« Le gaz naturel est une source d’énergie essentielle à la production de légumes en serre, pour laquelle il n’existe actuellement aucune solution de rechange viable à grande échelle. » [Traduction]
– Evan Smith, responsable du développement des infrastructures durables chez Ontario Greenhouse Vegetable Growers
Par Graham Chandler
« Si certains producteurs utilisent la biomasse comme source de chauffage d’appoint ou de secours, sa disponibilité et son coût peuvent se révéler prohibitifs, en particulier à l’échelle nécessaire pour assurer le fonctionnement des serres tout au long de l’année » [traduction], explique M. Smith. Cependant, il ajoute que le secteur envisage actuellement des combustibles de rechange émergents, tels que le biogaz et le mélange d’hydrogène au gaz naturel, en tant que solutions à plus long terme afin de réduire son empreinte carbone.
Et ces solutions sont effectivement prometteuses. Pour sa part, le biogaz est un combustible renouvelable produit lorsque des matières organiques sont décomposées par des bactéries dans un environnement dépourvu d’oxygène, dans le cadre d’un processus de digestion anaérobie, ce qui permet de récupérer de l’énergie à partir des flux de déchets organiques. Cependant, la production actuelle de biogaz reste d’une ampleur limitée et ne peut donc pas répondre à l’ensemble des besoins énergétiques des exploitations de serres. De son côté, le mélange d’hydrogène et de gaz naturel pourrait réduire la consommation de combustibles fossiles, mais les infrastructures et les chaînes d’approvisionnement nécessaires en sont encore aux premiers stades de développement.
« En été, le gaz naturel demeure le combustible essentiel qui a permis au secteur serricole (c.-à-d. de l’agriculture en serre) de produire des légumes frais toute l’année, y compris dans les régions où la production en plein champ est limitée ou saisonnière, poursuit M. Smith. L’accès à un gaz naturel abordable et fiable permet aux producteurs de maintenir les conditions environnementales constantes nécessaires à une bonne production agricole, notamment un contrôle précis de la température et de l’humidité. » [Traduction]
« L’accès à un gaz naturel abordable et fiable permet aux producteurs de maintenir les conditions environnementales constantes nécessaires à une bonne production agricole, notamment un contrôle précis de la température et de l’humidité. »
« Pendant les mois d’hiver, le gaz naturel sert principalement à fournir la chaleur indispensable à une croissance saine des plantes. En été, la chaleur contrôlée produite par les systèmes au gaz naturel contribue à assécher les cultures le matin, réduisant ainsi l’humidité excessive qui favoriserait autrement les maladies et nuirait à la préservation et à la productivité des cultures. » [Traduction]
Selon M. Smith, sans notre accès au gaz naturel, la production hivernale en serre serait au mieux, non concurrentielle, et les produits frais pendant les mois les plus froids devraient être importés des régions de culture du sud. Par conséquent, les coûts énergétiques de la production serricole augmenteraient considérablement en l’absence de gaz naturel, ce qui compromettrait la compétitivité des légumes cultivés en serre au Canada tant sur le marché intérieur que sur celui de l’Amérique du Nord. L’accès continu à un gaz naturel abordable demeure donc essentiel pour préserver la sécurité alimentaire, soutenir la production locale, protéger les investissements et permettre au secteur de progresser vers des trajectoires réalistes de réduction de son empreinte carbone, à mesure que des solutions énergétiques de rechange viables arrivent à maturité.
« Les coûts énergétiques de la production serricole augmenteraient considérablement en l’absence de gaz naturel. »
M. Smith est entré en fonction chez Ontario Greenhouse Vegetable Growers en décembre 2025 à titre de responsable du développement des infrastructures durables, et s’est alors vu confier la gestion de dossiers clés visant à soutenir les objectifs de durabilité, la croissance et les besoins énergétiques à long terme du secteur. Il est titulaire d’une maîtrise en politiques publiques internationales de la Balsillie School of International Affairs de l’Université Wilfrid Laurier, où il s’est spécialisé dans les relations économiques et a participé aux groupes de recherche sur l’économie politique mondiale ainsi que sur les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques (STIM) favorisant la résilience.
Au cours de son stage de troisième cycle, M. Smith a co-rédigé une note d’orientation portant sur l’avenir des minéraux critiques au Canada, qui a été soumise au ministère des Affaires mondiales. Auparavant, il a occupé le poste d’adjoint aux programmes et aux politiques au ministère des Transports de l’Ontario, où il a contribué au déploiement du programme de renouvellement automatisé des plaques d’immatriculation et à l’élaboration de politiques et de procédures en matière de lutte contre la fraude. Il a également dirigé une équipe de recherche au sein de l’institut de recherche, de données et de formation du Nouveau-Brunswick, chargée d’examiner la mise en œuvre de la Stratégie nationale sur le logement dans cette province.
Comment se dessine l’avenir?
M. Smith estime que le secteur serricole ontarien devrait poursuivre sa croissance à un rythme d’environ 5 % annuellement, une tendance qui, selon lui, entraînera une augmentation constante de la demande en énergie dans l’ensemble de ce secteur. La production en serre est très efficace et permet aux serriculteurs ontariens de récolter jusqu’à 20 fois plus de légumes par mètre carré qu’en culture de plein champ. Par conséquent, l’évolution du paysage énergétique jouera un rôle central dans la manière dont le secteur se développera et maintiendra une production tout au long de l’année.
« La production en serre est très efficace et permet aux serriculteurs ontariens de récolter jusqu’à 20 fois plus de légumes par mètre carré qu’en culture de plein champ. »
Ces dernières années, de nombreux serriculteurs ont adopté des systèmes d’éclairage d’appoint afin d’assurer des cycles de production réguliers tout au long de l’année. M. Smith estime que la poursuite de cette tendance dépendra des prix de l’électricité et du gaz naturel, ainsi que de la disponibilité et de la capacité des infrastructures nécessaires. Il note que les systèmes de cogénération de chaleur et d’électricité suscitent un intérêt croissant, car les contraintes d’approvisionnement en électricité limitent la croissance du secteur dans certaines régions. Ces systèmes permettent aux serriculteurs de produire de l’électricité sur place tout en récupérant la chaleur résiduelle pour chauffer leurs serres, ce qui améliore l’efficacité énergétique globale. Ce processus est communément appelé cogénération, car la chaleur et l’électricité sont produites à partir d’une seule source d’énergie.
M. Smith indique que l’Ontario accorde actuellement la priorité aux investissements dans l’expansion du réseau de transport d’électricité pour les deux prochaines décennies, et qu’un développement similaire des infrastructures sera également nécessaire pour la distribution de gaz naturel afin de soutenir la croissance du secteur serricole. Il estime que des projets tels que le projet d’expansion régionale Panhandle constituent des étapes indispensables pour répondre à la demande énergétique croissante dans les principales régions de production en serre.
Afin de soutenir la croissance continue du secteur et la fiabilité de l’approvisionnement énergétique, Robert Petro, coordinateur de l’énergie, des infrastructures et de l’environnement de l’Ontario Greenhouse Vegetable Growers (OGVG), a témoigné au nom du secteur serricole devant la Commission de l’énergie de l’Ontario en faveur du projet d’expansion du réseau Panhandle 2024. Ce projet d’infrastructure essentiel soutient la croissance et la viabilité à long terme de la production en serre dans le sud de l’Ontario jusqu’en 2030.
Selon M. Smith, l’efficacité énergétique demeurera un élément essentiel de la croissance durable du secteur. Au cours de la dernière décennie, les serriculteurs ont participé à des programmes favorisant la transition des systèmes d’éclairage au sodium à haute pression (SHP) vers la technologie plus efficace des diodes électroluminescentes (DEL). De plus, le secteur recourt beaucoup aux écrans thermiques pour améliorer l’efficacité du chauffage et réduire la consommation de gaz naturel. Le maintien de l’accès à ces programmes d’efficacité énergétique sera essentiel pour permettre au secteur serricole d’accroître sa production tout en gérant de manière responsable la demande énergétique globale.
De plus, les infrastructures de gaz naturel, d’approvisionnement en eau et de traitement des eaux usées joueront un rôle déterminant dans la croissance future du secteur, note M. Smith. De nombreux serriculteurs doivent déjà composer avec des contraintes liées à la disponibilité de l’eau et à la capacité de traitement des eaux usées. Les investissements dans les infrastructures d’approvisionnement en eau, de traitement des eaux usées, d’électricité et de gaz naturel ne concernent pas seulement les exploitations serricoles, mais aussi les municipalités où elles sont établies. L’expansion des infrastructures qui soutient les exploitations de serres favorise également un développement économique plus large, notamment dans les secteurs manufacturier et commercial, ainsi que la construction de logements, ce qui renforce l’importance d’une planification coordonnée des infrastructures à l’échelle régionale.
M. Smith ajoute que le gaz naturel reste un intrant essentiel dans la production en serre de concombres, de poivrons et de tomates, qui constituent actuellement les cultures les plus répandues. Le maintien d’une température et d’un taux d’humidité constants à l’intérieur tout au long de l’année nécessite une source de chauffage stable et fiable, et le gaz naturel est actuellement la seule source d’énergie en mesure de répondre à ces besoins à l’échelle requise pour l’exploitation serricole commerciale.
« Le maintien d’une température et d’un taux d’humidité constants à l’intérieur tout au long de l’année nécessite une source de chauffage stable et fiable, et le gaz naturel est actuellement la seule source d’énergie en mesure de répondre à ces besoins à l’échelle requise pour l’exploitation serricole commerciale. »
Le gaz naturel permet également le déploiement de technologies énergétiques de pointe telles que les systèmes de cogénération de chaleur et d’électricité (CCÉ) mentionnés précédemment, explique M. Smith. Ces systèmes permettent aux serriculteurs de générer de l’électricité sur place tout en récupérant et en réutilisant la chaleur résiduelle pour le chauffage et le contrôle climatique des serres, ce qui améliore considérablement l’efficacité énergétique globale. Dans certains cas, l’électricité produite par la CCÉ peut être réinjectée dans le réseau, ce qui renforce celui-ci et contribue à répondre aux besoins énergétiques provinciaux.
À plus long terme, M. Smith considère que le gaz naturel constituera la pierre angulaire sur laquelle s’appuieront des solutions à faible empreinte carbone, telles que l’intégration du biogaz et le mélange d’hydrogène, afin d’améliorer les performances environnementales. Il entrevoit également la poursuite des avancées technologiques favorisant le développement de solutions de captage du carbone, ce qui permettra de récupérer le dioxyde de carbone issu des processus de combustion ou directement de l’air, puis de le réinjecter dans les cultures à des fins de photosynthèse, contribuant ainsi à boucler davantage le cycle de production.
D’ici là, le maintien d’un accès à un gaz naturel abordable et fiable, assorti d’une prévisibilité des coûts et de mécanismes de plafonnement des tarifs pour protéger la production alimentaire essentielle, demeurera cruciale si l’on veut accroître la production serricole tout au long de l’année et garantir aux Canadiens un accès continu à des concombres, à des poivrons et à des tomates cultivés au pays.
Animé par un enthousiasme pour l’énergie et un désir d’apprendre, David Morton poursuit sa carrière en travaillant sur des questions liées à la fiabilité énergétique.
Par Graham Chandler
« J’ai toujours été intéressé par l’énergie – c’est l’une des raisons qui m’ont poussé à me diriger vers le génie mécanique » [traduction], explique David Morton, ing., ICD.D. Il est actuellement président-directeur général du Canadian Energy Reliability Council (CERC), cadre en résidence chez Énergie Positive à l’Université d’Ottawa et président de l’International Confederation of Energy Regulators (ICER).
« Mon premier point d’entrée dans l’industrie de l’énergie a été la règlementation des services publics, explique-t-il. Les entreprises de services publics sont souvent les seuls fournisseurs de services énergétiques dans une région. Cela en fait ce que les économistes appellent des fournisseurs monopolistiques, dont les tarifs ne sont généralement pas soumis à l’influence du marché exercée par un concurrent. Cela expose potentiellement les clients au risque de payer trop cher ou de recevoir un service qui n’est pas optimal. » [Traduction]
Les organismes de règlementation des services publics sont avant tout des « organismes de règlementation économique » et leur rôle consiste à se substituer aux forces du marché afin de protéger les clients, explique-t-il. Ils doivent également veiller à ce que les services publics perçoivent suffisamment de recettes pour leur permettre de dégager un rendement équitable des investissements généralement considérables qu’ils doivent réaliser dans les infrastructures.
« C’est cette nécessité d’équilibrer les intérêts économiques qui m’intéresse, en plus de mon intérêt général pour l’énergie, explique M. Morton. Les aspects d’intérêt public qui consistent à faire en sorte que les entreprises de services publics fournissent une énergie sûre et fiable, qu’elles puissent obtenir un rendement équitable et que le public soit protégé contre tout excès des fournisseurs monopolistiques sont stimulants, intéressants et, lorsqu’on y parvient, gratifiants. » (Traduction) Et c’est ce qui a guidé sa carrière.
M. David Morton, ing., ICD.D., est président-directeur général du Canadian Energy Reliability Council (CERC), cadre en résidence chez Énergie positive à l’Université d’Ottawa et président de l’International Confederation of Energy Regulators (ICER).
David Morton est né au Royaume-Uni et y a vécu jusqu’à l’âge de 9 ans, lorsque sa famille a déménagé au Canada. « Mes parents avaient une certaine envie de voyager, et j’ai fini par aller à l’école à Thunder Bay (Winnipeg) et à Orlando (Floride), et dans plusieurs endroits du Sud de l’Ontario » [traduction], explique-t-il. Cette envie de voyager s’est également manifestée dans ses choix de carrière, qui ont débuté par un baccalauréat en sciences et en génie mécanique à l’Université de Toronto en 1977.
Avant de travailler dans les secteurs de l’industrie de l’énergie et des services publics, il a consacré une grande partie de sa carrière à l’informatique. « Tout a commencé par un intérêt pour ce qu’on appelait souvent l’informatique visuelle à la fin des années 1970 et au début des années 1980, explique-t-il. J’ai cofondé une entreprise afin de développer des logiciels permettant de créer des simulations et des modèles visuels. À l’époque, cela représentait une véritable révolution dans un monde où les ordinateurs personnels venaient tout juste d’apparaître et n’affichaient qu’un nombre limité de caractères sur un écran vert. J’ai utilisé le logiciel que nous avions développé pour créer des modèles pour divers projets, notamment l’agrandissement du terminal et la construction d’une deuxième piste à l’aéroport de Vancouver. » [Traduction]
Le succès de ce projet l’a incité à poursuivre une carrière dans le domaine en plein essor des technologies de l’information. « J’ai géré divers projets de développement informatique pour des entreprises et des organismes gouvernementaux, raconte-t-il. Bon nombre d’entre eux étaient conçus sur mesure et exigeaient une bonne compréhension des besoins des utilisateurs du système et de la capacité du logiciel à répondre à ces besoins, compte tenu des contraintes budgétaires du projet. » [Traduction]
En 2010, il a appris qu’un poste de commissaire à temps partiel était vacant à la BC Utilities Commission (BCUC). Il était très intéressé et s’est dit : « Je pourrais intégrer cela à mon autre travail, cependant, le travail était si intéressant que j’ai fini par prendre en charge de plus en plus de dossiers. Puis, environ cinq ans plus tard, le poste de président-directeur général s’est libéré et j’ai posé ma candidature, qui a été retenue. Ce poste m’a permis de mettre mes compétences en leadership au service de tous les Britanno-Colombiens. Ce fut un honneur d’être l’un des dirigeants ayant les plus longs états de service à la BCUC. L’une des considérations est l’échelle et la portée de l’énergie fournie par le gaz naturel, explique-t-il. Celui-ci fournit actuellement plus d’énergie que l’électricité, et certaines des utilisations du gaz naturel sont très difficiles à satisfaire avec l’électricité, comme la fabrication de ciment, par exemple. » [Traduction]
Bien qu’il soit théoriquement possible de remplacer le gaz naturel par l’électricité, cela impliquerait au minimum de doubler la quantité d’électricité que nous produisons actuellement au Canada, explique M. Morton. « Et ce doublement s’inscrit dans un contexte où nous pourrions également avoir besoin d’électricité supplémentaire si nous décidons d’électrifier notre réseau de transport en remplaçant les carburants à base de pétrole par l’électricité et si nous décidons aussi d’électrifier la liquéfaction du gaz naturel afin de développer un secteur d’exportation de GNL. De plus, tout cela s’ajoute à la fourniture de quantités croissantes d’électricité pour alimenter les centres de données et les processus d’intelligence artificielle (IA), et pour répondre à la demande croissante d’électricité d’une population en augmentation, ajoute-t-il. Même s’il ne faut jamais dire jamais, compte tenu de l’état actuel de la technologie et des infrastructures énergétiques, il est peu probable que le Canada abandonne le gaz naturel comme ressource », conclut-il. [Traduction]
« Compte tenu de l’état actuel de la technologie et des infrastructures énergétiques, il est peu probable que le Canada abandonne le gaz naturel comme ressource. » [Traduction]« Je ne suis pas favorable à l’opposition du gaz naturel à l’électricité, ajoute M. Morton. Je m’efforce d’adopter une vision équilibrée et de poser les questions difficiles. Je pense que nous devons garder l’esprit ouvert et être conscients des défis et des limites de chaque source d’énergie. Je siège au conseil d’administration du Western Electricity Coordinating Council, qui est chargé de veiller au respect et à l’application des normes de fiabilité électrique dans une région appelée western interconnect, qui comprend 17 États américains ainsi que certaines parties du Nord du Mexique, de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. La fiabilité de l’électricité est donc un sujet qui me tient à cœur, tout comme la fiabilité énergétique en général. » [Traduction]
M. Morton affirme que son désir d’équilibre s’étend à son mode de vie. « Le travail est important pour cet équilibre, et pour qu’il soit réussi, il faut aimer ce que l’on fait. J’ai l’immense chance de pouvoir dire que je suis passionné par le travail que je continue à faire, même si j’ai dépassé l’âge de la retraite. » [Traduction]
Par exemple, David continue de collaborer avec ses collègues du milieu de la règlementation à l’échelle internationale en tant que président bénévole de l’International Confederation of Energy Regulators (ICER).
Mais ce n’est pas tout : « J’ai récemment lancé une nouvelle initiative appelée le Canadian Energy Reliability Council, ajoute-t-il. Le Council a pour mission de créer de nouveaux modèles de collaboration à l’échelle du réseau énergétique et de contribuer à redéfinir la façon dont les décideurs politiques et le public perçoivent la fiabilité, précise-t-il. La fiabilité énergétique est un sujet qui nous concerne tous, mais qui semble souvent passer au second plan derrière d’autres questions jugées plus urgentes. Je suis très heureux de pouvoir mener à bien cette initiative. » [Traduction]
Une autre réalisation dont il est fier est sa participation régulière à des conférences et à des formations internationales destinées à d’autres organismes de règlementation à travers le monde. « J’ai collaboré avec des organismes de règlementation et des gouvernements au Botswana, en Macédoine, en Zambie, en Namibie, en Moldavie, au Sri Lanka, en Argentine, en Bosnie, en Dominique, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, au Brésil, au Kazakhstan et au Bangladesh. » [Traduction]
En plus de ces activités et de nombreuses autres activités paraprofessionnelles, « l’un de mes passe-temps consiste à essayer de comprendre l’histoire, explique-t-il. Comme l’a dit le philosophe espagnol George Santayana : ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter. Je pense qu’à bien des égards, nous sommes à la croisée des chemins et qu’en tant que société, nous sommes trop prompts à ignorer les leçons de l’histoire. » [Traduction]
Ainsi, cet esprit familial d’aventure n’a jamais vraiment quitté David. Même s’il s’exprime sous des formes légèrement différentes, il est toujours présent. « Lorsque je ne suis pas occupé par des activités liées à l’énergie ou aux services publics, j’apprécie voyager, tant au niveau local qu’international, explique-t-il. J’ai la chance de vivre dans une région magnifique du monde, je ne me lasse jamais des paysages de la côte Ouest. Je trouve que voyager à l’étranger m’ouvre les yeux et l’esprit à d’autres cultures et d’autres perspectives. C’est également l’occasion d’en apprendre davantage sur l’histoire commune qui nous unit tous. » [Traduction]
Jacob Irving est un candidat naturel à la présidence de l’Association des consommateurs industriels de gaz.
« Jacob Irving, président de l’Association des consommateurs industriels de gaz (ACIG) »
À la fin de l’année dernière, lorsque que l’Association des consommateurs industriels de gaz (ACIG) s’est mise à la recherche d’un nouveau président après le départ à la retraite de Shahrzad Rahbar, elle a recruté le candidat idéal : Jacob Irving.
Très expérimenté et passionné par la scène énergétique canadienne, M. Irving a dirigé avec succès certaines des associations les plus importantes du secteur de l’énergie au Canada, notamment l’Oil Sands Developers Group, l’Association canadienne de l’hydroélectricité et le Conseil canadien de l’énergie.
Originaire de la communauté huronne et franco-ontarienne de Penetanguishene, il a obtenu son diplôme à l’Université d’Ottawa. Son premier emploi a été celui d’agent d’information à la Bibliothèque du Parlement à Ottawa, où il s’est spécialisé dans la procédure parlementaire. Cela l’a conduit en Afrique du Sud – l’apartheid était tombé et de nouvelles législations provinciales étaient en train d’être créées. « J’ai commencé par un contrat avec l’Agence canadienne de développement international (ACDI) pour aider à réécrire les règlements du Parlement provincial de Cap-Ouest, se souvient-il, et j’ai ensuite été embauché pour aider à créer le premier programme d’initiation des députés. Ces années ont été précieuses », dit-il. Elles ont marqué son esprit pendant des décennies, influençant son choix de carrière. « En travaillant et en voyageant en Afrique australe, j’ai été frappé par les nombreuses communautés qui restaient dans l’obscurité une fois le soleil couché, se souvient-il. Bien que je travaillais à l’époque dans le domaine de la procédure parlementaire, j’étais constamment frappé par l’importance de l’énergie. » [Traduction]
Ainsi, plutôt que de retourner à Ottawa, il choisit Calgary pour continuer à s’intéresser au développement énergétique (et pour vivre avec sa future épouse, qui travaillait pour TC Energy). « C’était en 2000 et le Canada accueillait pour la première fois le Congrès mondial du pétrole », raconte-t-il. Sa participation au Congrès a été « une occasion incroyable de travailler avec les nombreuses entreprises énergétiques formidables et différentes dont le siège se trouve à Calgary, dit-il. À la suite de cette expérience, j’ai été embauché par BP Canada Energy Company pour l’aider avec les affaires gouvernementales et publiques; cela a marqué le début de ma carrière dans le secteur de l’énergie. » [Traduction]
Son exposition à la pauvreté énergétique dans d’autres pays l’a amené à s’intéresser à la manière dont le Canada évitait en grande partie ce fléau. L’une des premières leçons fondamentales qu’il a retenues est que si un pays peut produire plus d’énergie qu’il n’en a besoin, il a beaucoup plus de chances de bénéficier des avantages de la sécurité énergétique. Au cours de son séjour à Calgary, cette évidence s’est imposée d’elle-même. « Nous possédons les sables bitumineux, comme aucun autre pays. J’avais l’habitude de demander à ma famille et à mes amis : si le gisement de sables bitumineux devait être situé dans un pays, où aimeriez-vous qu’il soit situé ailleurs qu’au Canada? Je pose toujours cette question. » [Traduction]
«L’une des premières leçons fondamentales qu’il a retenues est que si un pays peut produire plus d’énergie qu’il n’en a besoin, il a beaucoup plus de chances de bénéficier des avantages de la sécurité énergétique. »
Et le fait de poser constamment des questions pour s’assurer de bien comprendre une situation contribue à l’évolution d’une carrière. « Alors que j’exerçais ma fonction de directeur général de l’Oil Sands Developers Group à Fort McMurray, on m’a pressenti pour devenir président de l’Association canadienne de l’hydroélectricité, dit-il. L’occasion de retourner à Ottawa et d’en apprendre davantage sur l’autre grand pilier énergétique essentiel du Canada était unique et passionnante – je pense toujours aux avantages énergétiques dont jouit le Canada et que d’autres n’ont tout simplement pas. Ils sont nombreux. Les sables bitumineux et nos forces en matière d’hydroélectricité sont uniques. Nous sommes également particulièrement bien positionnés dans les domaines du gaz naturel et de l’énergie nucléaire. Si nous avons échappé au piège de la pauvreté énergétique, c’est tout simplement parce que nous savons tout faire et que nous le faisons bien. » [Traduction]
À ce moment-là, Irving était déjà bien engagé dans une brillante carrière. Vint ensuite le Conseil canadien de l’énergie, où « j’ai eu la chance de promouvoir toutes les formes d’expertise canadienne en matière d’énergie au niveau national et international, explique-t-il. En collaboration avec Affaires mondiales Canada, nous avons transmis les messages positifs sur l’énergie que nous avions consolidés par l’intermédiaire des principales associations nationales du secteur de l’énergie du Canada à des publics intéressés à l’étranger : les États-Unis, la Pologne, les Émirats arabes unis, le Viêt Nam et l’Afrique du Sud. » [Traduction] Ils ont mis en relation de nombreuses entreprises canadiennes avec ces missions à l’étranger et les opportunités commerciales qu’elles ont créées.
Et, chose importante, il s’agissait aussi de s’engager auprès des Premières Nations. « Comme nous le faisons depuis 2000, nous récompensons la personnalité canadienne de l’année dans le domaine de l’énergie, explique M. Irving. Au cours de mon mandat au sein de l’organisation, j’ai eu la chance de participer à la sélection du chef Jim Boucher et, plus récemment, du chef Crystal Smith pour l’attribution de ce prix. Avec les volumes un et deux de notre publication, Indigenous Energy Across Canada, nous avons été en mesure d’élever et de célébrer le leadership croissant des premiers peuples dans le développement énergétique canadien, tant au pays qu’à l’étranger. Des leaders autochtones du secteur de l’énergie se sont joints au conseil d’administration du Conseil canadien de l’énergie pour la première fois au cours de mon mandat. Ce fut un privilège d’apprendre, de comprendre et de promouvoir leurs perspectives. » [Traduction]
Avec le départ à la retraite de M. Rahbar, l’ACIG était à la recherche d’un nouveau dirigeant – et Irving a été pressenti à ce sujet. Il a tout de suite été attiré par le projet. « J’ai eu la chance de découvrir les sables bitumineux en tant que directeur général de l’Oil Sands Developers Group, puis l’hydroélectricité en tant que président de l’Association canadienne de l’hydroélectricité » [traduction], explique-t-il. Alors, que s’est-il passé ensuite?
« J’ai eu une carrière diversifiée et enrichissante dans le secteur de l’énergie en amont, mais j’ai toujours eu l’impression qu’il me manquait une dimension importante, répond-il. Je comprends le point de vue des producteurs d’énergie, mais qu’en est-il du client? Dans ce rôle (à l’ACIG), j’ai la chance d’aborder l’énergie du point de vue de ceux qui la consomment et qui, de ce fait, soutiennent son développement réel. J’apporte une grande expérience à ce poste, mais j’apprécie également le fait qu’elle fera de moi un professionnel de l’énergie plus complet. J’ai vraiment la chance d’apprendre quels sont les besoins de mes membres, de les comprendre et d’y répondre. » [Traduction]
Malgré toutes ces considérations qui occupent l’ACIG, Irving trouve encore le temps de s’adonner à des activités plus relaxantes pour l’esprit. « J’aime faire du ski alpin en hiver et du ski nautique en été », confie-t-il. Et puis, il y a la famille, qui est très importante. « Nous avons deux filles en âge d’aller à l’université et deux fils en âge d’aller au secondaire, dit-il. J’aime m’efforcer de les aider à profiter d’opportunités identiques ou supérieures à celles qui m’ont été offertes par le passé. J’ai le sentiment qu’il fut un temps où ce n’était pas une chose remarquable à laquelle on pouvait aspirer et que cela ne méritait même pas d’être mentionné. Mais aujourd’hui, je pense que cela demande beaucoup plus de temps, d’efforts, de ressources et d’attention de la part d’un parent. C’est une bonne chose que j’aime vraiment mes enfants, presque autant que j’aime ma femme. » [Traduction]
Roger Dall’Antonia, pésident et chef de la direction à Forti
Merci d’avoir pris le temps de nous rencontrer. Pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours professionnel jusqu’à votre poste actuel de président et chef de la direction de Fortis BC?
J’ai commencé ma carrière dans le secteur de l’énergie en 1993 chez Westcoast Energy Inc., où j’ai travaillé dans le financement d’entreprise et de projets, puis j’ai rallié les rangs de FortisBC en 2004. J’ai eu l’occasion d’occuper plusieurs postes de direction au sein de cette entreprise, y compris la supervision administrative dans les domaines du service à la clientèle et de la technologie, des affaires réglementaires, des solutions énergétiques et de la gestion de la demande, de la planification stratégique et du développement de l’entreprise, ainsi que des finances et de la trésorerie.
Tout au long de mon parcours au sein de FortisBC, et plus particulièrement aujourd’hui en tant que président et chef de la direction, j’ai poursuivi notre approche axée sur le client afin d’assurer un avenir énergétique abordable et durable, en mettant l’accent sur la sécurité et la fiabilité de notre réseau d’approvisionnement en énergie, en favorisant un avenir énergétique à faible émission de carbone et en accordant la priorité à notre travail avec les communautés autochtones.
La Colombie-Britannique est à bien des égards au centre du débat sur le gaz naturel au Canada – en tant qu’important producteur et utilisateur national, et en tant que principal point de sortie de ce qui pourrait être une énorme industrie d’exportation. Comment voyez-vous le rôle de FortisBC dans cette période très stimulante pour le secteur, la province et le pays?
En tant que fournisseur d’énergie essentiel en Colombie-Britannique, nous pensons que FortisBC jouera un rôle crucial en aidant à mener la transition vers une énergie à faible teneur en carbone. Notre objectif principal est de nous assurer que nous fournissons à nos clients et à nos communautés une énergie sûre, fiable et abordable, notamment du gaz naturel, de l’électricité, du gaz naturel renouvelable[1] (GNR) et d’autres sources d’énergie à plus faible teneur en carbone[2]. Toutefois, cela ne signifie pas que notre secteur ou FortisBC adopte une approche de maintien du statu quo. La transition énergétique comporte des défis et des opportunités considérables, et nous estimons que les réseaux d’électricité et de gaz naturel constituent des plateformes intéressantes pour mener à un avenir moins pollué par le carbone. Nous voyons une opportunité clé dans l’intégration des réseaux électriques et gaziers, afin de travailler ensemble pour mieux répondre aux besoins énergétiques, notamment pour relever les défis que pose la capacité de pointe, et soutenir les réductions d’émissions. Il est également possible de réduire considérablement les émissions grâce à une meilleure gestion de la demande afin de réduire la consommation d’énergie, tout en adoptant une énergie à plus faible teneur en carbone pour remédier à cette réduction du débit. Cette énergie à plus faible teneur en carbone ne sera pas seulement de l’électricité renouvelable, mais aussi des gaz renouvelables tels que le GNR.
Il est également possible d’examiner comment nos réseaux peuvent contribuer à la décarbonisation d’autres secteurs. Dans bon nombre de régions, le transport est le secteur qui génère le plus d’émissions. La décarbonisation dans ce secteur comprend l’adoption accrue des véhicules électriques, ainsi que le recours au gaz naturel liquéfié (GNL) et aux gaz renouvelables dans les parcs de véhicules lourds et le ravitaillement maritime. Comme le révèle notre dernier rapport sur le développement durable, au cours de l’année 2023, nous avons aidé nos clients à éviter les émissions de gaz à effet de serre en utilisant le GNL dans le ravitaillement maritime, en remplaçant le diesel par du gaz naturel comprimé dans le secteur des transports et en fournissant du GNR.
Nous avons été la première entreprise au monde à proposer à nos clients un système de ravitaillement en GNL des camions aux navires. En 2023, nous avons réalisé un peu plus de 1 700 opérations de ravitaillement de navires en GNL à l’aide d’exploitants de transbordeurs locaux; et la même année, nous avons atteint un jalon pluriannuel de plus de 7 000 opérations de ravitaillements en GNL. Nos clients maritimes ont pu ainsi éviter de produire 40 200 tonnes d’équivalent en dioxyde de carbone en 2023 en recourant au GNL dans le ravitaillement maritime au lieu du combustible de soute traditionnel[3].
Vous venez de vivre une élection assez fascinante. Comment voyez-vous l’évolution de la politique gazière et du cadre règlementaire de la Colombie-Britannique sous la direction du premier ministre Eby au cours de ce prochain mandat, et quelles sont les répercussions de cette élection sur vos clients?
FortisBC est au service de la province de la Colombie-Britannique depuis plus de 100 ans, et nous comptons près de 1,3 million de clients pour le gaz et l’électricité dans 135 communautés et 58 communautés autochtones. En tant que fournisseur de services essentiels axé sur la communauté, nous nous efforçons d’entretenir des relations proactives avec tous les ordres de gouvernement, car, en fin de compte, nous servons les mêmes électeurs, c’est-à-dire les citoyens de la Colombie-Britannique.
On peut s’attendre à ce que la récente réélection du premier ministre Eby et de son gouvernement assure la continuité de la politique environnementale et énergétique. Nous restons déterminés à collaborer avec la province pour faire progresser la transition vers une énergie à faible teneur en carbone et les objectifs climatiques provinciaux. Au cours des dernières années, nous avons travaillé à faire progresser les objectifs stratégiques provinciaux énoncés dans les plans de CleanBC et de CleanBC Roadmap to 2030, ainsi que dans le cadre d’action énergétique de la Colombie-Britannique. Par exemple, nous élargissons notre portefeuille d’énergies renouvelables et à faible teneur en carbone, nous explorons les possibilités qu’offre le gaz à intensité réduite pour produire du gaz naturel dont les émissions de GES sont plus faibles sur l’ensemble de leur cycle de vie. De plus, nous encourageons l’efficacité énergétique, les économies d’énergie des clients et les réductions des émissions de GES dans nos plans de conservation et de gestion de l’énergie, tout en pilotant et élargissant les programmes de rénovation énergétique en profondeur et les solutions de chauffage à deux combustibles. Nous pensons que notre expertise dans les réseaux énergétiques électriques et gazeux nous donne la vision nécessaire pour aider à développer une voie diversifiée qui soutient une transition énergétique plus résiliente et plus abordable.
FortisBC a fait activement progresser ses travaux liés au GNR et à l’hydrogène. Quel rôle voyez-vous jouer ces combustibles gazeux à court et à long terme?
Notre réseau de gaz naturel joue un rôle important dans la satisfaction des besoins énergétiques des Britanno-Colombiens, et nous pensons qu’il continuera à le faire dans les années à venir. Grâce à sa capacité à stocker et à répartir rapidement de grands volumes d’énergie, le réseau de gaz est particulièrement important pour les périodes de froid. Par exemple, plus tôt cette année, le réseau de gaz naturel de FortisBC a fourni environ le double de l’énergie générée par les réseaux électriques de la Colombie-Britannique le vendredi 12 janvier 2024, lorsque la province a connu sa journée la plus froide. En effet, au moment où la demande a été la plus élevée, les fournisseurs d’électricité ont fourni 11 300 mégawatts (MW), alors que le réseau de gaz de FortisBC en fournissait 21 700 MW.
« Le réseau de gaz naturel de FortisBC a fourni environ le double de l’énergie générée par les réseaux électriques de la Colombie-Britannique».[traduction]
Nous pensons que notre réseau de gaz naturel joue un rôle important dans la satisfaction des besoins énergétiques des Britanno-Colombiens, et nous reconnaissons la nécessité de passer à des solutions énergétiques à plus faible teneur en carbone. En 2010, nous avons lancé le premier programme volontaire de GNR en Amérique du Nord et avons depuis travaillé avec des entreprises, des décharges, des sociétés d’énergie verte et des municipalités pour nous approvisionner en GNR.
Nous continuons d’élargir le stock de GNR que nous acquérons pour nos clients, en cherchant à nous associer à davantage d’organismes et de gouvernements. Une installation de GNR en construction à la décharge de Vancouver représentera notre plus grand projet de GNR en Colombie-Britannique. En 2023, nous avons acquis 2,8 pétajoules (PJ) de GNR pour nos clients, soit suffisamment d’énergie pour alimenter environ 27 500 ménages de la Colombie-Britannique pendant un an, et nous avons approuvé des contrats pour acquérir 18 PJ au cours des prochaines années. Notre approvisionnement en GNR a aidé les clients à éviter de produire près de 265 000 tonnes d’équivalent en dioxyde de carbone en 2023, ce qui équivaut à retirer de la circulation plus de 57 000 voitures à essence[4].
Nous examinons également des moyens de faire progresser d’autres gaz renouvelables et à faible teneur en carbone, comme l’hydrogène. Nous utilisons des fonds provinciaux pour effectuer des recherches sur l’acheminement de l’hydrogène par le réseau de gaz naturel en Colombie-Britannique, investir dans l’innovation pour soutenir le potentiel de production et d’utilisation de l’hydrogène et faire avancer de nombreux projets liés à l’hydrogène. Cette année, par exemple, nous avons annoncé notre participation à une collaboration formée dans le cadre d’un protocole d’entente entre nous et Hazer Group Ltd. pour élaborer un projet pilote de production d’hydrogène en Colombie-Britannique. Si le projet pilote est développé, il devrait produire environ 2 500 tonnes d’hydrogène par an, soit environ 300 000 gigajoules de gaz.
En ce qui concerne l’électricité, nous avons récemment annoncé une demande d’expression d’intérêt pour un maximum de 1 100 gigawattheures d’énergie afin de répondre à la demande croissante dans la région intérieure sud de la Colombie-Britannique.
Quels conseils donneriez-vous à une personne qui vient de faire son entrée dans le secteur de l’approvisionnement en gaz?
Ne perdez jamais de vue qu’en tant que membre de ce secteur, vous êtes au cœur d’une entreprise très vaste et très importante, celle de contribuer à résoudre le trilemme de l’énergie. J’entends par là qu’il faut maintenir l’équilibre entre les trois éléments de ce trilemme : la fiabilité, la durabilité et l’abordabilité. Dans le secteur de l’approvisionnement en énergie, cela signifie soutenir un bouquet énergétique diversifié et l’utilisation continue du réseau gazier existant, avec des combustibles à faible teneur en carbone comme le GNR et, potentiellement à l’avenir, l’hydrogène.
1Le gaz naturel renouvelable (également appelé GNR ou biométhane) est produit d’une manière différente du gaz naturel conventionnel. Il est dérivé du biogaz, qui provient de la décomposition des déchets organiques de décharges, de résidus agricoles et d’eaux usées d’installations de traitement. Le biogaz est capturé et nettoyé pour créer du GNR. Lorsque le GNR est ajouté au réseau de gaz naturel nord-américain, il se mélange au gaz naturel classique. Cela signifie que nous ne pouvons pas diriger le GNR vers un client en particulier. Toutefois, plus le GNR est intégré au réseau de gaz naturel, moins on a besoin de gaz naturel classique, ce qui réduit l’utilisation de combustibles fossiles et les émissions globales de gaz à effet de serre.
2FortisBC utilise le terme gaz renouvelable et à faible teneur en carbone pour désigner collectivement les gaz ou combustibles à faible teneur en carbone que les services publics peuvent acquérir en vertu de la règlementation sur la réduction des gaz à effet de serre (énergie propre), à savoir : le gaz naturel renouvelable (également appelé GNR ou biométhane), l’hydrogène, le gaz de synthèse (à partir de déchets de bois) et la lignine. Le portefeuille de gaz renouvelable et à faible teneur en carbone de FortisBC ne comprend actuellement que du gaz naturel renouvelable. D’autres gaz et combustibles pourront s’ajouter au programme au fil du temps. En fonction de leur source, tous ces gaz ont différentes intensités carbones sur l’ensemble de leur cycle de vie. Cependant, tous ces gaz sont à faible teneur en carbone si on les compare à l’intensité carbonique du gaz naturel conventionnel sur l’ensemble de son cycle de vie. Le facteur d’émission actuel de l’extrémité du brûleur du GNR est de 0,27 gramme d’équivalent en dioxyde de carbone par mégajoule d’énergie (g éq. CO2/MJ) et les émissions actuelles du cycle de vie du portefeuille de gaz renouvelable et à faible teneur en carbone pour la combustion stationnaire sont de 22 g éq. CO2/ MJ. Ce chiffre est inférieur au seuil de faible intensité carbonique de la Colombie-Britannique pour le cycle de vie de 30,8 g éq. CO2/MJ, tel qu’il est définit dans les modifications de 2024 du Greenhouse Gas Reduction Regulation (règlement sur la réduction des gaz à effet de serre).
3Source: 2023 Sustainability Report, page 21
4Source : 2023 Sustainability Report, page 19. Calculé à l’aide du calculateur des équivalences des émissions de gaz à effet de serre de Ressources naturelles Canada.
Le 26 septembre 2022, CAMPUT a annoncé la nomination de sa nouvelle directrice exécutive. Jocelyn Fraser, comptable professionnelle dotée d’une vaste expérience en matière de leadership, d’orientation stratégique et de relations avec les parties prenantes, est entrée officiellement en fonction le 1er décembre.
Elle est bien qualifiée pour ce qui sera un travail stimulant. Après un début de carrière en cabinet d’expertise comptable, « j’ai découvert le monde de la réglementation et de l’énergie par l’intermédiaire du Nova Scotia Utility and Review Board », explique-t-elle. Pendant près de dix ans, en tant que directrice des services de conseil financier et de gestion des risques, « je me suis principalement concentrée sur la réglementation des services publics, mais j’ai fait beaucoup de bénévolat au sein du réseau de CAMPUT, notamment en donnant des cours sur la réglementation de l’énergie de CAMPUT » [traduction].
Jocelyn Fraser, CPA, CA, Directrice exécutive, CAMPUT
Comme on peut le lire sur son site Wb, la mission de CAMPUT est d’« améliorer continuellement la réglementation en énergie et de services publics au Canada ».
Le nom de CAMPUT et des organismes qui l’ont précédé n’est peut-être pas connu de tous, mais ils font depuis longtemps partie intégrante de la scène évolutive de la réglementation des services publics canadiens. Ils remontent au début des années 1960, lorsque les membres de l’Association canadienne des commissaires d’utilité se réunissaient chaque année pour discuter de questions d’intérêt commun en matière de réglementation.
Son champ d’action s’étant élargi, l’Association a été réorganisée en avril 1976 et CAMPUT a vu le jour. Acronyme de l’Association canadienne des membres des tribunaux d’utilité publique, son objectif était de promouvoir la qualité de la réglementation des services publics au Canada en offrant à ses membres un forum pour l’échange d’informations et de points de vue. Les membres fondateurs ont organisé des assemblées générales annuelles dans leurs territoires de compétence respectifs.
CAMPUT a continué de croître en taille et en importance. En 2011, elle a adopté l’acronyme CAMPUT. L’admissibilité en tant que membre à part entière a été élargie à « tout tribunal, conseil, commission ou organisme canadien responsable de la réglementation économique d’un ou de plusieurs services publics dans sa province, son territoire ou son secteur de compétence, ainsi qu’à tout tribunal, conseil, commission ou organisme canadien du secteur de l’énergie qui prend des décisions contraignantes par le biais de processus juridictionnels ou quasi-judiciaires » [traduction].
« Alors que l’avenir énergétique du Canada est confronté à une réorganisation et à une transition vers un avenir de carboneutralité abordable et durable, les organismes de réglementation adoptent une nouvelle vision importante : trouver un équilibre entre les questions environnementales nouvellement définies et les responsabilités traditionnelles en matière de protection des consommateurs »
Aujourd’hui, CAMPUT poursuit son évolution en relevant de nouveaux défis. Alors que l’avenir énergétique du Canada est confronté à une réorganisation et à une transition vers un avenir de carboneutralité abordable et durable, les organismes de réglementation adoptent une nouvelle vision importante : trouver un équilibre entre les questions environnementales nouvellement définies et les responsabilités traditionnelles en matière de protection des consommateurs.
Au sein de CAMPUT, Mme Fraser sait que ces responsabilités seront difficiles à assumer, mais elle est prête. « Je suis revenue dans le monde de l’énergie grâce à mon merveilleux réseau de collègues », explique-t-elle. « Mais ce qui m’a attirée, c’est ma passion pour la résolution de problèmes et la possibilité de soutenir la collaboration dans cette industrie pour aider à surmonter les obstacles et à se concentrer sur une transition et une sécurité énergétiques réussies à long terme. Il y a de nombreuses années, l’un de mes pairs m’a décrite comme une personnalité « triple A ». J’ai toujours interprété cela comme Authentique, Accessible et Adaptable » [traduction].
La conférence de CAMPUT 2023, en mai 2023 a ajouté quelques « A » qui décrivent bien les défis que doivent relever Fraser et le secteur de la réglementation au Canada. Le thème de la conférence est Ambitious & Agile: New Regulatory Pathways for a Just Energy Transition (ambitieux et agile : nouvelles voies de réglementation pour une transition énergétique juste). L’objectif du programme a été résumé comme suit : « Le rythme de la transition énergétique s’accélère et, avec d’autres intervenants du secteur de l’énergie, les organismes de réglementation doivent être décisifs et agiles pour répondre aux attentes changeantes… nous remettons en question les croyances populaires concernant le rôle des organismes de réglementation de l’énergie et nous explorons des idées audacieuses et novatrices sur la façon dont nous pouvons nous adapter et développer de nouvelles voies vers une transition énergétique juste » [traduction].
Cela démontre clairement que le rôle des organismes de réglementation dans la transition énergétique du Canada n’est pas encore bien défini et qu’il y a des sujets importants qui devront faire l’objet de discussions sérieuses. Par exemple, accélérer l’innovation. « L’innovation est souvent décrite comme un élément essentiel de la transition énergétique », énonce le programme. « Les organismes de réglementation ont-ils un rôle à jouer dans l’accélération de l’innovation ? Si oui, de quoi s’agit-il ? (p. ex. mise à jour de l’approche réglementaire pour inciter les entreprises d’électricité à innover ? promotion de modifications législatives ? partenariats et collaboration ? encouragement des investissements dans l’innovation ?) » [traduction].
Un autre sujet est celui des alliances nécessaires pour atteindre la carboneutralité : Alors que des objectifs sectoriels en matière de gaz à effet de serre et d’énergies renouvelables existent dans de nombreux secteurs de compétence, « la réalisation de l’objectif de carboneutralité à l’échelle de l’économie canadienne d’ici 2050 pourrait nécessiter un niveau de coopération intersectorielle qui pourrait faire de concurrents historiques de drôles d’alliés » [traduction].
Pour s’attaquer à ces nouvelles questions et à ces nouveaux enjeux, l’approche de CAMPUT devra être créative. « Nos membres forment un groupe diversifié d’organismes de réglementation dont les mandats, les lois et les possibilités régionales varient », explique Mme Fraser. « J’ai besoin d’écouter et de m’adapter pour soutenir une composition diversifiée. Cela dit, je crois que dans le cadre de notre diversité, nous avons des expériences et des solutions qui peuvent servir de feuille de route pour nous améliorer tous. Nous devons vraiment être dans cette transition ensemble » [traduction].
« Le rythme de la transition énergétique s’accélère et, avec d’autres intervenants du secteur de l’énergie, les organismes de réglementation doivent être décisifs et agiles pour répondre aux attentes changeantes… » [traduction]
Afin de mieux comprendre comment le Canada pourrait réformer la législation sur les services publics pour tenir compte des obligations environnementales croissantes, en 2022, l’Association canadienne du gaz et Électricité Canada ont préparé une étude intitulée Net Zero : An International Review of Energy Delivery System Policy and Regulation for Canadian Energy Decision Makers1. Le document comprenait une feuille de route pour que le Canada puisse modifier et mettre à jour sa politique et sa législation en matière de réglementation des services publics.
Pour ce faire, le Canada doit créer un groupe de travail chargé d’élaborer des réformes législatives et politiques concrètes en vue de réduire les émissions et d’atteindre un niveau de carboneutralité durable. Ce groupe de travail serait fondé sur la collaboration : il réunirait des décideurs et des responsables de réglementation fédéraux, provinciaux et territoriaux, ainsi que des gouvernements et des organismes autochtones et municipaux, des représentants du secteur, de la société civile et de l’enseignement supérieur.
Mme Fraser dit qu’elle est consciente de la nécessité de la collaboration. Elle est d’accord pour former un groupe de travail mixte pour faire mouche. « Je reconnais que les politiques fédérales nous ont donné des objectifs généraux, mais le secteur de l’énergie est principalement réglementé à l’échelle régionale », dit-elle. « J’aimerais voir une feuille de route indiquant où nous en sommes et où nous devons être, ventilée par province/territoire et par industrie, idéalement avec des solutions et des cibles proposées. Le fait de décortiquer les endroits où nous avons de la difficulté à atteindre nos objectifs pourrait nous donner un aperçu des obstacles que nous devons examiner et guider les décideurs vers des solutions ciblées » [traduction].
Elle est sur le point de commencer. « Les changements nécessaires sont difficiles à mettre en œuvre, même lorsque nous savons exactement ce que nous essayons de corriger », déclare-t-elle. « CAMPUT doit faire partie d’un exercice qui permette de comprendre ce qui motive les décisions des responsables de la réglementation, des services publics réglementés, des investisseurs non réglementés et des autres acteurs du marché dans tout le pays » [traduction].
Graham Chandler a passé une décennie dans le domaine de la finance d’entreprise et de la gestion du marketing énergétique. En tant qu’écrivain indépendant à temps plein, il s’est spécialisé dans les sujets énergétiques au cours des 20 dernières années.
Julie Gaudreau, directrice exécutive de la Conférence sur la recherche de l’Union internationale de l’industrie du gaz 2024 (IGRC2024) a eu l’occasion de s’entretenir avec Crystal Smith, conseillère en chef de la Nation Haisla, en août 2022, au sujet de l’innovation sociale dans le secteur du gaz naturel et de l’avancement des relations importantes avec les communautés autochtones. L’entretien a été édité pour plus de concision et de clarté.
Julie Gaudreau (Julie) : Je suis très heureuse de vous avoir parmi nous aujourd’hui, alors merci. Pour vous donner un peu de contexte, en juin dernier, nous avons eu le deuxième webinaire IGRC2024 sur le thème de l’énergie et de l’innovation sociale auquel Chris Sankey et Karen Ogen-Toews ont participé, et vous n’avez pas pu y participer en raison de changements de programme de dernière minute. Nous sommes donc reconnaissants du temps dont nous disposons maintenant pour reprendre le thème du webinaire.
Lorsque nous parlons d’innovation, les gens pensent généralement qu’il s’agit uniquement de technologie, mais nous pensons que c’est vraiment plus que cela. Nous pensons que l’innovation consiste à faire les choses de manière nouvelle et transformatrice. Il existe des développements passionnants dans le domaine du gaz naturel qui représentent une véritable innovation sociale et qui, je crois, font progresser la réconciliation avec les communautés autochtones. Je vais donc commencer par vous poser ma première question. Selon vous, que signifie l’innovation sociale, et que signifie-t-elle pour les peuples autochtones en ce qui concerne le développement et l’utilisation du gaz naturel au Canada
Conseillère en chef Crystal Smith (conseillère en chef) : L’innovation sociale consiste essentiellement à prendre en compte l’aspect humain, à tenir compte de l’humain dans toutes les décisions que nous prenons. Il s’agit d’avoir ce processus de réflexion au cours de tout type d’engagement, de conversation ou de processus décisionnel : chaque décision a un impact sur les personnes [à chaque] niveau.
Et je pense, alors que nous nous dirigeons vers cette nouvelle conversation autour des critères ESG (environnement, social et gouvernance), que l’aspect social doit absolument être pris en considération. J’ai la chance de participer à la construction d’un énorme projet et je vois directement l’impact social qu’il a dans notre communauté. Et c’est une histoire qui doit être racontée, qui doit être reconnue.
Nous ne faisons pas que changer et avoir un impact sur la vie des gens d’aujourd’hui. Je crois sincèrement que ce que nous créons dans notre communauté [et] la façon dont nous avons emmené nos gens dans ce voyage, est quelque chose qui sera positif pour toutes les générations : il y aura d’énormes impacts positifs pour de nombreuses générations parce que nous créons des modèles en quelque sorte. Les possibilités que nous entrevoyons avec LNG Canada et avec Coastal GasLink – et ce n’est qu’une façon dont le projet énergétique est une possibilité très dynamique – ont de nombreux effets d’entraînement différents que nous voyons lorsque nous prenons en considération l’impact des personnes qui viennent sur notre territoire.
Nous allons avoir besoin de plus de médecins. Nous allons avoir besoin de plus d’enseignants. Nous allons avoir besoin de plus d’infirmières. Il s’agit d’un impact énorme dans la vie de tout le monde lorsqu’il s’agit de nos membres Haisla dans la région, et dans la province.
Julie : Donc en ce moment, vous construisez les fondations, comme vous dites, vous créez quelque chose. Puis, avec un peu de chance, la génération suivante reprendra à partir de là et poursuivra la phase suivante, de sorte qu’elle continue à se développer et à se tourner vers l’avenir?
Conseillère en chef : Tout à fait. La raison pour laquelle nous avons soutenu ces projets est que nous en avions assez de gérer la pauvreté. Nous en avions assez de ne pas avoir de solutions pour sauvegarder notre langue et notre culture pour les générations futures et c’est ce qui nous a poussés à participer si activement – et de l’avis de certains, très audacieusement – à la réussite de ces projets.
J’ai une sœur jumelle identique, et nous avons grandi avec ma grand-mère qui parlait notre langue. Nous n’avons eu la possibilité d’apprendre notre langue que jusqu’à la septième année, nous avions donc 13 ans. Elle est maintenant l’enseignante de langue dans notre école communautaire et l’entendre parler notre langue me rappelle ces souvenirs d’avoir écouté ma grand-mère la parler. Et de penser que je n’ai jamais pensé que quelqu’un de proche de ma génération n’aurait jamais eu cette possibilité, et maintenant ma sœur l’apprend. Elle le parle, et elle s’épanouit. Je peux voir sa confiance en elle grandir à mesure qu’elle apprend son identité de femme Haisla.
Julie : C’est intéressant parce que – juste pour boucler la boucle là-dessus – la langue est le moyen de transmettre la culture. Donc, au Québec – parce qu’en ce moment je suis au Québec, à Montréal, et nous nous battons depuis longtemps pour préserver la langue française parce qu’à l’origine, comme vous le dites, c’est un moyen de transmettre la culture et l’histoire [et] vous pouvez être mieux équipés pour la prochaine phase de l’avenir.
Conseillère en chef : Oui. En grandissant, c’est tout ce que j’entendais constamment de la part des adultes qui avaient des conversations sur nos jeunes dans notre communauté, que ce soit dans un district scolaire ou chez les leaders de notre communauté. Si vous ne savez pas qui vous êtes, ou où sont vos racines, qui vous êtes en tant que personne, en tant que culture, il est plus difficile de partir et d’avoir cette confiance pour pouvoir exceller dans n’importe quel aspect de la vie.
C’est ce que je constate aujourd’hui – et d’entendre cela, d’avoir cette conversation autour de moi quand j’étais enfant et de le voir quand j’étais jeune – et maintenant, dans la quarantaine, de voir cette réalité se concrétiser dans notre peuple est absolument bouleversant sur le plan émotionnel. C’est ce qui motive ma passion pour continuer à faire ce que je fais. Ma sœur jumelle est un excellent exemple de la raison pour laquelle je continuerai à soutenir cette industrie, à faire pression pour plus de succès et à défendre les intérêts des Premières Nations, non seulement dans cette province et au nom de Haisla, mais aussi des Premières Nations de tout le pays pour qu’elles vivent ce que nous vivons.
Julie : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les projets auxquels vous participez?
Conseillère en chef : Je pense que, dans l’ensemble, les autres communautés de notre région voient clairement les impacts positifs [des projets]. J’ai la chance de pouvoir aller visiter LNG Canada et Coastal Gaslink et je vois tant d’autres coentreprises des Premières Nations qui participent à l’économie. Avant, il y avait tellement de dissensions créées entre nos nations à cause des frontières territoriales et des revendications territoriales – non seulement des combats pour les territoires, mais aussi pour l’argent – pour aider nos communautés. Il n’y a jamais eu d’occasion où nous pouvions envisager d’accueillir d’autres nations pour partager la richesse. Nous l’avons maintenant, et nous pouvons voir ces nations, avec leurs coentreprises, participer à notre économie – les revenus générés par ces coentreprises reviennent à la communauté; de plus, les possibilités d’emploi ici sont également énormes.
Quand j’ai grandi chez mes grands-parents, mes deux oncles vivaient avec nous. J’avais ma mère, mon père, mes grands-parents et ma sœur jumelle. C’était un seul ménage. Si vous offriez à mon père ou à l’un de mes oncles la possibilité de s’épanouir dans un secteur et d’exceller, vous aviez un impact sur de nombreuses personnes – sur tout un ménage. Vous créez aussi ensuite des modèles de rôle : je regarde mon père ou mon oncle et je me dis : « Hé, j’ai cette possibilité et je peux le faire s’ils le font. » [traduction] Ainsi, les impacts que nous sommes en mesure de constater ont une grande portée. Ce ne sont pas seulement les membres des Premières Nations qui en bénéficient. C’est le pays qui bénéficie de ce projet. Et cela doit être célébré..
Julie : Je crois que vous n’êtes pas seulement un modèle pour votre communauté, mais que vous êtes un modèle pour l’ensemble des Canadiens et Canadiennes. Il est vraiment important de trouver des moyens de s’unir, afin que nous puissions nous développer de manière responsable, car si nous ne nous unissons pas, les investissements iront ailleurs. Voyez-vous cela comme une menace?
Conseillère en chef : Comme je l’ai dit, ce projet ne profite pas aux Haisla. Oui, il se trouve sur le territoire Haisla. Mais nous partageons cette richesse, nous partageons cette possibilité, nous nous réunissons avec d’autres nations et nous sommes capables de résoudre plus de problèmes en nous réunissant de manière positive. Lorsque vous parlez de l’aspect social de ce que ce projet a pu faire, je peux vous dire un point essentiel : il a permis de réunir de nouveau les nations. Je copréside une alliance appelée Northern First Nations Alliance, qui est née d’une conversation entre moi-même et le précédent conseiller en chef, Clifford White de Gitxaala. J’avais une proposition pour travailler ensemble… et… former nos gens ensemble. J’avais proposé que nous mettions nos ressources en commun et que nous offrions cette possibilité de formation à chacune de nos nations ensemble, où nous partagerions les ressources humaines, et l’aspect monétaire de la formation de nos gens. Cette conversation s’est élargie pour inclure tous les aspects sociaux, pas seulement la formation pour un emploi. Si nous voulons ramener nos gens des zones urbaines comme Vancouver ou Prince George, nous avons besoin de logements, car il n’y a pas assez de logements dans nos communautés pour pouvoir les ramener chez eux. Nous avons donc commencé à discuter des domaines dans lesquels nous pouvons travailler ensemble pour fournir des logements abordables, et cela s’est développé. Non seulement nous sommes en mesure d’avoir des possibilités d’emploi et de formation, mais nous sommes maintenant en mesure d’investir dans nos gens parce que des revenus sont générés pour nos communautés. Si nous voulons lancer une initiative de logement ici pour la première fois, nous sommes en mesure d’offrir une partie du coût d’investissement en raison des revenus générés pour nos communautés. Nous sommes devant des représentants du gouvernement où nous nous tenons ensemble en disant « nous devons fournir des solutions à nos gens sur le terrain – des résultats tangibles et réels » [traduction] et c’est ce que nous sommes en mesure de faire. Les possibilités de ce que nous pouvons réaliser ensemble sont infinies. C’est tellement inspirant de s’asseoir à une table avec des leaders partageant les mêmes idées, où nous sommes capables de mettre de côté nos différences et nos egos, afin d’avoir un impact sur notre peuple, de mettre fin au sans-abrisme et de commencer à s’occuper des problèmes de santé mentale et de dépendance. C’est incroyable.
Julie : Vous avez mentionné quelque chose tout à l’heure qui m’amène à ma prochaine question. Il y a beaucoup, beaucoup de belles histoires. Comment pouvons-nous diffuser ces histoires pour que les gens en sachent plus à ce sujet?
Conseillère en chef : Il s’agit d’atteindre ces personnes que ces projets touchent réellement – et de présenter leurs histoires. Dans un podcast, j’ai interviewé une de nos membres sur son histoire. C’est une mère célibataire, elle est très jeune et elle avait souffert de problèmes de dépendance. Mon petit-fils a le même âge que sa fille, et nous l’aidions du mieux que nous pouvions, mais elle avait besoin de plus d’aide. LabCorp, qui était notre partenaire, lui a offert une occasion de formation, et un autre de nos membres l’a défendue et lui a servi de système de soutien. Notre mère célibataire avait publié des messages sur Facebook disant : « Je suis vraiment déprimée. J’ai besoin de vêtements pour mon bébé. J’ai besoin de lait maternisé pour mon bébé. Je n’ai pas de couches Pampers » [traduction]. Et avec de l’aide, elle est passée de publications sur les médias sociaux sur le fait qu’elle était déprimée et qu’elle ne pouvait pas subvenir aux besoins de son enfant, à une vidéo avec Medicare, disant qu’elle a un revenu et une assurance médicale. Et non seulement cela, mais maintenant elle est un modèle pour sa fille.
Il s’agit de présenter des histoires de réussite comme celle-ci – en montrant les impacts de ce que représentent ces occasions de grands projets.
En voici une autre. Nous avons pu construire un centre pour jeunes pour la toute première fois dans notre communauté. Pendant de nombreuses années, nous avons entendu nos dirigeants, y compris nous-mêmes, dire que notre jeunesse est notre avenir et qu’il faut commencer à investir en elle. Et maintenant, nous avons enfin une installation pour les jeunes, où nous pouvons leur offrir des programmes et des possibilités sans fin. Ce sont des impacts énormes dans notre communauté.
Julie : C’est intéressant parce qu’en tant que directrice exécutive de la Conférence internationale sur la recherche gazière qui se tiendra à Banff en mai 2024, une conférence mondiale sur l’innovation dans le domaine du gaz, je me dis : n’y aurait-il pas moyen d’utiliser cette plateforme pour illustrer les avantages de projets comme celui-ci et pour montrer toute l’innovation sociale et peut-être avoir des gens qui partagent des histoires comme celle-ci? Mais, que peut faire le gouvernement pour soutenir l’innovation sociale dans vos communautés?
Conseillère en chef : Je ne saurais le dire. Je siège également à la First Nations Climate Initiative où nous parlons du réchauffement climatique et contribuons à d’autres domaines… il s’agit de soutenir cet équilibre et de prendre en considération tous les aspects de tout. LNG Canada est un exemple important de la façon dont le gouvernement, l’industrie et les communautés autochtones se sont réunis pour assurer le succès qui a été établi. S’il y a un précédent établi dans le cadre de ce processus, c’est pour permettre à cette conversation de se poursuivre en ce qui concerne la façon dont nous devenons plus nombreux à avoir les mêmes buts et objectifs. Nous sommes à l’écoute des communautés des Premières Nations comme la nôtre, au fur et à mesure que nous avançons dans le processus, car nous sommes passé, littéralement, de spectateurs qui regardaient l’économie se développer sur notre territoire à une situation où nous sommes maintenant propriétaires. Ce n’est certainement pas pour mon profil. J’ai 1900 personnes au nom desquelles je parle. Ce n’est pas un processus parfait. Est-ce qu’ils soutiennent tous le travail que nous faisons? Non, mais la majorité d’entre eux le font. Et lorsque je suis à Ottawa et que je suis loin de ma famille, je pense à mes petits-fils et à l’impact que peut avoir le fait que je me présente devant les gens et que j’élimine mes peurs personnelles de faire ce que je fais.
J’étais tellement terrifiée lorsque LNG Canada a annoncé sa décision positive finale d’investissement et que j’allais faire un discours devant le premier ministre du Canada et le premier ministre de la province. Il y avait au moins 100 caméras autour et j’étais terrifiée. J’avais si peur. [Mais] un SMS qui m’était adressé portait le message suivant : « Permettez à votre peuple de parler à travers vous. » [traduction] Et j’ai toujours gardé ce dicton et cette croyance dans mon cœur – que je parle au nom d’un grand groupe de personnes et que, peu importe s’ils me soutiennent personnellement, je fais cela pour améliorer la qualité de vie et les possibilités qu’ils ont. Et pas seulement [pour] aujourd’hui, mais pour les générations futures. Le succès que je vois en ce moment grâce à LNG Canada – je ne peux pas mettre de mots sur ce qu’il fait pour notre communauté. C’est un pas dans la direction que toute Première Nation dans ce pays, dans ce monde, souhaiterait. Nous sommes à l’origine de ce projet; nous avons un excellent partenaire, Pembina [Pipeline], qui est un expert en matière de construction d’installations, mais nous sommes propriétaires. Nous le construisons selon nos valeurs, nous le maintenons et gardons nos principes au niveau du conseil d’administration et nous le menons à bien. Ainsi, le précédent a été créé. Nous avons prouvé au monde entier que le Canada peut fournir l’énergie GNL la plus propre au reste du monde, et nous devons continuer à pousser dans cette direction. Encore une fois, la participation des Premières Nations est énorme. La façon dont nous avons été en mesure de réussir et de trouver un équilibre dans notre territoire mérite d’être soulignée. Chaque Première Nation a cette capacité et cette possibilité de le faire. Tous les niveaux de gouvernement et les Premières Nations veulent cette réussite.
Julie : Y a-t-il un moyen pour le gouvernement de mieux soutenir la propriété et l’engagement des Autochtones dans les projets de ressources?
Conseillère en chef : Absolument. Ce à quoi nous nous heurtons en ce moment, c’est l’aspect financier. En tant que propriétaires dans un grand projet, nous sommes comme tous les autres promoteurs, toutes les autres entreprises du secteur privé. Nous devons réunir les capitaux. Nous devons faire notre part dans ce projet, et chaque province est différente lorsque nous prenons en considération cette capacité à participer financièrement. Il s’agit de créer des conversations et des avenues pour nous permettre de participer activement – les politiques et les règlements et tout cela doivent être réunis pour permettre cette réussite.
« Il s’agit de créer des conversations et des avenues pour nous permettre de participer activement – les politiques et les règlements et tout cela doivent être réunis pour permettre cette réussite ».
Julie : Comment le gaz naturel s’intègre-t-il dans le débat sur le climat et la protection de l’environnement? Quel est votre point de vue à ce sujet?
Conseillère en chef : Je suis certaine que des technologies sont construites dans le monde entier afin d’atténuer les impacts et d’aider notre climat. C’est un domaine en transition. Nous reconnaissons qu’il fait partie de la solution [même si] certaines personnes ne sont pas d’accord avec cette affirmation. Quelle est la solution? Nous n’aurons pas la capacité d’avoir des voitures électriques et tous ces objectifs ambitieux en temps voulu. Pendant ce temps, des pays comme l’Asie et d’autres parties du monde brûlent encore du charbon, et nous avons encore des communautés des Premières Nations ici dans cette province qui brûlent du diesel pour alimenter leurs communautés. Que faisons-nous à ce sujet? Exact. Ce sont les énergies les plus sales à utiliser. Je reconnais qu’avec le GNL, il y a des gens qui ne croient pas que c’est une solution maintenant, et nous pourrions avoir un impact énorme si nous étions en mesure d’acheminer surtout le gaz de la Colombie-Britannique vers d’autres pays afin de les aider à réduire leurs émissions et à atteindre leurs objectifs.
« Je reconnais qu’avec le GNL […] nous pourrions avoir un impact énorme si nous étions en mesure d’acheminer surtout le gaz de la Colombie-Britannique vers d’autres pays afin de les aider à réduire leurs émissions et à atteindre leurs objectifs ».Julie : C’est intéressant parce qu’au début de l’entretien, vous disiez que l’accent devait être mis sur l’être humain. Cela ne signifie pas que vous ne vous souciez pas de l’environnement, mais vous devez être là pour servir les gens, et ensuite vous vous occupez de la terre. Je lisais un journal ce matin et il portait sur la façon dont le gaz peut aider et réduire la pauvreté en Afrique. Il parlait de l’importance d’avoir une énergie électrique fiable et abordable, car lorsque vous avez cette énergie, alors vous pouvez mettre fin à la pauvreté – vous pouvez avoir des industries, vous pouvez étudier, vous pouvez avoir beaucoup, beaucoup de choses. Nous devons utiliser l’énergie pour sortir de la pauvreté. Cela revient à dire que l’être humain devrait être au centre de toute politique, n’est-ce pas?
Conseillère en chef : Ce n’est pas que nous ne nous soucions pas de notre environnement – nous le faisons, cela fait partie de notre culture. J’ai grandi avec mes grands-parents et, malheureusement, je ne m’entendais pas avec eux, mais ils m’ont enseigné les bases [notamment] de ne jamais prendre plus que ce dont on a besoin et de toujours laisser les lieux dans l’état où vous les avez trouvés. C’est alors que ma sœur et moi avons réalisé que mes grands-parents nous enseignaient la loi. C’était tellement inspirant. Et ce n’était pas seulement enseigné dans notre foyer, mais aussi dans celui de tous mes amis et de toutes mes familles élargies. C’est ce que nous sommes. Et pour ce qui est de l’histoire qui n’a pas été racontée en ce qui concerne le projet LNG Canada, les gens pensent que lorsque vous allez dans les communautés des Premières Nations, dans les communautés autochtones, vous engagez le leadership, vous engagez les conseillers en chef. C’était loin d’être notre processus. Nous avons tellement de détenteurs de connaissances culturelles sur notre territoire qui sont bien plus experts que moi – quand il s’agit de tout type d’impact sur notre territoire, LNG Canada a engagé ces personnes, ils ont engagé notre communauté, ils ont engagé nos détenteurs de connaissances culturelles dans les processus dans lesquels ils ont demandé, pour les permis. Et ils ne se sont pas présentés devant un organisme de réglementation sans le soutien de notre sécurité d’abord. Cette approche consistant à prendre en considération ce qui était acceptable sur notre territoire à un moment donné était énorme. C’est une partie de leur succès et c’est parce que nous avons eu notre mot à dire sur la façon dont il a été développé.
Julie : Une grande partie du travail dans votre communauté a consisté à élaborer de nouvelles approches et à établir un consensus. Avez-vous des conseils à donner pour aider le Canada à dépasser la polarisation des questions énergétiques?
Conseillère en chef : Je pense que le monde a vu, et nos communautés des Premières Nations ont vu, ce que le manque d’engagement peut faire à un projet. Il y en a un qui a été proposé spécifiquement pour notre territoire qui n’a pas été couronné de succès, et c’était essentiellement une question d’approche et d’inclusion des communautés. Ce n’est pas une expérience facile. Comme tout autre promoteur, nous avons des discussions difficiles. Nous engageons les membres de notre communauté et les parties prenantes de notre région, et c’est [difficile], mais il s’agit d’avoir la possibilité d’exprimer ses préoccupations – et ce ne sont pas des préoccupations mineures. Essentiellement, chaque communauté des Premières Nations veut protéger ce qu’elle a comme valeur culturelle sur son territoire. Notre valeur culturelle compte – notre peuple fera tout pour pouvoir apporter cela et revitaliser cette première nécessité dans notre territoire. Donc, il s’agit d’avoir ces conversations difficiles, d’établir des relations avec les communautés des Premières Nations et d’apprendre ce que la terre signifie pour nous et de prendre cela comme une partie du processus et de le mettre en œuvre dans les discussions.
Je pense que la dernière chose que je dirais dans le cadre de cela est que, bien que tout cela concerne les conversations externes en ce qui concerne l’engagement avec d’autres niveaux de gouvernement, j’ai 1900 personnes au nom desquelles je parle. Ce sont les personnes les plus importantes dans mon rôle, pour moi personnellement. Si je n’ai pas leur soutien dans le cadre du mandat, alors je ne serais pas devant vous aujourd’hui. Je pense que ce serait mon message aux autres dirigeants – ayez le mandat de votre peuple, ayez son soutien – et ce n’est pas un processus facile, c’est le plus difficile à vivre. Mais c’est d’une importance vitale.
Julie Gaudreau est directrice exécutive de l’International Gas Research Conference 2024 (IGRC2024) à l’Association canadienne du gaz (ACG). Dans le cadre de ses fonctions, Mme Gaudreau supervise la création, le développement et le positionnement stratégique de la conférence mondiale ainsi que l’engagement avec les différents intervenants de la chaîne de valeur du gaz, y compris les principaux consommateurs de gaz, le sous-secteur de l’innovation technologique du gaz et les dirigeants autochtones. Elle est diplômée de la Faculté de droit de l’Université Laval et a été admise au Barreau du Québec en 1997. Après avoir fait un stage dans un cabinet d’avocats privé spécialisé en droit criminel, civil et matrimonial, Mme Gaudreau a occupé des postes en ventes, marketing et ressources humaines dans un cabinet de consultation. Par la suite, elle a occupé un poste de conseillère principale au Cabinet du Premier ministre du Canada à Ottawa, où elle était responsable des relations avec les intervenants. Pendant cette période, elle a eu l’occasion de faire partie de l’équipe du centre de crise pour les élections fédérales de 2011. Après avoir quitté la politique, elle s’est jointe au CN, l’un des principaux chemins de fer d’Amérique du Nord, où elle a occupé le poste de conseillère principale – conseils stratégiques auprès du vice-président exécutif, Services généraux.
1. Merci de prendre le temps de nous rencontrer aujourd’hui. Tout d’abord, nous souhaitons vous féliciter pour votre nouveau rôle de présidente du conseil d’administration de l’Association canadienne du gaz. Il s’agit d’une nouvelle étape de votre importante carrière dans le secteur. Qu’est-ce qui vous a attiré à l’origine dans l’industrie énergétique?
J’ai grandi dans le nord de l’Alberta et mon père travaillait dans les services pétroliers. En fait, mon premier emploi a été de travailler pour mon père. Cela fait donc longtemps que j’évolue dans le secteur de l’énergie.
2. Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent accéder au secteur de l’énergie aujourd’hui?
Nous en sommes à une période passionnante et dynamique de l’industrie énergétique. Une carrière dans le secteur de l’énergie est l’occasion de faire une réelle différence dans la qualité de vie des gens — l’énergie permet de chauffer les maisons, de transporter les marchandises et favorise la croissance économique.
« Une carrière dans le secteur de l’énergie est l’occasion de faire une réelle différence dans la qualité de vie des gens… »
Le gaz naturel offre à des millions de Canadiens le choix énergétique le plus abordable et le plus fiable qui soit à l’heure actuelle. Nous travaillons d’arrache-pied pour intégrer les systèmes énergétiques et rendre nos réseaux plus écologiques, en vue d’un avenir à plus faible teneur en carbone. Compte tenu de leur taille et de leur portée, les services publics de gaz sont particulièrement bien placés pour mener la transition. Par exemple, à l’heure actuelle, chez Enbridge Gas, nous avons de nombreux programmes de carburants à faible teneur en carbone, comme l’hydrogène et le gaz naturel renouvelable, des technologies de chauffage alternatives, comme l’énergie géothermique et l’énergie solaire, et des programmes de conservation qui réduisent les émissions dans les bâtiments et les secteurs industriels.
Pour les jeunes qui s’intéressent aux réponses concrètes à nos défis les plus pressants, comme l’équilibre entre le besoin d’une énergie abordable pour alimenter la croissance économique et la lutte contre le changement climatique, l’industrie énergétique est l’endroit idéal vers lequel se tourner.
« Pour les jeunes qui s’intéressent aux réponses concrètes à nos défis les plus pressants, comme l’équilibre entre le besoin d’une énergie abordable pour alimenter la croissance économique et la lutte contre ».
3. Enbridge Gas a travaillé en étroite collaboration avec la province de l’Ontario pour étendre le réseau de gaz naturel dans les communautés rurales et les petites communautés. À une époque où de nombreuses municipalités parlent d’interdire le gaz, quel type d’intervention avez-vous reçu de ces communautés et comment voyez-vous cette expansion profiter à ces municipalités?
L’accès à des ressources en gaz naturel fiables et abordables est essentiel pour les collectivités rurales et du Nord de l’Ontario. Le gaz naturel réduit les factures d’énergie des familles, crée de nouvelles possibilités pour les Ontariens et aide les entreprises à devenir plus compétitives, à croître et à créer des emplois. Le gaz naturel a également une empreinte carbone plus faible que les solutions de rechange comme le bois, le mazout et le propane.
Grâce à la première phase du Programme pour l’expansion de l’accès au gaz naturel du gouvernement de l’Ontario, Enbridge Gas a mené à bien sept nouveaux projets d’expansion communautaire. La réaction dans ces collectivités a été incroyable, et nous sommes sur la bonne voie pour atteindre notre objectif de fidélisation des clients au cours de la période de prévision de 10 ans.
L’intérêt démontré envers la deuxième phase du programme a été manifeste, et le gouvernement de l’Ontario a récemment annoncé un financement de 234 millions de dollars pour soutenir le raccordement au gaz dans 43 communautés rurales, nordiques et autochtones, dans le cadre de 28 projets. Nous prévoyons commencer les travaux de construction cette année, et tous les projets devraient être en cours d’ici la fin de 2025. Nous sommes impatients de collaborer avec la province et les municipalités locales pour continuer à apporter le gaz naturel à un plus grand nombre de foyers et d’entreprises de l’Ontario.
4. Enbridge a fait activement progresser ses travaux liés au développement du gaz naturel renouvelable (GNR) et de l’hydrogène. Quel rôle voyez-vous jouer ces combustibles gazeux à court et à long terme?
Les trois plus grands contributeurs aux émissions de GES sont le transport, le chauffage des bâtiments et l’industrie. Collectivement, ils représentent plus de 80 % des émissions totales1. L’hydrogène et le GNR peuvent être un moyen rentable de décarboniser ces secteurs aujourd’hui, et nous augmentons la production et l’injection au fil du temps.
Transport
Le transport génère la plus grande quantité d’émissions de GES en Ontario. L’électrification des véhicules légers à passagers jouera un rôle essentiel dans la décarbonisation du secteur des transports. L’électrification du transport lourd, cependant, est prohibitive à l’heure actuelle en raison de la taille des batteries et des exigences de recharge. Ce secteur peut être décarbonisé de façon rentable dès aujourd’hui grâce au gaz naturel comprimé, qui permet de réduire les GES de 20 % et de réaliser des économies de carburant de 40 % par rapport à l’essence ou au diesel. En utilisant du gaz naturel renouvelable, vous pouvez atteindre des émissions nulles, une solution que de nombreuses municipalités ontariennes utilisent aujourd’hui, notamment Toronto et Hamilton. À plus long terme, les véhicules électriques à piles à hydrogène constituent une autre option pour les véhicules à émissions nulles.
Chauffage des bâtiments
La deuxième source d’émissions de GES en Ontario est le chauffage des bâtiments. Aujourd’hui, environ 75 % des foyers ontariens sont chauffés au moyen du gaz naturel. Pour remplacer cela par de l’électricité, il faudrait augmenter de 200 à 300 % notre réseau électrique actuel, ce qui prendrait du temps à mettre en place et représenterait un coût important.
L’augmentation de la production d’hydrogène et de GNR est un moyen efficace de décarboniser le chauffage des bâtiments à un coût inférieur à celui de l’électricité2, tout en préservant la résilience du système énergétique.
« L’augmentation de la production d’hydrogène et de GNR est un moyen efficace de décarboniser le chauffage des bâtiments à un coût inférieur à celui de l’électricité, tout en préservant la résilience du système énergétique ».
Enbridge fait progresser le GNR et l’hydrogène sur plusieurs fronts. Grâce à notre programme volontaire de GNR, OptUp, les clients peuvent choisir de soutenir la transition vers une énergie à faible teneur en carbone par une petite contribution mensuelle pour aider à compenser les coûts accrus d’acquisition de gaz naturel renouvelable neutre en carbone. À Markham, nous pilotons le mélange d’hydrogène à notre installation Power-to-Gas, qui est capable de produire 1 000 kilogrammes par jour, soit suffisamment d’énergie pour alimenter 100 voitures à piles à combustible parcourant 1 000 km par jour. Le succès de ces programmes aidera Enbridge à poursuivre des activités de mélange d’hydrogène supplémentaires et à plus grande échelle, permettant ainsi au Canada de réduire davantage son empreinte carbone déjà faible à grande échelle.
À plus long terme, comme les coûts de l’hydrogène et du GNR continuent de baisser grâce à l’innovation et au déploiement, nous continuerons à augmenter le pourcentage de GNR et d’H2 dans l’approvisionnement en gaz. Nous poursuivrons également nos programmes de conservation agressifs et l’adoption d’autres technologies à faible teneur en carbone telles que l’énergie géothermique, l’énergie solaire photovoltaïque, les pompes à chaleur au gaz naturel et les systèmes de chauffage hybrides, offrant ainsi de multiples voies pour atteindre la carboneutralité des émissions provenant du chauffage des bâtiments.
L’industrie
L’industrie est le troisième plus grand contributeur d’émissions de GES en Ontario. L’hydrogène est une solution efficace pour les activités à forte intensité énergétique, comme la production d’acier et de béton.
Le Canada commence à accélérer sa capacité d’utiliser l’hydrogène. À court terme, Enbridge et d’autres entreprises mènent à bien des projets pilotes et le développement d’infrastructures qui nous permettront d’exploiter cette ressource à son plein potentiel d’ici 2050.
Le captage et le stockage du carbone (CSC) est également une technologie éprouvée, disponible dès maintenant, qui s’avère prometteuse pour la réduction des GES pour les industries difficiles à décarboniser. Le Canada, qui a entrepris des projets de longue date dans l’Ouest canadien, est un chef de file mondial en matière de CSC. Ici, en Ontario, la géologie du sud-ouest de la province se prête au stockage du carbone, et Enbridge a une longue histoire de stockage souterrain sécuritaire et fiable du gaz naturel.
5. Le discours sur la politique publique des élus n’est souvent pas favorable au gaz naturel en ce moment, le Programme pour l’expansion de l’accès au gaz naturel en Ontario étant une exception. Mais comme le montre clairement ce programme, les clients apprécient beaucoup tout ce que nous offrons — prix abordable, fiabilité et performance environnementale. Comment pensez-vous que l’industrie peut mieux transmettre la réalité de l’acceptation des clients à nos décideurs politiques?
Nous devons raconter notre histoire et apporter une perspective unique à la discussion sur la transition énergétique.
En fin de compte, nos systèmes énergétiques sont interdépendants et une voie intégrée offre un moyen plus réaliste3, moins coûteux et moins risqué de réduire les émissions. L’électrification seule ne suffit pas pour y parvenir.
Aujourd’hui, le gaz naturel représente environ 30 % de l’énergie utilisée en Ontario, et presque trois fois et demie plus d’énergie de pointe que l’électricité. Remplacer cette énergie par l’électricité, tout en assurant la redondance et la fiabilité requises pendant la charge de pointe, sera extrêmement difficile. En outre, l’électricité ne peut pas être stockée à grande échelle, ce qui nécessite une sauvegarde sur demande, à la fois maintenant et au fur et à mesure que l’énergie renouvelable se développe, et elle ne convient pas à de nombreuses applications industrielles à forte consommation d’énergie.
Enbridge a activement pris contact avec les décideurs, les municipalités, les organismes de réglementation et d’autres intervenants pour démontrer comment les systèmes énergétiques doivent fonctionner ensemble pour assurer la transition vers un avenir à faible émission de carbone. Et nous partageons de l’information sur la façon dont nous soutenons la transition grâce à des solutions énergétiques innovantes et à la collaboration avec les gouvernements et les partenaires qui réduisent les impacts environnementaux tout en maintenant une énergie abordable et fiable.
« Enbridge a activement pris contact avec les décideurs, les municipalités, les organismes de réglementation et d’autres intervenants pour démontrer comment les systèmes énergétiques doivent fonctionner ensemble pour assurer la transition vers un avenir à faible émission de carbone ».
6. L’ACG a récemment remporté l’appel d’offres pour accueillir la conférence mondiale sur l’innovation dans le domaine du gaz, connue sous le nom de conférence sur la recherche gazière de l’UIG2024 (IGRC2024), qui se tiendra à Banff, en Alberta, en mai 2024. À l’échelle mondiale, l’utilisation du gaz naturel croît à un rythme remarquable et nombreux sont ceux qui, dans le monde, veulent avoir accès au gaz canadien et à notre expertise en matière de gestion. Selon vous, que devrait faire l’industrie canadienne pour faire de cet événement un moment particulièrement précieux?
Je me réjouis à l’idée que le Canada puisse faire valoir au monde entier tous les excellents programmes et initiatives que nous avons mis sur pied pour favoriser des solutions à faible émission de carbone. L’événement sera un succès grâce au dialogue que nous susciterons avec les décideurs clés. Travailler ensemble est essentiel pour atteindre l’objectif mondial de carboneutralité d’ici 2050.
Le GNR coûte 24 $/GJ, soit l’équivalent de 0,09 $/kWh. L’hydrogène bleu coûte 11,23 $/GJ, soit l’équivalent de 0,040 $/kWh; l’hydrogène vert coûte environ 44 $/GJ, soit l’équivalent de 0,16 $/kWh.
Les politiques de réduction des GES qui favorisent entièrement l’électricité par rapport aux approches multi-réseaux sont beaucoup plus coûteuses (289 $/tCO2 pour l’électricité seule contre 129 $/tCO2 pour les réseaux intégrés).
En 2018, vous avez assumé la fonction de directrice générale de Canadian Association of Members of Public Utility Tribunals (CAMPUT). Parlez-moi un peu de votre travail avant CAMPUT.
Toute ma carrière a été consacrée à l’énergie et à la réglementation. J’ai travaillé pour des gouvernements, des compagnies pétrolières et gazières, des services publics et des groupes d’intérêt public. J’ai vraiment vu le secteur sous tous ses angles et il est infiniment fascinant.
Cynthia Chaplin est la directrice générale à CAMPUT.
Je suis devenue directrice générale de CAMPUT en 2018, mais je n’étais pas nouvelle à CAMPUT. De 2004 à 2014, j’ai travaillé à la Commission de l’énergie de l’Ontario en tant que membre, vice-présidente et présidente-directrice générale par intérim. Pendant cette période, j’ai occupé le poste de présidente de CAMPUT, et je connaissais donc très bien le travail que CAMPUT fait pour promouvoir l’excellence en matière de réglementation. Je suis très heureuse de soutenir cette mission maintenant en tant que directrice générale.
Vous avez une perspective intéressante en représentant les organismes de réglementation provinciaux et territoriaux. Quelle est la seule chose que toutes les régions ont en commun? Et quelle est la plus grande différence?
CAMPUT compte un petit nombre de membres très différents les une des autres, mais tous nos membres sont confrontés à des problèmes liés à la politique en matière de changements climatiques, aux perturbations causées par les nouvelles technologies et à l’évolution des attentes des clients, ainsi qu’à des préoccupations concernant l’accessibilité financière.
Ce qui varie entre les membres de CAMPUT, c’est la façon dont ils répondent à ces questions. Certains membres ont de larges pouvoirs de décision, notamment en matière de fixation des tarifs, de règlementation et d’attribution de licences. D’autres se limitent à faire des recommandations au gouvernement. Les membres varient également beaucoup en termes de ressources disponibles. Certains membres de CAMPUT ont des centaines d’employés, tandis que d’autres n’en ont qu’une poignée. CAMPUT soutient ses membres en partageant les informations, les meilleures pratiques et les ressources.
« Nous constatons une pression à la hausse sur les tarifs de l’électricité en raison du remplacement des infrastructures vieillissantes et de l’ajout de nouvelles infrastructures pour accueillir de nouvelles lignes électriques ».
L’Association canadienne du gaz s’intéresse à la manière dont vous envisagez l’évolution du débat sur le gaz naturel et ce qui se profileàl’horizon pour l’industrie?
La conversation autour du gaz naturel est vraiment intéressante. La déréglementation et la concurrence accrue dans le secteur ont mené à un marché nord-américain intégré qui a bien servi les clients en termes de sécurité et de prix. Cependant, la situation du gaz naturel est en train de changer. Nous évaluons les implications des changements climatiques sur l’avenir de tous les combustibles fossiles.
Le secteur du gaz naturel a réussi à communiquer efficacement sur certaines des questions relatives à la réduction du carbone à grande échelle, en termes de coût et de réduction de la diversité. Nous voyons que le secteur prend le défi au sérieux puisqu’il cherche à réduire les émissions de carbone de ses activités par le biais de technologies comme le gaz naturel renouvelable.
Notre réponse au défi climatique et ses implications à long terme pour le secteur du gaz naturel vont soulever des questions difficiles. En fonction de la politique gouvernementale, les organismes de réglementation devront peut-être trouver de nouveaux moyens de régler des problèmes tels que la dépréciation et le délaissement d’actifs.
« Le secteur du gaz naturel a réussi à communiquer efficacement sur certaines des questions relatives à la réduction du carbone à grande échelle, en termes de coût et de réduction de la diversité. Nous voyons que le secteur prend le défi au sérieux puisqu’il cherche à réduire les émissions de carbone de ses activités par le biais de technologies comme le gaz naturel renouvelable ».
Alors que le Canada cherche à atteindre ses objectifs en matière d’énergie abordable et d’environnement, dites-moi comment vos membres trouvent le juste équilibre entre ces différentes priorités en matière de politiques dans leur travail.
L’accessibilité et les changements climatiques sont au centre des préoccupations des consommateurs et des politiciens, mais aussi des organismes de réglementation.
Le calendrier est un défi – pour les clients et les politiciens, le caractère abordable est souvent une préoccupation immédiate – ils se concentrent sur la situation actuelle des prix. Les organismes de réglementation s’efforcent de protéger les intérêts des clients actuels et futurs. Ils veulent favoriser l’efficacité par des mesures incitatives et des évaluations rigoureuses, tout en encourageant des investissements appropriés pour l’avenir.
Nous constatons une pression à la hausse sur les tarifs de l’électricité en raison du remplacement des infrastructures vieillissantes et de l’ajout de nouvelles infrastructures pour accueillir de nouvelles lignes électriques. Nous voyons également le potentiel des nouvelles technologies pour changer fondamentalement la structure du secteur. Chaque organisme de réglementation aborde ces questions dans le contexte de sa compétence. Deux de ces organismes, l’Alberta Utilities Commission et la Commission de l’énergie de l’Ontario, examinent les implications de l’évolution du secteur sur la réglementation dans les services publics. Ces processus peuvent faire émerger les meilleures idées et mieux documenter l’analyse précédant la prise de décision.
La réglementation de l’énergie joue un rôle fondamental, mais souvent « invisible », au Canada. Devons-nous faire davantage pour améliorer la visibilitédes questions de réglementationénergétique et, dans l’affirmative, avez-vous des domaines d’intérêt prioritaires?
Nous en discutons souvent entre les membres. Les organismes de réglementation devraient-ils être plus « visibles »?
Les organismes de réglementation ne veulent pas être connues de tous, mais ils doivent conserver la réputation d’organismes qui prennent des décisions réfléchies, qui ont en place des processus ouverts et transparents et qui font participer efficacement les parties prenantes. Les organismes de réglementation veulent être des institutions de confiance à long terme, qui fonctionnent indépendamment de la prise de décision politique.
Pour atteindre ce niveau de confiance, les organismes de réglementation s’efforcent de renforcer la confiance dans le processus réglementaire et la prise de décision. CAMPUT et ses membres poursuivent un certain nombre d’initiatives, notamment :
Rédiger les décisions dans un langage simple, dévoiler les décisions de manière à les rendre facilement compréhensibles, à joindre un public plus large et à renforcer l’engagement du public dans le processus réglementaire.
Collaborer avec des universitaires, des groupes de réflexion et d’autres organisations travaillant sur des questions clés. Je pense à l’énergie positive à l’Université d’Ottawa, au dialogue des organismes de réglementation de l’énergie avec le Forum des politiques publiques, au travail de QUEST, etc.
Conserver les caractéristiques d’un bon processus réglementaire – ouverture, transparence, prise de décision fondée sur des preuves – tout en explorant des processus nouveaux et innovants comme les « bacs à sable ».
Dites à nos lecteurs quelque chose à votre sujet qu’ils ne connaissent peut-être pas (p. ex. un hobby, des vacances à venir, un intérêt en dehors de la réglementation énergétique, etc.)?
L’une des meilleures choses que j’ai faites l’année dernière a été de me joindre à un club de lecture. J’ai toujours aimé lire, mais je n’ai jamais fait partie d’un club de lecture. Ce mois-ci, nous lisons The Overstory, de Richard Powers. C’est une histoire fascinante sur les arbres et les gens. Je regarde maintenant les érables dans ma cour d’une toute nouvelle façon. Ce livre a remporté le prix Pulitzer en 2019, et je le recommande vivement.
Cynthia Chaplin est directrice générale de CAMPUT, l’association des régulateurs de l’énergie et des services publics provinciaux, fédéraux et territoriaux du Canada. Elle possède plus de 30 ans d’expérience en tant qu’économiste de l’énergie, consultante et régulatrice au Canada et au Royaume-Uni. Plus récemment, Cynthia a été membre, vice-présidente et présidente-directrice générale (par intérim) de la Commission de l’énergie de l’Ontario (de 2004 à 2014), où elle a présidé des auditions orales complexes et des consultations politiques multipartites. Elle a également occupé des postes de haut niveau chez British Petroleum, Amoco et l’autorité de réglementation du gaz du Royaume-Uni, Ofgas. Cynthia est titulaire d’une licence et d’une maîtrise en économie de l’université de Toronto et du titre ICD.D de l’Institut des administrateurs de sociétés.
Pas vraiment. C’est la pire chose qui puisse arriver à une femme, dit Brochu, présidente et chef de la direction d’Énergir (anciennement Gaz Métro). « Avant, c’était acceptable, ça marchait, mais ça ne marche plus. L’idée n’est pas de devenir un homme – ou qu’un homme devienne une femme – mais d’accueillir et d’être soi-même et de ne pas avoir peur d’apporter sa propre couleur à un arc-en-ciel qui demande la diversité des couleurs » [traduction].
La diversité, en particulier la diversité des sexes au niveau de la direction et du conseil d’administration, est un sujet d’affaires qui a pris des décennies à se développer. Bien que les femmes n’aient pas toujours été représentées au sein des conseils d’administration, les analystes – et les parties prenantes – reconnaissent maintenant que la diversité des idées, des points de vue et des opinions au niveau décisionnel est cruciale pour la performance et l’innovation.
Le conseil d’administration de l’Association canadienne du gaz se démarque comme un exemple de la diversité des sexes dans une industrie dominée par les hommes. Cinq des dix administrateurs sont des femmes, dont Brochu et la présidente du conseil Leigh Ann Shoji-Lee, présidente de Pacific Northern Gas Ltd.
Shoji-Lee ne se considère pas comme une pionnière, bien qu’elle ait été la première femme vice-présidente des opérations et de l’ingénierie chez Union Gas et vice-présidente principale des opérations sur le terrain chez BC Hydro. Pour l’ingénieure en mécanique, le leadership consiste davantage à savoir ce qu’elle peut faire pour aider les organisations et les gens qu’elles servent plutôt que la situation des femmes.
« Je pense que les femmes ont une perspective différente des choses » [traduction], dit cette native de Chatham, en Ontario. « Je ne veux pas faire de stéréotypes, mais les femmes ont tendance à être plus coopératives, ont de meilleures aptitudes à l’écoute, ont certainement des expériences différentes. Et il s’agit davantage d’apporter les différentes expériences, idées et perspectives à la table. Et c’est ce qu’avoir plus de femmes autour de la table apportera » [traduction].
Arriver à ce niveau continue d’être un défi
Bien qu’il y ait eu un mouvement en faveur de la diversité des sexes au sein des conseils d’administration, au moyen de politiques ou de lignes directrices, le nombre réel de femmes occupant des postes de direction dans les entreprises canadiennes a à peine augmenté au cours de la dernière décennie. Selon un rapport publié en septembre 2018 par les organismes canadiens de réglementation des valeurs mobilières, les deux tiers des sociétés canadiennes cotées en bourse comptent au moins une femme au sein de leur conseil d’administration, mais les femmes n’occupent que 15 % de tous les sièges du conseil. Il s’agit d’une légère hausse par rapport aux 11 % de 2014.
Et l’intention ne s’est pas révélée suffisante pour faire une différence : alors que les entreprises qui ont adopté des objectifs de représentation des femmes dans leurs conseils d’administration ont plus que doublé, ce sommet ne représente que 16 % des sociétés cotées en bourse au Canada. Mais dites « quota » et beaucoup se renfrognent.
Leigh Ann Shoji-Lee, présidente de Pacific Northern Gas Ltd. Photo de la part de PNG.
Bien que les chiffres montrent que des progrès aient été faits – les entreprises avec des objectifs pour accroître le nombre de femmes au sein de leurs conseils d’administration comptaient en moyenne 24 % de femmes parmi leurs administrateurs, contre 13 % dans les entreprises sans objectifs – personne ne veut être promu sur la base de politiques plutôt que de compétences – ou être perçu comme tel. Shoji-Lee se souvient d’avoir découvert que Union Gas avait ciblé spécifiquement les femmes candidates à son premier poste, une idée qui l’a mise mal à l’aise mais à laquelle elle s’est résignée parce que cela lui permettait d’être à la table. « Mais je devais montrer que je méritais d’y rester. J’ai donc travaillé dur pour prouver que je méritais le droit d’y rester » [traduction], dit-elle.
Chez TransCanada (anciennement TransCanada), 27 % des dirigeants à tous les niveaux et 25 % des membres du conseil sont des femmes. « Nous allons dans la bonne direction, et en posant les bonnes questions et en faisant ce qu’il faut, nous constatons que les chiffres changent » [traduction], affirme Tracy Robinson, membre du conseil d’administration de l’ ACG et vice-présidente exécutive et présidente, Canadian Natural Gas Pipelines, TC Energy Corporation.
Tracy Robinson, vice-présidente exécutive et présidente, Canadian Natural Gas Pipelines TC Energy Corporation. Photo de la part de TC Energy Corporation.
Les chiffres sont lents à venir, sans aucun doute, mais nous voyons plus de diversité, dit-elle. L’avantage d’une discussion sur les quotas, c’est qu’elle ouvre la discussion sur « ce qu’il faudrait faire ». Si nous imaginons un monde à 50 % que faisons-nous pour préparer ces candidats?
Appui ciblé
Mme Robinson estime qu’il est nécessaire d’investir dans les capacités par le biais d’une variété d’expériences, de contacts et d’éducation ainsi que d’un mentorat particulier pour les femmes et les membres des minorités visibles afin de nous faire passer à un niveau supérieur. « Cela ne se fait pas toujours de façon organique, ce changement, c’est quelque chose que nous devons tous avoir à l’esprit, en créant les bons candidats et en permettant aux gens de tous horizons de se mettre en position de réussir » [traduction].
L’accent mis sur le développement se heurte également à un argument souvent utilisé contre l’adoption de politiques qui soutient qu’il n’y a pas assez de femmes qualifiées et que l’imposition de quotas aurait des répercussions négatives sur une organisation. Pour relever le défi, un groupe de femmes hautement qualifiées a mis sur pied un ensemble de profils faisant la promotion de leurs compétences auprès des DG et des conseils d’administration partout au Canada en disant « nous sommes ici », se rappelle Jay Grewal, présidente et chef de la direction de Manitoba Hydro. Je poserais la question : « Les hommes doivent-ils faire ça? »
Jay Grewal, présidente et chef de la direction de Manitoba Hydro. Photo de la part de Manitoba Hydro.
Mme Grewal a été surprise de l’attention que les médias ont accordée au fait qu’elle était une femme lorsqu’elle a pris la direction de la société d’État en janvier. Comme de plus en plus de femmes occupent des postes de direction au sein d’entreprises partout au pays, elle ne s’attendait pas à ce que le fait d’être la première femme DG de l’entreprise de services publics provinciale l’emporterait sur ses compétences.
« Dans tous les rôles, il a été démontré qu’une diversité de points de vue ainsi que le recours à différents cadres de travail individuels pour aborder les questions et les problèmes sont toujours utiles. Et si cela aide un conseil à prendre de meilleures décisions, à trouver de meilleures solutions et à mieux appuyer la direction, c’est absolument ainsi que le conseil devrait être formé » [traduction], dit-elle.
L’ancienne chef de la direction de la Société d’énergie des Territoires du Nord-Ouest, qui a occupé des postes de direction au sein d’organisations comme Marchés mondiaux CIBC, BC Hydro et Accenture Inc, croit que l’orientation donnée par la haute direction appuiera davantage de femmes qui assument des rôles non traditionnels grâce au mentorat et au parrainage. « La réalité, c’est que nous n’avons pas assez de femmes à la tête de grands groupes opérationnels de base – production, transport, distribution » [traduction], note Mme Grewal. « Malheureusement, les femmes sont encore majoritairement représentées dans les domaines de soutien – RH, finances, juridique. Comme les femmes sont plus largement représentées dans tous les secteurs de l’entreprise, le nombre de femmes dans les conseils d’administration pourrait augmenter » [traduction].
Politiques et mentorat
Malini Giridhar, vice-présidente, Développement des affaires et réglementation, Enbridge Gas Inc. Photo de la part d’ Enbridge Gas Inc.
Malini Giridhar, vice-présidente, Développement des affaires et réglementation, Enbridge Gas Inc. se souvient de l’époque où il n’y avait qu’une seule femme dans l’équipe de direction d’Enbridge Gas – il y a quatre ans seulement. Aujourd’hui, elle note que la moitié sont des femmes en raison du changement de perception des compétences en leadership – par le leadership, l’exécution, la gestion des personnes et le leadership personnel – ainsi que de l’accent mis sur la diversité et l’inclusion.
« La politique est importante parce que sans politique, on n’a aucun moyen de dénoncer les préjugés inconscients. Et nous avons tous des préjugés inconscients » [traduction], dit Giridhar. Le processus concerté qu’Enbridge Gas a entrepris a permis d’élever un plus grand nombre de candidates au développement du leadership et, en fin de compte, à des rôles de leadership, dit-elle – avec une réserve.
« Ce n’est pas parce qu’il y a plus de femmes au niveau de la direction que nous avons atteint l’étape finale, parce qu’à d’autres niveaux de leadership, nous voyons encore une représentation très inégale. Nous n’en avons pas fini » [traduction].
« Le mentorat et le parrainage sont essentiels pour que les femmes puissent se faire connaître et profiter d’occasions ».
« Mais ce qui est encourageant, c’est que nous avons fait un certain nombre de choses qui nous ont permis d’examiner la diversité plus largement. Il suffit de valoriser la diversité et de reconnaître que le leadership aux échelons supérieurs est lié à la façon dont on s’engage et d’offrir des services à des équipes vastes et complexes pour faire avancer le dossier » [traduction].
Le mentorat et le parrainage sont essentiels pour que les femmes puissent se faire connaître et profiter d’occasions, bien que de nombreuses dirigeantes soulignent que le parrainage – où une dirigeante parle activement et positivement de quelqu’un – peut vous faire avancer. « Le fait d’avoir quelqu’un qui vous soutient et vous défend largement et qui fait cet acte de foi pour dire : ‘Vous n’avez pas l’expérience pour le faire, mais je crois que vous avez la capacité et le potentiel, alors que devons-nous faire pour vous soutenir dans cette entreprise, êtes-vous intéressée?’ C’est énorme » [traduction], dit Grewal.
Réussir
L’environnement des affaires d’aujourd’hui n’est pas une méritocratie, un réveil difficile pour les femmes qui entrent sur le marché du travail après avoir travaillé dur et excellé sur le plan scolaire. Pour réussir, les femmes doivent participer, se faire remarquer, saisir toutes les occasions qui se présentent, conseillent les vétérans.
« Ce que je dis le plus, c’est que je m’enracine dans qui je suis vraiment, que j’écoute ces voix intérieures et que je saisis chaque occasion qui se présente à moi » [traduction], dit Robinson. « Les meilleures expériences de ma carrière ont été celles auxquelles je ne m’attendais pas. Au cours de votre carrière, trouvez des moyens de bâtir un portefeuille d’expériences uniques et mettez-vous à fond dans chacune d’entre elles. Et ça arrivera » [traduction].
Pour Brochu, il est important d’avoir confiance en soi, car de nombreuses femmes ont besoin de croire davantage en leurs compétences et de mieux se présenter lorsqu’elles postulent un emploi. « Je crois que les femmes ont besoin de se connaître elles-mêmes pour être en mesure d’apporter des changements dans leurs affaires et leur entreprise et de changer la société. Mais ça commence avec elles. Ayez une posture mentale confiante, sachez quand il est temps de jouer pour ne pas perdre et quand il est temps de jouer pour gagner, et faites plus de la dernière et moins de la première » [traduction].
Dina O’Meara couvre les affaires énergétiques canadiennes depuis près de 20 ans.
Au début des années 1960, les agriculteurs de l’Alberta réclamaient à grands cris une option énergétique à moindre coût. Le gaz naturel arrivait par vagues dans les villes et villages de l’Alberta, et même si les pipelines passaient souvent par leurs champs, les agriculteurs étaient laissés pour compte. On considérait qu’il était trop coûteux de desservir des fermes éloignées et qu’il serait plus rentable d’expédier le gaz en Californie.
Les fondateurs de la Meota Gas Cooperative ont donc fait ce que les agriculteurs des Prairies font le mieux : ils ont pris leur avenir en main. Littéralement par leur propre force musculaire, ils ont créé une petite entreprise de distribution de gaz naturel qui appartenait à ses membres et qui était exploitée en collaboration avec eux. L’idée a fleuri et, en 1964, il y avait suffisamment de coopératives de gaz naturel dans le sud-ouest de l’Alberta pour justifier la création d’un organisme-cadre, la Federation of Alberta Gas Co-ops Ltd. pour les représenter auprès des producteurs de gaz, des organismes de réglementation et des gouvernements.
Défenseur des intérêts des consommateurs ruraux
La Fédération a été la première organisation de ce genre au Canada et est maintenant le plus important distributeur de gaz en milieu rural au monde. Depuis près de 60 ans, elle représente les points de vue de ses membres auprès des administrations municipales, provinciale et fédérale, contribuant ainsi à améliorer la vie d’environ 400 000 Albertains vivant en milieu rural grâce à la distribution de gaz naturel.
« La Fédération a été la première organisation de ce genre au Canada et est maintenant le plus important distributeur de gaz en milieu rural au monde ».
À l’heure actuelle, la Fédération dessert 52 coopératives rurales d’approvisionnement en gaz, 16 villes et villages, cinq comtés et sept collectivités des Premières Nations dans l’ensemble de l’Alberta. Il s’agit d’un organisme sans but lucratif, dirigé par un conseil d’administration de huit membres élus par les régions. Avec 100 000 kilomètres de pipelines appartenant à ses membres dans le sol, son rôle de défenseur des intérêts s’est accru pour inclure la prestation de services centralisés tels que la collecte de données, la vérification du fonctionnement et de l’entretien, la présentation de demandes de servitude, la formation, l’inspection des compteurs de stations et la négociation de régimes d’assurance équitables pour les coopératives rurales.
Directeur général, Tom
« La Fédération est un organisme de lobbying auprès du gouvernement, qui veille à ce que nous communiquions et défendions les intérêts de nos membres, à l’échelle provinciale et fédérale », a déclaré le directeur général Tom Kee. « Nous voulons nous assurer que les commodités et les services ruraux soient les mêmes que ceux des collectivités urbaines, que les tarifs soient concurrentiels, et nous voulons prendre part aux mêmes conversations que les services publics appartenant au secteur privé pour fournir les services ».
Clé du soutien gouvernemental
Kee reconnaît que les coopératives en grande partie gérées par des agriculteurs et la Fédération n’auraient sans doute pas pu prospérer sans l’appui considérable du gouvernement provincial. Le Programme provincial de gazéification en milieu rural de 1973 a appuyé la gazéification des régions rurales de l’Alberta en aidant à couvrir les coûts de construction des réseaux de distribution dans les régions peu peuplées considérées comme non commerciales par les sociétés pipelinières et les grands services publics.
En 2013, la Fédération a pris en charge une grande partie du Programme de gaz rural, y compris le versement de subventions, la prestation de services de servitude pour les coopératives et le contrôle de la qualité des gazoducs qui entrent dans le réseau des coopératives. Bien que chaque service public rural soit autosuffisant en tant qu’entreprise dotée d’un personnel qualifié pour exploiter, entretenir et construire ses réseaux, la Fédération fournit un soutien par l’intermédiaire d’une formation supplémentaire et, de plus en plus, de la technologie. Elle a également mis au point un système d’information géographique (SIG) qui sera relié à tous les systèmes individuels de coopératives.
« Elle est passée d’une organisation-cadre qui aidait les coopératives à obtenir plus d’occasions à un guichet unique en matière de SIG, d’ingénierie, de santé et de sécurité et de mesures », dit M. Kee.
« Nous voulons nous assurer que les commodités et les services ruraux soient les mêmes que ceux des collectivités urbaines, que les tarifs soient concurrentiels, et nous voulons prendre part aux mêmes conversations que les services publics appartenant au secteur privé pour fournir les services ».
Franchise exclusive
Bien que le nombre d’exploitations agricoles familiales au pays ait diminué au cours des 50 dernières années, il n’y a pas eu de baisse du nombre de membres de la Fédération. Ses coopératives ont le mandat provincial de fournir des services de gaz naturel à de nouvelles entreprises résidentielles, commerciales et industrielles qui entrent en activité à l’intérieur de leurs zones rurales franchisées – ce qui, en Alberta, représente une superficie d’environ 200 000 kilomètres carrés.
Ce vaste secteur de service a mené à un autre service exclusif : la Fédération est l’une des rares organisations au Canada autorisées à se rendre dans les stations de comptage sur le terrain pour recertifier et refermer les correcteurs électroniques en service. « La raison en est que nous avons 700 stations qui sont toutes au milieu de nulle part, donc la possibilité d’éteindre les compteurs pendant quelques mois pour les amener à un magasin n’est pas vraiment faisable, » dit M. Kee.
« La Fédération est l’une des rares organisations au Canada autorisées à se rendre dans les stations de comptage sur le terrain pour recertifier et refermer les correcteurs électroniques en service».
Les défis à relever
Avec les chiffres à l’appui, les coopératives rurales ont lancé leur propre société de courtage, Gas Alberta, pour acheter du gaz naturel et faire concurrence aux autres services publics appartenant au secteur privé. Le conseil d’administration de la coopérative fixe les tarifs du gaz, mais à l’heure actuelle, son plus grand défi consiste à maintenir ses systèmes.
Le vieillissement de l’infrastructure de gaz naturel et l’évolution des régions de production ont entraîné la désaffectation de pipelines de transport jugés non économiques et rendu difficile pour les régions à l’extérieur de nouveaux bassins d’approvisionnement de trouver d’autres sources auxquelles puiser. La production de gaz naturel est également devenue plus concentrée dans le nord-ouest de la province à mesure que les réserves diminuent dans le sud, mais les réseaux correspondants de distribution aux collectivités du nord-est n’ont pas suivi.
Les coûts de construction de nouveaux systèmes peuvent être prohibitifs pour les coopératives appartenant à leurs membres, qui ont généralement des populations clairsemées et petites. « Il s’agit là d’une préoccupation réelle pour nos coopératives d’exploitation du gaz, car parfois, lorsqu’elles doivent déplacer leurs raccordements en même temps que les coûts de modernisation ou de réacheminement des gazoducs, les coûts peuvent se chiffrer en millions », dit M. Kee. « Les collectivités de l’Alberta risquent de perdre leur service de gaz naturel ».
Kee a fait remarquer que le géant des pipelines TransCanada propose de construire de nouvelles lignes de transport, qui devraient être en service vers 2021-2022.
Une vision pour l’avenir
La Fédération continue de croître et d’appuyer ses services publics membres en les représentant auprès des gouvernements, en offrant de nouveaux services et une formation à jour afin que les coopératives puissent demeurer viables dans le marché en évolution de la distribution du gaz naturel. Environ 14 coopératives gazières sont également actionnaires de Corridor Communications Inc, un service Internet sans fil à large bande dans les régions rurales. D’autres se sont étendues au chauffage, à l’installation de fournaises et de réservoirs d’eau chaude sanitaire.
« Les coopératives cherchent toujours à élargir leurs services. Nous n’essayons pas de nous limiter à la distribution de gaz – nous nous penchons sur d’autres questions, comme la façon d’installer des câbles à fibres optiques pendant que nous installons des pipelines », explique M. Kee.
« La Fédération continue de croître et d’appuyer ses services publics membres en les représentant auprès des gouvernements, en offrant de nouveaux services et une formation à jour afin que les coopératives puissent demeurer viables dans le marché en évolution de la distribution du gaz naturel ».
La participation à des comités de l’Association canadienne du gaz a aidé l’organisation à suivre les tendances et à apprendre des autres membres, note-t-il. Au cours de la dernière année, la Fédération s’est engagée davantage auprès de l’ACG afin de s’engager davantage auprès d’autres services publics, ce qui a déjà permis de renforcer la communication avec les autres services publics de l’Alberta.
« C’est ce qu’on veut voir », dit-il. « Nous voulons travailler tous ensemble et c’est là que nous voyons l’avantage de faire partie de l’ACG ».
Dina O’Meara couvre les affaires énergétiques canadiennes depuis près de 20 ans.