Issue Category : Numéro 1, 2019

  • Équilibrer les liens intercontinentaux – Entrevue avec l’ambassadeur David MacNaughton

    Équilibrer les liens intercontinentaux – Entrevue avec l’ambassadeur David MacNaughton

    Le Canada et les États-Unis entretiennent une relation unique depuis de nombreuses décennies. Cette relation va au-delà de notre frontière commune : elle est façonnée par des valeurs similaires, des intérêts communs, des liens profonds, souvent personnels, et des liens économiques puissants et à plusieurs niveaux. La relation entre le Canada et les États-Unis est sans doute l’une des relations les plus stables et les plus fructueuses entre deux pays. Ensemble, nous formons le plus grand partenariat commercial de biens et de services au monde. L’énergie est au cœur de ce commerce, et nous sommes le plus important partenaire commercial de l’un et de l’autre dans le domaine de l’énergie, avec 106 milliards de dollars en pétrole brut, 16,4 milliards de dollars en gaz naturel, 25 milliards de dollars en produits pétroliers raffinés et 3,4 milliards de dollars en électricité qui auront fait l’objet d’échanges entre le Canada et les États-Unis en 2018.

    Récemment, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec l’ambassadeur du Canada aux États-Unis, David MacNaughton, pour connaître son opinion sur les relations canado-américaines en matière d’énergie. Voici quelques points saillants de notre conversation.

    L’ambassadeur David MacNaughton (à gauche) et Timothy M. Egan (à droite) , président et chef de la direction de l’Association canadienne du gaz.

    ACG : Vous avez des dossiers difficiles à régler en tant qu’ambassadeur aux États-Unis. Pouvez-vous m’en dire plus sur la place du dossier énergétique dans votre liste de priorités?

    Ambassadeur MacNaughton : Ce n’est un secret pour personne que ces dernières années, j’ai passé une bonne partie de mon temps à aider à renégocier l’ALENA, et l’énergie a fait partie de la discussion. L’un des principaux points sur lesquels nous avons insisté dans ces discussions avec les représentants américains est que le Canada est un partenaire sûr, non seulement dans le domaine de la défense et du renseignement, mais aussi dans celui de l’énergie : nos relations dans le secteur de l’énergie et avec le commerce de l’énergie ont rendu les États-Unis plus sûrs sur le plan de l’approvisionnement et sur le plan économique. Dans un monde où les principaux fournisseurs mondiaux d’énergie sont des pays dont l’environnement politique et économique est très difficile, il est clair que le Canada est un partenaire particulièrement précieux. Le commerce bilatéral de l’énergie entre le Canada et les États-Unis se chiffrait à 162 milliards de dollars en 2018, et il existe des possibilités de le développer. En fait, j’ai récemment eu l’occasion de m’entretenir avec un certain nombre de responsables américains à ce sujet et de discuter de la façon dont nous pouvons travailler pour obtenir davantage de ressources du Canada aux États-Unis afin d’aider à compenser les conséquences négatives des problèmes découlant des autres options d’approvisionnement.

    ACG : Pensez-vous que les représentants des gouvernements du Canada et des États-Unis comprennent à quel point le secteur de l’énergie fonctionne à l’échelle continentale, et non séparément dans l’un ou l’autre pays?

    Ambassadeur MacNaughton : Le secteur lui-même en est conscient, mais je ne pense pas que tous les politiciens ou le public le comprennent de façon générale. C’est en partie parce que nos systèmes sont très fiables. Nous voyons très peu de problèmes de circulation des ressources entre les pays et il y a donc peu de réflexion à ce sujet pour ceux qui ne sont pas directement mobilisés dans le secteur. Je pense qu’il est vraiment important de sensibiliser les gens à cette question et qu’il faut faire davantage. Je me souviens, juste avant les dernières élections américaines, avoir parlé à un sénateur qui a mentionné que si les républicains étaient élus, ils aideraient à appuyer le projet de pipeline Keystone, mais qu’ils demanderaient leur part du gâteau. J’ai dit, c’est très bien, pourvu que nous obtenions une part de tous les pipelines qui vont du sud au nord. Il a été clairement surpris qu’il y ait des pipelines qui aillent dans le sens sud-nord. Comme je l’ai dit, nous n’avons pas été assez clairs lorsque nous avons parlé des possibilités de mise en valeur des ressources continentales pour décrire les principaux avantages qu’elles offrent au Canada, aux États-Unis et au Mexique.

    ACG : Le gouvernement Trudeau a revendiqué un programme environnemental dynamique, y compris un engagement à atteindre les objectifs de réduction des émissions de l’Accord de Paris. L’administration Trump s’est retirée de ces objectifs. En quoi cela affecte-t-il votre travail dans le domaine de l’énergie?

    « J’ai passé une bonne partie de mon temps à aider à renégocier l’ALENA, et l’énergie a fait partie de la discussion ».
    – Ambassador MacNaughton

    Ambassadeur MacNaughton : Il est clair que les deux gouvernements ont des approches différentes sur la question du contrôle des émissions. Bien que le gouvernement fédéral américain se soit retiré de l’Accord de Paris, près de 50 % des gouvernements des États américains ont indiqué qu’ils appuyaient les objectifs découlant de cet accord. Il faut donc conclure que le retrait du gouvernement fédéral américain de l’Accord de Paris ne représente pas l’opinion de tous les Américains. Je ne crois pas que nous devrions changer d’orientation chaque fois qu’une nouvelle administration entre en fonction; nous devons examiner l’élan général et, même si une administration n’appuie pas pleinement l’objectif de Paris, nous devons maintenir le cap. Nous ne pouvons pas perdre de vue l’ensemble de la situation, quelle que soit l’approche adoptée par une administration ou l’autre. J’étais récemment à la conférence CERAweek, où ce sujet a été abordé par certains des grands producteurs américains de pétrole et de gaz. Ils sont d’avis que les États-Unis ne devraient pas revenir en arrière, mais qu’ils devraient plutôt chercher des moyens novateurs de viser d’autres réductions. Je pense que l’industrie a une bonne vision à long terme des choses et que nous ne pouvons pas être ballottés d’une façon ou d’une autre par l’approche d’une administration fédérale ou de la prochaine.

    ACG : Vous avez souligné l’importance accordée par l’industrie à l’innovation dans les discussions de la conférence CERAweek. L’innovation est un dossier clé pour le gouvernement Trudeau, et l’on peut soutenir qu’il y a plus d’harmonisation avec l’administration Trump. L’innovation est une priorité importante pour nous dans l’industrie du gaz. Avons-nous l’occasion de travailler ensemble (industrie et gouvernement) pour défendre les intérêts du Canada ici, comme moyen de réduire les émissions, sans égard à des engagements internationaux particuliers? Quelles suggestions auriez-vous pour nous?

    Ambassadeur MacNaughton : Il ne fait aucun doute que l’industrie a fait un travail formidable en investissant dans l’innovation. Je pense que c’est un domaine que nous devons continuer à développer en fournissant des fonds et un soutien pour aider à accélérer le déploiement des technologies propres. Nous devons également veiller à ce que tous les ordres de gouvernement – y compris les gouvernements fédéral, provinciaux et étatiques, et le secteur privé – continuent de travailler ensemble pour aider à commercialiser des technologies novatrices. Je crois que l’une des raisons de notre succès dans la renégociation de l’ALENA est le partenariat phénoménal entre les gouvernements fédéral et provinciaux et le secteur privé des deux côtés de la frontière. Lorsque nous travaillons ensemble, nous avons le pouvoir d’apporter de réels changements. Le dossier de l’innovation dans le secteur de l’énergie est certainement un domaine où tous les gouvernements de part et d’autre de la frontière peuvent travailler avec l’industrie pour faire progresser la collaboration et aider à atteindre des objectifs environnementaux et économiques.

    ACG : Vous avez constaté à maintes reprises qu’en dépit des différences, les liens entre nos pays sont forts et doivent être renforcés. L’une des plus importantes différences est l’infrastructure, et en ce qui concerne l’infrastructure énergétique, rien ne contribue davantage au transport de l’énergie que les gazoducs. Quels conseils donneriez-vous à nos lecteurs de l’industrie canadienne pour tirer parti de ce lien?

    « Nous devons continuer à développer en fournissant des fonds et un soutien pour aider à accélérer le déploiement des technologies propres ».

    Ambassadeur MacNaughton : La construction d’une infrastructure énergétique est l’un des plus grands défis auxquels nous sommes actuellement confrontés des deux côtés de la frontière. Je crois qu’il faut qu’il y ait une discussion sérieuse entre tous les ordres de gouvernement et le secteur public pour trouver une meilleure façon de faire progresser les projets énergétiques. Vos lecteurs sont probablement au courant des obstacles et des défis liés à la construction d’infrastructures au Canada, mais cela se produit aussi aux États-Unis. Bon nombre des projets de gazoducs proposés aux États-Unis font actuellement l’objet de contestations judiciaires, environnementales et de la part de groupes autochtones. C’est assurément un dilemme pour toute l’industrie. Ce que nous devons faire, c’est consacrer un peu de temps, tant dans le secteur public que dans le secteur privé, à examiner les pratiques exemplaires et à collaborer avec les groupes d’opposition d’une manière significative afin de parvenir à une entente pour faire avancer les projets nécessaires. Le projet de LNG Canada récemment annoncé en Colombie-Britannique est un bon exemple d’engagement public et privé, et j’espère que nous pourrons aller de l’avant avec d’autres projets comme celui-ci, non seulement pour faire circuler nos ressources d’un océan à l’autre, mais aussi pour faire valoir nos ressources énergétiques sur les marchés internationaux.

    ACG : En prenant du recul et en réfléchissant à ce qui se passe à l’échelle internationale, l’Amérique du Nord a la chance incroyable de disposer de ressources en gaz naturel et de miser sur une source d’énergie abordable et propre, tout en offrant ces avantages au monde entier. L’avantage, au niveau mondial, pourrait être d’ordre environnemental, économique et social. Nous, dans l’industrie, sommes déterminés à poursuivre dans cette voie. Quels conseils pouvez-vous nous donner et comment pouvons-nous collaborer avec les gouvernements à cet égard?

    « Les gouvernements et l’industrie devraient travailler ensemble pour trouver des débouchés internationaux ».

    Ambassadeur MacNaughton :
    Je suis tout à fait d’accord. Disposer de formes d’énergie sûres est une composante essentielle du développement économique et de la lutte contre la pauvreté dans de nombreuses régions du monde. En y réfléchissant, je crois qu’il est possible de travailler avec de grandes institutions comme la Banque mondiale et d’autres programmes d’aide pour trouver des moyens de fournir des solutions environnementales plus propres et des systèmes énergétiques plus fiables dans les pays en développement. Les gouvernements et l’industrie devraient travailler ensemble pour trouver des débouchés internationaux où nous pouvons mettre à profit l’expertise du secteur privé, nos ressources énergétiques et nos programmes de financement concessionnel ou d’aide pour bâtir des systèmes énergétiques résilients et propres partout dans le monde. Le Canada a d’énormes possibilités à cet égard, mais, encore une fois, nous avons besoin de la collaboration des secteurs public et privé et des organisations internationales.

    ACG : Une dernière réflexion?

    Ambassadeur MacNaughton : Dans le cadre des fonctions que j’exerce depuis trois ans, je constate que nos relations nord-américaines, en particulier les relations canado-américaines, sont bien rodées. La possibilité de travailler ensemble, en particulier avec le secteur de l’énergie, est énorme et nos deux pays en bénéficieront. Ce n’est pas forcément un jeu à somme nulle. D’après mon expérience, les responsables américains, du ministère de l’Énergie au département d’État et même à la Maison-Blanche, ont été très ouverts aux discussions sur la coopération énergétique. C’est parce qu’ils comprennent que nous gérons le réseau électrique ensemble, que nous avons des oléoducs et des gazoducs, et des possibilités d’appuyer le développement du gaz naturel liquéfié (GNL). L’avenir est extrêmement prometteur pour l’industrie de l’énergie au Canada et aux États-Unis, mais nous devons continuer à collaborer dans l’ensemble, en travaillant à une plus grande coopération entre les secteurs public et privé pour que tout cela se réalise. Il y aura toujours une porte ouverte ici pour votre industrie;  je suis favorable à de nouvelles idées et j’ai hâte de travailler avec vous.

    « L’avenir est extrêmement prometteur pour l’industrie de l’énergie au Canada et aux États-Unis, mais nous devons continuer à collaborer dans l’ensemble ».
  • Romet Limited

    Profil du fournisseur, du fabricant et de l’entrepreneur

    Fondée au Canada en 1972, Romet Limited, dont le siège social est situé à Mississauga, en Ontario, est un chef de file du marché des compteurs rotatifs à déplacement positif, de l’instrumentation électronique de volume et du matériel auxiliaire pour l’industrie du gaz naturel. La mission de Romet est axée sur la satisfaction de la clientèle grâce à une prestation rapide de services, un soutien technique et un service à la clientèle supérieur, alliés à des produits et des solutions robustes et fiables qui s’adaptent aux besoins changeants de l’industrie. Romet mise sur la qualité, la précision et une sécurité sans compromis.

    Romet a été nommée l’une des sociétés les mieux gérées au Canada trois années de suite, ce qui démontre son engagement envers la croissance sur le marché national et international du gaz naturel.

    ROMET

     

    Où se trouve votre entreprise?

    À Mississauga (Ontario).

    Mississauga, Ontario map

    Combien d’employés avez-vous?

    La croissance de l’effectif a été substantielle au fil des ans pour soutenir l’engagement continu de Romet à révolutionner l’instrumentation de mesure au sein de l’industrie du gaz naturel.

    Quelle est la priorité de l’entreprise pour les cinq prochaines années?

    L’accès à des renseignements opportuns est l’avenir de l’industrie du gaz naturel. La capacité de recueillir, d’analyser et d’interpréter des données pour améliorer l’exactitude et réduire les erreurs de mesure est devenue fondamentale en vue de répondre aux besoins croissants de nos clients. Romet cherche à faire progresser l’intégration de l’IdO pour améliorer les capacités de collecte de données en temps réel tout en maintenant un haut niveau d’efficacité et de précision de nos produits.

    Romet continuera d’être à la pointe de l’innovation dans le domaine de la mesure, en offrant à ses clients un service et un rendement incomparables en matière de livraison, de soutien technique et de service à la clientèle. Notre équipe s’engage à fournir des produits et services robustes, fiables et dynamiques, appréciés par nos clients du monde entier.

    Quelles possibilités et défis se présentent à votre entreprise?

    Du fait de l’utilisation accrue du gaz naturel abordable dans les secteurs résidentiel, commercial et industriel en Amérique du Nord, les perspectives de croissance de Romet sont solides. Si l’on ajoute à cette croissance de nouveaux accords commerciaux comme l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne, les possibilités d’expansion continue sont grandes.

    Cependant, les possibilités de croissance n’amoindrissent pas complètement les défis. Les nouvelles forces concurrentielles sur le marché, les changements économiques induits par les gouvernements et les mesures prises à l’échelle mondiale, ainsi que les tarifs commerciaux nouveaux ou accrus, peuvent tous avoir une incidence négative sur la croissance.

    Selon vous, quel sera le rôle du gaz naturel au cours des 50 prochaines années?

    Toutes les formes d’énergie, renouvelables et non renouvelables, seront nécessaires pour répondre à la demande mondiale sans cesse croissante. Le gaz naturel continuera de jouer un rôle important au Canada et ailleurs dans le monde à mesure que la population mondiale s’accroîtra et que la demande énergétique continuera d’augmenter. Le Canada occupe une position unique pour fournir une réserve abondante d’énergie sûre et sécuritaire pour les décennies à venir et continuera de partager son gaz naturel développé de façon responsable avec les pays qui s’efforcent d’améliorer leur niveau de vie et leur économie.

  • Les positions de nos analystes:  NDP, Conservateur, et Libéral

    Les positions de nos analystes: NDP, Conservateur, et Libéral

    Que pensez-vous de la réaction du public face au prix de l’énergie au Canada?

    PAR TIM POWERS

    Comme l’a décrit le naturaliste Henry David Thoreau, « ce n’est pas ce que vous regardez qui compte, c’est ce que vous voyez ». M. Thoreau a tout à fait raison lorsqu’il s’agit du discours public sur l’énergie dans ce pays.

    Les politiciens d’un océan à l’autre encadrent le débat sur ce que leurs concitoyens voient maintenant en termes de factures et de prix à la pompe par opposition aux mesures futures sur des questions comme les changements climatiques ou la nécessité de construire des pipelines. Ce que vous voyez est également différent selon le lieu où vous êtes assis. Dans des endroits comme l’Alberta et Terre-Neuve-et-Labrador, le prix est synonyme d’emploi. Ce que vous pouvez vous permettre d’acheter ou de payer est fortement influencé par le fait que vous ayez ou non un emploi et les moyens de vous offrir ce qui vous fait envie.

    Par exemple, les récentes élections provinciales en Alberta ont été axées sur la question de savoir qui sera le mieux à même de faire construire des pipelines. Le pipeline symbolise les possibilités offertes, et le rythme auquel la construction peut avoir lieu représente la différence entre l’emploi d’une famille et le chômage potentiel. Mettre ou non de la nourriture sur la table est assurément l’essentiel du débat.

    Un sondage Angus Reid publié en janvier a bien saisi la notion suivante : ce que l’on voit dépend du regard qu’on y pose. Les manchettes clament avec évidence « Près de six Canadiens sur dix estiment que le manque de nouvelles capacités pipelinières est une crise ». Pourtant, un paragraphe du communiqué de presse du groupe Angus Reid a bien saisi la mosaïque canadienne. Il se lit comme suit :

    Les derniers sondages révèlent que les Canadiens sont polarisés selon les régions, les résidents de l’Alberta étant majoritairement d’avis qu’il s’agit d’une situation de crise. Là où les Britanno-Colombiens sont divisés, les Québécois sont d’un avis contraire.

    « Il n’y a donc pas de point de vue unique sur le prix de l’énergie au Canada. C’est un objectif grand angle avec beaucoup de lignes de visée différentes ».

    Lors des récentes élections provinciales de l’Ontario, on a demandé au public de voir le prix de l’énergie à travers le prisme des dirigeants d’entreprises qui s’enrichissent et qui ont de mauvaises ententes de distribution d’électricité, alors que Monsieur et Madame tout-le-monde payent davantage pour se tirer d’affaire. On a aussi rappelé que le prix de l’énergie était en fait une taxe sur le carbone et que le coût de tout ce qu’on achète augmente. Évidemment, ce ne sont pas des points de vue homogènes, mais le parti qui en a fait la promotion régit maintenant l’Ontario et mène sa politique énergétique en conséquence.

    Mais les Canadiens ne sont pas prêts à tout gober, et des preuves vérifiables et bien communiquées changent ce qu’ils voient. Par exemple, lorsqu’il s’agit de ce même débat sur la taxe sur le carbone en Ontario, les niveaux d’appui ou d’opposition varient selon l’information disponible. Dans le cadre d’un sondage réalisé le 8 février 2019 par notre entreprise de recherche Abacus, les données ont révélé qu’en Ontario, 34 % des répondants appuient la taxe fédérale sur le carbone, 37 % y sont favorables et 30 % s’y opposent. Lorsqu’on leur parle de l’idée que les revenus seraient remboursés aux ménages touchés, le niveau de soutien passe à 42 % et le niveau d’opposition fléchit pour s’établir à 22 %.

    Il n’y a donc pas de point de vue unique sur le prix de l’énergie au Canada. C’est un objectif grand angle avec beaucoup de lignes de visée différentes.

    Tim Powers est vice-président de Summa Strategies Canada ainsi que président d’Abacus Data, toutes deux ayant leur siège social à Ottawa. M. Powers est souvent invité à l’émission Power and Politics du réseau de télévision CBC, ainsi qu’à la chaîne VOCM de Terre-Neuve-et-Labrador, sa province d’origine.


    PAR GABRIELA GONZALEZ

    Les Canadiens ont toute sorte d’opinions sur les prix de l’énergie, et ils ne sont pas toujours polis lorsqu’ils les expriment. Je crois que leurs opinions fermes sont le résultat d’insécurités et de frustrations financières, et certains politiciens en profitent.

    Un sondage Ipsos de fin d’année 2018 a révélé que le pourcentage de Canadiens qui se sentent « bien » face à leurs finances est à son plus bas niveau en trois ans. La situation semble encore plus sombre en Alberta, où le secteur de l’énergie et les milliers de sources de revenu qui en dépendent continuent d’éprouver des difficultés. Les conservateurs au Canada capitalisent sur ces insécurités, et nous n’avons pas besoin de chercher bien loin pour en trouver la preuve. En Ontario, le gouvernement Ford continue de faire tout en son pouvoir pour lutter contre la taxe fédérale sur le carbone et faire baisser le prix de l’essence. Au niveau fédéral, les conservateurs ont envoyé des messages texte robotisés aux Canadiens dans les provinces où la taxe sur le carbone est entrée en vigueur.

    « Bien que le secteur énergétique soit un moteur important de l’économie canadienne, il constitue une industrie complexe souvent mal comprise qui fait l’objet de propos idéologiques virulents ».

    Ce que les politiciens omettent de mentionner, c’est que les fluctuations des prix de l’énergie résultent de l’ouverture des marchés et qu’elles échappent majoritairement à leur contrôle. En essayant de faire baisser artificiellement le prix de l’essence, les politiciens sacrifient donc les recettes futures du gouvernement. Les recettes gouvernementales provenant de l’essence sont importantes, car elles aident les administrations provinciales et municipales à bâtir l’infrastructure dont elles ont grandement besoin grâce au Fonds de la taxe sur l’essence fédéral.

    C’est dans la nature humaine de se plaindre de la hausse des coûts, qu’il s’agisse de la hausse des prix de l’énergie ou des aliments, ou bien du coût de plus en plus élevé du logement dans les centres urbains du Canada. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi les prix de l’énergie sont devenus une source de frustration chez les gens. En effet, les prix fluctuent sans « explication », presque arbitrairement, ce qui rend l’adaptation difficile pour les Canadiens, surtout pour ceux qui ont un budget serré et des revenus fixes. Bien que le secteur énergétique soit un moteur important de l’économie canadienne, il constitue une industrie complexe souvent mal comprise qui fait l’objet de propos idéologiques virulents.

    « Personne n’aime l’incertitude, surtout lorsqu’il est question des prix de l’énergie et de leur place dans le budget des Canadiens ».

    Je propose que nous examinions les prix de l’énergie au Canada sous un angle différent. Au lieu de nous plaindre lorsque nous pensons à la hausse ou à la baisse des prix, nous devrions songer aux centaines de milliers de personnes qui travaillent dans le secteur énergétique, à leur source de revenu et à leur capacité ou non de subvenir aux besoins de leur famille, et réfléchir aux façons de maintenir en vie les villes et villages touchés.

    Nous devrions également nous pencher sérieusement sur l’impact des mesures gouvernementales visant à réduire les prix de l’énergie. Si vous et moi économisons cinq cents le litre à la pompe, le gouvernement disposera alors de moins d’argent pour financer des programmes et services dont nous dépendons tous.

    Personne n’aime l’incertitude, surtout lorsqu’il est question des prix de l’énergie et de leur place dans le budget des Canadiens. Avant d’émettre une autre critique à l’égard de la taxe fédérale sur le carbone ou de suggérer une façon de réduire artificiellement les prix de l’énergie, les politiciens devraient être honnêtes avec les Canadiens en leur expliquant le manque à gagner qui résultera de leurs gestes politiques. Si les conservateurs veulent être financièrement responsables, ils devraient se concentrer sur les personnes qui ont le plus besoin d’aide, comme les ménages à faible revenu, au lieu d’essayer de faire économiser cinq cents par personne, même pour celles qui ne sont pas incommodées par les fluctuations des prix de l’énergie.

    Gabriela Gonzales est consultante chez Crestview Strategy. Avant ceci Gabriela a travaillé à Queen’s Park et elle a longtemps été organisatrice pour le parti libéral. Plus récemment, elle a travaillé à titre de conseillère principale en communications et opérations pour le ministre du Développement économique et de la croissance de l’Ontario. Gabriela détient un baccalauréat spécialisé en sciences politiques et en psychologie de l’université York et de l’École des Affaires publiques et internationales de Glendon.­­


    Par Kathleen Monk

    Pour les environnementalistes, la survie de notre planète dépend de la réduction de l’utilisation des combustibles fossiles par notre société, à commencer par la fixation d’un prix pour le dioxyde de carbone et l’augmentation des coûts énergétiques. Pour les familles qui ont du mal à joindre les deux bouts dans la vie de tous les jours, les coûts de l’énergie représentent une dépense mensuelle importante et un irritant majeur. Dans les régions moins urbaines, disons sans transport en commun, le coût élevé de l’essence a encore plus d’incidence et est davantage source d’irritation.

    Ainsi, pour beaucoup, il vaut certainement la peine de prêter une oreille attentive lorsqu’on parle de hausse des coûts de l’énergie.

    Avant les dernières élections en Ontario, les partis de gauche et de droite ont fait des propositions pour s’attaquer à l’impact du prix de l’énergie sur les gens ordinaires. En fait, tant les libéraux que les conservateurs ont proposé de fixer un prix pour le carbone tout en offrant des mesures énergiques pour alléger les coûts élevés de l’énergie.

    Il y avait une raison à cela. Selon le nouveau plan fédéral de tarification du carbone, il fallait fixer un prix pour le dioxyde de carbone, mais un gouvernement provincial pouvait diriger les recettes presque partout où il le voulait, y compris les remettre directement aux contribuables.

    À la suite de la démission de Patrick Brown, ces faits n’ont pas empêché l’ensemble des candidats à la direction du Parti conservateur de déclarer la guerre à la notion même de taxe sur le carbone.

    Doug Ford a pris la tête du peloton, prenant pour cible rhétorique la taxe sur le carbone qui se trouvait déjà dans la mire du Parti conservateur. Le reste du secteur – même ceux qui avaient déjà appuyé la version du Parti conservateur d’une taxe sur le carbone – a trouvé la rhétorique de M. Ford trop populaire parmi les membres du Parti conservateur, et tous ont aligné leur point de vue. Mais à quelques semaines de l’élection, il est devenu plus important d’avoir un slogan percutant, peu importe combien de milliards de dollars cela coûte au gouvernement. Apposer des autocollants populistes de droite sur des pare-chocs est en effet onéreux.

    « Ainsi, pour beaucoup, il vaut certainement la peine de prêter une oreille attentive lorsqu’on parle de hausse des coûts de l’énergie ».

    En octobre, nous assisterons aux élections fédérales et, malheureusement, probablement à d’autres campagnes qui s’appuieront sur des slogans populistes de droite, mais qui seront peu enclines à porter sur des faits, des politiques ou des débats éclairés.

    Le prix élevé de l’énergie est une réalité et nuit aux familles. Je crois que nous devons prendre des mesures urgentes pour lutter contre les changements climatiques, notamment en imposant un prix au dioxyde de carbone, mais nous ne pouvons pas simplement laisser les familles à faible revenu se débrouiller seules.

    Mais le problème n’est pas le populisme contre le pragmatisme. La vraie question ici est un débat honnête et factuel sur un problème réel par opposition à une rhétorique trompeuse, malhonnête et qui divise.

    Les néo-démocrates sont issus d’une fière tradition populiste, mais pas d’une tradition malhonnête. Lorsque Tommy Douglas a créé le régime d’assurance-maladie, c’était une idée populiste. Mais c’était aussi une solution pratique à un problème auquel les gens étaient confrontés au quotidien. Une solution qui avait tellement de bon sens que même les élites du Parti libéral sont passées en quelques années de tactiques alarmistes et de diabolisation des idées de Tommy Douglas à leur cooptation.

    Toute politique énergétique qui ne tient pas compte de la réaction du public en ce qui concerne les prix de l’énergie est vouée à l’échec. Mais un plan énergétique fondé sur une rhétorique qui sème la controverse et sur des slogans discordants condamne le pays tout entier.

    Kathleen Monk est directrice à Earnscliffe, où les leaders canadiens ont confiance en sa capacité à traiter des enjeux complexes de stratégie publique, à élaborer des stratégies et à réunir divers intervenants pour raconter de véritables histoires de succès. Elle fait régulièrement partie du principal panel de commentateurs politiques The Insiders de l’émission The National de la CBC, et fournit des analyses dans le cadre de l’émission Power and Politics sur CBC News Network.

  • Le Canada peut-il tirer des leçons du « Green New Deal »?

    Le Canada peut-il tirer des leçons du « Green New Deal »?

    Washington n’arrête pas de parler du « Green New Deal »1 depuis qu’il a été proposé pour la première fois par la nouvelle représentante américaine Alexandria Ocasio-Cortez (D-NY)2 en janvier 2019. Un avant-projet de loi sur le Green New Deal qui a fait l’objet d’une fuite comprenait de nouvelles mesures politiques frappantes : un appel à la rénovation ou à la reconstruction de tous les bâtiments aux États-Unis afin d’en maximiser l’efficacité énergétique, et l’élimination du transport par combustibles fossiles, y compris les voitures, les camions et les avions. Néanmoins, en avril 2019, la proposition avait été soutenue3 par les sénateurs américains Cory Booker (DNJ), Kirsten Gillibrand (DNY), Kamala Harris (DCA) et Elizabeth Warren (DMA), tous candidats déclarés à la nomination présidentielle du Parti démocratique pour 2020.

    Il est peu probable que le Green New Deal devienne une politique américaine avant 2020, mais la réponse qu’il suscite est révélatrice de son attrait politique pour les États-Unis, malgré un prix à la hauteur de son ambition, estimée dans une étude à 93 billions de dollars4. Le phénomène du Green New Deal offre à ce jour trois leçons importantes pour les observateurs de l’énergie et de l’environnement.

    La modération frustrée engendre le radicalisme

    Après la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (CNUED)5 qui s’est tenue à Rio de Janeiro en 1992, des experts en environnement et des dirigeants gouvernementaux du monde entier ont créé la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC).6 Au fur et à mesure que la recherche scientifique sur le problème et les prévisions de ses implications devenaient alarmantes, les militants écologistes ont été persuadés de s’unir pour soutenir l’action climatique et, plus important encore, d’accepter des mécanismes fondés sur le marché pour résoudre le problème. Ces mécanismes fondés sur le marché, principalement les systèmes d’échange de droits d’émission de carbone et la taxation du carbone, constituaient un compromis visant à convaincre le secteur privé et les gouvernements de prendre des mesures à un coût d’opportunité économique et politique plus acceptable.

    « La proposition du [Green New Deal] avait été soutenue par les candidats déclarés à la nomination présidentielle du Parti démocratique pour 2020 ».
    Les signes de frustration à l’égard de ce compromis se sont multipliés ces dernières années. Certains militants ont pris des mesures directes pour bloquer la construction d’oléoducs et de gazoducs qui ont aliéné certaines entreprises et créé des maux de tête politiques pour les gouvernements, particulièrement au Canada et aux États-Unis. Le manifeste « un bond vers l’avant »7 adopté par le NPD en 2016, qui exigeait que les combustibles fossiles restent dans le sol et inutilisés à jamais, était un précurseur du Green New Deal.

    On n’aime peut-être pas le tsar, mais quand Kerensky trébuche, on a les bolcheviks. C’est ainsi avec le nouveau radicalisme qui fait la une des journaux et inspire de nombreux jeunes électeurs au Canada et aux États-Unis. Même si la difficulté inhérente à la mise en œuvre d’un ensemble de réformes aussi radicales dans le système politique américain risque d’empêcher le Green New Deal d’entrer en vigueur sous peu, les implications de l’échec de la modération pragmatique à étancher la soif de changement dans la communauté environnementale sont dignes de mention pour le secteur énergétique.

    Trois scénarios semblent maintenant probables. Le Green New Deal pourrait être rejeté par le public et échouer politiquement en forçant un retour à la modération, peut-être après le départ de Donald Trump de la Maison Blanche s’il était remplacé par un démocrate plus ouvert à la lutte contre le changement climatique. Le Green New Deal pourrait être adopté en tout ou en partie, puis échouer économiquement, ce qui inciterait les entreprises et les gouvernements à l’abroger ou à le réviser d’une manière plus pragmatique. Ou encore, le mouvement écologiste pourrait se scinder en factions qui se battent entre elles, une infime minorité adoptant des tactiques de résistance pour exprimer sa colère face à la frustration de leurs efforts.

    « En tant que principal partenaire commercial des États-Unis dans le secteur de l’énergie, le Canada a de bonnes raisons de s’inquiéter de cette situation. »

    L’unilatéralisme américain et l’auto-absorption : un problème bipartisan

    Alors que le Green New Deal fait l’objet d’un débat aux États-Unis, les Canadiens seront mécontents de constater que l’appétit des Américains pour des mesures unilatérales américaines qui semblent indifférentes aux répercussions sur les autres pays est un problème bipartisan. L’administration de George W. Bush a imposé aux États-Unis des obstacles à l’accès aux marchés sous la forme de mesures renforcées de sécurité à la frontière. L’administration de Barack Obama a répondu aux préoccupations politiques intérieures au sujet du pipeline Keystone XL plutôt qu’aux intérêts canadiens. La conception du Green New Deal promet encore plus de la même chose. Comme James Bacchus et Inu Manak l’ont fait remarquer,8 le Green New Deal est fondé sur une économie américaine autarcique et ne tient pas compte du commerce de l’énergie. En tant que principal partenaire commercial des États-Unis dans le secteur de l’énergie, le Canada a de bonnes raisons de s’inquiéter de cette situation. Même l’électricité renouvelable issue de la production hydroélectrique n’est pas prise en compte dans le Green New Deal. Pour atteindre les objectifs climatiques du Green New Deal, le commerce de l’énergie pourrait devoir prendre fin pour éviter les « fuites » ou l’arbitrage alors que les prix de l’énergie verte montent en flèche.

    L’élimination du transport par combustibles fossiles entraînera des coûts importants pour le Canada à mesure que l’industrie automobile s’adaptera, que le secteur de l’aérospatiale fera faillite et que les 74 % du commerce nord-américain qui se fait par voie terrestre9 chercheront de nouveaux moyens de joindre les consommateurs.

    Le Canada doit défendre ses intérêts

    De tels scénarios cauchemardesques sont peu probables, mais la gravité avec laquelle ils sont pris au sérieux aux États-Unis indique qu’une nouvelle menace de dommages collatéraux au Canada découlant de l’élaboration unilatérale de politiques par les États-Unis est apparue. Les entreprises canadiennes du secteur de l’énergie et peut-être certains groupes environnementaux canadiens plus modérés devraient participer au débat américain sur le Green New Deal avec le même zèle que les milieux d’affaires canadiens et les gouvernements fédéral et provinciaux du Canada ont participé au débat sur l’ALENA qui a mené à l’ACEUM (aussi appelé l’AEUMC). Le meilleur moyen d’empêcher le radicalisme de prévaloir est que toutes les parties s’engagent de nouveau à faire des efforts responsables et modérés pour lutter contre les changements climatiques.

    « L’élimination du transport par combustibles fossiles entraînera des coûts importants pour le Canada à mesure que l’industrie automobile s’adaptera, que le secteur de l’aérospatiale fera faillite et que les 74 % du commerce nord-américain qui se fait par voie terrestre chercheront de nouveaux moyens de joindre les consommateurs ».

    Christopher Sands est professeur de recherche principal et directeur du Center for Canadian Studies de la Nitze School of Advanced International Studies (SAIS) de l’Université Johns Hopkins.

    1. The Washington Post, What’s actually in the ‘Green New Deal’ from Democrats?, en ligne : <https://www.washingtonpost.com/politics/2019/02/11/whats-actually-green-new-deal-democrats/>.
    2. Congress Woman Alexandia Ocasio-Cortez, en ligne : <https://ocasio-cortez.house.gov/>.
    3. The Blaze, 2020 Democratic presidential candidates endorse Green New Deal, en ligne : <Congress Woman Alexandia Ocasio-Cortez, online: <https://ocasio-cortez.house.gov/>.
    4. Bloomberg, Alexandia Ocasio-Cortez’s Green New Deal Could Cost $93 Trillion, Group Says, en ligne : <https://www.bloomberg.com/news/articles/2019-02-25/group-sees-ocasio-cortez-s-green-new-deal-costing-93-trillion>.
    5. Earth Summit, UN Conference on Environment and Development (1992), en ligne : <https://www.un.org/geninfo/bp/enviro.html>.
    6. United Nations, Climate Change, en ligne : <https://www.un.org/en/sections/issues-depth/climate-change/index.html>.
    7. The Leap Manifesto, A Call for a Canada Based on Caring for the Earth and One Another, en ligne : <https://leapmanifesto.org/en/the-leap-manifesto/>.
    8. The Hill, The Green New Deal is missing a critical element: trade, en ligne : <https://thehill.com/opinion/finance/436119-the-green-new-deal-is-missing-a-critical-element-trade>.
    9. Bureau of Transportation Statistics, en ligne : <https://www.bts.dot.gov/topics/international>.

  • Démystifier les unités de mesure de l’énergie

    Dans ce numéro de L’ACG en chiffres, nous examinons comment sont reliées les unités de mesure couramment associées aux diverses formes d’énergie (électricité, essence, gaz naturel, diesel, huile à chauffage domestique, etc.) en vue de faciliter les comparaisons sur la base du contenu énergétique.

    Le graphique illustre que le gaz naturel demeure le combustible le plus abordable au Canada depuis de nombreuses décennies. Il révèle également que, dans un avenir prévisible, l’avantage lié au caractère abordable du gaz naturel devrait s’accroître. Toutefois, comme chaque forme d’énergie est mesurée et vendue selon ses propres unités de mesure, il est difficile pour les consommateurs de faire des comparaisons et de savoir quelle énergie est vraiment la plus abordable. Pour compliquer encore davantage les choses, certaines formes d’énergie sont tarifées en fonction de leur volume et non de leur contenu énergétique (p. ex. litres d’essence ou de carburant diesel ou mètres cubes de gaz naturel). Cela ajoute au défi, particulièrement dans le cas du gaz naturel, puisqu’il peut être comprimé et qu’une mesure du prix par volume nous renseigne peu sur la quantité d’énergie que nous consommons.

    Toutefois, les mesures du contenu énergétique (mégawattheures [MWh] pour l’électricité; gigajoules [GJ] pour le gaz naturel; millions d’unités thermales britanniques [MMBtu] pour le gaz naturel) et les mesures de volume (litres, mètres cubes, pieds cubes) peuvent toutes être converties. Vous trouverez ci-dessous une série de conversions d’unités communes pour rendre les mesures énergétiques un peu plus claires. Il vous sera ainsi plus facile d’établir et de comprendre la proposition de valeur du gaz naturel.

    1 gigajoule (GJ) de gaz naturel équivaut à…
    En mètres cubes (m3) En pieds cubes (pi3) En kilowatts/heure (kWh) En millions d’unités thermales britanniques (MMBtu) En litres d’essence En gallons américains d’essence En litres de diesel ou d’huile à chauffage domestique En gallons américains de diesel ou d’huile à chauffage domestique
    25,8661 913,9932 277,7855 0,94781 29,7866 7,8688 26,1162 6,8992

     

    10 $ par GJ de gaz naturel équivaut à…
    En $ par m3 En $ par pi3 En $ par kWh En $ par MMBtu En $ par litre d’essence En $ par gallon américain d’essence En $ par litre de diesel ou d’huile à chauffage domestique En $ par gallon américain de diesel ou d’huile à chauffage domestique
    0,3866 $ 0,0109 $ 0,0360 $ 10,5506 $ 0,3357 $ 1,2708 $ 0,3829 $ 1,4494 $

    Le tableau ci-dessus fait ressortir clairement l’importance du caractère abordable du gaz naturel, peu importe la façon dont on le mesure et on établit son prix.

  • Message du Président et chef de la direction de l’ACG

    Message du Président et chef de la direction de l’ACG

    L’année 2019 marque le cinquième anniversaire du lancement du magazine ÉNERGIE. Nous avons lancé cette publication avec l’intention de nous éloigner du concept de la revue typique des associations professionnelles. Nous voulions aussi offrir à nos membres et à nos lecteurs une publication novatrice et moderne dont le contenu permet de situer le gaz naturel dans le contexte plus large de l’énergie et celui encore plus vaste de l’offre et de la demande propres au secteur énergétique. Bien que nous ayons continué de mettre fermement l’accent sur le gaz naturel dans tous nos numéros, nos articles publiés au cours des cinq dernières années ont aussi porté sur une panoplie de sujets importants de la politique énergétique, tout en mettant en vedette des intervenants clés du domaine de l’énergie au Canada et à l’étranger, le tout en vue d’offrir à nos lecteurs le contenu le plus à jour possible sur les enjeux et débats entourant le milieu de l’énergie.

    Le paysage de la politique énergétique a changé depuis que nous avons lancé notre magazine ÉNERGIE, et nous avons su nous adapter à ces changements. Cependant, ce qui n’a pas changé et qui est même devenu encore plus ancré, ce sont les réalités énergétiques de notre pays. En effet, les Canadiens exigent la sécurité, s’attendent à une distribution fiable, s’intéressent à l’innovation, aspirent à un impact minimal sur l’environnement et estiment que l’abordabilité des produits et services est essentielle. Ces réalités devraient orienter toutes les conversations sur l’énergie pour tous les combustibles et toutes les technologies. Certes, pour nous de l’industrie du gaz naturel, il s’agit là de repères pour nos actions.

    Dans ce premier numéro de 2019, nos articles traitent de sujets tels que : les femmes occupant des postes de direction dans le secteur du gaz naturel; la proposition d’un « nouveau pacte vert » aux États-Unis; le potentiel de transformation du gaz naturel liquéfié au Canada; le rôle que les gouvernements peuvent jouer dans la hausse des coûts énergétiques pour les consommateurs; les relations énergétiques intercontinentales du point de vue de l’ambassadeur canadien aux États-Unis, David MacNaughton.

    J’espère que vous avez apprécié les articles que nous avons publiés au fil des dernières années et que vous apprécierez tout autant le présent numéro. Alors que nous poursuivons nos efforts dans la conception du magazine ÉNERGIE, je vous encourage à nous faire part de vos commentaires, questions ou suggestions, car notre succès se mesure par notre utilité pour vous, le lecteur.

  • Les femmes au sommet

    Les femmes au sommet

    Pas vraiment. C’est la pire chose qui puisse arriver à une femme, dit Brochu, présidente et chef de la direction d’Énergir (anciennement Gaz Métro). « Avant, c’était acceptable, ça marchait, mais ça ne marche plus. L’idée n’est pas de devenir un homme – ou qu’un homme devienne une femme – mais d’accueillir et d’être soi-même et de ne pas avoir peur d’apporter sa propre couleur à un arc-en-ciel qui demande la diversité des couleurs » [traduction].

    La diversité, en particulier la diversité des sexes au niveau de la direction et du conseil d’administration, est un sujet d’affaires qui a pris des décennies à se développer. Bien que les femmes n’aient pas toujours été représentées au sein des conseils d’administration, les analystes – et les parties prenantes – reconnaissent maintenant que la diversité des idées, des points de vue et des opinions au niveau décisionnel est cruciale pour la performance et l’innovation.

    Le conseil d’administration de l’Association canadienne du gaz se démarque comme un exemple de la diversité des sexes dans une industrie dominée par les hommes. Cinq des dix administrateurs sont des femmes, dont Brochu et la présidente du conseil Leigh Ann Shoji-Lee, présidente de Pacific Northern Gas Ltd.

    Shoji-Lee ne se considère pas comme une pionnière, bien qu’elle ait été la première femme vice-présidente des opérations et de l’ingénierie chez Union Gas et vice-présidente principale des opérations sur le terrain chez BC Hydro. Pour l’ingénieure en mécanique, le leadership consiste davantage à savoir ce qu’elle peut faire pour aider les organisations et les gens qu’elles servent plutôt que la situation des femmes.

    « Je pense que les femmes ont une perspective différente des choses » [traduction], dit cette native de Chatham, en Ontario. « Je ne veux pas faire de stéréotypes, mais les femmes ont tendance à être plus coopératives, ont de meilleures aptitudes à l’écoute, ont certainement des expériences différentes. Et il s’agit davantage d’apporter les différentes expériences, idées et perspectives à la table. Et c’est ce qu’avoir plus de femmes autour de la table apportera » [traduction].

    Arriver à ce niveau continue d’être un défi

    Bien qu’il y ait eu un mouvement en faveur de la diversité des sexes au sein des conseils d’administration, au moyen de politiques ou de lignes directrices, le nombre réel de femmes occupant des postes de direction dans les entreprises canadiennes a à peine augmenté au cours de la dernière décennie. Selon un rapport publié en septembre 2018 par les organismes canadiens de réglementation des valeurs mobilières, les deux tiers des sociétés canadiennes cotées en bourse comptent au moins une femme au sein de leur conseil d’administration, mais les femmes n’occupent que 15 % de tous les sièges du conseil. Il s’agit d’une légère hausse par rapport aux 11 % de 2014.

    Et l’intention ne s’est pas révélée suffisante pour faire une différence : alors que les entreprises qui ont adopté des objectifs de représentation des femmes dans leurs conseils d’administration ont plus que doublé, ce sommet ne représente que 16 % des sociétés cotées en bourse au Canada. Mais dites « quota » et beaucoup se renfrognent.

    Leigh Ann Shoji-Lee, présidente de Pacific Northern Gas Ltd. Photo de la part de PNG.

    Bien que les chiffres montrent que des progrès aient été faits – les entreprises avec des objectifs pour accroître le nombre de femmes au sein de leurs conseils d’administration comptaient en moyenne 24 % de femmes parmi leurs administrateurs, contre 13 % dans les entreprises sans objectifs – personne ne veut être promu sur la base de politiques plutôt que de compétences – ou être perçu comme tel. Shoji-Lee se souvient d’avoir découvert que Union Gas avait ciblé spécifiquement les femmes candidates à son premier poste, une idée qui l’a mise mal à l’aise mais à laquelle elle s’est résignée parce que cela lui permettait d’être à la table. « Mais je devais montrer que je méritais d’y rester. J’ai donc travaillé dur pour prouver que je méritais le droit d’y rester » [traduction], dit-elle.

    Chez TransCanada (anciennement TransCanada), 27 % des dirigeants à tous les niveaux et 25 % des membres du conseil sont des femmes. « Nous allons dans la bonne direction, et en posant les bonnes questions et en faisant ce qu’il faut, nous constatons que les chiffres changent » [traduction], affirme Tracy Robinson, membre du conseil d’administration de l’ ACG et vice-présidente exécutive et présidente, Canadian Natural Gas Pipelines, TC Energy Corporation.

    Tracy Robinson, vice-présidente exécutive et présidente, Canadian Natural Gas Pipelines TC Energy Corporation. Photo de la part de TC Energy Corporation.

    Les chiffres sont lents à venir, sans aucun doute, mais nous voyons plus de diversité, dit-elle. L’avantage d’une discussion sur les quotas, c’est qu’elle ouvre la discussion sur « ce qu’il faudrait faire ». Si nous imaginons un monde à 50 % que faisons-nous pour préparer ces candidats?

    Appui ciblé

    Mme Robinson estime qu’il est nécessaire d’investir dans les capacités par le biais d’une variété d’expériences, de contacts et d’éducation ainsi que d’un mentorat particulier pour les femmes et les membres des minorités visibles afin de nous faire passer à un niveau supérieur. « Cela ne se fait pas toujours de façon organique, ce changement, c’est quelque chose que nous devons tous avoir à l’esprit, en créant les bons candidats et en permettant aux gens de tous horizons de se mettre en position de réussir » [traduction].

    L’accent mis sur le développement se heurte également à un argument souvent utilisé contre l’adoption de politiques qui soutient qu’il n’y a pas assez de femmes qualifiées et que l’imposition de quotas aurait des répercussions négatives sur une organisation. Pour relever le défi, un groupe de femmes hautement qualifiées a mis sur pied un ensemble de profils faisant la promotion de leurs compétences auprès des DG et des conseils d’administration partout au Canada en disant « nous sommes ici », se rappelle Jay Grewal, présidente et chef de la direction de Manitoba Hydro. Je poserais la question : « Les hommes doivent-ils faire ça? »

    Jay Grewal, présidente et chef de la direction de Manitoba Hydro. Photo de la part de Manitoba Hydro.

    Mme Grewal a été surprise de l’attention que les médias ont accordée au fait qu’elle était une femme lorsqu’elle a pris la direction de la société d’État en janvier. Comme de plus en plus de femmes occupent des postes de direction au sein d’entreprises partout au pays, elle ne s’attendait pas à ce que le fait d’être la première femme DG de l’entreprise de services publics provinciale l’emporterait sur ses compétences.

    « Dans tous les rôles, il a été démontré qu’une diversité de points de vue ainsi que le recours à différents cadres de travail individuels pour aborder les questions et les problèmes sont toujours utiles. Et si cela aide un conseil à prendre de meilleures décisions, à trouver de meilleures solutions et à mieux appuyer la direction, c’est absolument ainsi que le conseil devrait être formé » [traduction], dit-elle.

    L’ancienne chef de la direction de la Société d’énergie des Territoires du Nord-Ouest, qui a occupé des postes de direction au sein d’organisations comme Marchés mondiaux CIBC, BC Hydro et Accenture Inc, croit que l’orientation donnée par la haute direction appuiera davantage de femmes qui assument des rôles non traditionnels grâce au mentorat et au parrainage. « La réalité, c’est que nous n’avons pas assez de femmes à la tête de grands groupes opérationnels de base – production, transport, distribution » [traduction], note Mme Grewal. « Malheureusement, les femmes sont encore majoritairement représentées dans les domaines de soutien – RH, finances, juridique. Comme les femmes sont plus largement représentées dans tous les secteurs de l’entreprise, le nombre de femmes dans les conseils d’administration pourrait augmenter » [traduction].

    Politiques et mentorat

    Malini Giridhar, vice-présidente, Développement des affaires et réglementation, Enbridge Gas Inc. Photo de la part d’ Enbridge Gas Inc.

    Malini Giridhar, vice-présidente, Développement des affaires et réglementation, Enbridge Gas Inc. se souvient de l’époque où il n’y avait qu’une seule femme dans l’équipe de direction d’Enbridge Gas – il y a quatre ans seulement. Aujourd’hui, elle note que la moitié sont des femmes en raison du changement de perception des compétences en leadership – par le leadership, l’exécution, la gestion des personnes et le leadership personnel – ainsi que de l’accent mis sur la diversité et l’inclusion.

    « La politique est importante parce que sans politique, on n’a aucun moyen de dénoncer les préjugés inconscients. Et nous avons tous des préjugés inconscients » [traduction], dit Giridhar. Le processus concerté qu’Enbridge Gas a entrepris a permis d’élever un plus grand nombre de candidates au développement du leadership et, en fin de compte, à des rôles de leadership, dit-elle – avec une réserve.

    « Ce n’est pas parce qu’il y a plus de femmes au niveau de la direction que nous avons atteint l’étape finale, parce qu’à d’autres niveaux de leadership, nous voyons encore une représentation très inégale. Nous n’en avons pas fini » [traduction].

    « Le mentorat et le parrainage sont essentiels pour que les femmes puissent se faire connaître et profiter d’occasions ».

    « Mais ce qui est encourageant, c’est que nous avons fait un certain nombre de choses qui nous ont permis d’examiner la diversité plus largement. Il suffit de valoriser la diversité et de reconnaître que le leadership aux échelons supérieurs est lié à la façon dont on s’engage et d’offrir des services à des équipes vastes et complexes pour faire avancer le dossier » [traduction].

    Le mentorat et le parrainage sont essentiels pour que les femmes puissent se faire connaître et profiter d’occasions, bien que de nombreuses dirigeantes soulignent que le parrainage – où une dirigeante parle activement et positivement de quelqu’un – peut vous faire avancer. « Le fait d’avoir quelqu’un qui vous soutient et vous défend largement et qui fait cet acte de foi pour dire : ‘Vous n’avez pas l’expérience pour le faire, mais je crois que vous avez la capacité et le potentiel, alors que devons-nous faire pour vous soutenir dans cette entreprise, êtes-vous intéressée?’ C’est énorme » [traduction], dit Grewal.

    Réussir

    L’environnement des affaires d’aujourd’hui n’est pas une méritocratie, un réveil difficile pour les femmes qui entrent sur le marché du travail après avoir travaillé dur et excellé sur le plan scolaire. Pour réussir, les femmes doivent participer, se faire remarquer, saisir toutes les occasions qui se présentent, conseillent les vétérans.

    « Ce que je dis le plus, c’est que je m’enracine dans qui je suis vraiment, que j’écoute ces voix intérieures et que je saisis chaque occasion qui se présente à moi » [traduction], dit Robinson. « Les meilleures expériences de ma carrière ont été celles auxquelles je ne m’attendais pas. Au cours de votre carrière, trouvez des moyens de bâtir un portefeuille d’expériences uniques et mettez-vous à fond dans chacune d’entre elles. Et ça arrivera » [traduction].

    Pour Brochu, il est important d’avoir confiance en soi, car de nombreuses femmes ont besoin de croire davantage en leurs compétences et de mieux se présenter lorsqu’elles postulent un emploi. « Je crois que les femmes ont besoin de se connaître elles-mêmes pour être en mesure d’apporter des changements dans leurs affaires et leur entreprise et de changer la société. Mais ça commence avec elles. Ayez une posture mentale confiante, sachez quand il est temps de jouer pour ne pas perdre et quand il est temps de jouer pour gagner, et faites plus de la dernière et moins de la première » [traduction].  

    Dina O’Meara couvre les affaires énergétiques canadiennes depuis près de 20 ans.