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  • Raccorder les communautés rurales et autochtones à une énergie abordable et fiable

    Raccorder les communautés rurales et autochtones à une énergie abordable et fiable

    Partout au Canada, de nombreuses communautés rurales et autochtones continuent de se heurter à un problème fondamental auquel la plupart des Canadiens ne pensent que rarement : l’accès à une énergie abordable et fiable.

    Dans de nombreuses communautés, les ménages continuent de recourir au propane, à l’huile de chauffage, au chauffage électrique par résistance ou au diesel pour se chauffer et s’alimenter en électricité. Ces sources d’énergie sont souvent plus coûteuses, plus exposées aux ruptures d’approvisionnement et plus difficiles à entretenir en période de grand froid. Parallèlement, bon nombre de ces communautés sont situées à proximité d’infrastructures de gaz naturel existantes, mais n’y sont toujours pas raccordées, car la rentabilité d’un tel projet n’est pas assurée en vertu du cadre règlementaire actuel.

    Cela représente à la fois un défi et une opportunité.

    Le Canada dispose déjà de l’un des plus vastes réseaux d’approvisionnement en gaz naturel au monde, composé d’environ 600 000 kilomètres d’infrastructures de transport et de distribution, ce qui lui permet de répondre à près de 40 % des besoins énergétiques du pays. Plus de 20 millions de Canadiens comptent chaque jour sur le gaz naturel pour chauffer leurs foyers, les écoles, les hôpitaux, les entreprises et les installations industrielles. Dans de nombreux cas, les infrastructures nécessaires pour desservir les communautés autochtones et rurales voisines sont déjà en place.

    La question n’est pas de savoir si la technologie existe. Il s’agit plutôt de déterminer si le dernier obstacle peut être surmonté pour rendre les projets viables.

    Le défi de l’abordabilité

    L’abordabilité de l’énergie demeure un problème majeur dans de nombreuses communautés autochtones et rurales canadiennes. Selon Statistique Canada, 5,6 % des ménages canadiens étaient considérés comme en situation de précarité énergétique en 2021, ce qui signifie qu’ils consacraient le dixième ou plus de leur revenu après impôt aux dépenses énergétiques du ménage. Pour les ménages vivant dans les réserves, ce pourcentage s’élevait à 12,9 %, soit plus du double de la moyenne nationale.

    Ces pressions sont aggravées par le fait que de nombreuses communautés dépendent de sources d’énergie plus coûteuses. Dans certaines provinces, le coût de l’électricité par unité d’énergie peut être plusieurs fois supérieur à celui du gaz naturel. En Alberta, par exemple, l’électricité coûte environ 84,99 $ par gigajoule, comparativement à 13,06 $ par gigajoule pour le gaz naturel. On observe des écarts de coûts similaires en Ontario et en Saskatchewan.

    Pour les ménages, ces différences ne sont pas abstraites. Elles ont une incidence directe sur les factures mensuelles, la stabilité financière et la qualité de vie. Dans certaines communautés, les frais de chauffage peuvent dépasser 1 000 $ par mois en hiver, en particulier lorsque les ménages utilisent le propane ou le chauffage à résistance électrique.

    La question dépasse le cadre des ménages. Une énergie fiable et abordable est également nécessaire au développement économique. Il est difficile d’attirer des entreprises, de soutenir l’industrie manufacturière locale, de développer des installations de production alimentaire ou de prolonger les infrastructures communautaires lorsque les coûts énergétiques sont élevés et imprévisibles.

    L’accès à une énergie abordable n’est pas seulement une question qui concerne les ménages. Il s’agit d’une infrastructure essentielle pour le développement des communautés.

    « L’accès à une énergie abordable n’est pas seulement une question qui concerne les ménages. Il s’agit d’une infrastructure essentielle pour le développement des communautés. »

    Les lacunes dans l’infrastructure

    L’un des facteurs les plus déterminants dans ce dossier réside dans le fait que de nombreuses communautés sont déjà situées à proximité des réseaux de gaz naturel.

    Partout au Canada, les entreprises de services publics ont recensé des projets dans lesquels des communautés autochtones et rurales sont situées à proximité d’infrastructures existantes, mais ne sont toujours pas desservies, car les projets de prolongement ne satisfont pas aux critères économiques imposés par la règlementation. Ces critères visent à garantir que les prolongements de services publics puissent être rentabilisés par les futurs clients sur une période définie.

    La logique qui sous-tend ces règles est compréhensible. Les entreprises de services publics sont des monopoles règlementés, et les organismes de règlementation ont pour mission d’empêcher que les contribuables actuels ne subventionnent des prolongements non rentables.

    Or, bien que de nombreux projets en milieu rural et dans les communautés autochtones soient très près de satisfaire à ces exigences, ils échouent malgré tout en raison de leur situation géographique, d’une faible densité de population ou du coût initial lié au prolongement des infrastructures sur de longues distances.

    Concrètement, cela signifie que des projets susceptibles de réduire considérablement les dépenses énergétiques des ménages et d’améliorer la fiabilité du réseau ne peuvent souvent pas aboutir, car ils ne parviennent pas à atteindre les seuils stricts de rentabilité.

    Il en résulte un écart structurel entre les communautés qui pourraient être raccordées sur le plan technique et celles qui le sont effectivement car elles répondent aux critères de rentabilité qu’impose la règlementation actuelle.

    La fiabilité est également importante

    L’abordabilité n’est qu’un aspect du débat. La fiabilité et la sécurité énergétique sont tout aussi importantes, en particulier dans les régions nordiques et rurales où les communautés peuvent dépendre de l’approvisionnement en combustibles.

    Les systèmes de chauffage fonctionnant au propane et à l’huile comptent sur des réseaux de transport qui peuvent être affectés par les conditions météorologiques, l’état des routes et les perturbations dans l’approvisionnement. Dans les zones isolées, les routes en hiver et l’accès saisonnier peuvent poser des difficultés supplémentaires. Lors des périodes de grand froid, ces risques prennent encore plus d’importance.

    Le gaz naturel acheminé par pipeline offre un modèle différent. Une fois les infrastructures mises en place, l’énergie peut être fournie en continu au moyen d’un réseau souterrain moins exposé aux perturbations du transport et aux phénomènes météorologiques extrêmes.

    Pour les communautés, cela peut renforcer la résilience, tout en réduisant la dépendance aux livraisons de combustible par camion.

    Cela revêt une importance particulière pour les infrastructures essentielles telles que les écoles, les centres communautaires, les établissements de santé, les réseaux d’assainissement et les abris d’urgence, qui dépendent tous de systèmes énergétiques stables et fiables pour fonctionner en toute sécurité tout au long de l’année.

    « L’abordabilité n’est qu’un aspect du débat. La fiabilité et la sécurité énergétique sont tout aussi importantes, en particulier dans les régions nordiques et rurales où les communautés peuvent dépendre de l’approvisionnement en combustibles. »

    Il existe déjà des exemples au Canada

    Le Canada dispose déjà d’exemples illustrant comment le développement du gaz naturel peut améliorer l’abordabilité et soutenir l’essor économique local.

    À Red Lake, en Ontario, un projet de prolongement du réseau de gaz naturel soutenu par des fonds fédéraux a permis de prolonger le service à la communauté. Les clients résidentiels qui ont abandonné des combustibles plus coûteux auraient réduit leurs frais de chauffage de 50 % à 70 %.

    En Saskatchewan, le raccordement de la Première Nation Zagime Anishinabek a contribué à soutenir le développement de serres et l’activité économique locale. Un accès fiable à l’énergie a permis la mise en place d’infrastructures qui auraient été difficiles à exploiter de manière rentable avec des combustibles plus coûteux.

    En Colombie-Britannique, Pacific Northern Gas et les Premières Nations ont étudié des possibilités qui vont au-delà du simple chauffage domestique. Citons par exemple la Première Nation de Kitselas, où les infrastructures de gaz naturel existantes pourraient alimenter des serres, des installations communautaires et de futures infrastructures de traitement des eaux usées grâce à la production locale de chaleur et d’électricité.

    Ces exemples témoignent du fait que l’accès au gaz naturel ne se limite pas à la réduction des factures des ménages. Il peut également contribuer au développement économique à long terme et à la mise en place d’infrastructures communautaires.

    Le rôle du gouvernement

    Un point essentiel souvent négligé dans les débats sur les infrastructures énergétiques rurales est que de nombreux projets n’échouent pas en raison d’une demande insuffisante ou du refus des entreprises de services publics de les mettre en œuvre.

    Dans de nombreux cas, les projets échouent parce qu’ils ne sont que partiellement non rentables.

    Les entreprises de services publics et les communautés sont peut-être déjà prêtes à aller de l’avant. Les tracés des infrastructures sont peut-être déjà définis. Les fonds sont peut-être déjà disponibles. Toutefois, la partie restante du coût du projet qui ne peut pas être récupérée au moyen des tarifs règlementés empêche la construction d’avancer.

    C’est là qu’intervient le rôle des politiques publiques ciblées.

    Le Canada a déjà reconnu l’importance des infrastructures de base grâce à des programmes tels que le Fonds pour la large bande universelle, qui considère l’accès à Internet comme une condition préalable à la participation économique dans les communautés rurales et isolées.

    Les infrastructures énergétiques devraient être envisagées sous un angle similaire.

    Une énergie fiable et abordable permet aux ménages de réduire leurs coûts, aux entreprises d’être concurrentielles et aux communautés de poursuivre leur croissance économique. Dans de nombreux cas, des contributions publiques relativement modestes pourraient aider à combler le déficit de financement final nécessaire pour rendre les projets viables.

    Il est important de noter que cela n’implique pas de remplacer les systèmes règlementaires provinciaux ni de passer outre la surveillance exercée sur les entreprises de services publics. Les cadres règlementaires existants continueraient de déterminer la viabilité des projets et les mesures de protection des consommateurs. Le soutien fédéral pourrait plutôt être conçu pour compléter ces systèmes en contribuant à assumer les parts du coût des projets afin que ceux-ci puissent respecter les critères économiques actuels.

    Prochaines étapes

    Le Canada accorde une attention croissante à l’accessibilité financière, à la sécurité énergétique, à la croissance économique et au développement des infrastructures. L’accès à l’énergie dans les zones rurales et les communautés autochtones se situe au cœur de ces quatre priorités.

    Les infrastructures de gaz naturel jouent déjà un rôle central dans le réseau énergétique canadien, en fournissant chaque jour une énergie fiable et abordable à des millions de Canadiens. Étendre cet accès aux communautés autochtones et rurales voisines représente une occasion concrète d’améliorer l’abordabilité et la fiabilité, tout en soutenant la croissance à long terme de ces communautés.

    Les projets déjà recensés un peu partout au pays confirment qu’il ne s’agit pas d’un simple débat théorique. Les communautés, les entreprises de services publics et les axes d’infrastructure existent déjà. Il ne reste plus qu’à trouver les moyens de combler le dernier obstacle qui empêche ces projets d’avancer.

    Pour de nombreuses communautés autochtones et rurales, l’accès à une énergie abordable et fiable ne se résume pas à une simple question de chauffage. Il s’agit de participation économique, de résilience et de la capacité à construire l’avenir.

  • Le logement : Améliorer l’efficacité énergétique sans compromettre l’accessibilité financière

    Le logement : Améliorer l’efficacité énergétique sans compromettre l’accessibilité financière

    La conversation autour de l’efficacité énergétique dans le logement évolue. Alors qu’autrefois elle ne figurait même pas dans les préoccupations de la plupart des Canadiens, les propriétaires et les locataires s’attendent maintenant à un certain niveau d’efficacité énergétique dans les nouvelles maisons. Cette attente est fondée sur la réalité — les maisons construites aujourd’hui sont beaucoup plus efficaces que celles construites il y a même 20 ans, grâce en grande partie à l’innovation au sein de l’industrie et aux partenariats passés entre le gouvernement et l’industrie qui ont permis aux Canadiens de figurer parmi les personnes les mieux logées au monde. Mais alors que nous nous efforçons de réduire nos émissions collectives de gaz à effet de serre (GES), il est important que nous n’érodions pas davantage l’accessibilité au logement pour la prochaine génération. Une politique intelligente en matière de logement et un investissement gouvernemental dans des mesures d’efficacité énergétique ciblées qui favorisent l’accessibilité financière sont fondamentaux pour continuer à améliorer nos maisons.

    L’efficacité énergétique sous l’angle de l’accessibilité financière

    Alors que l’amélioration de l’efficacité énergétique des habitations prend de l’ampleur, il est important de considérer les idées qui sont sur la table à travers le prisme de l’accessibilité financière d’une maison. Les maisons d’aujourd’hui sont déjà très efficaces sur le plan énergétique, et atteindre des niveaux d’efficacité plus élevés exige des compétences, une expérience et des coûts supplémentaires. Si des exigences sont mises en place sans évaluer suffisamment les coûts qu’elles ajoutent à la construction (et même potentiellement à l’exploitation — pour la climatisation, par exemple), nous risquons d’éroder davantage l’accessibilité financière. L’astuce consiste à trouver des solutions innovantes pour réduire les coûts de construction afin de faire baisser les paiements hypothécaires.

    Il y a de nombreux professionnels dans tous les domaines de l’industrie de la construction résidentielle qui sont passionnés par l’innovation dans le but d’améliorer l’efficacité énergétique d’une maison sans ajouter de coûts. Les membres du Conseil de la maison à consommation énergétique nette zéro de l’ACCH comprennent des constructeurs, des rénovateurs, des conseillers en énergie, des services publics, des fabricants et d’autres personnes qui travaillent à cet objectif commun et qui font partager ce qu’ils apprennent en cours de route. Tout aussi important est le travail que fait l’ACCH pour évaluer et communiquer les commentaires de l’industrie sur l’impact réel qu’auraient des centaines de modifications mineures et majeures proposées aux codes. Ce travail important, ainsi que la collaboration et le volontarisme des leaders de l’industrie, contribuent à propulser les progrès de la science du logement. Mais avec un soutien supplémentaire des gouvernements, l’adoption généralisée de mesures d’efficacité améliorées peut se faire beaucoup plus rapidement sur une base facultative, surtout s’il y a de l’innovation pour trouver des solutions plus abordables.

    « Une politique intelligente en matière de logement et un investissement gouvernemental dans des mesures d’efficacité énergétique ciblées qui favorisent l’accessibilité financière sont fondamentaux pour continuer à améliorer nos maisons ».

    Le rôle du gouvernement

    Le gouvernement fédéral dispose de leviers politiques pour s’attaquer aux changements climatiques et améliorer l’accessibilité financière en tandem — et il faudra une politique intelligente pour y parvenir. Lors de la récente élection fédérale, l’accessibilité financière des logements au taux du marché a fait l’objet d’un débat passionné entre les électeurs et les candidats politiques, et a donné lieu à l’inclusion de nombreuses mesures relatives au logement dans les plateformes des principaux partis. Dans sa plateforme, le Parti libéral nouvellement réélu a proposé la création d’un Centre d’innovation pour les matériaux de construction à faible teneur en carbone, qui travaillera directement avec les entrepreneurs, les municipalités, les provinces et territoires et les gouvernements autochtones pour s’assurer que les innovations canadiennes sont les mieux placées pour réussir. De même, les conservateurs ont inclus dans leur plateforme un plan pour développer des initiatives visant à soumettre à des projets pilotes de nouvelles technologies et solutions qui réduiront les coûts et accéléreront le rythme des rénovations énergétiques des logements. Investir dans la recherche et le développement et jouer un rôle de leader en réunissant des groupes pour innover est une étape positive; il est également nécessaire de s’assurer que l’accessibilité au logement est l’un des résultats escomptés.

    Avant de réglementer des niveaux de performance énergétique excessivement élevés dans tout le pays, le gouvernement devrait d’abord se concentrer sur l’innovation pour faire baisser les coûts et favoriser l’utilisation volontaire, afin d’améliorer l’accessibilité financière pour les consommateurs, et non l’aggraver.

    L’investissement dans les maisons éconergétiques ne concerne pas seulement la construction de nouvelles maisons. Le Canada compte 14 millions de logements, et environ 43 % du parc immobilier actuel a été construit avant 1983. La majorité de ces vieux bâtiments sont loin derrière les nouvelles maisons en matière d’efficacité énergétique. Le fait de se concentrer uniquement sur les nouvelles constructions ne permettra pas au Canada d’atteindre ses objectifs de réduction des GES pour le logement. Même si toutes les nouvelles maisons construites d’ici 2030 étaient construites de manière à ne produire aucune émission, nous n’atteindrions toujours pas notre objectif.

    La rénovation des maisons existantes doit faire partie de la solution, et les gouvernements à tous les niveaux doivent trouver des moyens d’aider davantage de propriétaires à obtenir l’aide dont ils ont besoin pour apporter des améliorations éconergétiques à leur maison. L’engagement fédéral de 2,6 milliards de dollars pour fournir des subventions pour des améliorations éconergétiques, des évaluations énergétiques ÉnerGuide gratuites et un soutien pour recruter et former des conseillers en énergie ÉnerGuide incitera les propriétaires à entreprendre ces travaux nécessaires.

    « La rénovation des maisons existantes doit faire partie de la solution, et les gouvernements à tous les niveaux doivent trouver des moyens d’aider davantage de propriétaires à obtenir l’aide dont ils ont besoin pour apporter des améliorations éconergétiques à leur maison ».

    L’industrie a besoin de plus de professionnels formés pour répondre à la demande croissante, notamment des constructeurs, des rénovateurs et des ouvriers qualifiés. La formation est un élément clé du programme d’étiquetage des maisons à consommation énergétique nette zéro de l’ACCH, qui garantit que chaque maison participante est qualifiée par une tierce partie pour répondre aux exigences techniques spécifiées. Mais nous avons besoin de plus de professionnels formés dans l’industrie. Selon ConstruForce Canada, l’industrie de la construction résidentielle devra attirer et former environ 148 000 travailleurs au cours de la prochaine décennie pour combler les départs à la retraite et répondre à la demande croissante de construction et de rénovation de maisons neuves. Le gouvernement fédéral a un rôle à jouer dans l’élargissement des possibilités pour promouvoir les métiers spécialisés pour les jeunes et améliorer le système d’immigration pour mieux répondre aux pénuries de main-d’œuvre par des solutions permanentes.

    « L’industrie a besoin de plus de professionnels formés pour répondre à la demande croissante, notamment des constructeurs, des rénovateurs et des ouvriers qualifiés ».

    Prochaines étapes

    L’amélioration de la qualité et de l’efficacité énergétique des maisons est un objectif louable, mais compte tenu de la crise de l’accessibilité au logement, cela doit être fait en tandem avec un véritable objectif d’accessibilité. L’industrie de la construction résidentielle innove volontairement pour nous y amener. Mais avant que le Canada puisse envisager une réglementation généralisée, nous devons investir davantage dans des mesures d’efficacité énergétique ciblées qui favorisent l’accessibilité financière. Avec une politique intelligente en matière de logement qui inclut l’accessibilité financière comme objectif, et des gouvernements à tous les niveaux qui travaillent ensemble avec l’industrie et les citoyens, nous pouvons atteindre nos objectifs. Mais si l’accessibilité financière n’est pas une priorité, nous nous demanderons pourquoi nous n’avons pas atteint nos objectifs en matière de changement climatique (et pourquoi l’accessibilité financière a empiré au lieu de s’améliorer).

  • Une approche plus équilibrée

    Une approche plus équilibrée

    De nombreuses personnes préoccupées par le changement climatique proposent une solution séduisante et en apparence simple : tout électrifier, et produire cette électricité à partir de sources neutres en carbone. Bien que l’électrification neutre en carbone soit théoriquement possible, le présent article vise à démontrer que cette solution en apparence simple ne l’est pas. En réalité, tout électrifier donnerait lieu à une grande instabilité sur le plan du réseau électrique et de la société, et exercerait une pression sur un réseau électrique déjà aux prises avec de nombreuses difficultés. Il convient de noter qu’aujourd’hui, au Canada, seulement 20 % de nos besoins en énergie sont comblés par l’électricité et que de ce 20 %, seulement 6 % sont comblés par l’éolien et le solaire, ce qui veut dire qu’au total, 1,2 % des besoins énergétiques du Canada sont actuellement comblés par l’énergie éolienne et solaire. À titre de solution à cette approche visant à tout électrifier, ce qui suit se veut une solution de rechange pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) qui proviennent des carburants gazeux.

    La tendance vers l’électrification est intimement liée avec la durabilité qui tend à réduire les émissions de GES conformément aux objectifs nationaux du Canada et aux engagements internationaux. Cependant, le secteur de l’électricité repose sur trois grands piliers que sont la fiabilité, l’accessibilité et la durabilité. Plus de cent ans d’expérience dans le domaine de l’électricité nous démontrent encore et encore que si nous nous concentrons trop sur un de ces piliers au détriment des autres, le système risque de s’effondrer.

    « Tout électrifier donnerait lieu à une grande instabilité sur le plan du réseau électrique et de la société, et exercerait une pression sur un réseau électrique déjà aux prises avec de nombreuses difficultés ».

    Nous avons pu le constater de multiples façons par le passé et nous continuerons sans aucun doute à en être témoins :

    La fiabilité à tout prix : Même si le secteur de l’électricité est très fiable, il est toujours vulnérable aux événements météorologiques extrêmes. L’une des préoccupations au sujet du changement climatique est que la fréquence et l’intensité de ces événements météorologiques extrêmes s’amplifieront, menaçant le parcours exemplaire du secteur en matière de fiabilité. Des arrêts de service en Californie en raison de la menace des feux incontrôlés, les pannes provoquées par d’abondantes tempêtes de neige au Manitoba et l’ouragan Dorian en Nouvelle-Écosse sont trois exemples récents. Si le secteur de l’électricité aspire au maintien de la fiabilité face à ces types d’événements météorologiques extrêmes, par exemple en enterrant les lignes de distribution aériennes, on assistera alors à une hausse importante des coûts qui aura une incidence appréciable sur l’accessibilité.

    Des coûts abordables sont essentiels : En tant qu’entrant fondamental de l’économie et élément essentiel pour tous les clients, le coût abordable de l’électricité représente le fondement d’une société moderne. Cependant, la poursuite extrême de l’accessibilité a des conséquences. Garder les coûts des clients aussi bas que possible entraîne un sous-investissement en infrastructure qui menacerait la fiabilité, et opter pour de faibles coûts de production inciterait à choisir de l’équipement à faible densité de capital et inefficace, avec des répercussions ultérieures négatives sur les objectifs en matière de durabilité.

    La durabilité : une question impérative : Le Canada jouit de ressources hydroélectriques qui sont parmi les meilleures au monde. Ainsi, notre réseau électrique est d’abord à faible empreinte carbone. Cependant, à l›augmentation de la part des énergies de remplacement s’ajoutent des défis qui sont en grande partie attribuables à la variabilité de l’énergie solaire et éolienne. Bien que les coûts de fonctionnement de ces installations soient très faibles lorsqu’elles sont en marche, augmenter la part de leur capacité occasionne des menaces à l’égard de la fiabilité sans systèmes de secours cruciaux, et donne lieu à une augmentation des coûts en matière d’infrastructure, d’intégration des services publics et de systèmes auxiliaires/de stockage qui peuvent intervenir au besoin.

    « Le secteur de l’électricité aspire au maintien de la fiabilité face à ces types d’événements météorologiques extrêmes ».

    Cela ne veut pas dire que la durabilité n’est pas un objectif valable. Au contraire, la durabilité est aussi nécessaire que tous les autres piliers du réseau électrique. Ce qui est important est que l’on ne doit pas accorder plus d’attention à l’un ou à l’autre des piliers au point où le système devient instable. Il existe des circonstances où il a fallu mettre l’accent sur la durabilité afin de rééquilibrer le système, même si cela avait une incidence sur l’accessibilité. Par exemple, l’élimination graduelle du charbon en Ontario constituait un objectif stratégique convenu par tous les grands partis politiques au cours de la campagne électorale de 2002. À titre de contre-exemples, notons la Loi sur l’énergie verte de l’Ontario qui est sans doute allée trop loin et a, en partie, suscité une opposition populiste contre les énergies de remplacement, particulièrement dans les collectivités rurales, dont nous ressentons encore les effets 10 ans après son instauration.

    Ces exemples sont très révélateurs et ne devraient pas être traités comme étant différents de ce qui se passe actuellement. Il existe un prix politique qui vient avec le fait de pousser l’accessibilité trop loin, trop vite. Il est relativement facile pour les municipalités de déclarer une urgence climatique. Il est plus difficile pour les gouvernements de rester au pouvoir après de constantes hausses des factures énergétiques, année après année. Pour certains, la hausse des factures énergétiques est un désagrément qui a une incidence sur leur revenu disponible et sur ce qu’ils dépensent pour des articles récréatifs ou de luxe. Mais pour la plupart des personnes dont le revenu se situe près ou sous le revenu médian, les factures énergétiques représentent un lourd fardeau. Le spectre de factures énergétiques sans cesse croissantes est terrifiant pour de nombreuses familles qui ont de la difficulté à joindre les deux bouts. Pour une société progressive comme le Canada, il est important de savoir que des hausses des factures énergétiques représentent un type d’impôt régressif. Ainsi, puisque l’électricité est une nécessité, les personnes qui font moins doivent consacrer un bon pourcentage de leur revenu à l’énergie. Cela est particulièrement vrai dans les cas où les offices de l’énergie ont augmenté la proportion des frais fixes des factures, faisant en sorte que les clients ne payent plus ce qu’ils utilisent. La hausse des factures énergétiques ne fait qu’augmenter l’inégalité de la richesse, allant à l’encontre des idéaux des mouvements de justice sociale et climatique.

    Tout électrifier vient avec des risques, particulièrement pour ce qui est de la fiabilité, puisqu’il ne faut pas être un spécialiste de l’énergie pour savoir, comme le dit le vieil adage, qu’il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Cependant, l’électrification de certaines choses est des plus logiques. L’électrification du transport léger a beaucoup de bon sens sur le plan de l’efficacité. Un moteur à combustion interne brûle littéralement l’essence dans des explosions contrôlées, transférant près de 15 % de l›énergie dans le carburant pour faire tourner les roues, perdant ainsi de ce qui était auparavant de l’énergie utile en tant que chaleur perdue par le tuyau d’échappement du véhicule. En revanche, les moteurs électriques n’utilisent aucune combustion, et sont extrêmement efficaces à transférer l›électricité emmagasinée en mouvement mécanique, avec des efficacités supérieures à 90 %. En plus des coûts d’entretien inférieurs, les véhicules électriques légers sont beaucoup moins dispendieux à faire rouler. À mesure que le prix des batteries continue de descendre, le supplément au coût d’investissement rétrécira. Et les voitures électriques offrent une proposition de valeur intéressante pour ce qui est de la durabilité et l’accessibilité.

    « Tout électrifier vient avec des risques, particulièrement pour ce qui est de la fiabilité, puisqu’il ne faut pas être un spécialiste de l’énergie pour savoir, comme le dit le vieil adage, qu’il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. »

    L’objectif, cependant, n’est pas de défendre les véhicules électriques, mais plutôt de montrer que l’électrification du transport des passagers est logique pour ce qui est des trois piliers du réseau d’électricité. Il existe des exemples aussi où l’électrification du chauffage est logique. Ainsi, dans les communautés qui dépendent du mazout, et où la distribution du gaz naturel n’est pas possible, les clients pourraient choisir d’utiliser l’énergie géothermique ou des thermopompes à air. Il s’agit là d’une option hautement capitalistique mais beaucoup mieux sur le plan de la durabilité, non seulement en raison de plus faibles émissions des GES mais également d’une plus faible contamination de la nappe phréatique. Résultat : diminution des coûts d’exploitation pour les clients. Un point pour la durabilité, la fiabilité et l’accessibilité. Et un point compté par les clients!

    Mais l’électrification de tous les modes de chauffage ne fait pas de sens. Même dans des provinces hydroélectriques comme la Colombie-Britannique, le Manitoba et le Québec, le coût du chauffage électrique est plus de deux fois celui du chauffage au gaz naturel. Dans les provinces non hydroélectriques comme l’Ontario, la différence augmente, à savoir plus de quatre fois plus coûteux. La commutation en masse vers le chauffage au gaz naturel à des plinthes électriques, ou même des thermopompes, aurait une incidence importante sur l’accessibilité des clients. La différence ici est qu’en comparaison avec l’électrification du transport, les clients du gaz naturel ne sont pas ceux qui encouragent l’électrification des systèmes de chauffage.

    « L’électrification du transport léger a beaucoup de bon sens sur le plan de l’efficacité ».

    En tant que société, nous avons peu de ressources pour régler les problèmes. Le changement climatique est un défi important et significatif qui exige que l’on passe à l’action, mais que l’on réfléchit afin de trouver une approche stratégique étant donné nos ressources limitées. Le réseau électrique subit actuellement une transformation importante, principalement incitée par des préoccupations climatiques et la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Elle est également inspirée par les nouvelles technologies et les attentes des clients sans cesse changeantes. Par ailleurs, le secteur de l’électricité a de la difficulté à relever ce défi. L’augmentation des ressources énergétiques distribuées, particulièrement le stockage solaire et dans des batteries (y compris les véhicules électriques) déstabilise les systèmes électriques où ils sont mis en place en grand nombre. L’Ontario et l’Alberta ont toutes deux établi des examens réglementaires et observent d’autres administrations pour prendre exemple de la façon d’aborder les enjeux en raison de la hausse de la production décentralisée d’énergie en jeu. Le Royaume-Uni, la Californie, New York et ailleurs sont également aux prises avec cet enjeu. De s’attendre à ce que le secteur de l’électricité gère un réseau de plus en plus axé sur le client et ce qu’il assure la marche d’un système électrique qui double ou triple sa taille pour fournir des services de transport et de chauffage n’est pas une option réaliste.

    « Suivre ces étapes permettra non seulement de réduire les émissions de gaz à effet de serre et d’engendrer des actions concrètes pour affronter les enjeux environnementaux, mais également de nous assurer que nous ne procédons pas ainsi aux dépens de la fiabilité et de l’accessibilité ».

    Par conséquent, si nous acceptons qu’il faille faire plus pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, et que de tout électrifier n’est pas la bonne approche, quelle est l’option de rechange pour le secteur de l’énergie du Canada?

    En premier lieu, il existe encore de nombreux gains à obtenir des programmes de conservation et d’efficacité, tant pour l’électricité que pour le gaz naturel, et ces derniers devraient être activement poursuivis, puisqu’aucune orientation stratégique n’avantage véritablement le système du point de vue de la durabilité, de la fiabilité et de l’accessibilité comme le fait l’efficacité énergétique.

    En deuxième lieu, l’électrification de certaines choses lorsque c’est logique. L’électrification du transport des passagers est sensée mais cela ne vient pas sans difficulté. L’électrification au sein du secteur du chauffage est également sensée, particulièrement dans les domaines où le coût du carburant est relativement élevé, ou autrement se rattache à d’autres problèmes indésirables d’accessibilité et de fiabilité.

    En troisième lieu, examiner des approches classiques pour réduire l’empreinte des GES du secteur du gaz naturel. Il faudrait procéder ainsi dans une large mesure par l’instauration d’activités de conservation, mais également par l’utilisation de systèmes efficaces de production combinée électricité-chaleur pour l’industrie et des bâtiments, et en mettant en place des réseaux thermiques dans des communautés urbaines qui peuvent capturer des sources de chaleur résiduelle et renouvelable.

    En quatrième lieu, investir dans des approches plus classiques pour réduire l’intensité du carbone du système de combustibles gazeux. Introduire du gaz naturel renouvelable tiré de déchets agricoles et alimentaires, ainsi que de l’hydrogène dans le mélange pour réduire le carbone. Enfin, il faudrait envisager des systèmes de capture et de stockage de carbone de prochaine génération comme une façon de réduire les émissions.

    Suivre ces étapes permettra non seulement de réduire les émissions de gaz à effet de serre et d›engendrer des actions concrètes pour affronter les enjeux environnementaux, mais également de nous assurer que nous ne procédons pas ainsi aux dépens de la fiabilité et de l’accessibilité. Parce que lorsque nous faisons des compromis à cet égard, tout le système peut s’effondrer, ce qui n’avantage personne!