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  • Une entrevue avec l’honorable Tim Hodgson, ministre fédéral de l’Énergie et des Ressources naturelles

    Une entrevue avec l’honorable Tim Hodgson, ministre fédéral de l’Énergie et des Ressources naturelles

    L’honorable Tim Hodgson, ministre fédéral de l’Énergie et des Ressources naturelles

    Vous avez décrit l’énergie comme l’un des atouts stratégiques les plus importants du Canada. Dans un contexte mondial plus incertain, comment le Canada peut-il tirer parti de ses ressources énergétiques et minérales pour nouer de nouveaux partenariats à l’échelle mondiale?

    L’énergie et les ressources naturelles comptent parmi les atouts majeurs du Canada dans le contexte mondial instable dans lequel nous évoluons. À l’heure où les pays s’efforcent de renforcer leurs chaînes d’approvisionnement, leur sécurité énergétique et leur souveraineté économique, le Canada offre une stabilité, des normes environnementales élevées, une main-d’œuvre de classe mondiale ainsi qu’un système fondé sur l’État de droit qui inspire confiance.

    Cette combinaison fait de nous un partenaire attrayant pour les alliés qui cherchent à se diversifier et à s’affranchir de fournisseurs d’énergie peu fiables et coercitifs. Qu’il s’agisse de gaz naturel, d’uranium, de minéraux essentiels ou d’électricité propre, le Canada peut contribuer à répondre à la demande mondiale tout en renforçant des partenariats à long terme fondés sur la confiance et l’intérêt mutuel.

    Nous en voyons déjà les effets se concrétiser sous la forme de nouveaux accords commerciaux et partenariats énergétiques. Par exemple, les 56 nouveaux accords et partenariats signés dans le cadre de l’Alliance pour la production de minéraux critiques montrent au monde entier que le Canada joue un rôle de premier plan dans la mise sur le marché de nouveaux projets, la lutte contre la manipulation des marchés par des acteurs non commerciaux et le renforcement des chaînes d’approvisionnement mondiales. Notre objectif n’est pas simplement d’exporter, mais de le faire dans le cadre de relations stratégiques avec des alliés démocratiques qui soutiennent la prospérité partagée, la résilience et la sécurité pour les décennies à venir.

    Des initiatives telles que le projet d’agrandissement Sunrise sont présentées comme des investissements à la fois économiques et contribuant à bâtir notre nation. Quel rôle jouent les infrastructures de gaz naturel dans le renforcement de la sécurité énergétique du Canada et dans le maintien de prix énergétiques abordables pour les Canadiens?

    « Les infrastructures de gaz naturel jouent un rôle essentiel dans le système énergétique canadien. Elles permettent de chauffer les foyers, d’assurer le fonctionnement des entreprises et de garantir la fiabilité des réseaux électriques, en particulier lors des périodes de pointe de la demande et en cas de conditions météorologiques extrêmes. »

    Le Projet d’agrandissement Sunrise illustre parfaitement le genre d’initiative qui renforce notre sécurité énergétique tout en garantissant des tarifs énergétiques abordables pour les Canadiens. Ce projet renforcera la sécurité énergétique en acheminant du gaz fiable, produit au Canada, là où il est le plus nécessaire, ce qui permettra de réduire les goulots d’étranglement et la dépendance aux approvisionnements extérieurs. Cela nous permettra de chauffer davantage de foyers, d’entreprises, d’hôpitaux et d’écoles en Colombie-Britannique, tout en fournissant du gaz pour la production d’électricité et les processus industriels et manufacturiers. Ces travaux d’agrandissement feront en sorte que la Colombie-Britannique dispose d’un approvisionnement suffisant en gaz lorsque des installations d’exportation de GNL telles que Woodfibre LNG – qui sera la première installation de GNL carboneutre au monde – entreront en service.

    Le Projet d’agrandissement Sunrise représente également un investissement économique crucial. Il contribuera à hauteur de plus de trois milliards de dollars au PIB canadien et générera plus de 700 millions de dollars de recettes fiscales qui serviront à financer de nouvelles routes, de nouveaux hôpitaux et de nouvelles écoles en Colombie-Britannique. Au plus fort des travaux, il permettra de créer 2 500 emplois, notamment au sein des communautés autochtones locales, avec lesquelles Enbridge collabore depuis le début de ce projet.

    Les infrastructures de gaz naturel telles que Sunrise contribuent à la réalisation de nos objectifs de développement national. Elles favorisent le développement industriel, soutiennent l’emploi au pays et sous-tendent les exportations qui renforcent la position économique du Canada. Il s’agit d’actifs durables qui répondent à la fois aux besoins d’aujourd’hui et aux ambitions de demain, alors que le Canada met en place un système énergétique plus concurrentiel, plus sûr et mieux intégré.

    Alors que le Canada cherche à attirer des investissements dans les centres de données et les secteurs liés à l’intelligence artificielle (IA), comment le gouvernement s’y prend-il pour mettre en place les infrastructures énergétiques nécessaires, et quel rôle le gaz naturel joue-t-il dans l’avenir de l’IA au Canada?

    Les ambitions du Canada en matière d’IA et de centres de données dépendent avant tout d’un élément : un approvisionnement en électricité fiable, abordable et disponible à grande échelle. La réalité est que la capacité de production d’électricité propre ne peut pas être augmentée du jour au lendemain. Pour répondre à la demande, le Canada devra doubler la capacité de son réseau électrique d’ici 2050. Pendant que se poursuit le déploiement des énergies renouvelables, des réseaux de transport d’électricité et du nucléaire, le gaz naturel jouera un rôle de transition essentiel, en garantissant la fiabilité du système, une alimentation en électricité et la stabilité du réseau.

    La récente Stratégie nationale sur l’électricité présentée par le gouvernement fédéral met l’accent sur la manière dont nous pouvons développer les infrastructures électriques plus rapidement et de manière plus prévisible, tout en maintenant l’abordabilité de l’énergie pour les Canadiens.

    Cette stratégie souligne le rôle essentiel que jouera le gaz naturel pour soutenir cette transition tout en préservant la compétitivité. Elle permettra au Canada d’attirer des investissements dès aujourd’hui – en particulier dans les secteurs à forte consommation énergétique comme l’IA – tout en continuant à réduire les émissions grâce à l’amélioration de l’efficacité énergétique, au captage du carbone et à l’électrification. Trouver le juste équilibre garantit que le Canada restera une destination attractive pour les industries qui façonnent la prochaine génération de croissance économique, et assure aux Canadiens un approvisionnement continu en électricité.

    Le Canada dispose de ressources en gaz naturel de classe mondiale qui répondent à 40 % de nos besoins énergétiques. Nous avons bien compris le rôle que votre gouvernement attribue au gaz naturel canadien sur le marché mondial du GNL. Cependant, pourriez-vous nous aider à comprendre comment le gaz naturel, dans le contexte national, s’inscrit dans les plans énergétiques à long terme de votre gouvernement?

    Le Canada est le cinquième producteur mondial de gaz naturel, et nos gisements comptent parmi les plus importants et les plus productifs au monde. Nous disposons de 4 000 milliards de mètres cubes de ressources en gaz naturel commercialisable, qui pourraient durer 300 ans au rythme de production actuel.

    Il n’est donc pas surprenant que le gaz naturel soit déjà un pilier du système énergétique canadien, et qu’il le restera pendant un certain temps. Il chauffe les foyers, alimente l’industrie de l’énergie, soutient la production d’électricité et offre une flexibilité au réseau qui permet de maintenir une énergie abordable et fiable.

    D’ici le début des années 2030, le Canada est en passe de devenir l’un des principaux exportateurs mondiaux de GNL, grâce à de nouvelles capacités d’exportation et à l’engagement du gouvernement fédéral à mener à bien, rapidement et de manière responsable, des projets clés tels que la phase 2 de LNG Canada et le projet Ksi Lisims LNG, par l’intermédiaire du Bureau des grands projets. Notre objectif consiste à porter la production à 50 millions de tonnes par an (MTPA) dans les années 2030 et à 100 MTPA dans les années 2040, et nous sommes sur la bonne voie.

    Au niveau national, le gaz naturel contribue à la croissance économique et à la sécurité énergétique. À l’échelle internationale, le GNL canadien peut remplacer les combustibles à plus fortes émissions à l’étranger tout en renforçant les relations avec nos alliés. À long terme, notre objectif n’est pas d’éliminer les sources d’énergie du jour au lendemain, mais de réduire progressivement l’intensité carbone tout en maintenant notre compétitivité. Cela nécessite d’utiliser le gaz naturel plus efficacement, de tirer parti de technologies telles que le captage du carbone et la réduction des émissions de méthane, et de combiner le gaz naturel avec une capacité croissante en matière d’électricité propre. Le gaz naturel jouera un rôle dans une transition cruciale et menée de manière responsable, qui répondra à la demande tout en réduisant les émissions au fil du temps.

    « Au niveau national, le gaz naturel contribue à la croissance économique et à la sécurité énergétique. »

    Votre gouvernement a adopté une approche très différente en matière d’énergie. Quelle a été votre plus grande surprise dans le cadre de vos fonctions, alors que vous avez parcouru le pays pour rencontrer les acteurs de l’industrie de l’énergie et les Canadiens en général?

    En tant que ministre fédéral de l’Énergie et des Ressources naturelles, on me dit parfois que je suis, en quelque sorte, le ministre de « l’unité nationale ». Au fil de mes déplacements dans notre pays aux régions si diverses, ce qui m’a le plus surpris, c’est à quel point les gens partagent les mêmes aspirations. Partout au Canada, que je m’adresse à des travailleurs, à des dirigeants autochtones, à des représentants de l’industrie ou à des membres de la communauté, j’entends toujours la même chose : les Canadiens veulent que les projets soient réalisés de manière responsable, prévisible et de façon à apporter de réels avantages aux communautés de tout le pays.

    Les gens sont bien moins enclins à accepter des retards interminables ou des débats abstraits qu’on ne le suppose. La guerre commerciale que les Américains nous ont déclarée a été un véritable signal d’alarme et nous a rappelé que nous devons nous donner plus que ce que quiconque peut nous enlever. Les Canadiens comprennent plus que jamais que l’énergie et les ressources naturelles sont fondamentales pour notre économie, notre sécurité et notre niveau de vie. Ils s’attendent également à des normes élevées en matière d’environnement et de sécurité.

    Notre gouvernement a été élu précisément pour cela : en apportant clarté, certitude et responsabilité, le Canada peut recommencer à construire d’une manière qui gagne la confiance du public et assure une prospérité durable pour les générations à venir.

    Vous apportez une connaissance approfondie des marchés financiers et des conditions nécessaires pour rendre les projets finançables. Quels messages souhaitez-vous adresser aux promoteurs canadiens qui s’efforcent d’inscrire leurs projets dans le cadre des priorités de votre gouvernement?

    Entre 2006 et 2021, le nombre d’exigences règlementaires au Canada a augmenté de 37 % – une hausse qui, selon les estimations, aurait réduit la croissance du PIB de 1,7 point de pourcentage et celle de l’emploi de 1,3 point de pourcentage dans le secteur des entreprises. Ayant moi-même fait carrière dans le secteur privé, je comprends à quel point ces chiffres sont préjudiciables à l’économie canadienne et à la qualité de vie des Canadiens. Mon message est le suivant : au cours de la dernière année, le gouvernement actuel a fait savoir aux promoteurs que nous sommes ouverts aux affaires, que nous sommes déterminés à mener à bien les projets, et que nous devons nous atteler à la tâche ensemble.

    Grâce au mandat de notre gouvernement visant à « bâtir le Canada », les investisseurs auront la possibilité d’affecter des dizaines de milliards de dollars de capitaux privés à des projets hautement rentables et présentant un faible risque géopolitique. La désignation par le Bureau des grands projets permettra d’accélérer la mise en œuvre de ces projets et offrira des leviers de financement, tels que la Banque de l’infrastructure du Canada, le Fonds de réponse stratégique, le Fonds de croissance du Canada et le Programme de garantie de prêts pour les Autochtones, entre autres, afin d’attirer des capitaux privés.

    Comme je l’ai mentionné, le premier ministre s’est fixé l’objectif ambitieux de mobiliser 500 milliards de dollars d’investissements privés d’ici 2030, afin de faire du Canada une superpuissance énergétique mondiale et l’économie la plus forte du G7. En tant que ministre fédéral de l’Énergie et des Ressources naturelles, mon rôle est de veiller à ce que les investisseurs puissent engager leurs capitaux ici en toute confiance, et à ce que la réponse à la question « Pouvons-nous mener ce projet à bien? » soit un « oui » clair et retentissant. Si nous y parvenons, le Canada ne se contentera pas de rivaliser au sein de l’économie mondiale : il en prendra la tête.

    Dans dix ans, comment espérez-vous que les Canadiens se souviendront de votre contribution à la vision « bâtir un Canada fort » en misant sur l’énergie et les ressources naturelles?

    Dans dix ans, j’espère que les Canadiens se souviendront de cette période comme celle où « le Canada s’est remis à construire » : une époque où davantage de mines ont commencé à produire, où nos alliés ont reçu davantage d’énergie, et où les grands projets que nous avons lancés ont été menés à bien dans les délais, conformément au calendrier et dans le respect du budget. Une époque où nous aurons atteint les objectifs ambitieux que nous nous sommes fixés. Cela inclut l’appel à l’action du premier ministre visant à doubler le commerce avec les pays autres que les États-Unis et à mobiliser jusqu’à 500 milliards de dollars d’investissements du secteur privé d’ici 2035. Pour moi, le succès de la prochaine décennie consisterait à atteindre ces objectifs et à démontrer que le Canada est l’un des endroits les plus attrayants au monde pour investir, construire et se développer pendant les décennies à venir.

    « […] j’espère que les Canadiens se souviendront de cette période comme celle où “le Canada s’est remis à construire” : une époque où davantage de mines ont commencé à produire, où nos alliés ont reçu davantage d’énergie, et où les grands projets que nous avons lancés ont été menés à bien dans les délais, conformément au calendrier et dans le respect du budget. »

    Et c’est précisément ce à quoi nous nous consacrons par l’intermédiaire du Bureau des grands projets et de l’ensemble des outils que nous avons mis en place — des crédits d’impôt à l’investissement à l’harmonisation règlementaire, en passant par le financement public stratégique. Nous créons un nouveau cadre qui définit les conditions permettant aux capitaux de circuler rapidement, aux projets d’être approuvés efficacement et aux ressources d’atteindre les marchés où il y a de la demande. En fin de compte, pour moi, bâtir un Canada fort, c’est créer de la prospérité et de la sécurité de manière durable, pour que les Canadiens puissent en profiter pendant des générations.

    *Remarque : La présente version française est une traduction du contenu de cet entretien avec le ministre Hodgson.

  • Entretien avec l’honorable Tim Houston

    Entretien avec l’honorable Tim Houston

    Monsieur Tim Houston, premier ministre de la Nouvelle-Écosse

    L’Association canadienne du gaz (ACG) a eu le privilège d’interviewer l’honorable Tim Houston, premier ministre de la Nouvelle-Écosse, afin de discuter de l’évolution du paysage énergétique de la province. Le premier ministre Houston a partagé ses perspectives sur le développement du gaz naturel, l’abordabilité énergétique et l’approche à long terme de la Nouvelle-Écosse en matière de compétitivité économique et de gestion des ressources.

    L’abordabilité est une priorité pour de nombreux Néo-Écossais. Comment le développement accru de la production de gaz naturel de la province pourrait-il contribuer à stabiliser les coûts à long terme?

    À l’heure actuelle, tout le gaz naturel que nous utilisons en Nouvelle-Écosse est extrait ailleurs et nous est vendu par les États-Unis. Et ce, malgré le fait que nous disposions de suffisamment de gaz naturel pour alimenter notre province pendant des milliers d’années et pour répondre à la demande totale du Canada pendant plus de 30 ans. C’est comme si nous arrêtions de cultiver des bleuets en Nouvelle-Écosse et que nous importions tous nos bleuets des États-Unis à un prix élevé. Cela n’est pas logique. Produire et utiliser le gaz naturel dont la Nouvelle-Écosse a la chance de disposer nous permettra de bénéficier d’un approvisionnement abondant, de stabiliser les prix et de réduire les coûts de transport et autres.

    « Faire de la Nouvelle-Écosse un exportateur d’énergie procurerait de bons emplois et des avantages économiques aux Néo-Écossais. » [Traduction]

    Le réseau de gaz naturel en Nouvelle-Écosse est relativement récent. Quelles mesures la province peut-elle prendre pour soutenir l’expansion de son réseau vers de nouvelles communautés industrielles, autochtones et rurales?

    Le gaz naturel est peut-être relativement nouveau, mais la Nouvelle-Écosse a déjà connu une industrie du gaz naturel extracôtière florissante. Sous le premier ministre John Hamm, à la fin des années 1990 et au début des années 2000, cette industrie a rapporté plus de quatre milliards de dollars en redevances directes à la province, qui ont été utilisées pour rémunérer les médecins et les infirmières et investir dans les routes, autant de choses dont nous avons désespérément besoin aujourd’hui. Elle a également permis de créer des milliers d’emplois qui ont soutenu des familles. Avec Nova Natural Gas, nous pouvons réitérer cet exploit.

    Vous avez récemment lancé une campagne de sensibilisation auprès du public intitulée « Nova Natural Oil and Gas ». Quelles sont les principales idées fausses que vous souhaitez dissiper, et pourquoi est-il si important que le public comprenne bien cette question à l’heure actuelle?

    Pendant trop longtemps, la Nouvelle-Écosse a eu pour habitude de refuser d’exploiter ses ressources naturelles. Cela a conduit les investisseurs à douter de leur capacité à lancer des projets ici et a suscité le scepticisme du public à l’égard de secteurs entiers que des politiques gouvernementales peu ambitieuses avaient interdits de manière générale dans le passé. Notre objectif est de contribuer à l’économie du pays afin de ne plus dépendre de la richesse d’autres provinces. En démontrant les avantages pour les Néo-Écossais, nous espérons que le public soutiendra notre province afin qu’elle bénéficie des mêmes opportunités économiques que les autres provinces.

    Vous avez clairement indiqué que la Nouvelle-Écosse est « ouverte aux affaires ». Quels sont les besoins exprimés par les investisseurs dans le secteur de l’énergie, et comment votre gouvernement s’efforce-t-il de leur donner confiance pour investir ici?

    J’ai récemment assumé le rôle de ministre de l’Énergie afin de transmettre le message que la libération du potentiel énergétique de la Nouvelle-Écosse est une priorité absolue. En tant que premier ministre, je comprends pourquoi les investisseurs n’avaient pas confiance dans les ressources naturelles à l’époque où les gouvernements hésitaient même à aborder ces questions. Notre gouvernement a amélioré les processus d’octroi de permis, approuvé de nouveaux projets miniers et des expansions, et j’ai personnellement rencontré des représentants de l’industrie pour leur dire en personne que les opportunités en Nouvelle-Écosse sont réelles.

    La mise en œuvre de projets énergétiques nécessite souvent une coopération étroite entre le gouvernement fédéral et les provinces. Dans quels domaines avez-vous le plus besoin de l’appui d’Ottawa pour aider la Nouvelle-Écosse à faire avancer ses projets?

    Le premier ministre souhaite que le Canada devienne une superpuissance énergétique. La Nouvelle-Écosse peut non seulement y contribuer, mais grâce à l’énergie éolienne, à l’énergie marémotrice et au gaz naturel, nous pouvons devenir notre propre superpuissance énergétique au sein d’une superpuissance énergétique. Le premier ministre peut nous aider à y parvenir avec le soutien des ressources de ses projets d’intérêt national pour Wind West, en accordant des crédits d’impôt à l’investissement pour l’électricité propre et en confirmant l’accès au financement à faible taux d’intérêt de la Banque de l’infrastructure du Canada.

    (Premier, Prime Minister Discuss Next Steps for Wind West | Government of Nova Scotia News Releases)

    Nous avons constaté les avantages d’une politique claire concernant le gaz naturel, notamment en Ontario, où un énoncé de politique sur le gaz naturel a récemment été publié. Existe-t-il des projets visant à adopter un énoncé similaire pour la Nouvelle-Écosse?

    Notre gouvernement a établi des conditions claires dans le cadre d’un appel d’offres ouvert et transparent lancé par la Régie Canada-Nouvelle-Écosse de l’énergie extracôtière. L’appel d’offres a été publié le 7 juillet et la date de clôture est fixée au 28 avril 2026.

    Les dirigeants européens manifestent de plus en plus leur intérêt pour le gaz naturel canadien. Envisagez-vous la possibilité d’un terminal d’exportation de GNL vers l’Europe en Nouvelle-Écosse?

    Absolument! On estime que nous disposons de suffisamment de gaz naturel extracôtier pour alimenter la Nouvelle-Écosse pendant des milliers d’années. Ce gaz naturel pourrait faire baisser les prix chez nous, tout en laissant des quantités suffisantes pour être exportées vers nos partenaires dans d’autres régions du Canada, nos alliés en Europe et dans le monde entier. Faire de la Nouvelle-Écosse un exportateur d’énergie procurerait de bons emplois et des avantages économiques aux Néo-Écossais.

  • Discours de l’honorable Stephen Lecce, ministre de l’Énergie et de l’Électrificztion, à l’occasion du Nexus énergétiques et la conférence technique annuelle 2024 de l’ACG

    Discours de l’honorable Stephen Lecce, ministre de l’Énergie et de l’Électrificztion, à l’occasion du Nexus énergétiques et la conférence technique annuelle 2024 de l’ACG

    Lors de l’événement phare de l’ACG, soit le Nexus énergétique et la conférence technique annuelle qui ont eu lieu en octobre, l’honorable Stephen Lecce, ministre de l’Énergie et de l’Électrification de l’Ontario, a prononcé une allocution dans laquelle il a souligné le rôle essentiel que joue le gaz naturel dans la satisfaction des besoins énergétiques de la province. Le ministre Lecce a souligné comment le gaz naturel assure la fiabilité et l’abordabilité énergétiques pour les Ontariens, qu’il s’agisse de chauffer les maisons pendant les hivers froids, de soutenir la sécurité alimentaire dans le cadre des activités agricoles ou de contribuer à la production d’électricité. Ses remarques ont mis en valeur l’importance du gaz naturel en tant que pierre angulaire du bouquet énergétique de l’Ontario, qui est essentiel au maintien de la stabilité économique et à l’amélioration de la qualité de vie des Canadiens.

    Pour visionner l’intégralité de son allocution :

    Voici quelques extraits de cette allocution : [Traduction]

    « […] Nous comprenons la valeur du gaz naturel et reconnaissons qu’une décision a été prise il y a quelques mois à ce sujet. La Commission de l’énergie de l’Ontario a pris une décision selon laquelle les familles, les clients résidentiels ou les petites entreprises devraient payer 100 % des coûts des nouveaux raccordements au gaz naturel à l’avance, ce que nous avons déjà payé pendant 40 ans. Le gouvernement a agi rapidement en s’engageant massivement à ne pas imposer ce paiement de milliers de dollars, car il est question d’une augmentation d’environ 44 000 $ pour votre enfant qui essaie d’acheter une maison. C’est notre problème en tant que pays si nous restons inactifs et si nous permettons que ce genre de taxes furtives soit imposé à nos enfants, aux nouveaux Canadiens et à tous ceux qui aspirent à devenir propriétaires d’une maison en Ontario.

    […] Et la priorité absolue de notre gouvernement est l’abordabilité, en gardant à l’esprit qu’en 2018 […], nous avons été élus avec ce mandat […]. Il s’agit d’une grande priorité pour les familles que nous servons, pour l’industrie et pour les petites entreprises, et c’est également une priorité pour notre premier ministre et pour notre gouvernement aujourd’hui.

    Nous sommes donc fiers du travail que vous accomplissez, nous sommes fiers de la main-d’œuvre qui fournit cette énergie à nos familles et à nos entreprises, et je tiens à vous réaffirmer notre engagement à travailler avec ce secteur, alors que nous continuons à fournir une énergie abordable et fiable à la population de l’Ontario. »

  • Une entrevue avec Mme Rebecca Schulz, ministre albertaine de l’Environnement et des zones protégées

    Une entrevue avec Mme Rebecca Schulz, ministre albertaine de l’Environnement et des zones protégées

    Timothy Egan, président et chef de la direction de l’Association canadienne du gaz, a eu l’occasion de s’entretenir avec Mme Rebecca Schulz, ministre albertaine de l’environnement et des zones protégées, pour discuter de la valeur et de l’impact de l’industrie du gaz naturel dans cette province, au Canada et dans le monde.

    Timothy Egan : En tant que ministre de l’Environnement, pouvez-vous nous donner une idée de la place qu’occupe le gaz naturel dans le programme environnemental albertain?

    La ministre Schulz : Je pense que ce qui nous différencie, en particulier d’autres gouvernements, comme notre gouvernement fédéral, c’est que nous nous concentrons vraiment sur les moyens pratiques de réduire les émissions mondiales et d’atteindre la carboneutralité.

    Et lorsque nous parlons de carboneutralité, je pense que nous la définissons différemment de certains autres gouvernements, en particulier de notre gouvernement fédéral. Il ne s’agit pas d’atteindre le zéro absolu, mais d’aider à répondre à la demande d’énergie qui devrait augmenter de 30 % d’ici 2040.

    Nous savons que la production de combustibles fossiles se poursuivra pendant des décennies, même avec les énergies renouvelables et tous les investissements que nous avons réalisés dans ce secteur en Alberta. Il s’agit en fait d’examiner comment le gaz naturel albertain et le gaz naturel provenant d’autres régions du Canada pourraient faire partie de la solution pour réduction des émissions mondiales. Je pense que c’est là que notre approche est unique. Elle est axée sur l’innovation. Elle n’est pas axée sur l’idéologie.

    Nous investissons dans de nombreux programmes qui visent à réduire les émissions tout en maintenant la croissance et la prospérité de notre secteur énergétique et, franchement, nous avons fait du bon travail sur ce front.

    Nous avons fait preuve de leadership. Je parle souvent de la réduction des émissions de méthane, qui sont de l’ordre de 45 % depuis 2014.

    Nous avons 11 millions et demi de tonnes de CO2 stockées sous terre de manière sûre et permanente grâce à la séquestration du carbone.

    De plus, le gaz naturel a largement remplacé le charbon comme principale source d’électricité dans la province.

    Ici, en Alberta, nous prévoyons d’abandonner le charbon des années plus tôt que prévu. Bien sûr, cela a eu un coût, mais le gaz naturel a vraiment remplacé le charbon, et nous allons continuer à chercher des façons de réduire davantage les émissions de méthane.

    Nous avons lancé le Alberta Security Infrastructure Program (ASIP), pour soutenir la technologie de captage, de l’utilisation et de stockage du carbone, et nous cherchons des moyens de réduire les émissions secteur par secteur. Bien entendu, le gaz naturel fait partie des solutions – en particulier lorsque nous cherchons à réduire les émissions mondiales et à le faire rapidement en délaissant l’usage du charbon dans le monde. Celui-ci est responsable de plus de 40 % de toutes les émissions de CO2 du secteur de l’énergie, et sa consommation mondiale a atteint l’année dernière des niveaux historiquement élevés.

     


    Nous parlons souvent de l’Inde et de la Chine qui ouvrent de nouvelles centrales à charbon et brûlent plus de charbon que jamais. Il va de soi que le gaz naturel produit beaucoup moins d’émissions que le charbon, et le Canada produit le gaz naturel liquéfié (GNL) le plus propre au monde. C’est vraiment là que nous voyons une occasion à saisir, car les émissions n’ont pas de frontières. Il s’agit d’un problème mondial.

    C’est pourquoi nous avons examiné l’article 6 de l’Accord de Paris et demandé au gouvernement du Canada de nous aider à trouver un moyen de garantir que le secteur canadien du gaz naturel puisse fournir l’énergie requise. Je pense qu’il s’agit d’un débouché important, non seulement pour l’Alberta, mais aussi pour le Canada.

    Nous savons que nous pouvons aider toutes les entreprises qui appartiennent à l’Alberta et qui y exercent leurs activités, ainsi que tous les travailleurs de ces industries. Nous pensons que nous pourrions contribuer à réduire les émissions mondiales nettes de 221 millions de tonnes.

    Je pense qu’il s’agit là d’une opportunité énorme et que ce serait une grande victoire pour nous ici, tant du point de vue économique qu’environnemental.

    Timothy Egan : Vous avez donc souligné qu’il ne s’agit pas seulement d’une opportunité pour l’Alberta, mais d’une opportunité nationale. Comment vos collègues, les ministres de l’Environnement de tout le pays, réagissent-ils à cela? Selon vous, quel rôle envisagent-ils pour le gaz naturel dans leur province ou territoire et à l’échelle nationale?

    La ministre Schulz : Je pense que la plupart de mes collègues sont pragmatiques et qu’ils comprennent, de toute évidence, que nous devons réduire les émissions et maintenir le bon fonctionnement général de la société.

    Nous devons être en mesure de réduire les émissions et de faire en sorte que la vie reste abordable. La disponibilité d’une énergie abordable, fiable et sûre continue d’être un grand sujet de conversation chez les Canadiens et Canadiennes dans tout le pays.

    Je pense que mes homologues s’en rendent compte. En ce qui concerne plus particulièrement l’Alberta, nous devons nous assurer que nous disposons d’une offre et d’une production de gaz naturel suffisantes pour alimenter les foyers et les entreprises.

    Les changements proposés par le gouvernement fédéral dans le cadre du Règlement sur l’électricité propre nous mettent évidemment en danger. Nous l’avons constaté en janvier, lorsque notre réseau électrique a été fortement menacé par une vague de froid extrême. L’électricité renouvelable – que nous avons en abondance en Alberta – n’a pas été en mesure de répondre à la demande. Le gaz naturel répartissable a été essentiel : il nous a empêchés de geler! Le Règlement sur l’électricité propre vise à éliminer le gaz naturel pour la production d’électricité.

    Et nous ne sommes pas les seuls à avoir besoin de gaz naturel. D’autres provinces dépendent également du gaz naturel de manière concrète, ainsi que d’autres sources d’énergie menacées par le Règlement sur l’électricité propre, et d’autres personnes nous exprimé ce besoin dans l’ensemble du pays. Nous avons un climat froid partout au Canada, et je pense que nous voyons de plus en plus d’autres gouvernements provinciaux et leurs citoyens dire mettons l’idéologie de côté. Soyons pragmatiques.

    Les réticences à l’égard de la taxe sur le carbone, à laquelle s’opposent sept premiers ministres provinciaux et 70 % des Canadiens et Canadiennes, témoignent de la popularité de cette vision pragmatique.

    C’est ce que nous verrons, je crois, dans le cas du gaz naturel, où le gouvernement fédéral a constaté une forte opposition à sa règlementation en matière d’électricité en raison de la façon dont il cible le gaz naturel. Nous demandons à la population canadienne et à l’industrie de continuer à faire en sorte que leurs voix soient entendues pour inciter le gouvernement fédéral à collaborer avec nous à la conception de solutions réalistes.

    Il s’agit de s’assurer que l’énergie reste fiable, abordable, sûre et sécuritaire, ce qui importe de plus en plus aux gens de partout au pays.

    Timothy Egan : Quelles sont vos priorités sur la scène internationale?

    La ministre Schulz : La première ministre Danielle Smith et moi-même avons clairement indiqué à quel point il est important de défendre et de promouvoir notre industrie de l’énergie. Il ne s’agit pas seulement de communiquer, mais aussi de défendre l’innovation formidable qui se produit ici même en Alberta, en particulier en matière de réduction des émissions.

    Souvent, lorsque nous voyageons dans le monde, beaucoup de gens nous disent qu’ils ne savaient pas que nous faisions cela en Alberta. Je pense que c’est exactement la raison pour laquelle nous devons être présents à la 29e Conférence des Parties (COP 29) pour montrer au monde que l’Alberta continuera à jouer un rôle dominant en matière de réduction des émissions, tout en étant un moteur de l’innovation et du leadership énergétique en faveur de la réduction des émissions mondiales et de la stimulation des avancées technologiques dont la planète a besoin.

    J’ai entendu plusieurs représentants provinciaux dire qu’il y aurait tellement plus d’opportunités si nous pouvons travailler ensemble : pas seulement dans une région de la province, mais dans tout le pays, soit de la Colombie-Britannique et Terre-Neuve, en passant par l’Alberta et la Saskatchewan.

    Timothy Egan : Eh bien, Madame la Ministre, ce type de leadership est un signe positif pour nous et très motivant pour notre industrie. Quels sont vos conseils pour la poursuite de nos activités de développement, de transmission et de distribution du gaz naturel à la population canadienne?

    La ministre Schulz : Je dirais simplement qu’il faut continuer à promouvoir et à innover, car je crois que notre industrie énergétique est meilleure que quiconque en matière d’innovation.

    Nos producteurs de pétrole et de gaz en amont figurent parmi les leaders nationaux en matière d’investissement dans les technologies propres. Au Canada, la production totale du secteur conventionnel a augmenté de 21 %, tandis que les émissions d’équivalent en dioxyde de carbone ont diminué de 24 % au cours des dix dernières années. Pour sa part, la production de gaz naturel a augmenté de 35 %, et nous avons réduit les émissions d’équivalent en CO2 de 22 %.

    Ce sont des victoires, et nous devons les célébrer. Nous savons que notre industrie ne se contente pas de réduire les émissions, mais qu’elle optimise également l’utilisation de l’eau et réduit son empreinte carbone.

    Je vous dirais simplement de continuer à innover, d’intégrer la réduction des émissions dans votre planification et vos activités, et de continuer à investir dans la recherche et le développement, qu’il s’agisse du captage, de l’utilisation et de stockage du carbone, de stratégies de réduction des émissions de méthane ou de toute autre domaine.

    En ce qui concerne la réduction des émissions de méthane, ça ne semble pas un si grand défi à relever, car nous le faisons depuis si longtemps. En effet, la technologie qui nous permet d’arriver à des émissions de méthane proches de zéro ou presque sur un site y est souvent déjà en place depuis 10 à 12 ans. Ici, avec le gouvernement de l’Alberta, nous continuerons à aborder ce sujet parce que le monde a absolument besoin de pétrole et de gaz naturel produits de manière responsable, et le monde veut constater une réduction des émissions. Nous devons donc continuer à montrer que nous pouvons faire les deux, et que nous le ferons.

    Timothy Egan : Une dernière question : Pouvez-vous nous parler des possibilités offertes par l’hydrogène et de la façon dont cela pourrait jouer dans votre vision du leadership de l’Alberta et du Canada dans le domaine de l’environnement et de l’énergie?

    La ministre Schulz : Absolument. La première ministre a beaucoup parlé de l’hydrogène, et je pense que cela a permis d’attirer l’attention sur le fait que le gaz naturel est également une matière première pour d’autres produits.


    Il en est également question lorsque nous parlons de matières plastiques qui dépendent tellement des hydrocarbures comme matières premières – c’est la même chose pour l’hydrogène, l’ammoniac et les produits pétrochimiques. Pour ce qui est de l’hydrogène, nous cherchons à intégrer l’hydrogène propre à grande échelle, que ce soit pour les transports, la chaleur, la production d’électricité et le stockage des énergies renouvelables, l’utilisation industrielle et les marchés d’exportation.

    Bien sûr, il y a eu beaucoup de discussions avec des pays du monde entier au sujet de ce à quoi cela ressemblera et de la valeur estimative du marché mondial en ce qui concerne l’hydrogène; nous parlons de nos réserves de gaz naturel et de nos sources d’énergie renouvelable, de notre réseau de pipelines, de notre infrastructure et du rôle que tous ces éléments jouent au Canada et ailleurs dans le monde pour répondre aux besoins en hydrogène.

    Notre industrie, ici en Alberta, est en plein essor. Un complexe énergétique carboneutre de 1,3 milliard de dollars est en construction juste à l’extérieur d’Edmonton pour produire de l’hydrogène propre à partir du gaz naturel.

    Dow Chemicals a également fait une annonce importante, soit un investissement de 8,8 milliards de dollars pour la construction d’un complexe pétrochimique carboneutre à Fort Saskatchewan.

    Lorsque nous examinons ce projet, je me demande bien sûr pourquoi l’un des principaux producteurs de produits chimiques au monde, une entreprise qui peut placer ses capitaux n’importe où, a choisi l’Alberta. Je pense que cela est dû en partie aux efforts de notre gouvernement pour réduire les formalités administratives et pour attirer des investissements supplémentaires ici. Cependant, c’est certainement aussi parce que nous avons accès au gaz naturel dans notre géologie naturelle.

    Qu’il s’agisse d’hydrogène, de produits pétrochimiques ou de matières plastiques, nous avons d’énormes possibilités, et cela repose sur la disponibilité du gaz naturel, ce qui ne fait que renforcer l’importance de ce secteur.

    Timothy Egan : Merci beaucoup d’avoir pris le temps de vous joindre à nous aujourd’hui. Encore une fois, nous avons été ravis de la façon dont vous, la première ministre et vos collègues du cabinet avez saisi le dossier du gaz naturel comme une opportunité pour le monde et pour le Canada. Nous sommes prêts à continuer à travailler avec vous autant que faire se peut.

  • Entretien avec Mme Danielle Smith, première ministre de l’Alberta

    Entretien avec Mme Danielle Smith, première ministre de l’Alberta

    Danielle Smith, première ministre de l’Alberta

    Timothy Egan, président et chef de la direction de l’Association canadienne du gaz, a eu l’occasion de s’entretenir avec la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, pour discuter des moyens qui permettront aux gouvernements et à l’industrie de travailler ensemble et d’assurer un avenir énergétique sûr.

    Tim : C’est une journée plutôt fraîche ici à Edmonton, et nous aimons dire qu’il s’agit là d’un temps idéal pour le gaz naturel. Le gaz naturel de l’Alberta aide tout le pays, en particulier par temps froid, et nous vous en sommes reconnaissants, madame la première ministre. Cependant, ce témoignage de gratitude nous fait penser à plusieurs sujets qui alimentent le débat mondial et national sur l’énergie, et nous vous sommes reconnaissants du temps que vous nous accordez pour en discuter aujourd’hui.

    Les récents événements mondiaux témoignent plus manifestement que jamais de l’importance de la sécurité énergétique, et je pense qu’ils réorientent le débat sur l’énergie dans le monde entier. Je me demandais si vous pouviez nous donner votre avis sur ce que cela signifie pour le Canada et pour l’Alberta.

    Madame la première ministre Smith : Eh bien, je crois que ces événements nous amènent à élargir le débat sur l’énergie. Je pense que pendant longtemps, la discussion a principalement porté sur la réduction des émissions, ce qui est un sujet important. Si nous avons présenté un plan visant à atteindre la carboneutralité d’ici 2050, c’est en partie parce que nous voulons illustrer au monde que, oui, nous voulons faire preuve d’initiative en matière d’environnement.

    Cependant, vous pouvez aussi prendre d’autres mesures qui sont nécessaires, c’est-à-dire assurer la sécurité énergétique et rendre l’énergie abordable. Ces trois éléments sont d’une importance vitale. Je crois donc que l’instabilité qui règne actuellement dans le monde, en particulier en Europe, incite les gens à élargir leur vision de ce qu’est l’énergie verte. Je pense que le paradigme était auparavant axé sur l’éolien, le solaire et les batteries; mais maintenant nous commençons à voir des obligations vertes en Europe qui englobent l’énergie nucléaire et le gaz naturel.

    Cela s’explique par le fait que le gaz naturel présente un profil d’émissions plus faible que beaucoup des combustibles qu’il peut remplacer. Je pense donc qu’en adoptant l’approche selon laquelle le gaz naturel fait partie du futur paysage énergétique, nous pouvons réduire les émissions mondiales en utilisant cette source d’énergie pour remplacer le charbon, le bois et d’autres produits plus polluants. À mon avis, il s’agit là d’un message très positif que les gens commencent enfin à considérer comme étant légitime.

    Tim : Pourriez-vous élaborer un peu plus sur le sujet du gaz naturel. Le gaz naturel est au cœur du débat mondial sur l’énergie. Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’Europe s’est désespérément inquiétée d’une pénurie d’approvisionnement en gaz naturel. Des Européens sont venus frapper à nos portes, ici au Canada, pour nous demander ce que nous pouvions faire de plus avec cette source d’énergie.

    Le monde entier semble vouloir du gaz naturel en provenance du Canada. Que devons-nous faire de plus pour exporter notre gaz naturel outre-mer?

    Madame la première ministre Smith : Eh bien, nous devons dire à ceux qui en ont besoin qu’il existe un argument commercial en leur faveur. Je rencontrerai le représentant de l’Allemagne, car je pense qu’on lui a donné une mauvaise impression lorsqu’il est venu pour la première fois au Canada. Nous discutons activement avec les partenaires de LNG Canada, soit des pays comme le Japon, la Corée et la Malaisie, pour savoir s’ils comprennent l’importance du gaz naturel pour leurs économies futures.

    J’ai également discuté avec les membres de différentes alliances commerciales de LNG Canada dans le monde qui s’inquiètent beaucoup du fait que si le Canada ne fait pas sa part pour fournir un approvisionnement propre et sûr en gaz naturel à d’autres pays dans le monde, ceux-ci devront miser sur le charbon, ce qui va complètement à l’encontre de ce que nous cherchons à faire sur le plan environnemental. Je crois donc que le rôle du Canada est très important, et il est de mon devoir de m’assurer que les gens comprennent que nous sommes là et que nous sommes prêts à les aider.

    Je suis ravie de voir que le projet Coastal Gaslink est terminé. Il est en train d’être rempli en ce moment même. L’entreprise LNG Canada sera prête, si j’ai bien compris, en 2025. Celle-ci s’efforce de prendre une décision finale en matière d’investissement. Il est possible d’apporter un soutien supplémentaire à quelques autres projets menés par des Autochtones en Colombie-Britannique. Tant que nous pourrons faire valoir que la réduction des émissions à l’étranger est un moyen d’atteindre les objectifs mondiaux, je pense que les Britanno-Colombiens, les Albertains et les Canadiens comprendront qu’il s’agit d’un élément important du paysage énergétique de demain.

    Tim : Que pouvons-nous faire de plus au sein de l’industrie et comment pouvons-nous mieux travailler avec le gouvernement? Historiquement, il semble qu’il y ait eu une approche presque conflictuelle, souvent entre l’industrie et le gouvernement au sujet de l’énergie, en particulier au niveau fédéral. Avez-vous des conseils à donner sur ce que nous pouvons faire ensemble pour améliorer la situation et saisir les opportunités dont vous parlez?

    Madame la première ministre Smith : Je dois vous dire que, ironiquement, Michael Moore et son film Planet of the Humans, sorti il y a quelques années, ont vraiment fait voler en éclats le paradigme sur lequel le gouvernement fédéral s’appuyait. Beaucoup d’écologistes pensaient que l’éolien, le solaire et les batteries constituaient la solution. Or, ce documentaire a illustré le fait que si l’éolien et le solaire ont pu se développer, c’est en partie parce que le gaz naturel a servi de source d’énergie de secours.

    Ainsi, lorsque le vent ne souffle pas ou que le soleil ne brille pas, les centrales à gaz sont là pour nous aider. De plus, vous ne pouvez pas fabriquer un panneau solaire à partir d’un panneau solaire, ni une éolienne à partir d’une éolienne. Tout cela nécessite une énergie énorme nécessitant des équipements lourds et des processus industriels qui requièrent l’utilisation d’hydrocarbures. Je pense que la prise de conscience de ces choses a commencé à changer l’approche adoptée initialement.

    « Ainsi, lorsque le vent ne souffle pas ou que le soleil ne brille pas, les centrales à gaz sont là pour nous aider ».

    Il est très important que nous fassions comprendre ces faits aux gens parce que le gouvernement fédéral procède selon un paradigme qui repose encore sur ce très vieux raisonnement. C’est la raison pour laquelle il pense que tout peut être électrifié. Ils parlent de développer l’électricité pour la croissance future, mais aussi de chauffer toutes nos maisons à l’électricité. C’est pourquoi ils sont si obsédés par les pompes à chaleur, qu’elles fonctionnent ou non, à -25 degrés Celsius.

    Ils parlent également de faire passer tous les moyens transports à l’électricité. Or, nous venons d’apprendre aujourd’hui à Edmonton que des bus électriques sont en panne et que l’entreprise qui les a vendus va probablement faire faillite parce qu’ils ne fonctionnent pas très bien à des températures de 30 degrés Celsius. Il faut donc injecter une dose de réalité dans tout cela.

    Dans notre province, nous avons toujours compté sur des réseaux parallèles. Nous avons eu un réseau électrique et un réseau de gaz naturel. Notre réseau électrique est également alimenté principalement par le gaz naturel. Nous avons donc compris que le fait de disposer d’un système de secours permettant d’avoir les deux systèmes est un facteur de sécurité énergétique. Nous nous battons donc avec acharnement contre le gouvernement fédéral, contre son paradigme, car nous pensons qu’il entraînera une instabilité du réseau, un manque de fiabilité, des tarifs trop élevés et qu’il ne permettra absolument pas d’atteindre les objectifs mondiaux en matière de protection de l’environnement.

    Je crois donc qu’il y a beaucoup de travail à faire pour présenter le gaz naturel comme un élément du paradigme de la réduction des émissions. Je ne pense pas que nous ayons pleinement réussi parce que les voix des extrémistes sur cette question ont malheureusement prévalu pendant un certain nombre d’années. Toutefois, je commence à constater qu’on fait preuve de plus en plus de réalisme dans le débat, par exemples chez Bjorn Lomborg, Michael Shellenberger ou d’autres écologistes qui sont très préoccupés par les émissions, mais qui comprennent néanmoins que tout doit être fait de manière équilibrée.

    Tim : Dernière question, madame la première ministre : la communauté autochtone est un groupe de Canadiens très préoccupés par les questions environnementales. Vous avez fait référence au fait que plusieurs projets de gaz naturel liquéfié (GNL) comportent désormais une facette autochtone. Voulez-vous commenter l’occasion de réconciliation économique que cela représente et ce que cela signifie pour l’Alberta?

    Madame la première ministre Smith : Mon ministre des relations avec les Autochtones, Rick Wilson, parle de « réconcili-action », car même si de nombreuses paroles ont été prononcées (et les paroles sont importantes), si nous voulons faire une différence significative dans la vie des peuples autochtones, il faut qu’ils disposent de leur propre source de revenus. Elles doivent pouvoir disposer d’un flux de revenus sûr à long terme qui leur permette de consacrer de l’argent à leurs priorités, de développer leurs communautés avec toutes les infrastructures clés dont elles ont besoin, mais aussi de fournir des emplois bien rémunérés et une instruction aux personnes qui veulent créer des entreprises et travailler au sein de ces entreprises.

    La nature de la structure de propriété des Premières Nations ne leur permet pas d’aller à la banque et de contracter un prêt pour réaliser un investissement majeur dans un projet. La solution la plus simple a donc été de devenir l’entité qui fournit la garantie d’emprunt.

    Nous avons donc créé un fonds de garantie de prêt d’un milliard de dollars qui nous permet d’indemniser l’achat de certains de ces projets. Le processus que nous suivons est très rigoureux. Je m’attends donc à une incidence très, très faible de défaillance, mais cela leur permet de créer des flux de revenus à long terme. Nous avons déjà, je crois, sept projets, et deux autres seront mis en œuvre l’année prochaine, qui généreront 23 millions de revenus par an pour plus de 30 peuples autochtones.

    Sur la durée de vie de ces seuls projets, les revenus s’élèveront à 1,2 milliard de dollars. Pour eux, cela change la donne. L’enthousiasme suscité par ces projets nous a enthousiasmés. Nous n’avons cessé de recevoir des suggestions sur ce que nous pourrions faire de plus. Nous avons donc porté le montant de la garantie de prêt à 2 milliards cette année, puis celle-ci passera à 3 milliards l’année prochaine.

    J’aimerais que tous les grands projets d’infrastructure, qu’il s’agisse d’un oléoduc, d’un gazoduc ou d’une centrale électrique, fassent l’objet d’une prise de participation autochtone afin que les communautés concernées puissent bénéficier des revenus à long terme liés au développement de ces projets. Je pense que les Premières Nations sont en train de prendre l’initiative, ce que j’apprécie beaucoup.

    Regardez les projets de GNL en Colombie-Britannique menés par les Premières Nations, qui ont leur propre processus d’approbation environnementale et qui sont défendus lors de diverses conférences sur le GNL. Pour moi, c’est très stimulant de voir que nous avons des gens qui se soucient profondément de l’environnement, de leur peuple et de la question de l’accessibilité financière, mais qui comprennent aussi que ce type d’investissement offre une solution sans avoir à faire de compromis sur l’un ou l’autre de ces points.

    Et nous allons continuer à soutenir ce type de mesure.

    Tim : Nous estimons que c’est une solution. C’est une bonne nouvelle pour tous les Canadiens, tout comme l’est le gaz naturel. Nous vous remercions donc de nous avoir accordé de votre temps aujourd’hui et nous vous remercions, vous et vos concitoyens albertains, pour ce gaz naturel. Je suis un Ontarien qui l’utilise pour chauffer sa maison, et je l’apprécie beaucoup.

    Madame la première ministre Smith : J’en suis ravie. Nous sommes heureux de vous tenir au chaud.

    Tim : Merci encore madame la première ministre Smith.

  • Le ministre des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson, explique comment le Canada peut soutenir la sécurité énergétique

    Le ministre des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson, explique comment le Canada peut soutenir la sécurité énergétique

    Hon. Jonathan Wilkinson, Canada’s Minister of Natural Resources

    Nous sommes ravis d’inclure ci-dessous un article d’opinion du ministre des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson. Son emploi du temps n’a pas permis une entrevue en personne comme nous l’avons fait avec ses prédécesseurs, mais le ministre a abordé un certain nombre de questions clés que nous voulions explorer dans une entrevue, en particulier la préoccupation croissante du public concernant l’abordabilité de l’énergie et le désir des Canadiens et Canadiennes d’aider l’Europe en matière de sécurité énergétique. Le gaz naturel est essentiel pour répondre à ces deux enjeux publics : Le secteur gazier canadien est particulièrement qualifié pour maintenir l’énergie à un prix abordable et aider nos alliés — une victoire pour tous, et la clé de notre bien-être économique et de notre sécurité mondiale. Nous sommes impatients de travailler avec le ministre et ses collègues sur ces deux points.

    L’invasion de l’Ukraine par Poutine représente une violation du droit international, une attaque non provoquée contre un peuple pacifique et une atteinte à l’ordre international fondé sur des règles.

    Le Canada apporte un soutien indéfectible au peuple ukrainien et à nos amis et alliés européens.

    Il y a plusieurs semaines, notre gouvernement a pris des mesures pour interdire les importations de pétrole, de gaz et de produits pétroliers russes. Les États-Unis et le Royaume-Uni ont depuis pris des mesures similaires.

    L’invasion de Poutine a fait grimper les prix du gaz dans le monde entier, et ces événements ont soulevé de sérieuses questions sur la sécurité énergétique en Europe.

    « Le Canada apporte un soutien indéfectible au peuple ukrainien et à nos amis et alliés européens ».

    Ici, au pays, notre gouvernement fait appel au Bureau de la concurrence pour empêcher les prix abusifs. Et la question de l’abordabilité demeure une préoccupation centrale pour le gouvernement fédéral. Nous continuerons à travailler pour rendre la vie plus abordable — comme nous l’avons fait au cours des dernières années grâce à des programmes comme la Prestation canadienne pour enfants, les services de garde d’enfants à faible coût, et l’incitatif à agir pour le climat qui remet plus d’argent dans les poches des gens.

    Et sur la scène mondiale, nous continuerons aussi à faire notre part.

    L’Europe se concentre à court terme sur l’élimination de sa dépendance au gaz russe grâce aux importations de gaz naturel liquéfié (GNL) qui remplaceront le pétrole et le gaz russes, tandis que son objectif à moyen terme est de passer le plus rapidement possible aux énergies renouvelables et à l’hydrogène.

    Les dirigeants européens nous ont demandé d’explorer comment le Canada peut aider dans les deux cas, et les Canadiens et Canadiennes veulent s’assurer que nous faisons ce que nous pouvons pour aider l’Ukraine et l’Europe. Alors, comment le Canada peut-il aider?

    Le Canada occupe une position unique pour contribuer à la construction d’une économie d’énergie propre à long terme. Nous sommes déjà des chefs de file en matière de technologies non émettrices, et nous avons les ressources brutes nécessaires pour les construire.

    L’hydrogène propre est un carburant qui intéresse particulièrement l’Europe. Le Canada est l’un des principaux producteurs d’hydrogène au monde, et nous nous appuyons sur nos forces existantes, avec de multiples projets d’hydrogène d’un milliard de dollars déjà en cours dans tout le pays.

    La semaine dernière, j’ai participé à une réunion avec mes homologues de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) afin de discuter de la manière dont nous pourrions travailler ensemble pour garantir la disponibilité des minéraux essentiels nécessaires à la transition énergétique.

    L’Union européenne (UE) est le deuxième marché d’exportation du Canada pour les technologies propres. Il existe d’importantes possibilités de tirer parti de cette situation et, ce faisant, de créer des emplois durables au Canada.

    Mais nous examinons également ce que nous pouvons faire pour aider nos amis européens à court terme.

    Il y a actuellement beaucoup de discussions autour du GNL — non seulement comme combustible de transition pour la transition énergétique en cours, mais aussi comme remplacement direct du gaz russe dans l’immédiat.

    Pour que les exportations de GNL canadien aient un sens dans ce contexte, nous devrions démontrer notre capacité à satisfaire les besoins à court terme de l’Europe. En d’autres termes, nous devrions fournir du GNL à l’Europe pendant qu’elle en veut encore, et nous devrions le faire dans le contexte du respect des engagements climatiques du Canada.

    Le Canada ne dispose actuellement d’aucune installation de GNL à grande échelle sur la côte est. Une nouvelle infrastructure serait donc nécessaire — et elle devrait s’inscrire dans les délais européens de transition du GNL à l’hydrogène non polluant.

    De plus, toute exportation de ce type en provenance du Canada devra démontrer sa compatibilité avec les objectifs climatiques essentiels.

    « Il y a actuellement beaucoup de discussions autour du GNL — non seulement comme combustible de transition pour la transition énergétique en cours, mais aussi comme remplacement direct du gaz russe dans l’immédiat ».

    En général, si le GNL doit contribuer à la transition énergétique, son utilisation doit être directement liée au déplacement de combustibles à émissions plus élevées comme le charbon ou l’utilisation actuelle du gaz naturel. Nous ne pouvons pas dire que nous construisons une installation de GNL et simplement supposer qu’elle remplacera les combustibles hydrocarbures.

    Comme on l’a noté, les émissions associées à ces exportations devraient également s’inscrire dans les objectifs de réduction des émissions du Canada, ce qui signifie que les émissions associées à une installation de production devraient être très faibles. Pour éviter le risque que ces installations deviennent des actifs délaissés, elles devraient idéalement pouvoir se convertir à la production d’hydrogène à très faible teneur en carbone à long terme.

    Les dirigeants européens ont été clairs. Ils ne veulent pas seulement réduire leur dépendance au pétrole et au gaz russes — ils veulent réduire leur dépendance au pétrole et au gaz tout court.

    Comme l’a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, au début du mois, « c’est le passage aux énergies renouvelables et à l’hydrogène qui nous rendra véritablement indépendants. Nous devons accélérer la transition verte » [traduction].

    L’Europe redouble d’efforts pour obtenir son indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie et pour accélérer la transition vers un avenir à faible émission de carbone. Le Canada est là pour faire tout ce qu’il peut raisonnablement faire pour aider.

  • Une entrevue avec Mme Lori Ackerman, mairesse de Fort St. John (C.-B.)

    Une entrevue avec Mme Lori Ackerman, mairesse de Fort St. John (C.-B.)

    Cet entretien a été transcrit, puis révisé pour en réduire la longueur et en accroître la clarté. Le texte ci-dessous est une traduction de l’anglais.

    Timothy M. Egan, Président-directeur général de l’Association canadienne du gaz : Ma première question porte sur le sujet dont aucun d’entre nous ne semble pouvoir s’empêcher de parler, soit la COVID-19 et les confinements. Comment la municipalité de Fort St. John fait-elle face à la situation?

    Mme Lori Ackerman, mairesse de Fort St. John (C.-B.) : Je crois que notre communauté a bien géré la situation. Nos services publics se sont occupés de nos populations vulnérables et se sont assurés de la protection de nos travailleurs de la santé (assurant ainsi la sécurité de tous pendant la pandémie). Au sein de notre municipalité, nous avons élaboré nos protocoles et avons géré nos activités conformément à ceux-ci. Lorsque les décrets de santé publique changent et évoluent, nous changeons et évoluons avec eux. Nous avons su nous adapter à ces changements. Il y a eu des interruptions d’activités dans certaines de nos installations, mais nous avons fait progresser tous nos projets d’immobilisations l’an dernier, et nous continuerons à le faire en 2021.

    Je pense que ce qui m’a aidée est le fait que je suis engagée dans la gestion des urgences depuis plus de 20 ans. J’y voyais activement lorsque je travaillais avec l’Armée du Salut, et cela m’a vraiment permis de prendre conscience du fonctionnement des choses, des processus qui doivent être suivis ainsi que de l’utilité de garder son calme.

    M. Egan : C’est formidable! Cela fait écho à votre devise municipale « the energic city » (la ville énergique). Et sur le sujet de l’énergie, je sais que vous avez un profond attachement personnel à la proposition de valeur des ressources énergétiques. Pouvez-vous nous parler un peu de ce que le slogan « the energic city » signifie pour le développement des ressources naturelles à Fort St. John, ainsi que du rôle que joue le gaz naturel dans tout cela?

    Mme Ackerman : Eh bien, tout d’abord, je pense que vous savez que notre slogan « the energic city » fait bel et bien référence aux ressources énergétiques qui se trouvent tout autour de la communauté et au fait que nous avons accès à presque toutes les sources d’énergie, sauf les marées, étant donné que nous sommes situés assez loin à l’intérieur des terres de la côte de la Colombie-Britannique. Mais vous savez, notre communauté est tout à fait exceptionnelle. En effet, notre population est très jeune — l’âge moyen est d’environ 31 ans et demi — et beaucoup de gens viennent ici pour lancer leur carrière. Ces gens apportent des idées remarquables! Je pense que, par habitant, nous avons probablement plus d’entreprises environnementales ici qu’à Vancouver. Nos espaces extérieurs sont non seulement là où se trouvent nos ressources, mais c’est aussi là que les membres de notre communauté font leurs activités récréatives. Donc, lorsque vous voulez parler d’environnementalistes, il s’agit des tuyauteurs, des soudeurs, de tous ces hommes et ces femmes qui travaillent aux installations de forage. Ce sont eux et elles les environnementalistes. Ces personnes s’assurent que leur arrière-cour ne sera pas polluée, et elles en sont responsables parce qu’elles vivent ici.

    En ce qui concerne le gaz naturel, une opportunité importante s’offre à nous. D’amont en aval, l’exploitation du projet LNG Canada se fait entièrement à l’intérieur de la province de la Colombie-Britannique. Nous pouvons compter sur un organisme de réglementation de classe mondiale, soit la BC Oil and Gas Commission, qui a su harmoniser des projets comme celui-ci avec les normes environnementales élevées de la Colombie-Britannique. Nous allons de l’avant.

    Voici certains autres de nos faits saillants sur le plan énergétique : nous avons été nommés la communauté de l’année par Clean Energy BC en 2017 en raison de projets que nous avons réalisés. L’un d’eux consistait en la construction de la « maison passive » unifamiliale située la plus au nord au Canada. Notre projet de microcentrale hydroélectrique est une autre de nos réalisations. Nous sommes situés sur un plateau qui surplombe la rivière de la Paix, et nous dépensons des centaines de milliers de dollars pour faire remonter l’eau dont nous avons besoin à l’aide pompes à haut débit. Or, après avoir traité cette eau, nous la rejetons ensuite dans la rivière dans un meilleur état que nous l’avons recueillie. Nous avons compris qu’il y avait un dénivelé important à cet endroit. Nous avons donc resserré la ligne et y avons installé une turbine en ligne. Cela nous permet maintenant de produire de l’énergie, ce qui est incroyable! Nous croyons fermement que la meilleure forme d’énergie que l’on puisse produire est celle que l’on peut conserver. Nous avons donc une politique selon laquelle chaque fois que nous envisageons de construire ou de rénover un bâtiment, nous nous demandons : que pouvons-nous faire pour améliorer ce bâtiment?

    « Nous croyons fermement que la meilleure forme d’énergie que l’on puisse produire est celle que l’on peut conserver ».

    M. Egan : Vous avez parlé de GNL, d’énergie solaire passive et d’une microcentrale hydraulique, qui représentent différentes solutions. Alors, bien que je ne veuille pas vous influencer, vous semblez dire que vous voulez examiner toutes les solutions possibles. Souvent, dans les débats municipaux au Canada, on semble dire « non, nous devons en choisir une, et c’est l’électricité ». Comment réagissez-vous à cela?

    Mme Ackerman : Je me souviens d’avoir entendu dire qu’une ville canadienne avait déclaré qu’elle n’autoriserait plus la consommation du gaz naturel dans sa communauté. J’ai souri, et je me suis dit : « Eh bien, ils n’ont pas vraiment ce pouvoir ». Je ne peux pas dire à la direction d’un hôpital, d’une commission scolaire ou de toute autre organisation comment elle doit gérer ses affaires. D’ailleurs, j’ai une cuisinière au gaz naturel, et je ne m’en départirai jamais!

    Je suppose que les gens doivent vraiment comprendre l’infrastructure. Il est facile d’appuyer sur l’interrupteur, de régler le thermostat et de brancher des appareils. Toutefois, il demeure que la plupart des gens ne sont pas conscients de l’importante infrastructure qui se trouve derrière cet interrupteur, ce thermostat ou cette prise d’alimentation, et de ce qu’il faudrait faire pour passer à un autre mode d’énergie. À moins que vous ne prévoyiez de prendre en charge l’ensemble de la filière amont-milieu- aval d’une source d’énergie, les entreprises et les résidents de votre communauté ont déjà pris une décision à propos de la source d’énergie qu’ils souhaitent utiliser.

    M. Egan : Lorsque vous pensez au débat municipal sur l’énergie, celui-ci est souvent dominé par les points de vue des grands centres urbains. Les villes comme la vôtre ne sont pas entendues. Pourtant, à bien des égards, vous traitez des mêmes questions, et dans des circonstances plus difficiles. J’ai été intriguée par votre remarque sur le fait que vous savez que les résidents de votre communauté sont très écologistes étant donné leur plus grande proximité avec l’environnement naturel qui les entoure. Y a-t-il un rôle que vous puissiez jouer pour accroître la compréhension des grandes villes au sujet des réalités dont il faut tenir compte dans le débat sur l’énergie?

    Mme Ackerman : Il y a quelques années, nous avons lancé une campagne de compréhension de l’énergie. Nous invitons les gens pour leur montrer les installations de forage et leur fonctionnement afin qu’ils comprennent parfaitement tout ce que nous faisons. Nous leur faisons visiter la « maison passive », la turbine en ligne ainsi que le collège, qui dispose d’une installation de forage fonctionnelle complète aux fins de formation. Ils voient les pistons racleurs de pipeline1. C’est quelque chose que je connais et que tout le monde dans l’industrie connaît. Toutefois, ces gens sont passés devant ces gares de pistons racleurs le long de l’autoroute, sans savoir de quoi il s’agit vraiment. Lorsqu’ils comprennent ce qu’est un racleur, les différents types de racleurs et ce qu’ils font, ils réalisent alors l’importance de l’intégrité des pipelines et pourquoi on investit tant d’argent pour maintenir cette intégrité en tout temps. Cela fait longtemps que nous essayons de faire entendre notre voix, mais je peux vous dire qu’il faut un cœur fort pour répondre aux messages d’intimidation sur les médias sociaux après un événement de ce genre. Certaines personnes m’ont dit que je ne gagnerais jamais ma prochaine élection parce qu’elles allaient faire savoir à toute ma communauté que je soutiens l’industrie pétrolière et gazière. Vous savez, j’ai appris il y a longtemps qu’il y a toujours vingt pour cent de personnes qui sont totalement en faveur de votre projet, vingt pour cent qui sont totalement contre, et soixante pour cent qui disent « pourriez-vous vous écarter de mon chemin, j’essaie de travailler ». Je suis fermement convaincue que votre gouvernement est la dernière chose à laquelle vous devriez penser en vous levant le matin. Nous ne devrions pas être au premier plan, et lorsque le gouvernement s’ingère dans notre vie quotidienne, je pense que c’est un peu envahissant. Les gens doivent comprendre comment fonctionne le processus décisionnel législatif. Ils doivent comprendre que nous avons au Canada des institutions qui prennent des décisions importantes fondées sur la science. Il est certain que j’ai affronté des entreprises qui voulaient construire ou faire d’autres activités dans ma région — et nous avons fait des investissements importants pour ce qui est des aspects ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) — dans le cadre d’un débat proactif et productif. Je pense simplement que de nombreuses communautés doivent comprendre que l’intimidation contre ceux d’entre nous qui soutiennent le pétrole et le gaz doit cesser : les communautés doivent s’exprimer et s’investir activement.

    M. Egan : Vous parlez d’intimidation et d’être prêt à tenir tête à ceux qui ont des idées incompatibles avec ce que vous essayez de faire dans votre propre communauté. Quels conseils avez-vous à donner à l’industrie de l’énergie pour qu’elle s’investisse activement auprès des municipalités, en particulier dans le contexte des objectifs énergétiques plutôt ambitieux de la part de gouvernements comme ceux à Victoria et à Ottawa?

    Mme Ackerman : Tout d’abord, ils doivent comprendre le territoire de compétence de l’organisme de réglementation, car selon le projet, il s’agira soit de la Régie canadienne de l’énergie, soit, dans notre cas, de la BC Oil and Gas Commission. Chaque province a son propre organisme de réglementation. Nous avons établi un plan communautaire officiel qui expose clairement notre vision de notre communauté pour l’avenir, et ce document a été préparé avec une importante participation du public. Une fois en place, j’ai pour rôle — avec mes collègues du conseil — de mettre ce plan en œuvre, conformément au cadre réglementaire. Je vous recommande donc de comprendre les exigences de l’organisme de réglementation et les obstacles que vous devez franchir, puis de prendre connaissance des plans communautaires officiels du territoire de compétence. Ensuite, travaillez dans le cadre de ces plans et investissez-vous localement pour montrer que vous voulez améliorer les choses et la communauté.

    M. Egan : Et que dites-vous aux gouvernements provinciaux et fédéral lorsqu’ils agissent avec vous? Parfois, ils établissent des plans abstraits. Vous, en tant qu’administration locale, ne pouvez pas agir dans l’abstrait : vous êtes beaucoup plus proche du quotidien des gens. Alors, quels conseils pourriez-vous donner aux autres ordres de gouvernement?

    Mme Ackerman : Ce sont généralement les « ministères de la terre » (ministères gouvernementaux qui s’occupent des terres et des ressources) qui viennent nous voir. Ils nous parlent d’un grand nombre de choses différentes, mais s’ils ne comprennent pas notre plan communautaire officiel, ils n’ont aucune idée de nos intentions. Je ne veux pas qu’ils me consultent, je veux qu’ils communiquent avec moi. La définition de la consultation consiste à simplement écouter ce que je dis et à ne pas fournir de commentaires sur mes propos. Au lieu de procéder ainsi, discutons et ayons un débat sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Mon style de gestion des conflits par défaut est la collaboration. Je suis donc prête à consacrer beaucoup d’heures et d’efforts pour aboutir à quelque chose qui fonctionne. Je comprends la nécessité de collaborer sur de nombreux projets. Les autres ordres de gouvernement devraient comprendre cela également.

    M. Egan : Au cours des deux derniers mois, un certain nombre de choses ont amené les gens à réfléchir à l’énergie d’une manière différente. Nous venons d’assister à une situation assez effrayante au Texas où tout un réseau énergétique a été menacé par un événement météorologique violent. Les communautés du Nord comprennent l’importance de la fiabilité et de la résilience de leur réseau énergétique. Pensez-vous qu’on comprenne suffisamment bien ces questions dans le débat national sur l’énergie et l’environnement?

    Mme Ackerman : Mon beau-fils vit à Lubbock, au Texas, et nous lui avons donc rendu visite à quelques reprises. L’une des conversations que j’ai eues là-bas portait sur les normes de sécurité canadiennes et la technologie qu’ils cherchaient à mettre en œuvre. Nous avons des années-lumière d’avance sur certaines des choses qu’ils faisaient. Je pense qu’une grande partie de l’infrastructure que nous avons au Canada n’est pas appréciée à sa juste valeur — je crois que les gens doivent vraiment être conscients de leurs vulnérabilités. Personne au Texas ne croyait qu’un évènement désastreux de la sorte se produirait là-bas un jour, mais la réalité les a rattrapés. Au Canada, nous avons probablement les meilleures normes mondiales en matière d’infrastructure dans un pays nordique. Je pense qu’il y a un manque de sensibilisation et de respect pour nos ressources canadiennes et la façon dont nous les avons développées ici. Je ne pense pas que ce soit intentionnel : les gens ne pensent tout simplement pas au travail que mes concitoyens et les résidents des autres provinces font jour après jour pour s’assurer qu’absolument toutes les sources d’énergie arrivent au consommateur en toute sécurité.

    « Je pense qu’une grande partie de l’infrastructure que nous avons au Canada n’est pas appréciée à sa juste valeur — je crois que les gens doivent vraiment être conscients de leurs vulnérabilités ».

    M. Egan : Pour ce qui est de l’appréciation à sa juste valeur, ajoutons que le Canada a la chance de disposer d’une énergie incroyablement abordable. Pensez-vous que vos homologues provinciaux et fédéraux attachent suffisamment d’importance à l’abordabilité de notre énergie lorsqu’ils réfléchissent à certains de leurs plans énergétiques et environnementaux?

    Mme Ackerman : En un mot : non. Je ne pense pas qu’ils le comprennent, car je crois qu’ils n’ont pas saisi pleinement les efforts nécessaires pour mettre en place l’infrastructure qui leur permettra d’atteindre leurs idéaux. Je ne dis pas qu’il faut éviter d’établir des objectifs en la matière, mais je sais que des quartiers dans cette province ne pourraient pas soutenir plus de deux véhicules électriques en raison de l’infrastructure vieillissante de notre réseau électrique. L’atteinte de cet objectif nécessitera donc une mise à niveau importante de la part de l’entreprise de services publics. Je comprends qu’il s’agit d’une décision politique. C’est un idéal qu’ils poursuivent, mais je ne pense pas qu’ils en aient une pleine compréhension. C’est pourquoi j’ai souvent dit aux gens « écoutez, je me fiche de ce que vous dites pendant la campagne électorale, mais lorsque vous vous asseyez dans ce fauteuil, vous devenez un décideur, vous gouvernez pour l’ensemble de votre territoire de compétence ». Ce qui se passe en réalité, c’est qu’ils se concentrent sur leurs électeurs pour être réélus et pensent donc par tranches de quatre ans ou selon le cycle électoral, de sorte que rien n’est jamais vraiment accompli.

    M. Egan : J’espère que les confinements seront bientôt levés pour que davantage de Canadiens et Canadiennes puissent se rendre dans cette belle région du monde qu’est Fort St. John et, je l’espère, écouter les idées de gens comme vous sur la façon de faire avancer les choses. Merci de nous avoir parlé aujourd’hui. Nous vous sommes reconnaissants de nous avoir consacré du temps et de nous avoir exposé votre point de vue sur l’industrie du gaz naturel.

    1. Anatomie d’un racleur intelligent, en ligne : <www.aboutpipelines.com/wp-content/uploads/2016/11/PigAnatomy-Infographic-v4_French-1.pdf>.

  • Une entrevue avec l’honorable Seamus O’Regan, Ministre des Ressources naturelles

    Une entrevue avec l’honorable Seamus O’Regan, Ministre des Ressources naturelles

    Cet entretien a été transcrit, puis révisé pour en réduire la longueur et en accroître la clarté. Le texte ci-dessous est une traduction de l’anglais.

    Timothy M. Egan, président-directeur général de l’Association canadienne du gaz : Au Canada, le gaz naturel répond à environ 35 % des besoins énergétiques du pays et constitue l’énergie d’utilisation finale la plus abordable et à la croissance la plus rapide. Des clients industriels, commerciaux et résidentiels nous demandent constamment comment obtenir du gaz naturel (s’ils n’y ont pas déjà accès), et certains de vos collègues d’arrière-ban nous posent la question suivante : « Que devons-nous faire pour obtenir du gaz [naturel] dans nos circonscriptions si nous n’y avons pas déjà accès? »

    Dans le contexte de la pandémie de la COVID-19, nous répondons par : « que pouvons-nous faire pour contribuer le mieux possible à l’accélération de la reprise économique? » Cela s’applique autant aujourd’hui qu’en octobre. Qu’en pensez-vous? Que recommandez-vous que nous fassions au sein de l’industrie du gaz [naturel] en aval pour contribuer à la reprise?

    L’honorable Seamus O’Regan, Ministre de Ressources naturelle du Canada

    L’honorable Seamus O’Regan, ministre des Ressources naturelles du Canada : Le message le plus important au cours de cette période de transition est que nous avons constaté pendant la pandémie de la COVID19 une accélération notable des tendances et une exacerbation considérable des écarts et des inégalités, aussi bien dans le monde des affaires que dans la sphère politique. Cela nous amène tous (au sein de l’industrie de l’énergie, et plus largement dans la société) à affronter les choses beaucoup plus rapidement que prévu. Il y a des choses qui ne changent pas. Il n’y aura pas de reprise économique sans l’appui de notre secteur pétrolier et gazier. Et c’est un point que je faisais valoir en février et que je réitère avec plus de vigueur maintenant. Nous sommes le quatrième producteur de pétrole au monde. Nous sommes le sixième plus grand exportateur de gaz naturel. L’énergie, c’est un peu comme notre entreprise familiale; c’est ce que nous faisons. Le secteur de l’énergie est générateur de centaines de milliers d’emplois au pays. Il s’agit aussi d’un secteur d’exportation qui est appelé à croître encore davantage. Nos exportations s’élevaient à 6,1 milliards de dollars en 2018. Nous sommes sur le point de devenir l’un des producteurs les plus propres au monde dans l’approvisionnement des marchés nationaux et mondiaux en gaz naturel. Cette source d’énergie permet d’alimenter et de chauffer les collectivités de tout le Canada à des prix abordables. Nous avons donc besoin de cette industrie comme force motrice de notre économie. Il faut aussi que notre économie soit alimentée en énergie en produisant moins d’émissions, et nous devons faire ce qui doit être fait pour l’avenir.

    On ne procède pas à la transition d’une économie en la débranchant. Nous devons être méthodiques à ce sujet. Cependant, nous comprenons l’urgence de la situation. Et c’est une urgence qui ne touche plus seulement le climat ou la lutte contre le changement climatique. Il s’agit de savoir où sont consacrés les investissements et comment les choses évoluent. Je me renseigne de plus en plus sur les énergies renouvelables, non pas dans les magazines spécialisés, mais dans le The Economist et le Financial Times. C’est en train de devenir un sujet de l’heure. D’ailleurs, c’est la première année où les investissements dans les énergies renouvelables sont supérieurs à ceux consacrés aux énergies non renouvelables. Ce que je sais, c’est que le gaz naturel, en particulier, sera un élément essentiel du paysage énergétique.

    Je passe beaucoup de temps avec Fatih Birol et l’Agence internationale de l’énergie. Ceux-ci prévoient que le gaz naturel (c.àd. la demande mondiale pour cette source d’énergie) continuera à prendre de l’ampleur au cours des décennies à venir, alors que les sources d’énergie renouvelables augmenteront leurs parts de marché. Le gaz est donc en position de force pour être à la tête de la transformation vers les énergies propres. Les investissements dans les technologies propres de la part du secteur pétrolier et gazier s’élèvent à environ un milliard de dollars annuellement au Canada, ce qui représente 75 % des investissements totaux de ce secteur. Pour ce qui est des réductions d’émissions par baril (soit 30 % au cours des 20 dernières années), nous savons que nous devons faire mieux, mais c’est déjà considérable. Cette réalisation est attribuable, en partie, à l’électrification de la production de gaz naturel que nous avons observée et que nous voulons accroître, ainsi qu’aux produits de gaz naturel liquéfié sur la côte Ouest. Je pense qu’il existe un potentiel similaire pour la côte Est.

    Je lisais le Financial Times il y a quelques semaines, et comme je l’ai mentionné, on voit de plus en plus d’articles et d’éditoriaux à ce sujet dans ce périodique pourtant très axée sur le monde des affaires. On y dit que résister à l’adoption des énergies renouvelables est à la fois futile et néfaste. Pour toute personne sur le marché de l’énergie, c’est quelque chose à examiner et dont vous devez tenir compte. C’est ce que le milieu du gaz naturel est prêt à faire. En tant qu’acteur majeur, mais aussi en tant qu’acteur intelligent, nous pouvons prévoir les produits dont les gens auront besoin, nous voyons où sont consacrés les investissements, et nous savons déceler d’où proviennent les fonds.

    Je me souviens que lorsque j’étais au Globe (la conférence sur les technologies propres à Vancouver, soit la plus importante en Amérique du Nord), j’ai déclaré : « Nous sommes le sixième producteur de gaz naturel et le quatrième producteur de pétrole au monde; nous n’atteindrons donc pas des émissions nettes nulles sans notre secteur pétrolier et gazier; nous ne l’atteindrons tout simplement pas » [traduction]. L’évolution vers un niveau d’émissions nettes nulles au Canada passe par l’Alberta, la Saskatchewan, Terre-Neuve-et-Labrador et la Colombie-Britannique. Le lendemain, par coïncidence, je coorganisais un sommet sur l’innovation à Calgary avec Sonya Savage, ministre de l’énergie de l’Alberta, et c’est à ce moment-là que la décision au sujet de BlackRock a été rendue. Depuis lors, nous avons vu les réactions de la Deutsche Bank et d’autres acteurs, et ils ont compris que l’industrie énergétique canadienne était dans la ligne de mire de certains. Je leur ai répondu qu’un secteur pétrolier et gazier prospère au Canada a besoin d’un niveau d’émissions nettes nulles. Mon message était qu’il ne s’agit plus seulement de l’environnement et de la noble cause de la lutte contre le changement climatique (et c’est effectivement une noble cause), mais qu’il s’agit plutôt d’un impératif économique stratégique. C’est devenu un impératif concurrentiel pour notre pays, car c’est là qu’est consacré l’argent. Notre grande préoccupation réside dans le fait que les gestionnaires de fonds du monde entier et les investisseurs, qu’ils soient à New York ou à Londres ou à Zurich, cherchent des cases à cocher. Le portrait que je brosse est celui d’un gestionnaire de portefeuille assis au bout de la table du conseil d’administration, regardant ses employés et leur disant : « Que faisons-nous pour lutter contre le changement climatique? » Et l’un d’eux lève la main et dit : « Nous n’investissons pas dans l’énergie canadienne ». C’est une case à cocher. C’est dangereux, et on ne devrait pas procéder ainsi, mais c’est la réalité. Nous devons donc combattre cette façon de faire. Je leur dis, regardez de l’autre côté du registre pour voir la case à cocher relative aux questions suivantes : Ce pays fait-il quelque chose pour lutter contre le changement climatique? Est-ce qu’il est en voie d’atteindre des émissions nettes nulles?

    Ils recherchent les pays qui se sont engagés à atteindre des émissions nettes nulles d’ici 2050. Je suis présentement à Terre-Neuve-et-Labrador. Il y a un mois et demi, l’assemblée législative s’est engagée à l’unanimité à atteindre des émissions nettes nulles d’ici 2050. Nous sommes l’une des trois principales provinces productrices de pétrole et de gaz du pays. Il s’agit d’un engagement important. Ils voient dans quelle direction vont les choses, et ils vont de l’avant. Et c’est ce que nous devons faire.

    Egan : Monsieur le Ministre, vous avez vous-même qualifié cela comme « aller sur la lune ». C’est un objectif ambitieux que votre gouvernement s’est fixé. Je comprends que d’autres acteurs le réclament, et pourtant, comme vous venez de le faire, vous faites constamment valoir que le secteur pétrolier et gazier doit travailler avec eux pour atteindre les objectifs que vous établissez. Toutefois, il y a beaucoup d’enthousiastes pour ces objectifs qui disent que ceux-ci ne peuvent pas être atteints avec la présence de notre secteur. Je dois avouer qu’il y a beaucoup de personnes qui soutiennent votre point de vue et celui de votre gouvernement. Lorsqu’ils envisagent d’adopter des interdictions municipales au sujet du gaz naturel ou de prendre d’autres mesures du genre, que leur répondez-vous?

    « Il n’y aura pas de reprise économique sans notre secteur pétrolier et gazier. »

    Ministre O’Regan : C’est une très belle journée ensoleillée de 25 degrés Celsius ici à St John’s, ce qui est rare. Je suis en séance Zoom avec vous depuis le point le plus à l’est de l’Amérique du Nord. C’est littéralement un rocher au milieu de l’Atlantique Nord. J’ai grandi ici et dans une collectivité du Labrador, une collectivité du Nord accessible uniquement par voie aérienne. Lorsque vous grandissez dans une collectivité comme celle-ci, vous ne pouvez pas vous permettre d’être idéaliste. Comme les gens d’ici, je vois le monde tel qu’il est.

    Nous sommes le quatrième producteur mondial de pétrole. Nous sommes un grand producteur de gaz naturel. Cependant, nous sommes également le deuxième producteur mondial d’hydroélectricité. Nous sommes un pays de premier plan dans le domaine de l’énergie nucléaire. Nous disposons d’un vaste paysage énergétique ici, mais malheureusement trop de gens dans ce pays n’ont pas la même proximité que moi ou les gens de l’Alberta et de la Saskatchewan avec le premier créateur de richesse de ce pays.

    Si je traverse la rue et que je regarde le port de St. John’s, je vois constamment des navires de ravitaillement qui se rendent sur les plates-formes. Je suis exposé à cette situation chaque jour. C’est la réalité. Je réponds aux gens qui disent qu’il suffit de tout éteindre que cela n’est pas une solution réaliste. Je suis ambitieux. Je suis un environnementaliste. Je crois à la réduction des émissions. Je crois en l’atteinte d’un niveau d’émissions nettes nulles d’ici 2050, et comme j’y crois de façon réaliste, cela correspond à la réalité. C’est à cela que ressemble le changement. C’est prendre des décisions difficiles.

    Vous ne pouvez plus vous contenter de discours accrocheurs qui nous amènent à dire non à ceci et oui à cela. Non! Ce n’est pas comme ça qu’on y arrive. Et ce n’est surtout pas comme ça qu’on y arrive dans une démocratie. Lorsque vous grandissez dans une province marginale – et je vous rappelle que j’ai aussi grandi au Labrador, qui correspond à la marge de la marge – le gouvernement vous semble parfois un concept abstrait qui ne correspond pas à la réalité telle que vous la voyez sur le terrain. Vous ne vous sentez pas inclus. Par exemple, les gens du Labrador n’ont pas eu le sentiment de faire partie intégrante de cette province pendant plusieurs années (et certains n’ont toujours pas ce sentiment). La population de cette province n’a pas toujours l’impression d’être représentée à Ottawa. Elle a l’impression de ne pas être entendue. Si nous n’incluons pas les gens dans les efforts de réduction des émissions, celles-ci ne se concrétisera pas, car les électeurs choisiront un autre gouvernement qui les prendra en considération. Parfois, le gouvernement représente le statu quo ou n’est pas aussi ambitieux que nous, ou pire encore, il peut faire reculer les choses (comme nous l’avons vu aux États-Unis sous l’administration Trump avec l’abolition des objectifs climatiques que l’administration Obama avait établis). C’est le fait d’une démocratie. Les gens ont besoin de sentir qu’ils font partie du changement. Je n’aime même pas parler de transition parce que, franchement, surtout dans le contexte de la COVID-19 en ce moment, les gens à qui nous avons affaire connaissent suffisamment d’instabilité et de changements dans l’économie, surtout dans le secteur pétrolier et gazier. Avec la COVID-19, la dernière chose qu’ils veulent entendre, c’est qu’il est encore question de changements, ou de transition. Je garde un œil sur le prix à payer pour réduire les émissions et sur les façons d’y parvenir? Dans certains secteurs, la situation commence déjà à s’améliorer, mais je pense que c’est ce que nous devons faire. Je ne cesse de répéter que nous devons être intelligents, nous devons démontrer l’ingéniosité dont nous avons fait preuve lorsque nous avons voulu extraire le pétrole des sables bitumineux, par exemple. C’était tout à fait remarquable! Il s’agissait d’un exploit incroyable qui nous a amenés à devenir l’un des cinq premiers acteurs mondiaux dans le secteur de l’énergie. Tout le monde nous regarde pour ces raisons.

    Je suis très fier de ce que nous sommes. Je suis très fier de nos réalisations. Je suis très fier du fait que nous soyons un acteur aussi important dans le secteur pétrolier et gazier. Mon argument est le suivant : pour réduire nos émissions, nous devons mettre à profit l’ingéniosité dont nous avons fait preuve auparavant pour arriver là où nous sommes aujourd’hui. C’est parce que nous avons fait ceci que nous pouvons faire cela. J’en suis convaincu. Toutefois, nous devons également agir de façon réfléchie. Nous ne pouvons pas négliger certaines choses. Or, je pense que l’une des plus importantes choses que nous négligeons, et je suis très enthousiaste à ce sujet et cela revient à mon message sur l’inclusivité, c’est les gains d’efficacité. Les économies d’énergie, comme celles à la base de la rénovation de votre maison, de la modernisation des bâtiments et des nouveaux codes de construction, nous amènent à choisir le meilleur combustible lorsque nous examinons ceux qui s’offrent à nous. Nous pouvons ainsi atteindre entre un quart et un tiers des objectifs de l’Accord de Paris grâce à des gains d’efficacité, ce qui est remarquable. Et, comme je l’ai déjà dit, nous devons agir de façon réfléchie. Nous devons nous assurer que les gens fassent partie de la démarche. Nous avons fait du bon travail ici. En matière de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance d’entreprise, nous sommes en tête de liste avec Yale. Nous voyons des Européens, en particulier Total je crois, se retirer des sables bitumineux. À mon avis, beaucoup d’entre eux se fient à des informations qui ne tiennent compte que des émissions par baril (dans le cas du pétrole) et non de nos réalisations remarquables pour réduire ces émissions au cours des 20 dernières années. Nous devons nous appuyer sur ces informations. Je pense que c’est là où nous en sommes rendus.

    « Il n’est pas question de la source des émissions, mais simplement de la réduction des émissions. Nous devons cesser de cibler des industries. Notre objectif consiste simplement à réduire les émissions. Voilà notre objectif, et non de réduire les émissions de secteurs en particulier. Nous devons simplement réduire les émissions, et c’est un point très important lorsque vous parlez d’émissions nettes nulles d’ici 2050. Le mot important à retenir est « nettes ».

    Egan : Je partage vos réserves sur le mot « transition », car ce terme correspond à mon avis à l’interprétation de certains des partisans d’une cessation complète de la consommation des carburants.

    Ministre O’Regan : Je m’appuierais sur cette idée, Tim, et sur ce dont m’a fait part Jonathan Wilkinson, ministre de l’Environnement et du Changement climatique : il n’est pas question de la source des émissions, mais simplement de la réduction des émissions. Nous devons cesser de cibler des industries. Notre objectif consiste simplement à réduire les émissions. Voilà notre objectif, et non de réduire les émissions de secteurs en particulier. Nous devons simplement réduire les émissions, et c’est un point très important lorsque vous parlez d’émissions nettes nulles d’ici 2050. Le mot important à retenir est « nettes ». Il y aura encore des émissions et d’autres choses qui compenseront ces émissions inévitables. Nous continuerons à émettre, nous devons juste émettre beaucoup moins pour atteindre les objectifs de 2050, et ceux de 2030 également.

    Egan : Votre ministère a récemment créé une direction générale des carburants propres. Cela a suscité un grand intérêt pour nous. D’ailleurs, nous avons commencé à en parler avec certains de vos fonctionnaires, car il est question de gaz naturels renouvelables (GNR) et d’hydrogène, ce qui nous ravit. Monsieur le Ministre, vous avez parlé d’électrification tout à l’heure. Comme vous le savez sans doute, l’électrification est assez préoccupante pour nous si cela signifie l’abandon de nos infrastructures. Nous voulons nous assurer qu’il y a présence d’un marché concurrentiel et qu’il n’y aura pas de favoritisme. Votre direction générale des combustibles propres a établi le gaz naturel renouvelable comme une priorité, et nous trouvons que c’est une bonne chose. Je me demande si vous pourriez nous dire ce que vous pensez du GNR et de l’hydrogène et comment vous voyez ces sources d’énergie jouer un rôle dans le futur.

    Ministre O’Regan : L’une des choses que nous voulons faire d’emblée, c’est nous appuyer sur votre fonds Gaz naturel financement innovation. Je pense que les investissements que vous avez favorisés dans les technologies propres tout au long de la chaîne d’approvisionnement du gaz naturel sont très importants dans toute cette démarche. Je pense que l’aide que vous apportez aux producteurs et aux distributeurs pour améliorer les performances environnementales et maintenir cet avantage concurrentiel va changer la donne dans des domaines comme la réduction du méthane et la production durable. Je crois que nous entretenons avec vous une relation solide qui nous permet de relever tous ces défis grâce au protocole d’accord que nous avons conclu ensemble. La création de la nouvelle direction générale des combustibles propres fait partie du secteur [groupe] de l’énergie à faible teneur en carbone de mon ministère. C’est en quelque sorte l’étape suivante dans la progression de notre relation. La nouvelle direction générale s’appuie sur d’autres travaux existants, soit la stratégie nationale sur l’hydrogène, qui sera lancée cet automne, notre Fonds de réduction des émissions et l’élaboration de la Norme sur les combustibles propres à Environnement Canada. L’idée ici, je pense, est de se spécialiser sans être myope. Il y a certains domaines auxquels nous devons vraiment nous attaquer, mais nous devons nous assurer que tout le monde collabore. Une solution ne doit pas être choisie au détriment d’une autre. Comme je l’ai dit, le gaz naturel nous procure un énorme avantage concurrentiel. Nous voulons le conserver, et il fera partie intégrante des efforts de réduction des émissions en général. Toutefois, nous faisons aussi d’autres choses, que ce soit pour le méthane ou pour la Norme sur les combustibles propres.

    Egan : Pour en revenir à l’hydrogène, vous avez parlé de la stratégie qui sera lancée cet automne. Je sais que vous êtes en pleine consultation à ce sujet, et je comprends donc que vous n’ayez pas d’avis définitif sur certains aspects de cette stratégie. Nous nous considérons comme les principaux acteurs de cette stratégie, car fondamentalement, il s’agit d’acheminer du gaz dans une conduite, et nous excellons dans ce domaine. En fait, comme vous le savez, il y a 100 ans, le gaz naturel contenait une part importante d’hydrogène, car c’était alors un gaz de ville dérivé en grande partie du charbon. Nous avons donc le sentiment d’avoir déjà une certaine expérience et une certaine familiarité avec l’hydrogène. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’orientation que vous souhaitez donner à cette stratégie de l’hydrogène? Étant donné que certaines provinces ont déjà commencé à s’exprimer assez fortement à ce sujet, comme l’Alberta, et que d’autres provinces au pays se penchent sur la question, avez-vous des idées à nous communiquer à ce sujet?

     « L’une des choses que nous voulons faire d’emblée, c’est nous appuyer sur votre fonds Gaz naturel financement innovation. Je pense que les investissements que vous avez favorisés dans les technologies propres tout au long de la chaîne d’approvisionnement du gaz naturel sont très importants dans toute cette démarche ».

    Ministre O’Regan : La belle histoire du Canada avec l’hydrogène a commencé il y a environ 100 ans. Certains d’entre nous sont assez âgés, comme moi, pour se souvenir d’avoir pris un bus à l’hydrogène à l’Expo 86 à Vancouver. Il y avait aussi un parc de bus à l’hydrogène aux Jeux Olympiques de Vancouver. C’est une technologie qui attendait son heure. Je pense que le moment est venu et que nous sommes bien positionnés pour l’accueillir. Nous possédons une expertise dans les domaines des batteries et du transport. D’ailleurs, je m’entretenais avec l’ambassadrice du Danemark au Canada qui vient d’évoquer le fait que la société Ballard de Colombie-Britannique alimente les bus de l’université de Copenhague. Des entreprises comme Ballard ainsi que les 11 premières entreprises d’hydrogène, les entreprises de référence, ont vu le prix de leurs actions augmenter de 300 % en moyenne au cours de la dernière année. Si vous me demandez à quoi ressemble la réussite, il est évident que celle-ci prendrait la forme d’une industrie concurrentielle au niveau mondial où l’on assisterait à une augmentation massive du nombre de véhicules alimentés à l’hydrogène, en particulier pour les camions à 18 roues, pour lesquels l’électrification n’est pas si aisée. Pour les petites voitures, pour les voitures particulières, c’est plus facile. Toutefois, nous nous penchons sur la question de l’hydrogène pour les camions à 18 roues. Nous voulons également être très dynamiques en matière de recherche et développement dans le domaine de l’acier ainsi que du chauffage domestique.

    Il y a dix ans, par exemple, les éoliennes en mer étaient incroyablement coûteuses. Je pense que les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance d’entreprise ont eu un grand effet à cet égard, et la transparence dont font preuve le Canada et le marché européen ont favorisé l’ « examen des livres ». En Europe maintenant, ils veulent 40 GW d’hydrogène d’ici 2030. Ils envisagent de produire de l’hydrogène vert sans combustible fossile, et ils sont en train de dépenser environ 40 milliards d’euros, ce qui représente une somme énorme, qui inclue une contribution de 9 milliards d’euros de l’Allemagne. C’est une bonne nouvelle pour le Canada. Cela nous poussera certainement à être plus ambitieux, et je pense que c’est une bonne chose pour l’hydrogène. Nous possédons un avantage concurrentiel ici. Cela élargit le marché et va accroître la demande. Comme vous l’avez dit, cette stratégie sera lancée cet automne, et nous allons continuer à travailler avec des partenaires comme vos membres sur la façon de nous assurer que nous disposons d’un cadre réglementaire solide. Je dois dire que, même si nous donnons une mauvaise réputation à la paperasserie, nous nous débrouillons assez bien en matière de réglementation. Je pense en particulier au nucléaire. Comme notre réglementation est admirée dans le monde entier pour sa fiabilité et son efficacité, elle représente un avantage concurrentiel pour nous. Nous voulons faire la même chose avec l’hydrogène.

    « […] le gaz naturel nous procure un énorme avantage concurrentiel. Nous voulons le conserver, et il fera partie intégrante des efforts de réduction des émissions en général. Toutefois, nous faisons aussi d’autres choses, que ce soit pour le méthane ou pour la Norme sur les combustibles propres. »
    Egan : Comme vous avez fait allusion dans notre conversation à l’Agence internationale de l’énergie (AIE), au G20, à des conversations avec le Danemark et à une foule d’autres perspectives internationales, je vais orienter un peu la conversation vers la scène internationale. De notre côté, l’industrie du gaz se concentre en grande partie sur le marché intérieur, mais pas exclusivement. Plusieurs de nos membres étudient les possibilités d’exportation ou possèdent des actifs internationaux. L’une des grandes possibilités d’exportation vise le gaz naturel liquéfié (GNL). D’ailleurs, l’un de nos membres, FortisBC, est déjà un exportateur de GNL et cherche à étendre ses activités dans ce domaine. Les exportations de GNL représentent aussi une énorme opportunité pour le Canada en général. Que pensez-vous que nous puissions faire de plus en tant qu’industrie pour renforcer ce message? Je pense qu’il y a un intérêt commun et une vision commune sur l’opportunité mondiale qui s’offre à nous en ce qui concerne le GNL. Pouvez-vous nous en parler un peu?

    Ministre O’Regan : Je crois que de 40 à 47 % du gaz naturel du Canada est exporté, et presque tout cela est bien sûr destiné aux États-Unis; c’est un peu la trajectoire naturelle des exportations. Cependant, les importations de gaz naturel des États-Unis vers l’est du Canada sont en augmentation. À ce sujet, je suis heureux d’avoir de bonnes relations avec le secrétaire américain de l’énergie. Nous nous sommes rencontrés et avons établis des liens en raison de la pandémie. Vous pouvez imaginer que, dès le début, nous voulions nous assurer qu’au fur et à mesure que les frontières se fermaient, les travailleurs essentiels de l’industrie puissent faire des allers-retours. On ne peut pas tenir tout cela pour acquis. Le secrétaire d’État Brouillette est un homme qui en a vu bien d’autres et qui comprend la dynamique de l’industrie. Il comprend à quel point nos économies sont imbriquées, en particulier dans le domaine de l’énergie, ce qui a été très utile.

    Si vous examinez les prévisions mondiales pour le gaz naturel, vous verrez que celui-ci va continuer à prendre de l’ampleur au cours des décennies à venir, surtout que les économies du monde entier s’efforcent de réduire leur dépendance à l’égard de combustibles plus polluants, comme le charbon. C’est une solution qui s’offrira aux décideurs. D’ailleurs, quelque 40 milliards de dollars sont consacrés au projet LNG Canada, ce qui représente le plus grand investissement du secteur privé dans l’histoire du Canada. Ce projet est en cours de construction, respecte les échéanciers et permettra d’exporter vers l’Asie d’ici 2025, ce qui n’est plus si loin. Les promoteurs de l’industrie s’efforcent de faire progresser cinq ou six autres projets de GNL dans tout le pays. Mon ministère se penche sur plusieurs de ces projets. Bon nombre de ceux qui sont à l’étude proposent l’électrification des opérations de production de gaz naturel et de GNL pour réduire ces émissions. Nous les réduirons même jusqu’à 90 % par rapport à nos concurrents mondiaux. Nous allons produire l’un des GNL les moins émissifs au monde. C’est ainsi que nous atteindrons un niveau d’émissions nettes nulles. C’est ce que veulent les investisseurs. Le terminal d’exportation de propane de Ridley Island d’AltaGas est aussi un exemple de diversification, et il permet des exportations au Japon. Il s’agit d’un nouveau marché formidable pour nous. Nous allons profiter de notre côte Pacifique, et j’aimerais que nous tirions également profit de notre côte Est, et de la proximité du marché de l’Union européenne, soit un marché de plus de 500 millions de personnes qui va exiger une réglementation extrêmement stricte en matière de réduction des émissions de carburants.

    Egan : Eh bien, Monsieur le Ministre, c’est une bonne façon de vous poser ma dernière question : vous occupez votre poste depuis environ un an?

    Ministre O’Regan : Je suis ministre depuis novembre je crois.

    Egan :C’est vrai. Donc, une période assez calme sur le plan international, alors que nous avons assisté au bouleversement des marchés des ressources. Avez-vous réfléchi  au rôle et au portefeuille de notre pays ainsi qu’à l’avenir de celui-ci?

    Ministre O’Regan : Je suis assurément une personne fidèle à ses racines. Elles sont une grande partie de ce que je suis. Quand j’avais 13 ans, mon père a trouvé un emploi au Labrador, et nous nous sommes installés là-bas. Happy Valley-Goose Bay était une collectivité pour laquelle il fallait se rendre et revenir par avion. C’était aussi la première fois que je rencontrais des Autochtones et des membres des Premières Nations. Les collectivités environnantes de Happy Valley-Goose Bay étaient les seuls endroits où l’on pouvait se rendre en voiture, comme à Sheshatshiu. Je ne savais pas que des gens pouvaient vivre de cette façon. Les inégalités entre ma collectivité et la leur étaient flagrantes. Cela a un impact énorme sur un enfant. C’est ce qui m’a amené à faire ce que j’ai fait. J’ai décroché mon baccalauréat en sciences politiques. J’ai rédigé ma thèse sur ce qui se produit lorsque les Autochtones sont confrontés à un développement dont ils ne veulent pas et sur les façons dont ils se mobilisent contre lui. J’ai travaillé comme adjoint exécutif du ministre de la Justice. J’ai travaillé à deux tables de revendications territoriales. J’ai travaillé pendant un an avec le premier ministre (Brian Tobin à l’époque) en tant que conseiller politique. J’ai continué à travailler à ces tables avec les Inuits et les Innus du Labrador sur un accord au sujet des impacts et des avantages pour la baie de Voisey. J’ai ensuite décroché mon diplôme d’études supérieures en sciences politiques et en philosophie. Ma thèse portait sur la participation autochtone au développement des ressources naturelles. Alors me voilà.

    J’ai passé 15 bonnes années dans le journalisme et, entre-temps, je suis revenu à quelque chose qui me passionne. Jim Prentice est l’une des personnes que j’ai connues au cours de ma carrière de journaliste. Son livre, Triple Crown, se trouve ici sur mon bureau. Il est devenu un de mes amis. Nous avons aimé parler ensemble. Ce que l’on sait peu de Jim, c’est qu’il était un grand fan de Canadian Idol. Quand j’étais à CTV, il faisait partie du public pour que nous fassions connaissance. Il était venu aux Junos, et bien sûr CTV aimait avoir un ministre éminent comme Jim Prentice à ses côtés. Il venait avec sa famille, et j’ai toujours aimé lui parler. Nous avions des passions similaires pour notre secteur de l’énergie, car nous venions de provinces productrices d’énergie, pour l’environnement, ainsi que pour les questions autochtones et de justice pour les peuples autochtones en vue de mettre fin à la marginalisation que ceux-ci ressentent et vivent. C’était un type pragmatique qui obtenait des résultats. J’avais beaucoup de temps à lui consacrer. Sa mort a été terrible, mais je ressens encore sa présence lorsque je lis son livre. L’autre chose que je pense être vraiment importante, et que j’ai constatée chez lui, c’est la fierté que nous devrions ressentir pour ce que nous faisons; la fierté que nous devrions ressentir d’être l’un des grands producteurs de gaz naturel de ce monde, et l’un des grands producteurs d’hydroélectricité. Je suis d’avis que le défi de notre époque et de ce qui se passe en ce moment en raison de la pandémie est que l’on constate non seulement une accélération des tendances dans l’industrie de l’énergie, mais aussi une exacerbation des inégalités au sein de notre société et entre les pays.

    Ce qui me réconforte, c’est la façon dont nous avons géré la pandémie de la COVID-19 au Canada. Dans l’ensemble, aussi dur que nous soyons envers nous-mêmes (une attitude propre aux Canadiens), force est d’admettre que nous avons fait un assez bon travail. Il y a eu une volonté collective de prendre soin les uns des autres en portant un masque, en respectant la distanciation physique et en démontrant chaque jour une courtoisie mutuelle. En tant que fiers citoyens du monde, nous devons transposer cet élan de changement à d’autres contextes qui l’exigent. Nous devons réduire nos émissions. Il est impératif que nous le fassions pour le bien de notre planète et des générations futures. Nous devons nous occuper les uns des autres dans notre pays et nous attaquer aux inégalités que nous constatons.

    C’est ce qui m’apparaît être le plus important, car j’ai grandi entre des collectivités autochtones et non autochtones, et nous savons également que le mouvement Black Lives Matter a trouvé écho ici aussi, et pour une très bonne raison. Pour les personnes racialisées dans ce pays, les inégalités sont encore trop importantes. Et qui en fait principalement les frais dans le contexte de la pandémie de la COVID19, plus particulièrement aux États-Unis mais ici aussi, ce sont ces personnes. Je pense que notre réaction à cette situation a été fantastique; pas parfaite, mais assez bonne. Nous devons transposer cette façon de faire dans d’autres contextes. Nous devons nous attaquer aux autres défis auxquels nous sommes confrontés en ce moment. Ce n’est pas facile, mais nous l’avons déjà fait. Nous avons prouvé que nous pouvons le faire, et je pense qu’il y a une volonté de relever ces défis.

    Egan : Monsieur le Ministre, nous avons pris beaucoup de votre temps et je vous en suis très reconnaissant. Un dernier mot pour nos membres du secteur du gaz naturel?

    Ministre O’Regan : Continuez à faire ce que vous faites. Soyez fiers de ce que vous faites. Et réduisons certaines de nos émissions.

  • Équilibrer les liens intercontinentaux – Entrevue avec l’ambassadeur David MacNaughton

    Équilibrer les liens intercontinentaux – Entrevue avec l’ambassadeur David MacNaughton

    Le Canada et les États-Unis entretiennent une relation unique depuis de nombreuses décennies. Cette relation va au-delà de notre frontière commune : elle est façonnée par des valeurs similaires, des intérêts communs, des liens profonds, souvent personnels, et des liens économiques puissants et à plusieurs niveaux. La relation entre le Canada et les États-Unis est sans doute l’une des relations les plus stables et les plus fructueuses entre deux pays. Ensemble, nous formons le plus grand partenariat commercial de biens et de services au monde. L’énergie est au cœur de ce commerce, et nous sommes le plus important partenaire commercial de l’un et de l’autre dans le domaine de l’énergie, avec 106 milliards de dollars en pétrole brut, 16,4 milliards de dollars en gaz naturel, 25 milliards de dollars en produits pétroliers raffinés et 3,4 milliards de dollars en électricité qui auront fait l’objet d’échanges entre le Canada et les États-Unis en 2018.

    Récemment, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec l’ambassadeur du Canada aux États-Unis, David MacNaughton, pour connaître son opinion sur les relations canado-américaines en matière d’énergie. Voici quelques points saillants de notre conversation.

    L’ambassadeur David MacNaughton (à gauche) et Timothy M. Egan (à droite) , président et chef de la direction de l’Association canadienne du gaz.

    ACG : Vous avez des dossiers difficiles à régler en tant qu’ambassadeur aux États-Unis. Pouvez-vous m’en dire plus sur la place du dossier énergétique dans votre liste de priorités?

    Ambassadeur MacNaughton : Ce n’est un secret pour personne que ces dernières années, j’ai passé une bonne partie de mon temps à aider à renégocier l’ALENA, et l’énergie a fait partie de la discussion. L’un des principaux points sur lesquels nous avons insisté dans ces discussions avec les représentants américains est que le Canada est un partenaire sûr, non seulement dans le domaine de la défense et du renseignement, mais aussi dans celui de l’énergie : nos relations dans le secteur de l’énergie et avec le commerce de l’énergie ont rendu les États-Unis plus sûrs sur le plan de l’approvisionnement et sur le plan économique. Dans un monde où les principaux fournisseurs mondiaux d’énergie sont des pays dont l’environnement politique et économique est très difficile, il est clair que le Canada est un partenaire particulièrement précieux. Le commerce bilatéral de l’énergie entre le Canada et les États-Unis se chiffrait à 162 milliards de dollars en 2018, et il existe des possibilités de le développer. En fait, j’ai récemment eu l’occasion de m’entretenir avec un certain nombre de responsables américains à ce sujet et de discuter de la façon dont nous pouvons travailler pour obtenir davantage de ressources du Canada aux États-Unis afin d’aider à compenser les conséquences négatives des problèmes découlant des autres options d’approvisionnement.

    ACG : Pensez-vous que les représentants des gouvernements du Canada et des États-Unis comprennent à quel point le secteur de l’énergie fonctionne à l’échelle continentale, et non séparément dans l’un ou l’autre pays?

    Ambassadeur MacNaughton : Le secteur lui-même en est conscient, mais je ne pense pas que tous les politiciens ou le public le comprennent de façon générale. C’est en partie parce que nos systèmes sont très fiables. Nous voyons très peu de problèmes de circulation des ressources entre les pays et il y a donc peu de réflexion à ce sujet pour ceux qui ne sont pas directement mobilisés dans le secteur. Je pense qu’il est vraiment important de sensibiliser les gens à cette question et qu’il faut faire davantage. Je me souviens, juste avant les dernières élections américaines, avoir parlé à un sénateur qui a mentionné que si les républicains étaient élus, ils aideraient à appuyer le projet de pipeline Keystone, mais qu’ils demanderaient leur part du gâteau. J’ai dit, c’est très bien, pourvu que nous obtenions une part de tous les pipelines qui vont du sud au nord. Il a été clairement surpris qu’il y ait des pipelines qui aillent dans le sens sud-nord. Comme je l’ai dit, nous n’avons pas été assez clairs lorsque nous avons parlé des possibilités de mise en valeur des ressources continentales pour décrire les principaux avantages qu’elles offrent au Canada, aux États-Unis et au Mexique.

    ACG : Le gouvernement Trudeau a revendiqué un programme environnemental dynamique, y compris un engagement à atteindre les objectifs de réduction des émissions de l’Accord de Paris. L’administration Trump s’est retirée de ces objectifs. En quoi cela affecte-t-il votre travail dans le domaine de l’énergie?

    « J’ai passé une bonne partie de mon temps à aider à renégocier l’ALENA, et l’énergie a fait partie de la discussion ».
    – Ambassador MacNaughton

    Ambassadeur MacNaughton : Il est clair que les deux gouvernements ont des approches différentes sur la question du contrôle des émissions. Bien que le gouvernement fédéral américain se soit retiré de l’Accord de Paris, près de 50 % des gouvernements des États américains ont indiqué qu’ils appuyaient les objectifs découlant de cet accord. Il faut donc conclure que le retrait du gouvernement fédéral américain de l’Accord de Paris ne représente pas l’opinion de tous les Américains. Je ne crois pas que nous devrions changer d’orientation chaque fois qu’une nouvelle administration entre en fonction; nous devons examiner l’élan général et, même si une administration n’appuie pas pleinement l’objectif de Paris, nous devons maintenir le cap. Nous ne pouvons pas perdre de vue l’ensemble de la situation, quelle que soit l’approche adoptée par une administration ou l’autre. J’étais récemment à la conférence CERAweek, où ce sujet a été abordé par certains des grands producteurs américains de pétrole et de gaz. Ils sont d’avis que les États-Unis ne devraient pas revenir en arrière, mais qu’ils devraient plutôt chercher des moyens novateurs de viser d’autres réductions. Je pense que l’industrie a une bonne vision à long terme des choses et que nous ne pouvons pas être ballottés d’une façon ou d’une autre par l’approche d’une administration fédérale ou de la prochaine.

    ACG : Vous avez souligné l’importance accordée par l’industrie à l’innovation dans les discussions de la conférence CERAweek. L’innovation est un dossier clé pour le gouvernement Trudeau, et l’on peut soutenir qu’il y a plus d’harmonisation avec l’administration Trump. L’innovation est une priorité importante pour nous dans l’industrie du gaz. Avons-nous l’occasion de travailler ensemble (industrie et gouvernement) pour défendre les intérêts du Canada ici, comme moyen de réduire les émissions, sans égard à des engagements internationaux particuliers? Quelles suggestions auriez-vous pour nous?

    Ambassadeur MacNaughton : Il ne fait aucun doute que l’industrie a fait un travail formidable en investissant dans l’innovation. Je pense que c’est un domaine que nous devons continuer à développer en fournissant des fonds et un soutien pour aider à accélérer le déploiement des technologies propres. Nous devons également veiller à ce que tous les ordres de gouvernement – y compris les gouvernements fédéral, provinciaux et étatiques, et le secteur privé – continuent de travailler ensemble pour aider à commercialiser des technologies novatrices. Je crois que l’une des raisons de notre succès dans la renégociation de l’ALENA est le partenariat phénoménal entre les gouvernements fédéral et provinciaux et le secteur privé des deux côtés de la frontière. Lorsque nous travaillons ensemble, nous avons le pouvoir d’apporter de réels changements. Le dossier de l’innovation dans le secteur de l’énergie est certainement un domaine où tous les gouvernements de part et d’autre de la frontière peuvent travailler avec l’industrie pour faire progresser la collaboration et aider à atteindre des objectifs environnementaux et économiques.

    ACG : Vous avez constaté à maintes reprises qu’en dépit des différences, les liens entre nos pays sont forts et doivent être renforcés. L’une des plus importantes différences est l’infrastructure, et en ce qui concerne l’infrastructure énergétique, rien ne contribue davantage au transport de l’énergie que les gazoducs. Quels conseils donneriez-vous à nos lecteurs de l’industrie canadienne pour tirer parti de ce lien?

    « Nous devons continuer à développer en fournissant des fonds et un soutien pour aider à accélérer le déploiement des technologies propres ».

    Ambassadeur MacNaughton : La construction d’une infrastructure énergétique est l’un des plus grands défis auxquels nous sommes actuellement confrontés des deux côtés de la frontière. Je crois qu’il faut qu’il y ait une discussion sérieuse entre tous les ordres de gouvernement et le secteur public pour trouver une meilleure façon de faire progresser les projets énergétiques. Vos lecteurs sont probablement au courant des obstacles et des défis liés à la construction d’infrastructures au Canada, mais cela se produit aussi aux États-Unis. Bon nombre des projets de gazoducs proposés aux États-Unis font actuellement l’objet de contestations judiciaires, environnementales et de la part de groupes autochtones. C’est assurément un dilemme pour toute l’industrie. Ce que nous devons faire, c’est consacrer un peu de temps, tant dans le secteur public que dans le secteur privé, à examiner les pratiques exemplaires et à collaborer avec les groupes d’opposition d’une manière significative afin de parvenir à une entente pour faire avancer les projets nécessaires. Le projet de LNG Canada récemment annoncé en Colombie-Britannique est un bon exemple d’engagement public et privé, et j’espère que nous pourrons aller de l’avant avec d’autres projets comme celui-ci, non seulement pour faire circuler nos ressources d’un océan à l’autre, mais aussi pour faire valoir nos ressources énergétiques sur les marchés internationaux.

    ACG : En prenant du recul et en réfléchissant à ce qui se passe à l’échelle internationale, l’Amérique du Nord a la chance incroyable de disposer de ressources en gaz naturel et de miser sur une source d’énergie abordable et propre, tout en offrant ces avantages au monde entier. L’avantage, au niveau mondial, pourrait être d’ordre environnemental, économique et social. Nous, dans l’industrie, sommes déterminés à poursuivre dans cette voie. Quels conseils pouvez-vous nous donner et comment pouvons-nous collaborer avec les gouvernements à cet égard?

    « Les gouvernements et l’industrie devraient travailler ensemble pour trouver des débouchés internationaux ».

    Ambassadeur MacNaughton :
    Je suis tout à fait d’accord. Disposer de formes d’énergie sûres est une composante essentielle du développement économique et de la lutte contre la pauvreté dans de nombreuses régions du monde. En y réfléchissant, je crois qu’il est possible de travailler avec de grandes institutions comme la Banque mondiale et d’autres programmes d’aide pour trouver des moyens de fournir des solutions environnementales plus propres et des systèmes énergétiques plus fiables dans les pays en développement. Les gouvernements et l’industrie devraient travailler ensemble pour trouver des débouchés internationaux où nous pouvons mettre à profit l’expertise du secteur privé, nos ressources énergétiques et nos programmes de financement concessionnel ou d’aide pour bâtir des systèmes énergétiques résilients et propres partout dans le monde. Le Canada a d’énormes possibilités à cet égard, mais, encore une fois, nous avons besoin de la collaboration des secteurs public et privé et des organisations internationales.

    ACG : Une dernière réflexion?

    Ambassadeur MacNaughton : Dans le cadre des fonctions que j’exerce depuis trois ans, je constate que nos relations nord-américaines, en particulier les relations canado-américaines, sont bien rodées. La possibilité de travailler ensemble, en particulier avec le secteur de l’énergie, est énorme et nos deux pays en bénéficieront. Ce n’est pas forcément un jeu à somme nulle. D’après mon expérience, les responsables américains, du ministère de l’Énergie au département d’État et même à la Maison-Blanche, ont été très ouverts aux discussions sur la coopération énergétique. C’est parce qu’ils comprennent que nous gérons le réseau électrique ensemble, que nous avons des oléoducs et des gazoducs, et des possibilités d’appuyer le développement du gaz naturel liquéfié (GNL). L’avenir est extrêmement prometteur pour l’industrie de l’énergie au Canada et aux États-Unis, mais nous devons continuer à collaborer dans l’ensemble, en travaillant à une plus grande coopération entre les secteurs public et privé pour que tout cela se réalise. Il y aura toujours une porte ouverte ici pour votre industrie;  je suis favorable à de nouvelles idées et j’ai hâte de travailler avec vous.

    « L’avenir est extrêmement prometteur pour l’industrie de l’énergie au Canada et aux États-Unis, mais nous devons continuer à collaborer dans l’ensemble ».