforme canadienne de collecte de renseignements règlementaires alimentée par l’intelligence artificielle.
Enfin, dans notre rubrique consacrée aux réflexions sur l’énergie, Scott Balfour, président-directeur général d’Emera, nous livre son point de vue au sujet du leadership, de l’abordabilité, de la fiabilité et de l’importance de débats pragmatiques sur les questions énergétiques, en mettant l’accent sur la résilience à long terme.
Ensemble, les articles de ce numéro témoignent d’un intérêt croissant pour les réseaux et les infrastructures qui contribuent concrètement au renforcement de l’avenir énergétique du Canada.
Scott Balfour, président-directeur général d’Emera
Bien que son rôle de président-directeur général d’Emera, dont le siège est établi à Halifax, l’amène souvent à voyager un peu partout en Amérique du Nord et dans le monde entier, Scott Balfour n’a pas pour autant perdu de vue ses racines canadiennes. Au cours d’un entretien approfondi sur les défis liés à la direction d’une entreprise énergétique exploitant des services d’électricité et de gaz naturel au Canada, aux États-Unis et dans les Caraïbes en pleine période de transformation majeure, il nous fait part des leçons de leadership qu’il a tirées de la légende du hockey Scotty Bowman. Lorsqu’il évoque la Nouvelle-Écosse qui « joue dans la cour des grands », il fait référence non seulement à l’acquisition par Emera, pour 10,4 milliards de dollars américains, de la société TECO, établie à Tampa, en 2016 – qui a fait de l’entreprise un acteur majeur du secteur énergétique nord-américain – mais aussi à la réputation de la province de former les meilleurs talents de la LNH. Dans cet entretien avec David Coburn, journaliste spécialisé dans l’énergie basé aux États-Unis, il évoque son parcours professionnel, la gestion d’une période de bouleversements sans précédent et l’évolution du débat sur la transition énergétique. Les commentaires ont été modifiés pour des raisons de concision.
Qu’est-ce qui vous a d’abord attiré vers le secteur de l’énergie et qu’est-ce qui vous a incité à y rester tout au long de votre carrière?
J’ai débuté ma carrière dans le secteur bancaire, ce qui m’a finalement amené à me joindre à l’un de mes clients, Armbro Construction (aujourd’hui Aecon Group). À l’époque, il s’agissait d’une petite entreprise spécialisée dans la construction routière en Ontario, mais grâce à une croissance organique et à de multiples acquisitions, elle est devenue la plus grande société cotée en bourse du Canada dans le domaine de la construction et du développement des infrastructures. Elle comptait de nombreux clients dans le secteur de l’énergie, qu’il s’agisse de la construction ou de l’entretien de centrales nucléaires, de centrales au charbon et de centrales au gaz, ainsi que de l’installation ou de l’entretien d’infrastructures gazières souterraines. Lorsque j’ai quitté le secteur de la construction, j’ai trouvé que l’industrie de l’énergie était intéressante. Finalement, je me suis joint à Emera, dont l’activité principale porte sur les services publics règlementés. Il fut un temps où j’aurais pensé que le secteur des services publics règlementés était plutôt ennuyeux : peu de rebondissements et faible croissance. De toute évidence, la donne a changé il y a une vingtaine d’années, et c’est désormais un secteur qui compte vraiment. Qu’il s’agisse du gaz naturel ou de l’électricité, ces entreprises de services publics sont des moteurs de la croissance économique et de l’activité dans les régions qu’ils desservent. Nous servons nos clients non seulement 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, mais également à chaque seconde, et pourtant nous prenons des décisions d’investissement qui s’étendent sur des décennies. Ce mélange de missions cruciales, de complexité et d’impact m’a donc vraiment, vraiment séduit. Je suis ici depuis 14 ans, et ce secteur continue d’évoluer sans jamais devenir ennuyeux.
Pourriez-vous nous parler de certaines des expériences qui ont contribué à tracer votre parcours jusqu’à ce que vous deveniez président-directeur général?
Après ma première année d’études à l’école de commerce, j’ai pris une année sabbatique pour essayer de déterminer ce que je voulais vraiment faire, et j’ai passé cette année à travailler à la chaîne dans plusieurs usines Ford. Cela a été pour moi, à bien des égards, une expérience révélatrice, car j’ai beaucoup appris sur l’importance des personnes et sur le fossé qui peut parfois se creuser entre les dirigeants et ceux qui, sur le terrain, manient réellement les outils. Travailler chez Aecon, et constater à nouveau où l’argent se fait réellement – grâce au personnel qualifié qui manie les outils – a renforcé ma conviction quant au rôle essentiel des dirigeants dans la mise en valeur du personnel. Ma carrière dans le secteur bancaire, où nous servions un amalgame de clients commerciaux et d’entreprises, m’en a appris sur l’importance de poser les bonnes questions pour prendre la bonne décision, ainsi que sur la complexité de l’affectation des capitaux. Toutes ces expériences ont largement contribué à mon désir de jouer un rôle dans la réussite des entreprises. Mes fonctions de directeur financier et de président chez Aecon, puis, en 2012, lorsque je me suis joint à Emera en tant que directeur financier et, plus tard, directeur des opérations, m’ont toutes permis d’être très proche du poste de président-directeur général. J’ai eu la chance de travailler avec de grands dirigeants qui m’ont aidé à me familiariser directement avec le rôle de PDG et m’ont finalement amené au point où je me suis dit : « Coach, j’aimerais avoir le ballon et le porter pendant un bon moment. »
Quels sont les changements les plus marquants qui façonnent aujourd’hui l’industrie de l’énergie, et comment les dirigeants parviennent-ils à concilier la nécessité d’innover et de s’adapter avec le maintien de réseaux énergétiques fiables et abordables?
Le niveau d’incertitude ne cesse de croître et de s’accélérer – qu’il s’agisse des changements dans les politiques gouvernementales (dont la politique énergétique, qui évolue rapidement), des progrès technologiques ou des nouvelles réalités du marché (telles que l’augmentation des besoins énergétiques des centres de données) – ce qui représente sans aucun doute une opportunité et un défi majeurs pour notre secteur. Les conditions géopolitiques sont à l’origine de changements et de défis au niveau des chaînes d’approvisionnement et de l’abordabilité. Cela a également un impact sur le secteur de l’énergie et peut déboucher sur des engagements politiques et stratégiques. Il y a donc beaucoup de changements en cours dans le secteur, dont certains constituent des défis, mais on peut y déceler des opportunités, ce qui rend d’autant plus cruciales la stratégie, l’exécution, l’esprit d’équipe et le fait de rester centré sur le client. L’orientation client est particulièrement importante lorsque l’on pense à l’innovation. Il est facile de parler d’innovation, et c’est devenu un sujet à part entière, mais celle-ci doit avoir un objectif précis et contribuer à améliorer la fiabilité, la résilience, le service à la clientèle ou les coûts. Si elle n’a pas d’impact direct, ciblé, rapide et positif dans ces domaines, c’est que vous n’en parlez pas ou ne l’envisagez pas de la bonne manière. L’innovation ne doit pas être une fin en soi.
Comment les différentes approches en matière de transition énergétique mises en œuvre à l’échelle des activités d’Emera ont-elles influé sur votre capacité à réduire les émissions?
Nous avons un point de vue intéressant, car nous exerçons nos activités au Canada, aux États Unis et dans les Caraïbes, et la situation est très différente dans chacune de ces régions. Au Canada, la transition vers une énergie plus propre est en grande partie dictée par la législation ; il est donc obligatoire de réaliser des investissements ou d’adopter des technologies répondant à certaines conditions, qu’il s’agisse d’un prix du carbone ou de normes en matière d’énergies renouvelables. Cela implique qu’une certaine part de l’énergie doit provenir de sources renouvelables dans des délais précis, et qu’il est obligatoire de fermer les centrales au charbon à une date déterminée. C’est en partie ce qui stimule l’activité ici, en Nouvelle-Écosse. En Floride, aucune de ces exigences n’existe, bien qu’il y ait encore, pour l’instant, certains crédits d’impôt fédéraux qui disparaîtront d’ici 2030. Ce qui est intéressant, c’est que nous avons pu réaliser des investissements dans ces deux régions et faire la différence. Lorsque nous avons racheté TECO en 2016, le réseau ne comptait pratiquement aucune énergie renouvelable, et 38 % de l’énergie provenait du charbon. L’année dernière, moins de 1 % de l’énergie provenait du charbon, tandis que 15 % provenait de l’énergie solaire. Il s’agit avant tout de démontrer qu’il est rentable pour nos clients de réaliser ces investissements, et c’est exactement ce que nous avons fait, à maintes reprises. Au Canada, nous réalisons ces investissements parce que nous devons respecter certaines normes et le faire de la manière la plus rentable possible, mais cela comporte certainement un risque de coûts supplémentaires lorsque vous devez accélérer les investissements pour répondre aux exigences gouvernementales ou législatives.
Comment percevez-vous le rôle des infrastructures énergétiques existantes – y compris celles du gaz naturel – alors que le secteur de l’énergie continue d’évoluer?
Il est essentiel. Si jamais le prix du gaz naturel venait à atteindre des sommets, la perception de cette source d’énergie pourrait évoluer, mais il est difficile d’imaginer un tel changement en Amérique du Nord à long terme. Le gaz naturel est essentiel au réseau énergétique, que ce soit pour le chauffage des locaux, tant résidentiels que commerciaux, ou pour la production d’électricité. Je pense que le changement de mentalité (qui consiste à ne plus le considérer comme un combustible « de transition » à court terme) est réel, et j’espère qu’il est permanent. Cela signifie que la recherche d’énergie ne se résume pas à un choix entre les énergies renouvelables, le nucléaire ou le gaz naturel : c’est tout cela à la fois. Il n’y a aucune logique à penser que la réponse réside dans une seule source d’énergie ; la réalité est que toutes vont être essentielles. Et le gaz naturel constitue cette base essentielle qui soutient la mise en œuvre des énergies renouvelables, en particulier les énergies renouvelables intermittentes comme l’éolien et le solaire. Je pense que nous allons considérer le gaz naturel comme une source d’énergie importante pour les décennies à venir.
« […] le gaz naturel est essentiel au réseau énergétique, que ce soit pour le chauffage des locaux, tant résidentiels que commerciaux, ou pour la production d’électricité. »
Comment vos collègues décriraient-ils votre style de direction?
J’ai appris très tôt dans ma carrière que ce qui importe davantage que de savoir ce que je sais, c’est de savoir ce que je ne sais pas. Lorsque je suis passé du secteur bancaire à celui de la construction, je suis devenu directeur financier, mais je n’étais pas comptable et je n’avais jamais travaillé dans le bâtiment auparavant. Il y avait beaucoup de choses que j’ignorais ; il était donc essentiel d’apprendre rapidement et de m’entourer de personnes compétentes dans ces domaines. Je pense que mes collègues diraient que ma capacité à créer un consensus fait partie de mon style. J’aime faire appel aux bonnes personnes, les réunir autour d’une table, leur poser des questions, remettre en question leur façon de penser et, idéalement, parvenir à un consensus pour aboutir au meilleur résultat possible grâce à ce processus.
Un autre élément de mon style de leadership que mes collègues pourraient souligner, c’est ma volonté de diriger avec ce que j’appelle une « franchise respectueuse ». J’aime donner mon avis en temps réel. Je me souviens que Scotty Bowman (l’entraîneur légendaire dans la Ligue nationale de hockey) avait dit que si vous devez donner un conseil à un joueur, n’attendez pas à la fin de la saison lors de l’évaluation annuelle du rendement, vous le faites dès qu’il revient au banc, puis peut-être de nouveau à la fin de la partie. Cela m’est toujours resté à l’esprit, et la franchise respectueuse que j’ai eue consiste à être honnête à ce sujet, mais aussi à faire preuve d’empathie, de sensibilité et de respect et à le faire en privé. Vous ne nommez pas quelqu’un en groupe.
Quand vous pensez à la prochaine décennie, quelles évolutions dans le secteur de l’énergie suivez-vous de plus près?
Je surveille notamment les répercussions de la technologie sur la main-d’œuvre et la manière dont le travail est effectué. En fin de compte, une grande partie de notre activité consiste à enfoncer de l’acier dans le sol, et il est difficile d’imaginer que cet aspect du travail évolue de manière trop significative, mais l’intégration de la technologie et l’évolution prévue de celle-ci sont sans aucun doute des éléments que nous suivons de près. Un autre aspect d’actualité aujourd’hui est la vaste question de l’abordabilité : son impact, l’implication des politiciens ainsi que les changements de politique et les réactions législatives face aux préoccupations et aux défis que pose ce sujet. Nous travaillons dans un secteur qui, pour l’essentiel, relève de monopoles règlementés du côté de l’électricité – la situation peut être légèrement différente du côté du gaz naturel par ses oligopoles dans certains cas – ce qui peut en faire une cible facile pour les politiciens, en particulier en ce qui concerne les entreprises de services publics détenues par des investisseurs. L’autre évolution qui retient mon attention est d’ordre géopolitique et concerne le changement de perspective susceptible d’avoir des répercussions sur la sécurité énergétique et, par conséquent, sur la politique énergétique. Franchement, je pense qu’il y aura d’énormes opportunités en Amérique du Nord pour tirer parti de notre position avantageuse dans les deux pays, non seulement en ce qui concerne l’utilisation de l’énergie et la demande croissante, mais aussi la réalité de nos ressources naturelles abondantes et, par conséquent, l’importance de trouver des voies permettant d’acheminer cette énergie vers le marché, que ce soit sous forme de molécules ou d’électrons, et d’investir dans celles-ci.
Qu’est-ce qui vous rend confiant quant à l’avenir des réseaux énergétiques en Amérique du Nord?
On a l’impression que le secteur de l’énergie est en pleine effervescence. On reconnaît aujourd’hui que son importance n’a jamais été aussi grande, tant au niveau des besoins de la société et de sa dépendance à l’égard de l’énergie et de l’électrification, que du rôle crucial que jouent à la fois l’électricité et le gaz naturel dans ce contexte. Le lien entre l’énergie et la sécurité est désormais devenu essentiel et fondamental pour notre mode de vie. Et la solidité et la diversité sous-jacentes de nos réseaux en Amérique du Nord – gaz naturel et électricité – sont autant de raisons d’être confiants. L’autre élément qui me donne confiance, c’est que nous avons enfin les bonnes discussions à ce sujet. Cela fait longtemps que je m’inquiète du fait que nous n’avions pas vraiment de débats honnêtes sur les défis liés à la transition énergétique, à la fiabilité et à l’impact qui en résulte sur les coûts et l’abordabilité. On a souvent tendance à parler de l’importance de la transition énergétique et de la manière dont nous allons devenir non émetteurs d’ici telle ou telle date – 2030, 2040, 2050 – sans se demander si cet objectif est réellement réalisable, quelles en seront les répercussions sur le coût de l’énergie, qui va payer pour cela et si ces personnes sont prêtes à le faire. Ce sont là des questions cruciales. Nous commençons enfin à avoir des discussions franches sur ces compromis, et c’est vraiment important car, sans cette franchise, la capacité à y parvenir a été remise en question dès le départ.
Quel héritage ou empreinte aimeriez-vous laisser en tant que chef de file dans cette industrie?
Au final, c’est aux autres qu’il revient de juger de l’héritage que l’on laisse, mais je pense que nous souhaitons tous avoir un impact et laisser les choses dans un état un peu meilleur que celui dans lequel nous les avons trouvées. Chez Emera, j’ai eu la chance de prendre les rênes d’une grande entreprise qui se portait déjà très bien. En ce qui concerne l’équipe – en voyant les personnes qui ont fait évoluer leur carrière et qui se sont épanouies sur le plan personnel pour exploiter pleinement leur potentiel – j’aimerais avoir fait une différence pour les gens et la culture d’entreprise au fil du temps, et laisser celle-ci dans une situation encore meilleure que celle dans laquelle je l’ai trouvée. De plus, j’aimerais avoir contribué à façonner l’avenir de la transition énergétique, en trouvant le juste équilibre entre coût et abordabilité, et en traçant une voie réalisable pour l’avenir. Pas seulement des phrases toutes faites qui sonnent bien, mais une stratégie concrète pour y parvenir.
Quel rôle, le cas échéant, la politique énergétique jouera-t-elle dans l’issue des prochaines élections provinciales cette année au Québec, et dans quelle mesure cette politique pourrait-elle influer sur les résultats des prochaines élections fédérales, advenant le déclenchement d’un scrutin au cours des douze prochains mois?
Par Scott Reid
La politique énergétique n’est plus seulement une question d’énergie. Plus maintenant. Pas après une année d’attaques menées par Donald Trump contre le système commercial mondial et sa guerre plus récente contre l’Iran. La force destructrice de la politique étrangère de cet homme a fait passer l’énergie d’un sujet récurrent à un thème central et dominant de toutes les discussions : dans toutes les capitales du monde comme autour de toutes les tables de cuisine.
Le détroit d’Ormuz sera-t-il un jour rouvert? Ou redeviendra-t-il un jour navigable? Combien de temps les prix de l’essence et des produits alimentaires resteront-ils élevés? Dans quelle mesure les effets inflationnistes sont-ils structurels? Les pays occidentaux vont-ils bientôt connaître l’horreur de la stagflation – avec une croissance au point mort, une flambée des prix et la hausse des taux d’intérêt?
L’énergie – son coût, son approvisionnement et sa sécurité – est en train de remodeler l’économie mondiale. En conséquence, elle remodèle également notre vie politique. Aucun secteur de compétence, grand ou petit, n’échappera à ses effets.
« L’énergie – son coût, son approvisionnement et sa sécurité – est en train de remodeler l’économie mondiale. »
Pour le Canada, cela signifie plusieurs choses. Tout d’abord, les inquiétudes liées à l’énergie, au coût de la vie et aux stratégies commerciales de Trump ont fait naître chez les électeurs un état d’esprit digne des temps de guerre. Ce mélange singulier d’inquiétudes économiques et de solidarité nationale explique en grande partie l’incompréhensible évolution de notre vie politique ces derniers temps. La progression de Carney dans les sondages s’explique par le sentiment qu’il est le mieux placé pour diriger le Canada face à une administration américaine hostile. Cette dynamique de ralliement explique également comment il a réussi à attirer des transfuges tant du Nouveau Parti démocratique (NPD) que des conservateurs – et à remporter haut la main les élections partielles afin de constituer une majorité à la Chambre des communes.
Deuxièmement, nos priorités sont en train d’être redéfinies, l’énergie occupant désormais une place centrale. Du jour au lendemain, le soutien en faveur des pipelines et des installations de GNL est en pleine expansion. Les pays asiatiques, secoués par l’instabilité provoquée par Donald Trump dans le Golfe, ne feront que multiplier par deux ou par trois leurs demandes auprès du Canada pour subvenir à leurs besoins en gaz naturel et en autres sources d’énergie. Les Canadiens y voient une bouée de sauvetage et apportent leur soutien, comme en témoignent les taux de popularité élevés dont bénéficient les priorités du gouvernement.
Même au Québec, une province qui a traditionnellement rejeté tout projet de pipeline, on assiste à un changement d’attitude. Là aussi, le double effet des attaques du président américain et de l’insécurité énergétique mondiale se fait sentir. À première vue, les élections de cet automne seront portées par le thème récurrent du « besoin de changement », les électeurs s’apprêtant à mettre fin au long mandat de la CAQ, même avec l’arrivée d’une nouvelle première ministre. Cependant, en y regardant de plus près, on constate que les mêmes effets généraux sont à l’œuvre. La menace extérieure que représente Donald Trump refroidit l’enthousiasme des électeurs pour la promesse du Parti Québécois (PQ) d’organiser un référendum sur la séparation. De plus, les projets énergétiques, comme la relance de l’initiative Énergie Est, sont soudainement considérés comme viables, voire souhaitables. La conclusion est sans équivoque : même replié sur sa propre culture, sa langue et son histoire politique, le Québec verra ses élections ballottées par ces mêmes forces mondiales.
À bien des égards, les leçons tirées de l’année écoulée tournent presque exclusivement autour de la politique énergétique. Malgré les guerres, les enjeux géopolitiques, le prix de l’essence et les résultats des sondages, la question de l’accès à des sources d’énergie abordables et sûres relègue tous ces autres sujets au second plan. Lorsque la conjoncture est favorable et que l’énergie est abondante, les économies se développent et les débats politiques s’élargissent. Toutefois, lorsque le monde s’assombrit et que l’accès à l’énergie est menacé, c’est tout le contraire. L’énergie n’est pas seulement un enjeu important en ce moment. C’est LA question de l’heure.
Scott Reid a été directeur des communications de l’ancien premier ministre Paul Martin, et est le cofondateur de Feschuk.Reid.
Quel rôle, le cas échéant, la politique énergétique jouera-t-elle dans l’issue des prochaines élections provinciales cette année au Québec, et dans quelle mesure cette politique pourrait-elle influer sur les résultats des prochaines élections fédérales, advenant le déclenchement d’un scrutin au cours des douze prochains mois?
Par Robin Guy
Alors que les tensions géopolitiques continuent de menacer les chaînes d’approvisionnement et de faire flamber les prix de l’énergie, nos alliés en Europe et en Asie recherchent désespérément des partenaires énergétiques stables et démocratiques. Le Canada dispose précisément de ce que le monde recherche : des réserves énergétiques abondantes. Pourtant, nos ressources restent prisonnières d’un enchevêtrement règlementaire et idéologique dont nous sommes nous-mêmes responsables.
Au niveau fédéral, nous avons récemment constaté certains signes positifs de la part du gouvernement, tels que le protocole d’entente (PE) conclu entre Ottawa et le gouvernement de l’Alberta. Cependant, un changement de ton n’équivaut pas à un changement de politique. Le dispositif anti-production mis en place au cours de la dernière décennie reste en grande partie intact. La suspension de certaines de ces politiques peut constituer un pas dans la bonne direction, mais la suspension seule ne suffira pas à rétablir la confiance de l’industrie ni à rassurer nos alliés à l’étranger. Seule la suppression pure et simple de ces politiques offrira la certitude nécessaire pour démontrer que le gouvernement Carney est réellement déterminé à accroître la production pétrolière et gazière du Canada.
Un an après le début du mandat du premier ministre Carney, l’héritage d’une décennie de politiques anti-énergétiques continue de peser lourdement. Les voix de l’ère Trudeau, hostile à l’énergie – notamment celles qui se sont battues pour des mesures telles que le projet de loi C-69, la « loi anti-pipeline », l’interdiction des pétroliers, la politique relative aux subventions inefficaces pour les combustibles fossiles, le régime de tarification du carbone pour l’industrie et le plafond punitif des émissions – continuent de siéger à la table des décisions. Les actes sont plus éloquents que les paroles. Or, dans ce cas précis, trop peu de mesures ont été prises pour permettre la croissance de la production et des exportations dont le secteur de l’énergie a besoin.
Cette incertitude a un coût économique réel : les investissements dans de nouveaux actifs pétroliers et gaziers ont chuté d’environ 23 %; au cours de la dernière décennie, les sorties nettes d’investissements du Canada ont dépassé 1 000 milliards de dollars – ce qui représente l’exode de capitaux le plus important de l’histoire moderne du pays. L’argent afflue vers la certitude, et le Canada n’offre rien de tel. Parallèlement, les États-Unis surpassent le Canada en matière de politique budgétaire. Washington a rétabli l’amortissement accéléré de 100 % pour les biens pétroliers et gaziers admissibles, tandis que le Canada n’offre toujours pas de déduction immédiate comparable pour les investissements énergétiques majeurs. Si Ottawa souhaite réellement attirer des capitaux et accroître la production, il doit lever ces obstacles politiques et proposer un cadre fiscal et d’investissement en mesure de rivaliser avec celui d’autres pays.
Le Québec est désormais confronté à sa propre réalité énergétique. La province ne dispose plus de l’excédent énergétique dont elle bénéficiait autrefois. Après des décennies d’abondance énergétique, Hydro-Québec a annoncé plus tôt cette année qu’elle serait à court d’électricité non allouée d’ici la fin de l’année prochaine. Le Québec compte actuellement un arriéré de projets industriels nécessitant plus de 20 000 mégawatts d’électricité, soit davantage que la capacité totale du projet de la Baie-James. Alors que la province cherche à plafonner les hausses tarifaires à 3 %, elle ne peut pas compter uniquement sur l’éolien et le solaire pour répondre à ses besoins énergétiques. On estime que le schiste québécois contient jusqu’à 20 000 billions de pieds cubes de gaz naturel récupérable. Cela suffirait à alimenter la province en énergie pendant des décennies et pourrait permettre au Québec de devenir un exportateur net vers les marchés européens, créant ainsi des emplois bien rémunérés et renforçant sa sécurité économique et énergétique.
Au cours de la décennie pendant laquelle le Canada et le Québec ont débattu de la création d’un terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) unique sur la côte Est, les États-Unis sont devenus le premier exportateur mondial de GNL, avec sept terminaux en service et cinq autres en construction. Selon les projections actuelles, la croissance du secteur du GNL au Canada ne proviendra que des projets déjà en cours, aucun nouveau terminal n’étant prévu. Pour atteindre l’Europe aujourd’hui, le gaz canadien doit transiter par des installations américaines, ce qui crée des emplois et des investissements à l’étranger plutôt qu’au Québec et dans les provinces de l’Atlantique.
Les Canadiens attendent de nos gouvernements qu’ils obtiennent des résultats concrets qui favorisent la croissance économique et la création d’emplois bien rémunérés. Si ce nouveau ton constitue un changement bienvenu, un an après le début du mandat du gouvernement Carney, aucun nouveau pipeline n’a été approuvé, et les travaux d’infrastructure nécessaires pour acheminer l’énergie canadienne vers les marchés n’ont pas avancé.
Cette inaction se reflète désormais dans le moral du secteur. Selon l’enquête Cormark d’ATB Capital Markets, moins de la moitié des personnes interrogées ont estimé qu’il était probable ou très probable qu’un projet de pipeline soit ajouté à la liste des projets d’intérêt national. Le secteur attend toujours la preuve qu’Ottawa est prêt à passer des paroles aux actes. Les progrès récents réalisés entre le gouvernement du Canada et l’Alberta dans le cadre de leur protocole d’accord sont encourageants, mais il ne s’agit là que d’un premier pas.
Le temps des « cadres » et des « ententes » est révolu. Le monde attend que le Canada tienne ses promesses. Si nous ne parvenons pas à construire les pipelines, les capacités de transport de gaz naturel et les infrastructures nécessaires pour acheminer nos ressources vers les marchés, le Canada continuera de perdre des investissements. Tant que les prix de l’énergie resteront élevés, les électeurs soutiendront les politiques favorables à l’énergie qui permettent de réduire les coûts et de renforcer la sécurité énergétique tant au niveau national qu’international. C’est ainsi que nous stimulerons la croissance économique et assurerons la prospérité de tous les Canadiens. Ayant désormais obtenu une majorité au Parlement, le gouvernement Carney n’a aucune excuse pour ne pas aller de l’avant rapidement. La question est maintenant de savoir s’il le fera.
« Tant que les prix de l’énergie resteront élevés, les électeurs soutiendront les politiques favorables à l’énergie qui permettent de réduire les coûts et de renforcer la sécurité énergétique tant au niveau national qu’international. »
Robin Guy est vice-président chez Crestview Strategy à Ottawa. Il possède près de 20 ans d’expérience dans le domaine des affaires publiques, dont plus de dix ans en tant que membre du personnel politique de plusieurs ministres du gouvernement Harper.
Quel rôle, le cas échéant, la politique énergétique jouera-t-elle dans l’issue des prochaines élections provinciales cette année au Québec, et dans quelle mesure cette politique pourrait-elle influer sur les résultats des prochaines élections fédérales, advenant le déclenchement d’un scrutin au cours des douze prochains mois?
Par Kathleen Monk
En 2026, la carte énergétique mondiale a été rapidement redessinée. La guerre commerciale menée par le président Trump a bouleversé les chaînes d’approvisionnement mondiales, et la frappe militaire américaine contre l’Iran a perturbé l’artère énergétique la plus cruciale au monde. Le prix de l’essence est en hausse, et les premiers ministres des provinces canadiennes ainsi que le gouvernement fédéral reçoivent des appels d’alliés européens et asiatiques qui souhaitent traiter avec des partenaires énergétiques stables et démocratiques. Les débats sur les pipelines, longtemps en veilleuse, reviennent au premier plan. L’énergie est passée d’un simple dossier de politique publique à la question politique déterminante du moment, notamment dans le cadre des élections à venir dans « la Belle Province » cet automne.
L’histoire politique du Québec est indissociable de ses choix énergétiques, à commencer par la célèbre campagne « Maîtres chez nous » menée en 1962 par le libéral Jean Lesage, qui a conduit à la nationalisation de l’électricité et à la création d’Hydro-Québec. Cela reste vrai aujourd’hui. Lors des prochaines élections au Québec, la politique énergétique jouera un rôle important, mais surtout en tant que reflet de la crise du coût de la vie et de la souveraineté économique. Depuis l’arrivée au pouvoir de la Coalition Avenir Québec (CAQ), Hydro-Québec est passée d’un surplus de 40 térawattheure (TWh) à une pénurie structurelle. Un plan d’investissement de 200 milliards de dollars vise maintenant à répondre aux besoins estimés du Québec, qui s’élèvent à plus de 100 TWh. Le pari sur l’industrie des batteries s’est retourné contre le gouvernement, et le report de la transition énergétique du Québec à l’ère post-Trump a préparé le terrain pour la suite des choses.
Le coût de la vie est désormais au cœur du débat politique au Québec, alors que les ménages sont confrontés à une hausse des prix, faisant de l’approvisionnement énergétique et des tarifs des enjeux prioritaires. Lors de la course à la direction pour succéder à François Legault, la question de l’allègement du prix à la pompe a fait l’objet de nombreuses discussions, et la première ministre Christine Fréchette s’est engagée à réinjecter directement aux automobilistes québécois les recettes provinciales supplémentaires provenant de la taxe de vente du Québec (TVQ) et des redevances, grâce à des mesures ciblées destinées à soutenir la classe moyenne, qui a été touchée par des prix dépassant les 2,00 $ le litre d’essence.
« Le coût de la vie est désormais au cœur du débat politique au Québec, alors que les ménages sont confrontés à une hausse des prix… »
Alors que la CAQ est en difficulté dans les sondages, les électeurs se tournent vers la rivalité plus traditionnelle entre le Parti Québécois (PQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ). Le PQ lie étroitement l’énergie à son projet de souveraineté et s’oppose fermement à ce qu’il qualifie de « privatisation silencieuse » de l’électricité, encouragée par la CAQ dans le cadre de sa réforme énergétique. Le PLQ partage ce point de vue. Ce qui reste incertain, c’est la manière dont chacun de ces partis répondra à la demande croissante tout en maintenant l’électricité à un prix abordable. Le PQ fait preuve d’une certaine souplesse concernant de futurs pipelines, et les libéraux tentent de se repositionner comme une solution de rechange axée sur « l’économie verte ». Parallèlement, les conservateurs, en pleine ascension, s’engagent à abolir le marché du plafonnement et de l’échange des droits d’émission de carbone, une promesse favorablement accueillie par plus de la moitié des électeurs québécois.
La question de l’abordabilité a également occupé une place importante dans le discours politique précédant la dernière campagne fédérale. L’abolition de la taxe sur le carbone par Mark Carney a effectivement neutralisé ce qui constituait auparavant l’argument d’attaque le plus puissant des conservateurs. Mais le coût de l’énergie n’a cessé d’augmenter parallèlement avec le coût de la vie, ce qui reste le talon d’Achille des libéraux sur le plan économique à l’approche des prochaines élections, quelle que soit la date à laquelle elles auront lieu. Entre-temps, Mark Carney a donné son feu vert à un nouveau pipeline reliant l’Alberta à la Colombie-Britannique. Ce faisant, le premier ministre a exposé son flanc gauche, et le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Avi Lewis, compte bien en tirer parti. Bien qu’elle ne soit pas sans risques politiques, ce positionnement permet au NPD de se démarquer des deux grands partis en s’opposant à l’expansion des énergies fossiles et en mettant l’accent sur l’investissement public, la souveraineté énergétique et l’abordabilité. En ce sens, la politique énergétique ne sera peut-être pas la question déterminante du scrutin lors des prochaines élections fédérales, mais elle façonnera le terrain sur lequel se déroulera cette élection. Comme au Québec, le débat porte moins sur des objectifs climatiques abstraits que sur la question de savoir qui contrôle l’énergie, qui en profite et qui en paie le prix.
KathleenMonkestpropriétaireprincipaledeMonk +Associates,unesociétéindépendanted’affaires publiques.Elleapparaîtrégulièrementàl’émission Power and Politics du réseau CBC News et siège au conseil d’administration de CIVIX, un organisme de bienfaisance non partisan qui se consacre à la formation de citoyens engagés.
« Le gaz naturel est une source d’énergie essentielle à la production de légumes en serre, pour laquelle il n’existe actuellement aucune solution de rechange viable à grande échelle. » [Traduction]
– Evan Smith, responsable du développement des infrastructures durables chez Ontario Greenhouse Vegetable Growers
Par Graham Chandler
« Si certains producteurs utilisent la biomasse comme source de chauffage d’appoint ou de secours, sa disponibilité et son coût peuvent se révéler prohibitifs, en particulier à l’échelle nécessaire pour assurer le fonctionnement des serres tout au long de l’année » [traduction], explique M. Smith. Cependant, il ajoute que le secteur envisage actuellement des combustibles de rechange émergents, tels que le biogaz et le mélange d’hydrogène au gaz naturel, en tant que solutions à plus long terme afin de réduire son empreinte carbone.
Et ces solutions sont effectivement prometteuses. Pour sa part, le biogaz est un combustible renouvelable produit lorsque des matières organiques sont décomposées par des bactéries dans un environnement dépourvu d’oxygène, dans le cadre d’un processus de digestion anaérobie, ce qui permet de récupérer de l’énergie à partir des flux de déchets organiques. Cependant, la production actuelle de biogaz reste d’une ampleur limitée et ne peut donc pas répondre à l’ensemble des besoins énergétiques des exploitations de serres. De son côté, le mélange d’hydrogène et de gaz naturel pourrait réduire la consommation de combustibles fossiles, mais les infrastructures et les chaînes d’approvisionnement nécessaires en sont encore aux premiers stades de développement.
« En été, le gaz naturel demeure le combustible essentiel qui a permis au secteur serricole (c.-à-d. de l’agriculture en serre) de produire des légumes frais toute l’année, y compris dans les régions où la production en plein champ est limitée ou saisonnière, poursuit M. Smith. L’accès à un gaz naturel abordable et fiable permet aux producteurs de maintenir les conditions environnementales constantes nécessaires à une bonne production agricole, notamment un contrôle précis de la température et de l’humidité. » [Traduction]
« L’accès à un gaz naturel abordable et fiable permet aux producteurs de maintenir les conditions environnementales constantes nécessaires à une bonne production agricole, notamment un contrôle précis de la température et de l’humidité. »
« Pendant les mois d’hiver, le gaz naturel sert principalement à fournir la chaleur indispensable à une croissance saine des plantes. En été, la chaleur contrôlée produite par les systèmes au gaz naturel contribue à assécher les cultures le matin, réduisant ainsi l’humidité excessive qui favoriserait autrement les maladies et nuirait à la préservation et à la productivité des cultures. » [Traduction]
Selon M. Smith, sans notre accès au gaz naturel, la production hivernale en serre serait au mieux, non concurrentielle, et les produits frais pendant les mois les plus froids devraient être importés des régions de culture du sud. Par conséquent, les coûts énergétiques de la production serricole augmenteraient considérablement en l’absence de gaz naturel, ce qui compromettrait la compétitivité des légumes cultivés en serre au Canada tant sur le marché intérieur que sur celui de l’Amérique du Nord. L’accès continu à un gaz naturel abordable demeure donc essentiel pour préserver la sécurité alimentaire, soutenir la production locale, protéger les investissements et permettre au secteur de progresser vers des trajectoires réalistes de réduction de son empreinte carbone, à mesure que des solutions énergétiques de rechange viables arrivent à maturité.
« Les coûts énergétiques de la production serricole augmenteraient considérablement en l’absence de gaz naturel. »
M. Smith est entré en fonction chez Ontario Greenhouse Vegetable Growers en décembre 2025 à titre de responsable du développement des infrastructures durables, et s’est alors vu confier la gestion de dossiers clés visant à soutenir les objectifs de durabilité, la croissance et les besoins énergétiques à long terme du secteur. Il est titulaire d’une maîtrise en politiques publiques internationales de la Balsillie School of International Affairs de l’Université Wilfrid Laurier, où il s’est spécialisé dans les relations économiques et a participé aux groupes de recherche sur l’économie politique mondiale ainsi que sur les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques (STIM) favorisant la résilience.
Au cours de son stage de troisième cycle, M. Smith a co-rédigé une note d’orientation portant sur l’avenir des minéraux critiques au Canada, qui a été soumise au ministère des Affaires mondiales. Auparavant, il a occupé le poste d’adjoint aux programmes et aux politiques au ministère des Transports de l’Ontario, où il a contribué au déploiement du programme de renouvellement automatisé des plaques d’immatriculation et à l’élaboration de politiques et de procédures en matière de lutte contre la fraude. Il a également dirigé une équipe de recherche au sein de l’institut de recherche, de données et de formation du Nouveau-Brunswick, chargée d’examiner la mise en œuvre de la Stratégie nationale sur le logement dans cette province.
Comment se dessine l’avenir?
M. Smith estime que le secteur serricole ontarien devrait poursuivre sa croissance à un rythme d’environ 5 % annuellement, une tendance qui, selon lui, entraînera une augmentation constante de la demande en énergie dans l’ensemble de ce secteur. La production en serre est très efficace et permet aux serriculteurs ontariens de récolter jusqu’à 20 fois plus de légumes par mètre carré qu’en culture de plein champ. Par conséquent, l’évolution du paysage énergétique jouera un rôle central dans la manière dont le secteur se développera et maintiendra une production tout au long de l’année.
« La production en serre est très efficace et permet aux serriculteurs ontariens de récolter jusqu’à 20 fois plus de légumes par mètre carré qu’en culture de plein champ. »
Ces dernières années, de nombreux serriculteurs ont adopté des systèmes d’éclairage d’appoint afin d’assurer des cycles de production réguliers tout au long de l’année. M. Smith estime que la poursuite de cette tendance dépendra des prix de l’électricité et du gaz naturel, ainsi que de la disponibilité et de la capacité des infrastructures nécessaires. Il note que les systèmes de cogénération de chaleur et d’électricité suscitent un intérêt croissant, car les contraintes d’approvisionnement en électricité limitent la croissance du secteur dans certaines régions. Ces systèmes permettent aux serriculteurs de produire de l’électricité sur place tout en récupérant la chaleur résiduelle pour chauffer leurs serres, ce qui améliore l’efficacité énergétique globale. Ce processus est communément appelé cogénération, car la chaleur et l’électricité sont produites à partir d’une seule source d’énergie.
M. Smith indique que l’Ontario accorde actuellement la priorité aux investissements dans l’expansion du réseau de transport d’électricité pour les deux prochaines décennies, et qu’un développement similaire des infrastructures sera également nécessaire pour la distribution de gaz naturel afin de soutenir la croissance du secteur serricole. Il estime que des projets tels que le projet d’expansion régionale Panhandle constituent des étapes indispensables pour répondre à la demande énergétique croissante dans les principales régions de production en serre.
Afin de soutenir la croissance continue du secteur et la fiabilité de l’approvisionnement énergétique, Robert Petro, coordinateur de l’énergie, des infrastructures et de l’environnement de l’Ontario Greenhouse Vegetable Growers (OGVG), a témoigné au nom du secteur serricole devant la Commission de l’énergie de l’Ontario en faveur du projet d’expansion du réseau Panhandle 2024. Ce projet d’infrastructure essentiel soutient la croissance et la viabilité à long terme de la production en serre dans le sud de l’Ontario jusqu’en 2030.
Selon M. Smith, l’efficacité énergétique demeurera un élément essentiel de la croissance durable du secteur. Au cours de la dernière décennie, les serriculteurs ont participé à des programmes favorisant la transition des systèmes d’éclairage au sodium à haute pression (SHP) vers la technologie plus efficace des diodes électroluminescentes (DEL). De plus, le secteur recourt beaucoup aux écrans thermiques pour améliorer l’efficacité du chauffage et réduire la consommation de gaz naturel. Le maintien de l’accès à ces programmes d’efficacité énergétique sera essentiel pour permettre au secteur serricole d’accroître sa production tout en gérant de manière responsable la demande énergétique globale.
De plus, les infrastructures de gaz naturel, d’approvisionnement en eau et de traitement des eaux usées joueront un rôle déterminant dans la croissance future du secteur, note M. Smith. De nombreux serriculteurs doivent déjà composer avec des contraintes liées à la disponibilité de l’eau et à la capacité de traitement des eaux usées. Les investissements dans les infrastructures d’approvisionnement en eau, de traitement des eaux usées, d’électricité et de gaz naturel ne concernent pas seulement les exploitations serricoles, mais aussi les municipalités où elles sont établies. L’expansion des infrastructures qui soutient les exploitations de serres favorise également un développement économique plus large, notamment dans les secteurs manufacturier et commercial, ainsi que la construction de logements, ce qui renforce l’importance d’une planification coordonnée des infrastructures à l’échelle régionale.
M. Smith ajoute que le gaz naturel reste un intrant essentiel dans la production en serre de concombres, de poivrons et de tomates, qui constituent actuellement les cultures les plus répandues. Le maintien d’une température et d’un taux d’humidité constants à l’intérieur tout au long de l’année nécessite une source de chauffage stable et fiable, et le gaz naturel est actuellement la seule source d’énergie en mesure de répondre à ces besoins à l’échelle requise pour l’exploitation serricole commerciale.
« Le maintien d’une température et d’un taux d’humidité constants à l’intérieur tout au long de l’année nécessite une source de chauffage stable et fiable, et le gaz naturel est actuellement la seule source d’énergie en mesure de répondre à ces besoins à l’échelle requise pour l’exploitation serricole commerciale. »
Le gaz naturel permet également le déploiement de technologies énergétiques de pointe telles que les systèmes de cogénération de chaleur et d’électricité (CCÉ) mentionnés précédemment, explique M. Smith. Ces systèmes permettent aux serriculteurs de générer de l’électricité sur place tout en récupérant et en réutilisant la chaleur résiduelle pour le chauffage et le contrôle climatique des serres, ce qui améliore considérablement l’efficacité énergétique globale. Dans certains cas, l’électricité produite par la CCÉ peut être réinjectée dans le réseau, ce qui renforce celui-ci et contribue à répondre aux besoins énergétiques provinciaux.
À plus long terme, M. Smith considère que le gaz naturel constituera la pierre angulaire sur laquelle s’appuieront des solutions à faible empreinte carbone, telles que l’intégration du biogaz et le mélange d’hydrogène, afin d’améliorer les performances environnementales. Il entrevoit également la poursuite des avancées technologiques favorisant le développement de solutions de captage du carbone, ce qui permettra de récupérer le dioxyde de carbone issu des processus de combustion ou directement de l’air, puis de le réinjecter dans les cultures à des fins de photosynthèse, contribuant ainsi à boucler davantage le cycle de production.
D’ici là, le maintien d’un accès à un gaz naturel abordable et fiable, assorti d’une prévisibilité des coûts et de mécanismes de plafonnement des tarifs pour protéger la production alimentaire essentielle, demeurera cruciale si l’on veut accroître la production serricole tout au long de l’année et garantir aux Canadiens un accès continu à des concombres, à des poivrons et à des tomates cultivés au pays.
Partout au Canada, de nombreuses communautés rurales et autochtones continuent de se heurter à un problème fondamental auquel la plupart des Canadiens ne pensent que rarement : l’accès à une énergie abordable et fiable.
Dans de nombreuses communautés, les ménages continuent de recourir au propane, à l’huile de chauffage, au chauffage électrique par résistance ou au diesel pour se chauffer et s’alimenter en électricité. Ces sources d’énergie sont souvent plus coûteuses, plus exposées aux ruptures d’approvisionnement et plus difficiles à entretenir en période de grand froid. Parallèlement, bon nombre de ces communautés sont situées à proximité d’infrastructures de gaz naturel existantes, mais n’y sont toujours pas raccordées, car la rentabilité d’un tel projet n’est pas assurée en vertu du cadre règlementaire actuel.
Cela représente à la fois un défi et une opportunité.
Le Canada dispose déjà de l’un des plus vastes réseaux d’approvisionnement en gaz naturel au monde, composé d’environ 600 000 kilomètres d’infrastructures de transport et de distribution, ce qui lui permet de répondre à près de 40 % des besoins énergétiques du pays. Plus de 20 millions de Canadiens comptent chaque jour sur le gaz naturel pour chauffer leurs foyers, les écoles, les hôpitaux, les entreprises et les installations industrielles. Dans de nombreux cas, les infrastructures nécessaires pour desservir les communautés autochtones et rurales voisines sont déjà en place.
La question n’est pas de savoir si la technologie existe. Il s’agit plutôt de déterminer si le dernier obstacle peut être surmonté pour rendre les projets viables.
Le défi de l’abordabilité
L’abordabilité de l’énergie demeure un problème majeur dans de nombreuses communautés autochtones et rurales canadiennes. Selon Statistique Canada, 5,6 % des ménages canadiens étaient considérés comme en situation de précarité énergétique en 2021, ce qui signifie qu’ils consacraient le dixième ou plus de leur revenu après impôt aux dépenses énergétiques du ménage. Pour les ménages vivant dans les réserves, ce pourcentage s’élevait à 12,9 %, soit plus du double de la moyenne nationale.
Ces pressions sont aggravées par le fait que de nombreuses communautés dépendent de sources d’énergie plus coûteuses. Dans certaines provinces, le coût de l’électricité par unité d’énergie peut être plusieurs fois supérieur à celui du gaz naturel. En Alberta, par exemple, l’électricité coûte environ 84,99 $ par gigajoule, comparativement à 13,06 $ par gigajoule pour le gaz naturel. On observe des écarts de coûts similaires en Ontario et en Saskatchewan.
Pour les ménages, ces différences ne sont pas abstraites. Elles ont une incidence directe sur les factures mensuelles, la stabilité financière et la qualité de vie. Dans certaines communautés, les frais de chauffage peuvent dépasser 1 000 $ par mois en hiver, en particulier lorsque les ménages utilisent le propane ou le chauffage à résistance électrique.
La question dépasse le cadre des ménages. Une énergie fiable et abordable est également nécessaire au développement économique. Il est difficile d’attirer des entreprises, de soutenir l’industrie manufacturière locale, de développer des installations de production alimentaire ou de prolonger les infrastructures communautaires lorsque les coûts énergétiques sont élevés et imprévisibles.
L’accès à une énergie abordable n’est pas seulement une question qui concerne les ménages. Il s’agit d’une infrastructure essentielle pour le développement des communautés.
« L’accès à une énergie abordable n’est pas seulement une question qui concerne les ménages. Il s’agit d’une infrastructure essentielle pour le développement des communautés. »
Les lacunes dans l’infrastructure
L’un des facteurs les plus déterminants dans ce dossier réside dans le fait que de nombreuses communautés sont déjà situées à proximité des réseaux de gaz naturel.
Partout au Canada, les entreprises de services publics ont recensé des projets dans lesquels des communautés autochtones et rurales sont situées à proximité d’infrastructures existantes, mais ne sont toujours pas desservies, car les projets de prolongement ne satisfont pas aux critères économiques imposés par la règlementation. Ces critères visent à garantir que les prolongements de services publics puissent être rentabilisés par les futurs clients sur une période définie.
La logique qui sous-tend ces règles est compréhensible. Les entreprises de services publics sont des monopoles règlementés, et les organismes de règlementation ont pour mission d’empêcher que les contribuables actuels ne subventionnent des prolongements non rentables.
Or, bien que de nombreux projets en milieu rural et dans les communautés autochtones soient très près de satisfaire à ces exigences, ils échouent malgré tout en raison de leur situation géographique, d’une faible densité de population ou du coût initial lié au prolongement des infrastructures sur de longues distances.
Concrètement, cela signifie que des projets susceptibles de réduire considérablement les dépenses énergétiques des ménages et d’améliorer la fiabilité du réseau ne peuvent souvent pas aboutir, car ils ne parviennent pas à atteindre les seuils stricts de rentabilité.
Il en résulte un écart structurel entre les communautés qui pourraient être raccordées sur le plan technique et celles qui le sont effectivement car elles répondent aux critères de rentabilité qu’impose la règlementation actuelle.
La fiabilité est également importante
L’abordabilité n’est qu’un aspect du débat. La fiabilité et la sécurité énergétique sont tout aussi importantes, en particulier dans les régions nordiques et rurales où les communautés peuvent dépendre de l’approvisionnement en combustibles.
Les systèmes de chauffage fonctionnant au propane et à l’huile comptent sur des réseaux de transport qui peuvent être affectés par les conditions météorologiques, l’état des routes et les perturbations dans l’approvisionnement. Dans les zones isolées, les routes en hiver et l’accès saisonnier peuvent poser des difficultés supplémentaires. Lors des périodes de grand froid, ces risques prennent encore plus d’importance.
Le gaz naturel acheminé par pipeline offre un modèle différent. Une fois les infrastructures mises en place, l’énergie peut être fournie en continu au moyen d’un réseau souterrain moins exposé aux perturbations du transport et aux phénomènes météorologiques extrêmes.
Pour les communautés, cela peut renforcer la résilience, tout en réduisant la dépendance aux livraisons de combustible par camion.
Cela revêt une importance particulière pour les infrastructures essentielles telles que les écoles, les centres communautaires, les établissements de santé, les réseaux d’assainissement et les abris d’urgence, qui dépendent tous de systèmes énergétiques stables et fiables pour fonctionner en toute sécurité tout au long de l’année.
« L’abordabilité n’est qu’un aspect du débat. La fiabilité et la sécurité énergétique sont tout aussi importantes, en particulier dans les régions nordiques et rurales où les communautés peuvent dépendre de l’approvisionnement en combustibles. »
Il existe déjà des exemples au Canada
Le Canada dispose déjà d’exemples illustrant comment le développement du gaz naturel peut améliorer l’abordabilité et soutenir l’essor économique local.
À Red Lake, en Ontario, un projet de prolongement du réseau de gaz naturel soutenu par des fonds fédéraux a permis de prolonger le service à la communauté. Les clients résidentiels qui ont abandonné des combustibles plus coûteux auraient réduit leurs frais de chauffage de 50 % à 70 %.
En Saskatchewan, le raccordement de la Première Nation Zagime Anishinabek a contribué à soutenir le développement de serres et l’activité économique locale. Un accès fiable à l’énergie a permis la mise en place d’infrastructures qui auraient été difficiles à exploiter de manière rentable avec des combustibles plus coûteux.
En Colombie-Britannique, Pacific Northern Gas et les Premières Nations ont étudié des possibilités qui vont au-delà du simple chauffage domestique. Citons par exemple la Première Nation de Kitselas, où les infrastructures de gaz naturel existantes pourraient alimenter des serres, des installations communautaires et de futures infrastructures de traitement des eaux usées grâce à la production locale de chaleur et d’électricité.
Ces exemples témoignent du fait que l’accès au gaz naturel ne se limite pas à la réduction des factures des ménages. Il peut également contribuer au développement économique à long terme et à la mise en place d’infrastructures communautaires.
Le rôle du gouvernement
Un point essentiel souvent négligé dans les débats sur les infrastructures énergétiques rurales est que de nombreux projets n’échouent pas en raison d’une demande insuffisante ou du refus des entreprises de services publics de les mettre en œuvre.
Dans de nombreux cas, les projets échouent parce qu’ils ne sont que partiellement non rentables.
Les entreprises de services publics et les communautés sont peut-être déjà prêtes à aller de l’avant. Les tracés des infrastructures sont peut-être déjà définis. Les fonds sont peut-être déjà disponibles. Toutefois, la partie restante du coût du projet qui ne peut pas être récupérée au moyen des tarifs règlementés empêche la construction d’avancer.
C’est là qu’intervient le rôle des politiques publiques ciblées.
Le Canada a déjà reconnu l’importance des infrastructures de base grâce à des programmes tels que le Fonds pour la large bande universelle, qui considère l’accès à Internet comme une condition préalable à la participation économique dans les communautés rurales et isolées.
Les infrastructures énergétiques devraient être envisagées sous un angle similaire.
Une énergie fiable et abordable permet aux ménages de réduire leurs coûts, aux entreprises d’être concurrentielles et aux communautés de poursuivre leur croissance économique. Dans de nombreux cas, des contributions publiques relativement modestes pourraient aider à combler le déficit de financement final nécessaire pour rendre les projets viables.
Il est important de noter que cela n’implique pas de remplacer les systèmes règlementaires provinciaux ni de passer outre la surveillance exercée sur les entreprises de services publics. Les cadres règlementaires existants continueraient de déterminer la viabilité des projets et les mesures de protection des consommateurs. Le soutien fédéral pourrait plutôt être conçu pour compléter ces systèmes en contribuant à assumer les parts du coût des projets afin que ceux-ci puissent respecter les critères économiques actuels.
Prochaines étapes
Le Canada accorde une attention croissante à l’accessibilité financière, à la sécurité énergétique, à la croissance économique et au développement des infrastructures. L’accès à l’énergie dans les zones rurales et les communautés autochtones se situe au cœur de ces quatre priorités.
Les infrastructures de gaz naturel jouent déjà un rôle central dans le réseau énergétique canadien, en fournissant chaque jour une énergie fiable et abordable à des millions de Canadiens. Étendre cet accès aux communautés autochtones et rurales voisines représente une occasion concrète d’améliorer l’abordabilité et la fiabilité, tout en soutenant la croissance à long terme de ces communautés.
Les projets déjà recensés un peu partout au pays confirment qu’il ne s’agit pas d’un simple débat théorique. Les communautés, les entreprises de services publics et les axes d’infrastructure existent déjà. Il ne reste plus qu’à trouver les moyens de combler le dernier obstacle qui empêche ces projets d’avancer.
Pour de nombreuses communautés autochtones et rurales, l’accès à une énergie abordable et fiable ne se résume pas à une simple question de chauffage. Il s’agit de participation économique, de résilience et de la capacité à construire l’avenir.
L’honorable Tim Hodgson, ministre fédéral de l’Énergie et des Ressources naturelles
Vous avez décrit l’énergie comme l’un des atouts stratégiques les plus importants du Canada. Dans un contexte mondial plus incertain, comment le Canada peut-il tirer parti de ses ressources énergétiques et minérales pour nouer de nouveaux partenariats à l’échelle mondiale?
L’énergie et les ressources naturelles comptent parmi les atouts majeurs du Canada dans le contexte mondial instable dans lequel nous évoluons. À l’heure où les pays s’efforcent de renforcer leurs chaînes d’approvisionnement, leur sécurité énergétique et leur souveraineté économique, le Canada offre une stabilité, des normes environnementales élevées, une main-d’œuvre de classe mondiale ainsi qu’un système fondé sur l’État de droit qui inspire confiance.
Cette combinaison fait de nous un partenaire attrayant pour les alliés qui cherchent à se diversifier et à s’affranchir de fournisseurs d’énergie peu fiables et coercitifs. Qu’il s’agisse de gaz naturel, d’uranium, de minéraux essentiels ou d’électricité propre, le Canada peut contribuer à répondre à la demande mondiale tout en renforçant des partenariats à long terme fondés sur la confiance et l’intérêt mutuel.
Nous en voyons déjà les effets se concrétiser sous la forme de nouveaux accords commerciaux et partenariats énergétiques. Par exemple, les 56 nouveaux accords et partenariats signés dans le cadre de l’Alliance pour la production de minéraux critiques montrent au monde entier que le Canada joue un rôle de premier plan dans la mise sur le marché de nouveaux projets, la lutte contre la manipulation des marchés par des acteurs non commerciaux et le renforcement des chaînes d’approvisionnement mondiales. Notre objectif n’est pas simplement d’exporter, mais de le faire dans le cadre de relations stratégiques avec des alliés démocratiques qui soutiennent la prospérité partagée, la résilience et la sécurité pour les décennies à venir.
Des initiatives telles que le projet d’agrandissement Sunrise sont présentées comme des investissements à la fois économiques et contribuant à bâtir notre nation. Quel rôle jouent les infrastructures de gaz naturel dans le renforcement de la sécurité énergétique du Canada et dans le maintien de prix énergétiques abordables pour les Canadiens?
« Les infrastructures de gaz naturel jouent un rôle essentiel dans le système énergétique canadien. Elles permettent de chauffer les foyers, d’assurer le fonctionnement des entreprises et de garantir la fiabilité des réseaux électriques, en particulier lors des périodes de pointe de la demande et en cas de conditions météorologiques extrêmes. »
Le Projet d’agrandissement Sunrise illustre parfaitement le genre d’initiative qui renforce notre sécurité énergétique tout en garantissant des tarifs énergétiques abordables pour les Canadiens. Ce projet renforcera la sécurité énergétique en acheminant du gaz fiable, produit au Canada, là où il est le plus nécessaire, ce qui permettra de réduire les goulots d’étranglement et la dépendance aux approvisionnements extérieurs. Cela nous permettra de chauffer davantage de foyers, d’entreprises, d’hôpitaux et d’écoles en Colombie-Britannique, tout en fournissant du gaz pour la production d’électricité et les processus industriels et manufacturiers. Ces travaux d’agrandissement feront en sorte que la Colombie-Britannique dispose d’un approvisionnement suffisant en gaz lorsque des installations d’exportation de GNL telles que Woodfibre LNG – qui sera la première installation de GNL carboneutre au monde – entreront en service.
Le Projet d’agrandissement Sunrise représente également un investissement économique crucial. Il contribuera à hauteur de plus de trois milliards de dollars au PIB canadien et générera plus de 700 millions de dollars de recettes fiscales qui serviront à financer de nouvelles routes, de nouveaux hôpitaux et de nouvelles écoles en Colombie-Britannique. Au plus fort des travaux, il permettra de créer 2 500 emplois, notamment au sein des communautés autochtones locales, avec lesquelles Enbridge collabore depuis le début de ce projet.
Les infrastructures de gaz naturel telles que Sunrise contribuent à la réalisation de nos objectifs de développement national. Elles favorisent le développement industriel, soutiennent l’emploi au pays et sous-tendent les exportations qui renforcent la position économique du Canada. Il s’agit d’actifs durables qui répondent à la fois aux besoins d’aujourd’hui et aux ambitions de demain, alors que le Canada met en place un système énergétique plus concurrentiel, plus sûr et mieux intégré.
Alors que le Canada cherche à attirer des investissements dans les centres de données et les secteurs liés à l’intelligence artificielle (IA), comment le gouvernement s’y prend-il pour mettre en place les infrastructures énergétiques nécessaires, et quel rôle le gaz naturel joue-t-il dans l’avenir de l’IA au Canada?
Les ambitions du Canada en matière d’IA et de centres de données dépendent avant tout d’un élément : un approvisionnement en électricité fiable, abordable et disponible à grande échelle. La réalité est que la capacité de production d’électricité propre ne peut pas être augmentée du jour au lendemain. Pour répondre à la demande, le Canada devra doubler la capacité de son réseau électrique d’ici 2050. Pendant que se poursuit le déploiement des énergies renouvelables, des réseaux de transport d’électricité et du nucléaire, le gaz naturel jouera un rôle de transition essentiel, en garantissant la fiabilité du système, une alimentation en électricité et la stabilité du réseau.
La récente Stratégie nationale sur l’électricité présentée par le gouvernement fédéral met l’accent sur la manière dont nous pouvons développer les infrastructures électriques plus rapidement et de manière plus prévisible, tout en maintenant l’abordabilité de l’énergie pour les Canadiens.
Cette stratégie souligne le rôle essentiel que jouera le gaz naturel pour soutenir cette transition tout en préservant la compétitivité. Elle permettra au Canada d’attirer des investissements dès aujourd’hui – en particulier dans les secteurs à forte consommation énergétique comme l’IA – tout en continuant à réduire les émissions grâce à l’amélioration de l’efficacité énergétique, au captage du carbone et à l’électrification. Trouver le juste équilibre garantit que le Canada restera une destination attractive pour les industries qui façonnent la prochaine génération de croissance économique, et assure aux Canadiens un approvisionnement continu en électricité.
Le Canada dispose de ressources en gaz naturel de classe mondiale qui répondent à 40 % de nos besoins énergétiques. Nous avons bien compris le rôle que votre gouvernement attribue au gaz naturel canadien sur le marché mondial du GNL. Cependant, pourriez-vous nous aider à comprendre comment le gaz naturel, dans le contexte national, s’inscrit dans les plans énergétiques à long terme de votre gouvernement?
Le Canada est le cinquième producteur mondial de gaz naturel, et nos gisements comptent parmi les plus importants et les plus productifs au monde. Nous disposons de 4 000 milliards de mètres cubes de ressources en gaz naturel commercialisable, qui pourraient durer 300 ans au rythme de production actuel.
Il n’est donc pas surprenant que le gaz naturel soit déjà un pilier du système énergétique canadien, et qu’il le restera pendant un certain temps. Il chauffe les foyers, alimente l’industrie de l’énergie, soutient la production d’électricité et offre une flexibilité au réseau qui permet de maintenir une énergie abordable et fiable.
D’ici le début des années 2030, le Canada est en passe de devenir l’un des principaux exportateurs mondiaux de GNL, grâce à de nouvelles capacités d’exportation et à l’engagement du gouvernement fédéral à mener à bien, rapidement et de manière responsable, des projets clés tels que la phase 2 de LNG Canada et le projet Ksi Lisims LNG, par l’intermédiaire du Bureau des grands projets. Notre objectif consiste à porter la production à 50 millions de tonnes par an (MTPA) dans les années 2030 et à 100 MTPA dans les années 2040, et nous sommes sur la bonne voie.
Au niveau national, le gaz naturel contribue à la croissance économique et à la sécurité énergétique. À l’échelle internationale, le GNL canadien peut remplacer les combustibles à plus fortes émissions à l’étranger tout en renforçant les relations avec nos alliés. À long terme, notre objectif n’est pas d’éliminer les sources d’énergie du jour au lendemain, mais de réduire progressivement l’intensité carbone tout en maintenant notre compétitivité. Cela nécessite d’utiliser le gaz naturel plus efficacement, de tirer parti de technologies telles que le captage du carbone et la réduction des émissions de méthane, et de combiner le gaz naturel avec une capacité croissante en matière d’électricité propre. Le gaz naturel jouera un rôle dans une transition cruciale et menée de manière responsable, qui répondra à la demande tout en réduisant les émissions au fil du temps.
« Au niveau national, le gaz naturel contribue à la croissance économique et à la sécurité énergétique. »
Votre gouvernement a adopté une approche très différente en matière d’énergie. Quelle a été votre plus grande surprise dans le cadre de vos fonctions, alors que vous avez parcouru le pays pour rencontrer les acteurs de l’industrie de l’énergie et les Canadiens en général?
En tant que ministre fédéral de l’Énergie et des Ressources naturelles, on me dit parfois que je suis, en quelque sorte, le ministre de « l’unité nationale ». Au fil de mes déplacements dans notre pays aux régions si diverses, ce qui m’a le plus surpris, c’est à quel point les gens partagent les mêmes aspirations. Partout au Canada, que je m’adresse à des travailleurs, à des dirigeants autochtones, à des représentants de l’industrie ou à des membres de la communauté, j’entends toujours la même chose : les Canadiens veulent que les projets soient réalisés de manière responsable, prévisible et de façon à apporter de réels avantages aux communautés de tout le pays.
Les gens sont bien moins enclins à accepter des retards interminables ou des débats abstraits qu’on ne le suppose. La guerre commerciale que les Américains nous ont déclarée a été un véritable signal d’alarme et nous a rappelé que nous devons nous donner plus que ce que quiconque peut nous enlever. Les Canadiens comprennent plus que jamais que l’énergie et les ressources naturelles sont fondamentales pour notre économie, notre sécurité et notre niveau de vie. Ils s’attendent également à des normes élevées en matière d’environnement et de sécurité.
Notre gouvernement a été élu précisément pour cela : en apportant clarté, certitude et responsabilité, le Canada peut recommencer à construire d’une manière qui gagne la confiance du public et assure une prospérité durable pour les générations à venir.
Vous apportez une connaissance approfondie des marchés financiers et des conditions nécessaires pour rendre les projets finançables. Quels messages souhaitez-vous adresser aux promoteurs canadiens qui s’efforcent d’inscrire leurs projets dans le cadre des priorités de votre gouvernement?
Entre 2006 et 2021, le nombre d’exigences règlementaires au Canada a augmenté de 37 % – une hausse qui, selon les estimations, aurait réduit la croissance du PIB de 1,7 point de pourcentage et celle de l’emploi de 1,3 point de pourcentage dans le secteur des entreprises. Ayant moi-même fait carrière dans le secteur privé, je comprends à quel point ces chiffres sont préjudiciables à l’économie canadienne et à la qualité de vie des Canadiens. Mon message est le suivant : au cours de la dernière année, le gouvernement actuel a fait savoir aux promoteurs que nous sommes ouverts aux affaires, que nous sommes déterminés à mener à bien les projets, et que nous devons nous atteler à la tâche ensemble.
Grâce au mandat de notre gouvernement visant à « bâtir le Canada », les investisseurs auront la possibilité d’affecter des dizaines de milliards de dollars de capitaux privés à des projets hautement rentables et présentant un faible risque géopolitique. La désignation par le Bureau des grands projets permettra d’accélérer la mise en œuvre de ces projets et offrira des leviers de financement, tels que la Banque de l’infrastructure du Canada, le Fonds de réponse stratégique, le Fonds de croissance du Canada et le Programme de garantie de prêts pour les Autochtones, entre autres, afin d’attirer des capitaux privés.
Comme je l’ai mentionné, le premier ministre s’est fixé l’objectif ambitieux de mobiliser 500 milliards de dollars d’investissements privés d’ici 2030, afin de faire du Canada une superpuissance énergétique mondiale et l’économie la plus forte du G7. En tant que ministre fédéral de l’Énergie et des Ressources naturelles, mon rôle est de veiller à ce que les investisseurs puissent engager leurs capitaux ici en toute confiance, et à ce que la réponse à la question « Pouvons-nous mener ce projet à bien? » soit un « oui » clair et retentissant. Si nous y parvenons, le Canada ne se contentera pas de rivaliser au sein de l’économie mondiale : il en prendra la tête.
Dans dix ans, comment espérez-vous que les Canadiens se souviendront de votre contribution à la vision « bâtir un Canada fort » en misant sur l’énergie et les ressources naturelles?
Dans dix ans, j’espère que les Canadiens se souviendront de cette période comme celle où « le Canada s’est remis à construire » : une époque où davantage de mines ont commencé à produire, où nos alliés ont reçu davantage d’énergie, et où les grands projets que nous avons lancés ont été menés à bien dans les délais, conformément au calendrier et dans le respect du budget. Une époque où nous aurons atteint les objectifs ambitieux que nous nous sommes fixés. Cela inclut l’appel à l’action du premier ministre visant à doubler le commerce avec les pays autres que les États-Unis et à mobiliser jusqu’à 500 milliards de dollars d’investissements du secteur privé d’ici 2035. Pour moi, le succès de la prochaine décennie consisterait à atteindre ces objectifs et à démontrer que le Canada est l’un des endroits les plus attrayants au monde pour investir, construire et se développer pendant les décennies à venir.
« […] j’espère que les Canadiens se souviendront de cette période comme celle où “le Canada s’est remis à construire” : une époque où davantage de mines ont commencé à produire, où nos alliés ont reçu davantage d’énergie, et où les grands projets que nous avons lancés ont été menés à bien dans les délais, conformément au calendrier et dans le respect du budget. »
Et c’est précisément ce à quoi nous nous consacrons par l’intermédiaire du Bureau des grands projets et de l’ensemble des outils que nous avons mis en place — des crédits d’impôt à l’investissement à l’harmonisation règlementaire, en passant par le financement public stratégique. Nous créons un nouveau cadre qui définit les conditions permettant aux capitaux de circuler rapidement, aux projets d’être approuvés efficacement et aux ressources d’atteindre les marchés où il y a de la demande. En fin de compte, pour moi, bâtir un Canada fort, c’est créer de la prospérité et de la sécurité de manière durable, pour que les Canadiens puissent en profiter pendant des générations.
*Remarque : La présente version française est une traduction du contenu de cet entretien avec le ministre Hodgson.
Ultimarii Ltd. est une plateforme canadienne de collecte de renseignements règlementaires alimentée par l’intelligence artificielle (IA), destinée aux administrations publiques et aux secteurs fortement règlementés, notamment l’énergie, les services publics, l’exploitation minière et les infrastructures. Nous transformons les processus règlementaires complexes et riches en documents en des flux de travail structurés et vérifiables qui améliorent la rapidité, la cohérence et la qualité des décisions grâce à une IA de pointe et à des données règlementaires triées sur le volet. Notre plateforme est spécialement conçue pour les milieux gouvernementaux : elle garantit la résidence des données au Canada, propose des contrôles d’accès basés sur les rôles, assure la journalisation des audits et est conforme aux normes fédérales en matière de sécurité et de gouvernance de l’IA.
Où se trouve votre entreprise?
Le siège social d’Ultimarii est situé à Calgary, en Alberta, au cœur du secteur énergétique canadien. Fondée par des professionnels profondément ancrés dans le paysage juridique et règlementaire de l’Alberta, Ultimarii accompagne des clients issus des secteurs de l’énergie, des services publics, des mines et du droit, tant au Canada qu’à l’étranger. L’équipe de l’entreprise réunit des compétences en développement logiciel, en apprentissage automatique, en science des données et en matière de règlementation ; tous ces experts travaillent main dans la main pour accélérer la mise en conformité et réduire les obstacles administratifs auxquels sont confrontés les professionnels des secteurs fortement règlementés.
Combien d’employés avez-vous?
Ultimarii est une équipe allégée et en pleine croissance, composée d’une trentaine de professionnels, qui rassemble des juristes, des spécialistes de la règlementation, des ingénieurs en informatique, des chercheurs en apprentissage automatique et des spécialistes des données. Tous sont unis par une mission commune : réduire les obstacles dans les secteurs fortement règlementés afin de permettre un développement plus rapide du Canada.
Quelles sont les priorités de l’entreprise pour les cinq prochaines années?
Élargir notre portée en Amérique du Nord afin de soutenir le développement de projets à l’échelle mondiale. Nous mettons en place le plus grand et le plus complet des ensembles de données de référence règlementaires au monde, ainsi que la plus vaste gamme d’agents d’IA spécialisés dans la règlementation, afin de soutenir les processus critiques que les entreprises du secteur de l’énergie gèrent au quotidien.
Quelles sont les opportunités qui s’offrent à votre entreprise et les défis qu’elle doit relever?
La plus grande opportunité qui s’offre à Ultimarii consiste à aider le secteur énergétique canadien à accélérer son développement à un moment où le monde a besoin d’une énergie canadienne fiable, d’infrastructures résilientes et de voies plus claires pour le développement de projets. L’un des défis réside dans le fait que les grandes entreprises adoptent l’IA avec prudence. La sécurité, la gestion du changement, la confiance et l’intégration dans les flux de travail sont tout aussi importantes que la technologie elle-même. Nous avons pour objectif de transformer ce défi d’adoption en un avantage en proposant une IA pratique et prête à l’emploi, adaptée au mode de fonctionnement réel des équipes du secteur énergétique règlementé.
Selon vous, quel sera le rôle du gaz naturel au cours des 50 prochaines années?
Le gaz naturel sera de plus en plus jugé non seulement en fonction de son bilan carbone, mais aussi du rôle qu’il joue au sein d’un réseau énergétique stable et responsable. Au cours des 50 prochaines années, tout porte à croire qu’il contribuera à garantir la fiabilité de l’approvisionnement à mesure que la demande en électricité augmentera, qu’il permettra le maintien d’activités industrielles difficiles à électrifier et qu’il assurera la sécurité énergétique de nos alliés grâce au gaz naturel liquéfié (GNL). Le défi et l’opportunité pour le secteur consisteront à démontrer que les infrastructures gazières peuvent être développées plus rapidement afin de répondre à la demande croissante.
Article d’opinion : Réflexions sur la conférence CERAWeek
Lors de la conférence CERAWeek de 2026, le message était clair : les pays qui peuvent compter sur une énergie fiable et abordable acheminée au moyen d’un réseau d’approvisionnement résilient, comme c’est le cas pour le gaz naturel, joueront un rôle de premier plan sur leur territoire et soutiendront leurs alliés à l’étranger.
Par Susanna Zagar, présidente et cheffe de la direction, Association canadienne du gaz
La conférence CERAWeek n’est pas très connue en dehors du secteur de l’énergie, mais elle mériterait de l’être. Ce rendez-vous mondial de premier plan se tient à Houston et en est à sa 44e édition. Il rassemble plus de 10 000 participants, dont des responsables gouvernementaux et des représentants du secteur dans 89 pays, en vue de discuter des changements en cours et de l’avenir.
Au fil des discussions de cette semaine, un point revenait sans cesse. L’énergie n’est plus abordée uniquement comme une question environnementale ou économique. Elle est désormais considérée comme un enjeu de sécurité et de compétitivité, et la conclusion est sans équivoque : les pays les mieux placés pour attirer les investissements, soutenir la croissance industrielle et renforcer la résilience seront ceux qui seront en mesure de fournir l’énergie dont les citoyens et les entreprises ont besoin.
Or, cela vaut tout autant pour le Canada que pour n’importe quel autre pays. La capacité de notre pays à tenir ses engagements envers ses alliés dépend avant tout de sa capacité à le faire sur le plan national. Nous aurions tout intérêt à élaborer une stratégie claire en matière de gaz naturel – une stratégie qui soit régulièrement communiquée et qui puisse profiter tant aux gouvernements qu’à l’industrie dans leurs efforts pour attirer des capitaux au Canada.
Il est également clair que le débat a dépassé « tout ce qui précède » pour aborder une question plus urgente : nous aurons besoin de PLUS de ce qui précède. La demande n’attend pas. Toutes les perspectives crédibles soulignent la nécessité d’accroître l’offre, les infrastructures et les capacités à tous les niveaux du réseau, en commençant par ce que nous pouvons mettre en œuvre ici, chez nous.
« La demande n’attend pas. Toutes les perspectives crédibles soulignent la nécessité d’accroître l’offre, les infrastructures et les capacités à tous les niveaux du réseau, en commençant par ce que nous pouvons mettre en œuvre ici, chez nous. »
Dans ce contexte, le gaz naturel n’est pas un élément secondaire. Il joue un rôle central pour relever les défis actuels.
Partout au Canada, l’industrie de l’approvisionnement en gaz naturel répond à 40 % des besoins énergétiques du pays grâce à un réseau qui dessert plus de 7,6 millions d’abonnés. Il s’agit d’un réseau conçu pour les conditions canadiennes, qui offre évolutivité, capacités de stockage et fiabilité, et qui permet au Canada de répondre à la demande intérieure tout en contribuant à la sécurité énergétique mondiale.
Ce que j’ai également entendu cette semaine, c’est que la pression sur l’ensemble du réseau énergétique nord-américain ne fait que s’accentuer, ce qui signifie que nous devons accélérer les procédures d’autorisation et la construction afin de répondre à la demande des consommateurs. Tout cela s’inscrit dans un débat bien plus concret que celui que nous menions il y a encore quelques années. La question n’est pas simplement de savoir à quel type d’avenir énergétique nous aspirons. Il s’agit de savoir si nos réseaux sont capables d’assurer l’abordabilité, la fiabilité et la résilience pendant que cet avenir se construit.
Les dirigeants canadiens affirment aujourd’hui que l’avenir peut s’appuyer sur le gaz naturel. Comme l’ont souligné le ministre Hodgson et d’autres intervenants, « la sécurité énergétique est une question de sécurité nationale ». Son récent message est également un signal d’ambition bienvenu : [traduction] « Nous remporterons cette course. Et nous ne la remporterons qu’avec le gaz naturel. » Cette clarté est importante et mérite d’être saluée. Le gaz naturel est un formidable catalyseur : il alimente l’IA, soutient la délocalisation intérieure et fournit une énergie abordable et fiable. Toutefois, il ne peut pas être considéré simplement comme une opportunité d’exportation. Le Canada doit harmoniser sa politique intérieure pour profiter de ses ressources et de ses infrastructures existantes afin de favoriser l’abordabilité, la croissance économique et la résilience du réseau.
Le Canada bénéficie d’une situation unique grâce à ses abondantes ressources en gaz naturel appuyées par un vaste réseau de distribution. Cet atout devrait faire partie intégrante de notre réflexion sur la résilience et la vigueur économique de notre pays.
Le gaz naturel est au cœur de l’abordabilité. Il garantit la fiabilité. Il favorise la croissance économique. Son rôle doit être clairement reconnu et soutenu, non seulement dans les forums internationaux comme la conférence CERAWeek, mais aussi dans les politiques et les décisions que nous prenons chez nous au nom des Canadiens.
« Le gaz naturel est au cœur de l’abordabilité. Il garantit la fiabilité. Il favorise la croissance économique. »
Le Canada a l’occasion d’aborder cette période avec confiance et pragmatisme, et de présenter le gaz naturel comme le pilier du réseau énergétique qu’il constitue déjà aujourd’hui. Si l’on en juge par les discussions menées lors de la conférence CERAWeek, les décennies à venir exigeront davantage de chaque composante du système énergétique, et non l’inverse.