Issue Category : Numéro 1, 2021

  • JANA Corporation

    JANA Corporation

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    L’approche probabiliste et quantitative de JANA en matière de modélisation des risques est à la pointe du secteur. Au cours des 20 dernières années, nous avons accumulé des connaissances approfondies sur les pipelines, en développant une expertise technique dans trois domaines clés : les données, la gestion de l’intégrité et le risque quantitatif. Nos modèles de risque dans chacun de ces domaines ont fait leurs preuves et se sont endurcis dans la bataille. Nous avons doté nos modèles de risque probabilistes J-DIMP™ et J-TIMP™ de solutions logicielles robustes. Cette combinaison de modélisation des risques et de logiciels permet à nos clients de maximiser leurs données et de faciliter la comparaison du risque réel entre les classes d’actifs — sur la base de faits auxquels ils peuvent se fier et qu’ils peuvent défendre.

    Où est située votre entreprise?

    JANA est fière d’avoir élu domicile à Aurora, en Ontario — tout juste au nord de la région du Grand Toronto — depuis sa fondation en 1999!

    Combien d’employés avez-vous?

    En tant que société d’ingénierie professionnelle agréée en Ontario, JANA dispose d’une équipe dévouée, motivée et passionnée de plus de 80 ingénieurs, chefs de projet, analystes de données, développeurs de logiciels, chefs de produits et spécialistes de la mise en œuvre.

    Quelle est la priorité de l’entreprise pour les cinq prochaines années?

    De meilleurs pipelines pour un monde meilleur : JANA a été fondée avec cette mission et nous la vivons chaque jour. Cette mission nous définit, nous dirige et nous anime. Nous la vivons en investissant profondément dans le développement de la meilleure technologie qui soit et qui permet à nos clients de gérer véritablement leurs actifs en tenant compte des risques et d’atténuer profondément les risques inhérents à l’exploitation de pipelines. La poursuite de la mission de JANA se reflète également dans notre engagement à rester à l’avant-garde de la modélisation probabiliste des risques. Nous sommes activement impliqués dans l’industrie du gaz et contribuons à la croissance et au changement tout en restant à jour sur les réglementations.

    Quelles sont les possibilités qui s’offrent à votre entreprise et les défis auxquels elle doit faire face?

    Le monde du risque probabiliste est encore « nouveau ». Le défi le plus courant de l’industrie consiste souvent à choisir une approche adaptée à la nature des actifs et fidèle aux objectifs de gestion de l’intégrité. JANA voit les possibilités qu’une approche probabiliste quantitative peut offrir aux exploitants gaziers. Ces modèles de risque tirent parti de la disponibilité des données pour fournir des prévisions prédictives du risque des actifs. Un logiciel peut également être utilisé pour transformer les sorties du modèle en informations exploitables, donnant ainsi aux ingénieurs en intégrité les outils et les visualisations nécessaires pour élaborer des plans optimaux, justifier les mesures d’atténuation et comprendre le risque sur l’ensemble d’un actif. Le « nouveau » est à la fois une opportunité et un défi!

    Selon vous, quel sera le rôle du gaz naturel au cours des 50 prochaines années?

    Les pipelines sont au cœur de la civilisation; ils nous fournissent le fluide de la vie (l’eau), l’énergie (le gaz naturel), traitent nos déchets et permettent un grand nombre de nos processus de production. Pour la plupart, ils passent inaperçus, un réseau invisible sous nos pieds. Chez JANA, nous sommes convaincus que l’accent mis par l’industrie du gaz naturel sur l’innovation et l’engagement envers la gestion de l’environnement et son dévouement à l’avenir de l’énergie stimulent véritablement le progrès de la société. Et nous ne voyons pas cela changer! À mesure que de nouveaux pipelines sont installés et que nos actifs pipeliniers existants vieillissent, JANA continuera à s’associer aux exploitants de pipelines pour les aider à assurer la sécurité, la fiabilité et la rentabilité de ces précieux actifs énergétiques.

    « [N]ous sommes convaincus que l’accent mis par l’industrie du gaz naturel sur l’innovation et l’engagement envers la gestion de l’environnement et son dévouement à l’avenir de l’énergie stimulent véritablement le progrès de la société ».

  • Une entrevue avec Mme Lori Ackerman, mairesse de Fort St. John (C.-B.)

    Une entrevue avec Mme Lori Ackerman, mairesse de Fort St. John (C.-B.)

    Cet entretien a été transcrit, puis révisé pour en réduire la longueur et en accroître la clarté. Le texte ci-dessous est une traduction de l’anglais.

    Timothy M. Egan, Président-directeur général de l’Association canadienne du gaz : Ma première question porte sur le sujet dont aucun d’entre nous ne semble pouvoir s’empêcher de parler, soit la COVID-19 et les confinements. Comment la municipalité de Fort St. John fait-elle face à la situation?

    Mme Lori Ackerman, mairesse de Fort St. John (C.-B.) : Je crois que notre communauté a bien géré la situation. Nos services publics se sont occupés de nos populations vulnérables et se sont assurés de la protection de nos travailleurs de la santé (assurant ainsi la sécurité de tous pendant la pandémie). Au sein de notre municipalité, nous avons élaboré nos protocoles et avons géré nos activités conformément à ceux-ci. Lorsque les décrets de santé publique changent et évoluent, nous changeons et évoluons avec eux. Nous avons su nous adapter à ces changements. Il y a eu des interruptions d’activités dans certaines de nos installations, mais nous avons fait progresser tous nos projets d’immobilisations l’an dernier, et nous continuerons à le faire en 2021.

    Je pense que ce qui m’a aidée est le fait que je suis engagée dans la gestion des urgences depuis plus de 20 ans. J’y voyais activement lorsque je travaillais avec l’Armée du Salut, et cela m’a vraiment permis de prendre conscience du fonctionnement des choses, des processus qui doivent être suivis ainsi que de l’utilité de garder son calme.

    M. Egan : C’est formidable! Cela fait écho à votre devise municipale « the energic city » (la ville énergique). Et sur le sujet de l’énergie, je sais que vous avez un profond attachement personnel à la proposition de valeur des ressources énergétiques. Pouvez-vous nous parler un peu de ce que le slogan « the energic city » signifie pour le développement des ressources naturelles à Fort St. John, ainsi que du rôle que joue le gaz naturel dans tout cela?

    Mme Ackerman : Eh bien, tout d’abord, je pense que vous savez que notre slogan « the energic city » fait bel et bien référence aux ressources énergétiques qui se trouvent tout autour de la communauté et au fait que nous avons accès à presque toutes les sources d’énergie, sauf les marées, étant donné que nous sommes situés assez loin à l’intérieur des terres de la côte de la Colombie-Britannique. Mais vous savez, notre communauté est tout à fait exceptionnelle. En effet, notre population est très jeune — l’âge moyen est d’environ 31 ans et demi — et beaucoup de gens viennent ici pour lancer leur carrière. Ces gens apportent des idées remarquables! Je pense que, par habitant, nous avons probablement plus d’entreprises environnementales ici qu’à Vancouver. Nos espaces extérieurs sont non seulement là où se trouvent nos ressources, mais c’est aussi là que les membres de notre communauté font leurs activités récréatives. Donc, lorsque vous voulez parler d’environnementalistes, il s’agit des tuyauteurs, des soudeurs, de tous ces hommes et ces femmes qui travaillent aux installations de forage. Ce sont eux et elles les environnementalistes. Ces personnes s’assurent que leur arrière-cour ne sera pas polluée, et elles en sont responsables parce qu’elles vivent ici.

    En ce qui concerne le gaz naturel, une opportunité importante s’offre à nous. D’amont en aval, l’exploitation du projet LNG Canada se fait entièrement à l’intérieur de la province de la Colombie-Britannique. Nous pouvons compter sur un organisme de réglementation de classe mondiale, soit la BC Oil and Gas Commission, qui a su harmoniser des projets comme celui-ci avec les normes environnementales élevées de la Colombie-Britannique. Nous allons de l’avant.

    Voici certains autres de nos faits saillants sur le plan énergétique : nous avons été nommés la communauté de l’année par Clean Energy BC en 2017 en raison de projets que nous avons réalisés. L’un d’eux consistait en la construction de la « maison passive » unifamiliale située la plus au nord au Canada. Notre projet de microcentrale hydroélectrique est une autre de nos réalisations. Nous sommes situés sur un plateau qui surplombe la rivière de la Paix, et nous dépensons des centaines de milliers de dollars pour faire remonter l’eau dont nous avons besoin à l’aide pompes à haut débit. Or, après avoir traité cette eau, nous la rejetons ensuite dans la rivière dans un meilleur état que nous l’avons recueillie. Nous avons compris qu’il y avait un dénivelé important à cet endroit. Nous avons donc resserré la ligne et y avons installé une turbine en ligne. Cela nous permet maintenant de produire de l’énergie, ce qui est incroyable! Nous croyons fermement que la meilleure forme d’énergie que l’on puisse produire est celle que l’on peut conserver. Nous avons donc une politique selon laquelle chaque fois que nous envisageons de construire ou de rénover un bâtiment, nous nous demandons : que pouvons-nous faire pour améliorer ce bâtiment?

    « Nous croyons fermement que la meilleure forme d’énergie que l’on puisse produire est celle que l’on peut conserver ».

    M. Egan : Vous avez parlé de GNL, d’énergie solaire passive et d’une microcentrale hydraulique, qui représentent différentes solutions. Alors, bien que je ne veuille pas vous influencer, vous semblez dire que vous voulez examiner toutes les solutions possibles. Souvent, dans les débats municipaux au Canada, on semble dire « non, nous devons en choisir une, et c’est l’électricité ». Comment réagissez-vous à cela?

    Mme Ackerman : Je me souviens d’avoir entendu dire qu’une ville canadienne avait déclaré qu’elle n’autoriserait plus la consommation du gaz naturel dans sa communauté. J’ai souri, et je me suis dit : « Eh bien, ils n’ont pas vraiment ce pouvoir ». Je ne peux pas dire à la direction d’un hôpital, d’une commission scolaire ou de toute autre organisation comment elle doit gérer ses affaires. D’ailleurs, j’ai une cuisinière au gaz naturel, et je ne m’en départirai jamais!

    Je suppose que les gens doivent vraiment comprendre l’infrastructure. Il est facile d’appuyer sur l’interrupteur, de régler le thermostat et de brancher des appareils. Toutefois, il demeure que la plupart des gens ne sont pas conscients de l’importante infrastructure qui se trouve derrière cet interrupteur, ce thermostat ou cette prise d’alimentation, et de ce qu’il faudrait faire pour passer à un autre mode d’énergie. À moins que vous ne prévoyiez de prendre en charge l’ensemble de la filière amont-milieu- aval d’une source d’énergie, les entreprises et les résidents de votre communauté ont déjà pris une décision à propos de la source d’énergie qu’ils souhaitent utiliser.

    M. Egan : Lorsque vous pensez au débat municipal sur l’énergie, celui-ci est souvent dominé par les points de vue des grands centres urbains. Les villes comme la vôtre ne sont pas entendues. Pourtant, à bien des égards, vous traitez des mêmes questions, et dans des circonstances plus difficiles. J’ai été intriguée par votre remarque sur le fait que vous savez que les résidents de votre communauté sont très écologistes étant donné leur plus grande proximité avec l’environnement naturel qui les entoure. Y a-t-il un rôle que vous puissiez jouer pour accroître la compréhension des grandes villes au sujet des réalités dont il faut tenir compte dans le débat sur l’énergie?

    Mme Ackerman : Il y a quelques années, nous avons lancé une campagne de compréhension de l’énergie. Nous invitons les gens pour leur montrer les installations de forage et leur fonctionnement afin qu’ils comprennent parfaitement tout ce que nous faisons. Nous leur faisons visiter la « maison passive », la turbine en ligne ainsi que le collège, qui dispose d’une installation de forage fonctionnelle complète aux fins de formation. Ils voient les pistons racleurs de pipeline1. C’est quelque chose que je connais et que tout le monde dans l’industrie connaît. Toutefois, ces gens sont passés devant ces gares de pistons racleurs le long de l’autoroute, sans savoir de quoi il s’agit vraiment. Lorsqu’ils comprennent ce qu’est un racleur, les différents types de racleurs et ce qu’ils font, ils réalisent alors l’importance de l’intégrité des pipelines et pourquoi on investit tant d’argent pour maintenir cette intégrité en tout temps. Cela fait longtemps que nous essayons de faire entendre notre voix, mais je peux vous dire qu’il faut un cœur fort pour répondre aux messages d’intimidation sur les médias sociaux après un événement de ce genre. Certaines personnes m’ont dit que je ne gagnerais jamais ma prochaine élection parce qu’elles allaient faire savoir à toute ma communauté que je soutiens l’industrie pétrolière et gazière. Vous savez, j’ai appris il y a longtemps qu’il y a toujours vingt pour cent de personnes qui sont totalement en faveur de votre projet, vingt pour cent qui sont totalement contre, et soixante pour cent qui disent « pourriez-vous vous écarter de mon chemin, j’essaie de travailler ». Je suis fermement convaincue que votre gouvernement est la dernière chose à laquelle vous devriez penser en vous levant le matin. Nous ne devrions pas être au premier plan, et lorsque le gouvernement s’ingère dans notre vie quotidienne, je pense que c’est un peu envahissant. Les gens doivent comprendre comment fonctionne le processus décisionnel législatif. Ils doivent comprendre que nous avons au Canada des institutions qui prennent des décisions importantes fondées sur la science. Il est certain que j’ai affronté des entreprises qui voulaient construire ou faire d’autres activités dans ma région — et nous avons fait des investissements importants pour ce qui est des aspects ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) — dans le cadre d’un débat proactif et productif. Je pense simplement que de nombreuses communautés doivent comprendre que l’intimidation contre ceux d’entre nous qui soutiennent le pétrole et le gaz doit cesser : les communautés doivent s’exprimer et s’investir activement.

    M. Egan : Vous parlez d’intimidation et d’être prêt à tenir tête à ceux qui ont des idées incompatibles avec ce que vous essayez de faire dans votre propre communauté. Quels conseils avez-vous à donner à l’industrie de l’énergie pour qu’elle s’investisse activement auprès des municipalités, en particulier dans le contexte des objectifs énergétiques plutôt ambitieux de la part de gouvernements comme ceux à Victoria et à Ottawa?

    Mme Ackerman : Tout d’abord, ils doivent comprendre le territoire de compétence de l’organisme de réglementation, car selon le projet, il s’agira soit de la Régie canadienne de l’énergie, soit, dans notre cas, de la BC Oil and Gas Commission. Chaque province a son propre organisme de réglementation. Nous avons établi un plan communautaire officiel qui expose clairement notre vision de notre communauté pour l’avenir, et ce document a été préparé avec une importante participation du public. Une fois en place, j’ai pour rôle — avec mes collègues du conseil — de mettre ce plan en œuvre, conformément au cadre réglementaire. Je vous recommande donc de comprendre les exigences de l’organisme de réglementation et les obstacles que vous devez franchir, puis de prendre connaissance des plans communautaires officiels du territoire de compétence. Ensuite, travaillez dans le cadre de ces plans et investissez-vous localement pour montrer que vous voulez améliorer les choses et la communauté.

    M. Egan : Et que dites-vous aux gouvernements provinciaux et fédéral lorsqu’ils agissent avec vous? Parfois, ils établissent des plans abstraits. Vous, en tant qu’administration locale, ne pouvez pas agir dans l’abstrait : vous êtes beaucoup plus proche du quotidien des gens. Alors, quels conseils pourriez-vous donner aux autres ordres de gouvernement?

    Mme Ackerman : Ce sont généralement les « ministères de la terre » (ministères gouvernementaux qui s’occupent des terres et des ressources) qui viennent nous voir. Ils nous parlent d’un grand nombre de choses différentes, mais s’ils ne comprennent pas notre plan communautaire officiel, ils n’ont aucune idée de nos intentions. Je ne veux pas qu’ils me consultent, je veux qu’ils communiquent avec moi. La définition de la consultation consiste à simplement écouter ce que je dis et à ne pas fournir de commentaires sur mes propos. Au lieu de procéder ainsi, discutons et ayons un débat sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Mon style de gestion des conflits par défaut est la collaboration. Je suis donc prête à consacrer beaucoup d’heures et d’efforts pour aboutir à quelque chose qui fonctionne. Je comprends la nécessité de collaborer sur de nombreux projets. Les autres ordres de gouvernement devraient comprendre cela également.

    M. Egan : Au cours des deux derniers mois, un certain nombre de choses ont amené les gens à réfléchir à l’énergie d’une manière différente. Nous venons d’assister à une situation assez effrayante au Texas où tout un réseau énergétique a été menacé par un événement météorologique violent. Les communautés du Nord comprennent l’importance de la fiabilité et de la résilience de leur réseau énergétique. Pensez-vous qu’on comprenne suffisamment bien ces questions dans le débat national sur l’énergie et l’environnement?

    Mme Ackerman : Mon beau-fils vit à Lubbock, au Texas, et nous lui avons donc rendu visite à quelques reprises. L’une des conversations que j’ai eues là-bas portait sur les normes de sécurité canadiennes et la technologie qu’ils cherchaient à mettre en œuvre. Nous avons des années-lumière d’avance sur certaines des choses qu’ils faisaient. Je pense qu’une grande partie de l’infrastructure que nous avons au Canada n’est pas appréciée à sa juste valeur — je crois que les gens doivent vraiment être conscients de leurs vulnérabilités. Personne au Texas ne croyait qu’un évènement désastreux de la sorte se produirait là-bas un jour, mais la réalité les a rattrapés. Au Canada, nous avons probablement les meilleures normes mondiales en matière d’infrastructure dans un pays nordique. Je pense qu’il y a un manque de sensibilisation et de respect pour nos ressources canadiennes et la façon dont nous les avons développées ici. Je ne pense pas que ce soit intentionnel : les gens ne pensent tout simplement pas au travail que mes concitoyens et les résidents des autres provinces font jour après jour pour s’assurer qu’absolument toutes les sources d’énergie arrivent au consommateur en toute sécurité.

    « Je pense qu’une grande partie de l’infrastructure que nous avons au Canada n’est pas appréciée à sa juste valeur — je crois que les gens doivent vraiment être conscients de leurs vulnérabilités ».

    M. Egan : Pour ce qui est de l’appréciation à sa juste valeur, ajoutons que le Canada a la chance de disposer d’une énergie incroyablement abordable. Pensez-vous que vos homologues provinciaux et fédéraux attachent suffisamment d’importance à l’abordabilité de notre énergie lorsqu’ils réfléchissent à certains de leurs plans énergétiques et environnementaux?

    Mme Ackerman : En un mot : non. Je ne pense pas qu’ils le comprennent, car je crois qu’ils n’ont pas saisi pleinement les efforts nécessaires pour mettre en place l’infrastructure qui leur permettra d’atteindre leurs idéaux. Je ne dis pas qu’il faut éviter d’établir des objectifs en la matière, mais je sais que des quartiers dans cette province ne pourraient pas soutenir plus de deux véhicules électriques en raison de l’infrastructure vieillissante de notre réseau électrique. L’atteinte de cet objectif nécessitera donc une mise à niveau importante de la part de l’entreprise de services publics. Je comprends qu’il s’agit d’une décision politique. C’est un idéal qu’ils poursuivent, mais je ne pense pas qu’ils en aient une pleine compréhension. C’est pourquoi j’ai souvent dit aux gens « écoutez, je me fiche de ce que vous dites pendant la campagne électorale, mais lorsque vous vous asseyez dans ce fauteuil, vous devenez un décideur, vous gouvernez pour l’ensemble de votre territoire de compétence ». Ce qui se passe en réalité, c’est qu’ils se concentrent sur leurs électeurs pour être réélus et pensent donc par tranches de quatre ans ou selon le cycle électoral, de sorte que rien n’est jamais vraiment accompli.

    M. Egan : J’espère que les confinements seront bientôt levés pour que davantage de Canadiens et Canadiennes puissent se rendre dans cette belle région du monde qu’est Fort St. John et, je l’espère, écouter les idées de gens comme vous sur la façon de faire avancer les choses. Merci de nous avoir parlé aujourd’hui. Nous vous sommes reconnaissants de nous avoir consacré du temps et de nous avoir exposé votre point de vue sur l’industrie du gaz naturel.

    1. Anatomie d’un racleur intelligent, en ligne : <www.aboutpipelines.com/wp-content/uploads/2016/11/PigAnatomy-Infographic-v4_French-1.pdf>.

  • Quand le réseau de distribution de gaz naturel du Canada a-t-il été construit, et de quoi est-il fait?

    Quand le réseau de distribution de gaz naturel du Canada a-t-il été construit, et de quoi est-il fait?

    Saviez-vous que le réseau de gaz naturel du Canada date d’avant même la Confédération du pays?

    C’est tout à fait vrai, car le premier pipeline de transport canadien a été construit en 1853. Cette conduite de 25 kilomètres était faite en fonte et servait au transport du gaz naturel. D’ailleurs à l’époque, il s’agissait du plus long pipeline dans le monde entier1!

    La livraison du gaz naturel existe depuis longtemps au Canada, mais son déploiement à grande échelle s’est réellement produit après la Seconde Guerre mondiale.

    La construction de pipelines de distribution (c.-à-d. les conduites sous les routes et entre les collectivités) s’est faite à une fréquence accrue au cours des décennies du milieu du XXe siècle, puis a atteint son point culminant au cours des années 1980. Plus récemment, nous avons assisté à un ralentissement dans la construction de nouveaux ajouts au réseau de distribution de gaz naturel, car la plupart des grandes régions peuplées du pays sont déjà reliées au réseau de gaz. Compte tenu des milliers de kilomètres de conduites principales et de branchements installés au fil des décennies, il n’est pas surprenant que les entreprises de gaz naturel dépensent près de trois milliards de dollars chaque année pour renouveler et étendre leur réseau.

    À partir des années 1950 jusqu’aux années 1980, on construisait habituellement des pipelines en fonte et en acier nu pour transporter le gaz manufacturé. Or, la fonte et l’acier nu étant sujets à la corrosion et aux petites fuites, ces matériaux ont été progressivement délaissés au fil du temps. Les réseaux de distribution modernes ne sont plus faits en fonte, et les pipelines en acier sont maintenant protégés par des revêtements spécialisés et des systèmes de prévention de la corrosion. Considéré comme étant un matériau qui convient très bien à la construction de gazoducs, le polyéthylène (PE) a été de plus en plus utilisé au fil des ans, y compris dans les conduites à haute pression. Au Canada, la majorité (71 %) du réseau de distribution par pipelines, tant les conduites principales que les branchements, est constituée de PE à haute et moyenne densité. Les services publics membres de l’Association canadienne du gaz n’ont plus de conduites en fonte, et l’adoption du PE a entraîné d’importantes réductions des gaz à effet de serre (GES). À titre d’exemple, entre les années 1990 et le début de 2012, Enbridge Gas a remplacé environ 1 800 km de conduites en fonte et en acier revêtu, ce qui a entraîné une réduction de 145 000 tonnes d’équivalent carbone (tCO2e) d’émissions fugitives de méthane par an2.

    Figure 1 : Ajouts de conduites principales et de branchements au réseau de distribution de gaz au fil des ans

    Figure 2 : Répartition des matériaux utilisés dans les pipelines du réseau canadien de distribution du gaz naturel

    *Comprend l’aluminium, le PVC et les matériaux composites pour les conduites principales et les branchements

    1. « Historique des pipelines ». En ligne : À propos des pipelines <https://www.aboutpipelines.com/fr/pipeline-101-fr/historique-des-pipelines/>.
    2. « Resilient Energy Infrastructure: Addressing Climate-Related Risks and Opportunities ». En ligne : Enbridge Gas <www.enbridge.com/sustainability-reports/resilient-energy-infrastructure/metrics-and-targets>.

  • L’hydrogène : voie vers la carboneutralité ou équation à somme nulle?

    L’hydrogène : voie vers la carboneutralité ou équation à somme nulle?

    Le Canada et les États-Unis soutiennent la croissance des économies axées sur l’hydrogène

    Les piles à hydrogène constitueront-elles une solution de stockage d’énergie pour les véhicules lourds du secteur des transports et compenseront-elles le caractère intermittent des énergies éolienne, solaire et autres? Au cours des derniers mois, les États-Unis1 et le Canada2 ont publié des stratégies fédérales de développement des économies axées sur l’hydrogène, à partir de la production d’hydrogène jusqu’aux applications des piles à hydrogène, qui sont présentées comme un élément essentiel pour atteindre la carboneutralité.

    La technologie des piles à hydrogène remonte au XIXe siècle, lorsque William Nicholson et Anthony Carlisle ont réussi à décomposer l’eau en ses deux éléments, soit l’hydrogène et l’oxygène, à l’aide d’électricité. Ce processus, appelé électrolyse, a permis à William Grove de créer la première pile à combustible fonctionnelle en 1839 lorsqu’il a généré de l’électricité à partir d’une réaction électrochimique de l’hydrogène et de l’oxygène en utilisant du platine comme catalyseur. L’obtention d’électricité à partir de la pile à combustible a démontré le fait que les piles à hydrogène pouvaient fonctionner comme une batterie.

    Les travaux de recherche qui s’en sont suivis ont donné naissance à plusieurs types de piles à hydrogène avec diverses propriétés qui les rendent adaptées à une variété d’applications. L’hydrogène est le combustible de la pile à hydrogène, mais lorsqu’il est combiné à de l’oxygène (généralement de l’air), il produit de l’électricité à partir d’une réaction chimique plutôt que d’une combustion. Le sous-produit est l’eau.

    Quelques types de piles3 à hydrogène conviennent à des applications qui atténuent la combustion d’énergies fossiles, et qui permettent donc d’éliminer des émissions de carbone. Cherchant à tenir leurs promesses de réduction des émissions d’ici l’atteinte de la « carboneutralité » (où les émissions de carbone seront compensées par des réductions d’émissions de carbone), les gouvernements ont dirigé l’élaboration de stratégies nationales relatives à l’hydrogène.

    L’hydrogène est un élément abondant, mais que l’on trouve généralement en combinaison avec de l’oxygène (eau) et du carbone (hydrocarbures). Chaque source d’hydrogène a ses partisans et ses opposants, et bien que l’hydrogène qui en résulte soit le même, le débat politique sur l’hydrogène est devenu coloré, littéralement.

    Lorsqu’un hydrocarbure est décomposé en ses éléments constitutifs, soit l’hydrogène et le carbone, le sous-produit de carbone qui en résulte peut être libéré dans la nature ou capturé. Le carbone capturé peut être utilisé dans des processus industriels ou stocké pour prévenir les impacts environnementaux négatifs. L’hydrogène issu des hydrocarbures sans capture du carbone a été qualifié de « gris ». Lorsque le carbone est capturé, on parle plutôt d’hydrogène « bleu ».

    L’hydrogène bleu est clairement plus bénéfique pour le climat que l’hydrogène gris, mais il existe aussi de l’hydrogène « vert ». L’hydrogène vert est produit par électrolyse, soit le procédé dont Nicholson et Carlisle sont les pionniers. Les partisans de l’hydrogène vert considèrent l’électricité produite par des méthodes à émission nulle — cellules solaires, éoliennes, barrages hydroélectriques et centrales nucléaires — comme une solution prometteuse pour décarboniser les économies sans les priver d’énergie. À l’heure actuelle, le coût de production de l’hydrogène vert est plus élevé que celui de l’hydrogène bleu, et bien que les aspects économiques de l’hydrogène vert puissent s’améliorer au fil du temps grâce aux progrès de la technologie, ce type d’hydrogène sera probablement toujours désavantageux sur le plan des coûts, car il nécessite plusieurs conversions d’énergie.

    C’est la deuxième raison pour laquelle les gouvernements doivent élaborer des stratégies nationales relatives à l’hydrogène, au-delà de leurs promesses de carboneutralité. La science est indifférente au choix entre les méthodes « bleue » ou « verte » de production d’hydrogène; les aspects économiques des deux méthodes favorisent aujourd’hui la bleue, mais la méthode verte s’efforce de combler l’écart. Le choix est donc politique.

    Pour les régions disposant de grandes ressources en hydrocarbures, comme l’Alberta ou le Texas, la production d’hydrogène bleu offre un moyen de participer aux efforts nationaux et internationaux visant à répondre aux préoccupations climatiques. Les habitants de ces endroits ont souvent une vision politique conservatrice. Les cycles d’expansion et de ralentissement typiques des marchés des matières premières présentent suffisamment de risques et d’incertitudes. S’en tenir à ce qui a fait ses preuves et s’efforcer de vivre selon les valeurs qui reflètent une bonne réputation sont des vertus qui prouvent leur valeur dans les moments difficiles, lorsque vous apprenez sur qui vous pouvez compter et qui sont vos véritables amis.

    En 2021, les dirigeants d’Ottawa et de Washington sont progressistes, et la production d’hydrogène vert les séduit, car elle reflète le pouvoir de la technologie qui permettra aux nations d’atteindre des objectifs climatiques ambitieux. L’urgence de ces objectifs justifie des changements majeurs, en passant outre les objections et en faisant fi des opposants.

    Et pourtant, le Canada et les États-Unis ont tous deux adopté des stratégies relatives à l’hydrogène qui tiennent compte de tout le spectre des couleurs de la production d’hydrogène. Cet œcuménisme dans l’offre d’hydrogène reflète en partie le problème de demande. Les piles à hydrogène feront progresser l’électrification des transports et aideront les réseaux électriques à équilibrer la production intermittente.

    Il sera difficile pour les services publics d’électricité d’investir de façon importante dans les véhicules à piles à combustible ainsi que dans les installations de piles à combustible — et d’augmenter drastiquement la capacité de production, de transmission et de distribution d’électricité sur le continent — alors que les économies se remettent encore de la pandémie. La reconstruction en mieux nécessitera un large soutien et sera plus laborieuse si les partisans des méthodes bleue et verte de production d’hydrogène commencent à s’affronter maintenant.

    Les entreprises membres de l’Association canadienne du gaz joueront un rôle central dans les débats sur l’hydrogène en Amérique du Nord. La logistique de l’approvisionnement en hydrogène ressemblera probablement plus à celle du gaz naturel qu’à celle du pétrole, car l’hydrogène peut être produit dans de nombreux endroits, et le transport de l’hydrogène par bateau nécessite une flotte maritime qui n’existe pas encore. Tout comme le gaz, l’hydrogène peut entraîner l’établissement de plaques tournantes d’approvisionnement qui sont reliées aux consommateurs par des conduites et grâce à une certaine forme de transport terrestre d’hydrogène sous forme d’ammoniac ou de méthanol.

    « La logistique de l’approvisionnement en hydrogène ressemblera probablement plus à celle du gaz naturel qu’à celle du pétrole, car l’hydrogène peut être produit dans de nombreux endroits, et le transport de l’hydrogène par bateau nécessite une flotte maritime qui n’existe pas encore  »

    L’ajout d’hydrogène dans les gazoducs existants est une solution possible, mais celle-ci comporte des risques, car l’adultération du gaz affecte la pression dans les conduites. Un réseau de pipelines dédiés à l’hydrogène coûterait plus cher maintenant, mais serait plus judicieux à moyen terme, le temps que la demande s’établisse. Des pipelines séparés pour l’hydrogène vert et l’hydrogène bleu augmenteraient les coûts de manière exponentielle et n’apporteraient aucun avantage réel puisque l’hydrogène qu’ils fournissent est le même.

    Washington et Ottawa tenteront d’amener leurs économies dans une transition vers l’hydrogène afin d’atteindre la carboneutralité. Étant donné les récents antécédents des politiciens qui ne s’entendent sur rien, l’économie de l’hydrogène pourrait ne jamais décoller. Le débat « bleu contre vert » pourrait également paralyser l’économie de l’hydrogène.

    Les membres de l’ACG savent ce qui est nécessaire pour faire progresser l’hydrogène en tant que composant du méthane. Ils comprennent l’importance de l’équipement pour favoriser la demande, et de la fiabilité pour convaincre les consommateurs d’investir dans un équipement leur permettant d’utiliser leur produit. Dans un monde rationnel, le secteur du gaz naturel gérerait la transition vers l’hydrogène si c’est ce que veulent les consommateurs.

    « Les membres de l’ACG savent ce qui est nécessaire pour faire progresser l’hydrogène en tant que composant du méthane. Ils comprennent l’importance de l’équipement pour favoriser la demande, et de la fiabilité pour convaincre les consommateurs d’investir dans un équipement leur permettant d’utiliser leur produit ».

    Les progrès réalisés en matière de vaccination et de lutte contre la COVID-19 pourraient rendre nos débats sur l’énergie au Canada et aux États-Unis un peu plus rationnels. Toutefois, les stratégies des deux pays en matière d’hydrogène resteront politiques, et donc incertaines, tant que les objectifs de carboneutralité correspondront à une équation à somme nulle en ce qui a trait à l’hydrogène bleu et vert.

    Christopher Sands est le directeur du Woodrow Wilson International Center for Scholars de la Canada Institute et un professeur-chercheur principal à la Paul H. Nitze Shool for Advanced International Studies de l’Université Johns Hopkins, les deux établis à Washington D.C.

    1. Energy Department Releases its Hydrogen Program Plan (12 novembre 2020), en ligne : Department of Energy <www.energy.gov/articles/energy-department-releases-its-hydrogen-program-plan>.
    2. Stratégie relative à l’hydrogène, en ligne : Ressources naturelles Canada <www.rncan.gc.ca/changements-climatiques/strategie-relative-lhydrogene/23134>.
    3. Types of Fuel Cells, Hydrogen and Fuel Cell Technology Office, en ligne : <www.energy.gov/eere/fuelcells/types-fuel-cells>.