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  • Les positions de nos analystes : Conservateur, Libéral, et NPD

    Les positions de nos analystes : Conservateur, Libéral, et NPD

    Quel rôle, le cas échéant, la politique énergétique jouera-t-elle dans l’issue des prochaines élections provinciales cette année au Québec, et dans quelle mesure cette politique pourrait-elle influer sur les résultats des prochaines élections fédérales, advenant le déclenchement d’un scrutin au cours des douze prochains mois?

    Scott Reid
    Par Scott Reid

    La politique énergétique n’est plus seulement une question d’énergie. Plus maintenant. Pas après une année d’attaques menées par Donald Trump contre le système commercial mondial et sa guerre plus récente contre l’Iran. La force destructrice de la politique étrangère de cet homme a fait passer l’énergie d’un sujet récurrent à un thème central et dominant de toutes les discussions : dans toutes les capitales du monde comme autour de toutes les tables de cuisine.

    Le détroit d’Ormuz sera-t-il un jour rouvert? Ou redeviendra-t-il un jour navigable? Combien de temps les prix de l’essence et des produits alimentaires resteront-ils élevés? Dans quelle mesure les effets inflationnistes sont-ils structurels? Les pays occidentaux vont-ils bientôt connaître l’horreur de la stagflation – avec une croissance au point mort, une flambée des prix et la hausse des taux d’intérêt?

    L’énergie – son coût, son approvisionnement et sa sécurité – est en train de remodeler l’économie mondiale. En conséquence, elle remodèle également notre vie politique. Aucun secteur de compétence, grand ou petit, n’échappera à ses effets.

    « L’énergie – son coût, son approvisionnement et sa sécurité – est en train de remodeler l’économie mondiale. »

    Pour le Canada, cela signifie plusieurs choses. Tout d’abord, les inquiétudes liées à l’énergie, au coût de la vie et aux stratégies commerciales de Trump ont fait naître chez les électeurs un état d’esprit digne des temps de guerre. Ce mélange singulier d’inquiétudes économiques et de solidarité nationale explique en grande partie l’incompréhensible évolution de notre vie politique ces derniers temps. La progression de Carney dans les sondages s’explique par le sentiment qu’il est le mieux placé pour diriger le Canada face à une administration américaine hostile. Cette dynamique de ralliement explique également comment il a réussi à attirer des transfuges tant du Nouveau Parti démocratique (NPD) que des conservateurs – et à remporter haut la main les élections partielles afin de constituer une majorité à la Chambre des communes.

    Deuxièmement, nos priorités sont en train d’être redéfinies, l’énergie occupant désormais une place centrale. Du jour au lendemain, le soutien en faveur des pipelines et des installations de GNL est en pleine expansion. Les pays asiatiques, secoués par l’instabilité provoquée par Donald Trump dans le Golfe, ne feront que multiplier par deux ou par trois leurs demandes auprès du Canada pour subvenir à leurs besoins en gaz naturel et en autres sources d’énergie. Les Canadiens y voient une bouée de sauvetage et apportent leur soutien, comme en témoignent les taux de popularité élevés dont bénéficient les priorités du gouvernement.

    Même au Québec, une province qui a traditionnellement rejeté tout projet de pipeline, on assiste à un changement d’attitude. Là aussi, le double effet des attaques du président américain et de l’insécurité énergétique mondiale se fait sentir. À première vue, les élections de cet automne seront portées par le thème récurrent du « besoin de changement », les électeurs s’apprêtant à mettre fin au long mandat de la CAQ, même avec l’arrivée d’une nouvelle première ministre. Cependant, en y regardant de plus près, on constate que les mêmes effets généraux sont à l’œuvre. La menace extérieure que représente Donald Trump refroidit l’enthousiasme des électeurs pour la promesse du Parti Québécois (PQ) d’organiser un référendum sur la séparation. De plus, les projets énergétiques, comme la relance de l’initiative Énergie Est, sont soudainement considérés comme viables, voire souhaitables. La conclusion est sans équivoque : même replié sur sa propre culture, sa langue et son histoire politique, le Québec verra ses élections ballottées par ces mêmes forces mondiales.

    À bien des égards, les leçons tirées de l’année écoulée tournent presque exclusivement autour de la politique énergétique. Malgré les guerres, les enjeux géopolitiques, le prix de l’essence et les résultats des sondages, la question de l’accès à des sources d’énergie abordables et sûres relègue tous ces autres sujets au second plan. Lorsque la conjoncture est favorable et que l’énergie est abondante, les économies se développent et les débats politiques s’élargissent. Toutefois, lorsque le monde s’assombrit et que l’accès à l’énergie est menacé, c’est tout le contraire. L’énergie n’est pas seulement un enjeu important en ce moment. C’est LA question de l’heure.

    Scott Reid a été directeur des communications de l’ancien premier ministre Paul Martin, et est le cofondateur de Feschuk.Reid.


    Quel rôle, le cas échéant, la politique énergétique jouera-t-elle dans l’issue des prochaines élections provinciales cette année au Québec, et dans quelle mesure cette politique pourrait-elle influer sur les résultats des prochaines élections fédérales, advenant le déclenchement d’un scrutin au cours des douze prochains mois?

    Par Robin Guy

    Alors que les tensions géopolitiques continuent de menacer les chaînes d’approvisionnement et de faire flamber les prix de l’énergie, nos alliés en Europe et en Asie recherchent désespérément des partenaires énergétiques stables et démocratiques. Le Canada dispose précisément de ce que le monde recherche : des réserves énergétiques abondantes. Pourtant, nos ressources restent prisonnières d’un enchevêtrement règlementaire et idéologique dont nous sommes nous-mêmes responsables.

    Au niveau fédéral, nous avons récemment constaté certains signes positifs de la part du gouvernement, tels que le protocole d’entente (PE) conclu entre Ottawa et le gouvernement de l’Alberta. Cependant, un changement de ton n’équivaut pas à un changement de politique. Le dispositif anti-production mis en place au cours de la dernière décennie reste en grande partie intact. La suspension de certaines de ces politiques peut constituer un pas dans la bonne direction, mais la suspension seule ne suffira pas à rétablir la confiance de l’industrie ni à rassurer nos alliés à l’étranger. Seule la suppression pure et simple de ces politiques offrira la certitude nécessaire pour démontrer que le gouvernement Carney est réellement déterminé à accroître la production pétrolière et gazière du Canada.

    Un an après le début du mandat du premier ministre Carney, l’héritage d’une décennie de politiques anti-énergétiques continue de peser lourdement. Les voix de l’ère Trudeau, hostile à l’énergie – notamment celles qui se sont battues pour des mesures telles que le projet de loi C-69, la « loi anti-pipeline », l’interdiction des pétroliers, la politique relative aux subventions inefficaces pour les combustibles fossiles, le régime de tarification du carbone pour l’industrie et le plafond punitif des émissions – continuent de siéger à la table des décisions. Les actes sont plus éloquents que les paroles. Or, dans ce cas précis, trop peu de mesures ont été prises pour permettre la croissance de la production et des exportations dont le secteur de l’énergie a besoin.

    Cette incertitude a un coût économique réel : les investissements dans de nouveaux actifs pétroliers et gaziers ont chuté d’environ 23 %; au cours de la dernière décennie, les sorties nettes d’investissements du Canada ont dépassé 1 000 milliards de dollars – ce qui représente l’exode de capitaux le plus important de l’histoire moderne du pays. L’argent afflue vers la certitude, et le Canada n’offre rien de tel. Parallèlement, les États-Unis surpassent le Canada en matière de politique budgétaire. Washington a rétabli l’amortissement accéléré de 100 % pour les biens pétroliers et gaziers admissibles, tandis que le Canada n’offre toujours pas de déduction immédiate comparable pour les investissements énergétiques majeurs. Si Ottawa souhaite réellement attirer des capitaux et accroître la production, il doit lever ces obstacles politiques et proposer un cadre fiscal et d’investissement en mesure de rivaliser avec celui d’autres pays.

    Le Québec est désormais confronté à sa propre réalité énergétique. La province ne dispose plus de l’excédent énergétique dont elle bénéficiait autrefois. Après des décennies d’abondance énergétique, Hydro-Québec a annoncé plus tôt cette année qu’elle serait à court d’électricité non allouée d’ici la fin de l’année prochaine. Le Québec compte actuellement un arriéré de projets industriels nécessitant plus de 20 000 mégawatts d’électricité, soit davantage que la capacité totale du projet de la Baie-James. Alors que la province cherche à plafonner les hausses tarifaires à 3 %, elle ne peut pas compter uniquement sur l’éolien et le solaire pour répondre à ses besoins énergétiques. On estime que le schiste québécois contient jusqu’à 20 000 billions de pieds cubes de gaz naturel récupérable. Cela suffirait à alimenter la province en énergie pendant des décennies et pourrait permettre au Québec de devenir un exportateur net vers les marchés européens, créant ainsi des emplois bien rémunérés et renforçant sa sécurité économique et énergétique.

    Au cours de la décennie pendant laquelle le Canada et le Québec ont débattu de la création d’un terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) unique sur la côte Est, les États-Unis sont devenus le premier exportateur mondial de GNL, avec sept terminaux en service et cinq autres en construction. Selon les projections actuelles, la croissance du secteur du GNL au Canada ne proviendra que des projets déjà en cours, aucun nouveau terminal n’étant prévu. Pour atteindre l’Europe aujourd’hui, le gaz canadien doit transiter par des installations américaines, ce qui crée des emplois et des investissements à l’étranger plutôt qu’au Québec et dans les provinces de l’Atlantique.

    Les Canadiens attendent de nos gouvernements qu’ils obtiennent des résultats concrets qui favorisent la croissance économique et la création d’emplois bien rémunérés. Si ce nouveau ton constitue un changement bienvenu, un an après le début du mandat du gouvernement Carney, aucun nouveau pipeline n’a été approuvé, et les travaux d’infrastructure nécessaires pour acheminer l’énergie canadienne vers les marchés n’ont pas avancé.

    Cette inaction se reflète désormais dans le moral du secteur. Selon l’enquête Cormark d’ATB Capital Markets, moins de la moitié des personnes interrogées ont estimé qu’il était probable ou très probable qu’un projet de pipeline soit ajouté à la liste des projets d’intérêt national. Le secteur attend toujours la preuve qu’Ottawa est prêt à passer des paroles aux actes. Les progrès récents réalisés entre le gouvernement du Canada et l’Alberta dans le cadre de leur protocole d’accord sont encourageants, mais il ne s’agit là que d’un premier pas.

    Le temps des « cadres » et des « ententes » est révolu. Le monde attend que le Canada tienne ses promesses. Si nous ne parvenons pas à construire les pipelines, les capacités de transport de gaz naturel et les infrastructures nécessaires pour acheminer nos ressources vers les marchés, le Canada continuera de perdre des investissements. Tant que les prix de l’énergie resteront élevés, les électeurs soutiendront les politiques favorables à l’énergie qui permettent de réduire les coûts et de renforcer la sécurité énergétique tant au niveau national qu’international. C’est ainsi que nous stimulerons la croissance économique et assurerons la prospérité de tous les Canadiens. Ayant désormais obtenu une majorité au Parlement, le gouvernement Carney n’a aucune excuse pour ne pas aller de l’avant rapidement. La question est maintenant de savoir s’il le fera.

    « Tant que les prix de l’énergie resteront élevés, les électeurs soutiendront les politiques favorables à l’énergie qui permettent de réduire les coûts et de renforcer la sécurité énergétique tant au niveau national qu’international. »

    Robin Guy est vice-président chez Crestview Strategy à Ottawa. Il possède près de 20 ans d’expérience dans le domaine des affaires publiques, dont plus de dix ans en tant que membre du personnel politique de plusieurs ministres du gouvernement Harper.


    Quel rôle, le cas échéant, la politique énergétique jouera-t-elle dans l’issue des prochaines élections provinciales cette année au Québec, et dans quelle mesure cette politique pourrait-elle influer sur les résultats des prochaines élections fédérales, advenant le déclenchement d’un scrutin au cours des douze prochains mois?

    Par Kathleen Monk

    En 2026, la carte énergétique mondiale a été rapidement redessinée. La guerre commerciale menée par le président Trump a bouleversé les chaînes d’approvisionnement mondiales, et la frappe militaire américaine contre l’Iran a perturbé l’artère énergétique la plus cruciale au monde. Le prix de l’essence est en hausse, et les premiers ministres des provinces canadiennes ainsi que le gouvernement fédéral reçoivent des appels d’alliés européens et asiatiques qui souhaitent traiter avec des partenaires énergétiques stables et démocratiques. Les débats sur les pipelines, longtemps en veilleuse, reviennent au premier plan. L’énergie est passée d’un simple dossier de politique publique à la question politique déterminante du moment, notamment dans le cadre des élections à venir dans « la Belle Province » cet automne.

    L’histoire politique du Québec est indissociable de ses choix énergétiques, à commencer par la célèbre campagne « Maîtres chez nous » menée en 1962 par le libéral Jean Lesage, qui a conduit à la nationalisation de l’électricité et à la création d’Hydro-Québec. Cela reste vrai aujourd’hui. Lors des prochaines élections au Québec, la politique énergétique jouera un rôle important, mais surtout en tant que reflet de la crise du coût de la vie et de la souveraineté économique. Depuis l’arrivée au pouvoir de la Coalition Avenir Québec (CAQ), Hydro-Québec est passée d’un surplus de 40 térawattheure (TWh) à une pénurie structurelle. Un plan d’investissement de 200 milliards de dollars vise maintenant à répondre aux besoins estimés du Québec, qui s’élèvent à plus de 100 TWh. Le pari sur l’industrie des batteries s’est retourné contre le gouvernement, et le report de la transition énergétique du Québec à l’ère post-Trump a préparé le terrain pour la suite des choses.

    Le coût de la vie est désormais au cœur du débat politique au Québec, alors que les ménages sont confrontés à une hausse des prix, faisant de l’approvisionnement énergétique et des tarifs des enjeux prioritaires. Lors de la course à la direction pour succéder à François Legault, la question de l’allègement du prix à la pompe a fait l’objet de nombreuses discussions, et la première ministre Christine Fréchette s’est engagée à réinjecter directement aux automobilistes québécois les recettes provinciales supplémentaires provenant de la taxe de vente du Québec (TVQ) et des redevances, grâce à des mesures ciblées destinées à soutenir la classe moyenne, qui a été touchée par des prix dépassant les 2,00 $ le litre d’essence.

    « Le coût de la vie est désormais au cœur du débat politique au Québec, alors que les ménages sont confrontés à une hausse des prix… »

    Alors que la CAQ est en difficulté dans les sondages, les électeurs se tournent vers la rivalité plus traditionnelle entre le Parti Québécois (PQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ). Le PQ lie étroitement l’énergie à son projet de souveraineté et s’oppose fermement à ce qu’il qualifie de « privatisation silencieuse » de l’électricité, encouragée par la CAQ dans le cadre de sa réforme énergétique. Le PLQ partage ce point de vue. Ce qui reste incertain, c’est la manière dont chacun de ces partis répondra à la demande croissante tout en maintenant l’électricité à un prix abordable. Le PQ fait preuve d’une certaine souplesse concernant de futurs pipelines, et les libéraux tentent de se repositionner comme une solution de rechange axée sur « l’économie verte ». Parallèlement, les conservateurs, en pleine ascension, s’engagent à abolir le marché du plafonnement et de l’échange des droits d’émission de carbone, une promesse favorablement accueillie par plus de la moitié des électeurs québécois.

    La question de l’abordabilité a également occupé une place importante dans le discours politique précédant la dernière campagne fédérale. L’abolition de la taxe sur le carbone par Mark Carney a effectivement neutralisé ce qui constituait auparavant l’argument d’attaque le plus puissant des conservateurs. Mais le coût de l’énergie n’a cessé d’augmenter parallèlement avec le coût de la vie, ce qui reste le talon d’Achille des libéraux sur le plan économique à l’approche des prochaines élections, quelle que soit la date à laquelle elles auront lieu. Entre-temps, Mark Carney a donné son feu vert à un nouveau pipeline reliant l’Alberta à la Colombie-Britannique. Ce faisant, le premier ministre a exposé son flanc gauche, et le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Avi Lewis, compte bien en tirer parti. Bien qu’elle ne soit pas sans risques politiques, ce positionnement permet au NPD de se démarquer des deux grands partis en s’opposant à l’expansion des énergies fossiles et en mettant l’accent sur l’investissement public, la souveraineté énergétique et l’abordabilité. En ce sens, la politique énergétique ne sera peut-être pas la question déterminante du scrutin lors des prochaines élections fédérales, mais elle façonnera le terrain sur lequel se déroulera cette élection. Comme au Québec, le débat porte moins sur des objectifs climatiques abstraits que sur la question de savoir qui contrôle l’énergie, qui en profite et qui en paie le prix.

    Kathleen Monk est propriétaire principale de Monk + Associates, une société indépendante d’affaires publiques. Elle apparaît régulièrement à l’émission Power and Politics du réseau CBC News et siège au conseil d’administration de CIVIX, un organisme de bienfaisance non partisan qui se consacre à la formation de citoyens engagés.

  • Les positions de nos analystes : Conservateur, Libéral, et NPD

    Les positions de nos analystes : Conservateur, Libéral, et NPD

    Comment le Canada peut-il tirer parti de son avantage énergétique, en particulier le gaz naturel, pour se positionner comme un partenaire clé dans la sécurité énergétique nord-américaine?

    Scott Reid
    Par Scott Reid

    Si vous avez un penchant pour le gaz naturel liquéfié (GNL), vous allez certainement être en faveur de l’orientation des politiques canadiennes et des stratégies énergétiques à l’approche de 2026.

    D’une manière quelque peu paradoxale, l’élection de Donald Trump a réorienté de manière positive les perspectives du secteur gazier canadien et remodelé la politique intérieure relative à cette source d’énergie. La flambée des droits de douane américains a ébranlé l’économie mondiale, et la possibilité d’une récession provoquée par les décideurs politiques américains semble se concrétiser. De plus, rien ne concentre autant l’attention des responsables politiques que la perspective de pertes d’emplois et de contraction économique.

    Dans ce contexte, le Canada connaît une transition rapide de ses priorités politiques, dont la plupart laissent entrevoir des avantages directs pour le secteur du gaz naturel. Depuis sa victoire électorale en avril, le premier ministre Mark Carney a clairement indiqué que les choses étaient en train de changer. Lorsque les dirigeants européens ont récemment interrogé Justin Trudeau sur la possibilité d’augmenter les exportations de GNL, la réponse a été plutôt négative. Tim Hodgson, le nouveau ministre de l’Énergie de M. Carney, a directement assuré à ces mêmes dirigeants cet été que cette réticence appartenait désormais au passé. Alors que le Canada cherche à développer ses échanges commerciaux avec l’Europe (et l’Asie, par ailleurs), les exportations de GNL se trouveront probablement au cœur des préoccupations.

    « Le Canada connaît une transition rapide dans ses priorités politiques, dont la plupart laissent entrevoir des avantages directs pour le secteur du gaz naturel. » [Traduction]
    La preuve en a été faite récemment lorsque le gouvernement Carney a dévoilé sa première liste restreinte de grands projets. Le gaz naturel en est sorti grand gagnant, avec la phase II du projet Kitimat mise en avant et la promesse de nouvelles infrastructures énergétiques à venir. Un consensus politique commence également à se dessiner autour du port en eau profonde de Churchill, que de nombreux chefs d’entreprise et dirigeants politiques considèrent comme une opportunité exceptionnelle d’acheminer davantage de GNL vers les marchés étrangers. La nature à long terme et l’importance du soutien provincial – et même de l’opposition – en faveur du gaz naturel laissent entrevoir une dynamique qui sera difficile à arrêter.

    Dans ce contexte, d’autres signes laissent entrevoir le potentiel du GNL. À chaque mission commerciale et diplomatique en Asie et en Europe, les perspectives de nouvelles sources de demande se multiplient. De plus, comme il a été mentionné précédemment, l’engagement en faveur des infrastructures énergétiques devrait rassurer les investisseurs préoccupés par la viabilité du transport d’un tel produit vers les clients.

    Cependant, le facteur le plus encourageant est peut-être, une fois de plus, la position décourageante de notre voisin du sud. Comme l’ont souligné de nombreux dirigeants, le chemin le plus probable pour que le gaz naturel canadien arrive en Europe passe, ironiquement, par les États-Unis. On estime que 95 % ou plus de nos exportations de GNL transitent par l’Amérique. Dans un monde où Trump a pratiquement abandonné l’idée que le Canada reste un allié, la volonté politique de renforcer notre capacité à commercer avec le reste du monde ne devrait pas s’éroder. Elle est passée d’une priorité économique à une question de souveraineté.

    Pour 2026, que ce soit en raison de la réalité politique, de la nécessité économique ou de l’évolution des temps, l’engagement du gouvernement fédéral envers le secteur du gaz naturel n’a jamais semblé aussi fort. Et il n’a jamais semblé aussi certain qu’il soit maintenu.

    Scott Reid a été directeur des communications de l’ancien premier ministre Paul Martin, et est le cofondateur de Feschuk.Reid.


    L’opportunité à saisir que représente le gaz naturel canadien : il est temps d’agir

    Par Robin Guy

    Le domaine du gaz naturel représente actuellement une opportunité générationnelle pour le Canada. Nos ressources sont convoitées à l’échelle mondiale : les pays européens recherchent des solutions de rechange sûres au gaz russe, et les économies asiatiques ont besoin de plus d’énergie pour alimenter leur croissance. Avec des réserves abondantes, une main-d’œuvre hautement qualifiée et des normes environnementales de premier plan, nous sommes dans une position unique pour être à l’avant-garde de la production énergétique responsable. Cependant, les erreurs du gouvernement fédéral et la règlementation excessive ont permis à d’autres pays de prendre de l’avance au détriment du Canada.

    Pendant près d’une décennie, le programme anti-production du gouvernement libéral de Trudeau a freiné les investissements et ralenti les progrès dans notre secteur du gaz naturel. Des mesures telles que le plafonnement des émissions, le système de tarification du carbone non concurrentiel et la règlementation restrictive sur le méthane ont été présentées comme nécessaires pour lutter contre le changement climatique, mais en réalité, elles ont imposé des limites rigides qui ont découragé l’innovation et rendu presque impossible toute expansion responsable pour les producteurs. L’interdiction des méthaniers et la « loi anti-pipelines » ont encore restreint le développement d’infrastructures essentielles, piégeant le gaz naturel canadien à l’intérieur de nos frontières alors que les marchés mondiaux réclamaient un approvisionnement fiable.

    Pendant ce temps, les concurrents du Canada, y compris les États-Unis, ont saisi l’occasion et construit des terminaux de GNL à un rythme record, fournissant à l’Europe et à l’Asie une énergie qui aurait pu (et aurait dû) être canadienne. Cette incapacité à saisir l’occasion au bon moment a non seulement coûté aux Canadiens des milliers d’emplois bien rémunérés, mais a également réduit notre influence géopolitique à un moment critique. Au lieu de prendre une position de leader mondial et de renforcer notre domination sur la scène internationale, nous avons cédé du terrain aux États-Unis et à d’autres pays producteurs.

    La récente élection du premier ministre Carney était censée marquer le début d’une nouvelle ère, axée sur la croissance économique, les résultats et la réalisation de projets. Les Canadiens se sont vu promettre moins de discours et plus d’actions. Cependant, malgré un changement initial dans le langage et le ton, tout semble indiquer que la paralysie règlementaire qui a entravé le gouvernement précédent va se poursuivre. Si la création très médiatisée du Bureau des grands projets est une initiative bienvenue, une approche fragmentaire ne permettra pas de libérer tout le potentiel du Canada.

    La voie à suivre pour devenir une superpuissance énergétique est claire : le gouvernement doit prendre du recul et laisser l’innovation et l’expertise canadiennes prendre les devants. Le Canada doit donner la priorité aux projets qui peuvent être réalisés et développés rapidement, permettant ainsi à notre industrie de diversifier ses marchés et de soutenir de nouveaux secteurs tels que les centres de données alimentés par l’énergie canadienne. Il doit créer un cadre règlementaire prévisible qui s’applique de manière équitable à tous les projets. Il n’a pas besoin de l’accompagnement du gouvernement. Le véritable succès ne viendra pas de politiques ponctuelles ou de favoritisme politique, mais de la clarté, de la compétitivité et de la cohérence. Le gouvernement fédéral doit envoyer un signal fort et unique aux investisseurs mondiaux pour leur indiquer que le Canada est ouvert aux affaires, engagé dans une production énergétique responsable et déterminé à développer son secteur du gaz naturel.

    Le gouvernement fédéral doit envoyer un signal fort et unique aux investisseurs mondiaux pour leur dire que le Canada est ouvert aux affaires, qu’il s’engage à produire de l’énergie de façon responsable et qu’il est déterminé à faire croître son secteur du gaz naturel.

    Si Ottawa agit de manière décisive, les avantages seront considérables : augmentation des investissements, création d’emplois bien rémunérés dans tout le pays et croissance économique accrue pour l’ensemble de la nation. Le temps des demi-mesures et des consultations interminables est révolu. Les Canadiens méritent un gouvernement qui défendra notre secteur du gaz naturel et donnera à nos travailleurs les moyens d’être compétitifs et de s’imposer sur la scène internationale.

    Le choix qui s’offre à nous est urgent et clair. Le Canada peut saisir cette occasion ou la laisser passer au profit d’autres pays. Il est temps d’agir.

    Robin Guy est vice-président chez Crestview Strategy à Ottawa. Il possède près de 20 ans d’expérience dans le domaine des affaires publiques, dont plus de dix ans en tant que membre du personnel politique de plusieurs ministres du gouvernement Harper.


    Comment le Canada peut-il tirer parti de son avantage énergétique, en particulier du gaz naturel, pour se positionner comme un partenaire clé dans la sécurité énergétique nord-américaine?

    Par Kathleen Monk

    Chaque mètre cube de gaz naturel sous le sol canadien représente une promesse de sécurité énergétique et de prospérité, mais sonne aussi comme un avertissement. En effet, alors que le monde s’oriente vers des sources d’énergie à faibles émissions, il est crucial de savoir comment exploiter les ressources en gaz naturel du Canada de manière à promouvoir la sécurité énergétique, tout en respectant les engagements environnementaux.

    Les vastes réserves canadiennes de gaz naturel nous offrent la possibilité de renforcer la sécurité énergétique de notre pays alors que les chaînes d’approvisionnement mondiales, les marchés pétroliers mondiaux et nos relations commerciales – en particulier avec les États-Unis – deviennent de plus en plus volatils et instables.

    « Les vastes réserves canadiennes de gaz naturel nous offrent la possibilité de renforcer la sécurité énergétique de notre pays, alors que les chaînes d’approvisionnement mondiales, les marchés pétroliers mondiaux et nos relations commerciales – en particulier avec les États-Unis – deviennent de plus en plus volatils et instables. » [Traduction]
    La véritable question n’est pas de savoir s’il convient d’exploiter nos importantes réserves de gaz naturel, mais plutôt comment le faire de manière à renforcer notre indépendance énergétique sans compromettre nos engagements climatiques ni délaisser les travailleurs et les familles. Comme les gouvernements qui se sont succédé ont constamment repoussé ce défi, le temps presse. Si l’urgence de la situation n’était pas suffisamment flagrante avant l’élection de Donald Trump à la présidence, elle l’est certainement maintenant.

    Les chiffres ne mentent pas. Le Canada possède l’une des plus grandes réserves de gaz naturel au monde; et oui, ce gaz brûle plus proprement que le charbon. Cependant, sans une surveillance adéquate, un partenariat avec les communautés autochtones et davantage de valorisation au Canada, cet avantage se transformera en une occasion ratée.

    Le fait de développer nos infrastructures pour les combustibles fossiles sans mesures claires de protection du climat risque de compromettre les objectifs de réduction des émissions du Canada. Le leadership de notre pays ne devrait pas se limiter à fournir davantage de combustibles fossiles, mais plutôt à démontrer comment un pays riche en énergie comme le nôtre peut également jouer un rôle de premier plan dans la décarbonisation.

    La voie à suivre exige également un véritable partenariat avec les communautés autochtones. Il ne s’agit pas seulement de les consulter, mais aussi d’assurer une participation économique concrète de leur part. Si le Canada souhaite exploiter ses ressources en gaz naturel de manière responsable, les dirigeants autochtones doivent jouer un rôle central dans la planification des projets et les accords de partage des bénéfices. Il est temps de mettre fin aux promesses non tenues.

    L’avantage que présente le gaz naturel canadien doit constituer un pont, et non un détour. Nous ne pouvons pas l’utiliser comme prétexte pour retarder la transition vers les énergies propres. Au contraire, il doit ouvrir la voie à un avenir renouvelable. Les revenus générés par les exportations de gaz naturel devraient être réinvestis dans des projets d’énergie renouvelable à grande échelle, dans la modernisation du réseau électrique et dans l’innovation des technologies vertes. Il est essentiel que le prochain gouvernement s’engage à mettre en place des mécanismes politiques qui contribuent à financer les investissements nécessaires pour faire du gaz naturel canadien le plus propre de l’Amérique du Nord.

    Il ne s’agit pas seulement de faire ce qui est juste, mais aussi de placer la population canadienne au cœur de notre politique industrielle et climatique.

    Pendant trop longtemps, les travailleurs ont dû naviguer seuls dans la transition vers une économie à faibles émissions de carbone. Cette approche n’est pas acceptable. Comme ce sont les travailleurs canadiens qualifiés qui construiront notre avenir à faibles émissions de carbone, ils devront avoir une place centrale à la table de prise de décision alors que nous planifierons cet avenir. Cela signifie des emplois syndiqués de qualité, une formation professionnelle complète et des programmes de transition concrets qui garantissent qu’aucune région ne soit laissée pour compte.

    Il ne s’agit pas d’un choix entre la sécurité énergétique et la responsabilité environnementale, comme certains le prétendent. Il s’agit plutôt de choisir entre rester dans un statu quo qui ne fonctionne pas ou avoir le courage de bâtir une nouvelle économie énergétique offrant une plus grande sécurité économique ainsi que des communautés prospères, et où il fait bon vivre partout au pays. C’est ça, donner la priorité au Canada.

    Kathleen Monk est propriétaire principale de Monk + Associates, une société indépendante d’affaires publiques. Elle apparaît régulièrement à l’émission Power and Politics du réseau CBC News et siège au conseil d’administration de CIVIX, un organisme de bienfaisance non partisan qui se consacre à la formation de citoyens engagés.

     

  • Les positions de nos analystes : Conservateur, Libéral, et NPD

    Les positions de nos analystes : Conservateur, Libéral, et NPD

    On doit parvenir à un équilibre entre les trois piliers que sont l’abordabilité, la fiabilité et la réduction des émissions de GES si l’on veut assurer notre sécurité énergétique. Comment les gouvernements devraient-ils s’y prendre pour parvenir à cet équilibre?

    Par Tim Powers

    Jusqu’à présent, le paysage politique fédéral du Canada en 2023 a été fortement influencé par les défis que les Canadiens doivent relever en matière d’accessibilité financière. Qu’il s’agisse d’acheter des produits alimentaires, de mettre de l’essence dans leur voiture, de payer leur logement actuel ou d’envisager d’en acheter un pour la première fois. L’inflation, les variations de l’économie mondiale et les politiques fédérales ont contribué à créer un climat d’anxiété pour les gens en fonction de leur situation personnelle. Si de nombreux Canadiens se préoccupent toujours, à juste titre, des changements climatiques, leur attention immédiate semble se porter sur leur portefeuille.

    Au cours de l’été dernier, que ce soit dans le cadre de sondages ou d’élections régionales, les preuves se sont accumulées pour montrer que c’est l’accessibilité financière qui motive les intentions de vote des Canadiens, et non un engagement ferme en faveur d’une politique d’atténuation des changements climatiques. Comme l’a dit l’ancien premier ministre Jean Chrétien, « une preuve est une preuve est une preuve ». Permettez-moi donc de vous en donner quelques-unes.

    En août, un reportage de CTV News avait pour titre : « La taxe sur le carbone est ine¥cace pour réduire les émissions de carburant, selon une majorité de Canadiens » [traduction]. S’appuyant sur les données de Nanos Research, CTV a rapporté que les deux tiers des Canadiens estimaient que le moment était mal choisi pour augmenter la taxe sur le carbone, et qu’une majorité d’entre eux pensaient que la taxe sur l’essence était inefficace pour lutter contre les changements climatiques.

    Dans un sondage publié le 23 août 2023, notre propre société Abacus Data a constaté que les Canadiens estiment que les problèmes les plus importants avec lesquels le Canada doit composer sont l’augmentation du coût de la vie (73 %), l’accessibilité et l’abordabilité du logement (47 %), les soins de santé (45 %), l’économie (35 %) et les changements climatiques et l’environnement (29 %). Il est tout aussi instructif de découvrir que les plus grandes cohortes de votants au Canada, la génération Z et les milléniaux, ont classé l’augmentation du coût de la vie ainsi que l’accessibilité et l’abordabilité du logement bien au-dessus de la politique climatique dans la matrice des principaux enjeux.

    La circonscription provinciale de Preston, en Nouvelle-Écosse, a été un bastion libéral pendant 30 ans, jusqu’à ce que les progressistes-conservateurs de la Nouvelle-Écosse en prennent le contrôle cet été. Pourquoi? Le titre d’un reportage de Global News d’Halifax aide à en comprendre la raison : « Le chef libéral de la Nouvelle-Écosse s’indigne de l’affiche électorale des progressistes-conservateurs sur la taxe fédérale sur le carbone ». Selon le reportage de Global News, « …le message des conservateurs concernant la taxe fédérale sur le carbone (a eu) un impact important sur le vote à la suite de l’élection partielle » [traduction]. Le chef libéral Zach Churchill n’était pas très content et s’est plaint que ses libéraux provinciaux aient été mis dans le même sac que le gouvernement Trudeau. Mis à part les effets dramatiques de la campagne, ce renversement historique de la circonscription s’est produit lorsque les problèmes d’accessibilité ont été opposés à la politique en matière de changements climatiques.

    « … sur le front de l’opinion publique, la bataille pour la réduction de nos émissions de gaz à effets de serre s’estompe devant l’impact immédiat des pressions exercées sur le portefeuille des particuliers. »

    Qu’il s’agisse d’incendies de forêt, d’alertes de chaleur ou d’ouragans, les défis climatiques sont toujours présents dans nos vies et ne disparaîtront pas. Toutefois, en ce moment, sur le front de l’opinion publique, la bataille pour la réduction de nos émissions de gaz à effets de serre s’estompe devant l’impact immédiat des pressions exercées sur le portefeuille des particuliers. La tolérance des Canadiens à l’égard de sacrifices individuels supplémentaires est faible, qu’il s’agisse de lutter contre la hausse des coûts ou de s’assurer qu’ils disposent de sources d’énergie fiables et rentables.

    Le pendule finira par revenir à l’urgence climatique, mais il est peu probable que cela se produise tant que les Canadiens ne se sentiront pas plus en sécurité sur le plan financier.

    Tim Powers, est le président de Summa Strategies Canada et le directeur général d’Abacus Data, dont les deux sièges sociaux sont à Ottawa. M. Powers est souvent invité à l’émission Power and Politics du réseau de télévision CBC, ainsi qu’à la chaîne VOCM de Terre-Neuve-et-Labrador, sa province d’origine.


    Par Dan Moulton

    Parvenir à un équilibre entre l’abordabilité, la fiabilité et la réduction des émissions est une tâche délicate à la fois réalisable et nécessaire sur le plan politique pour tout parti cherchant à gouverner au Canada. Alors que notre pays est aux prises avec une transition urgente et inéluctable vers des sources d’énergie plus propres, il est tout aussi important pour notre vitalité économique et le bien-être social de nos concitoyens de trouver le bon équilibre entre ces piliers. Si ceux-ci sont parfois présentés comme étant déséquilibrés ou incongrus les uns par rapport aux autres, cet argument est généralement au service d’objectifs partisans étroits. Notre sécurité économique est mieux servie par des gouvernements qui s’efforcent de trouver un équilibre entre ces piliers, ce qui oblige la plupart des gouvernements à trouver les moyens d’y parvenir. De plus, comme l’a démontré le récent silence de la plate-forme conservatrice sur la réduction des émissions, elle n’est généralement pas favorable à l’opportunisme partisan.

    L’abordabilité est à juste titre le premier pilier de votre question. Compte tenu de la situation actuelle, cet aspect est en tête de votre liste, mais aussi de celle des décideurs politiques. Les familles canadiennes doivent composer avec une forte augmentation des dépenses des ménages, principalement attribuable au coût d’emprunt, ainsi qu’au prix du carburant pour leurs véhicules et des combustibles pour le chauffage de leur maison. L’accès à l’énergie pour chauffer sa maison devrait être un droit fondamental de la personne, car il s’agit d’une nécessité de base si l’on veut se loger en toute sécurité. Garantir un accès abordable à l’énergie fait progresser la cause de la justice sociale à tout moment, y compris celui que nous vivons actuellement. C’est un facteur clé du rythme de la transition de l’approvisionnement ou de l’investissement dans les infrastructures, qui détermine la prise de décision et l’élaboration des politiques.

    La fiabilité est probablement le pilier pour lequel nous connaissons le plus de succès en tant que nation. Malgré notre géographie vaste et complexe, la plupart des familles et des entreprises canadiennes bénéficient d’une infrastructure énergétique bien construite et, à l’exception de quelques défaillances mémorables, se préoccupent rarement de la fiabilité de notre énergie. Bien entendu, ce n’est pas le cas pour tout le monde. De nombreuses communautés (autochtones, éloignées, rurales et nordiques) ne disposent pas de l’accès fondamental à des sources d’énergie fiables, ce qui s’accompagne de difficultés économiques et sociales. Combler ce fossé grâce à l’innovation technologique — comme l’adoption de micro-réseaux, de petits réacteurs modulaires et de thermopompes de maison — doit représenter une priorité pour tout gouvernement. En le faisant d’une manière qui favorise la décarbonisation, on donne à ces communautés les moyens de réussir à long terme.

    La réduction des émissions s’inscrit dans l’impératif mondial et national de lutte contre les changements climatiques. Il s’agit de plus en plus d’une attente minimale de la part des électeurs, et donc des gouvernements. Les politiques telles que la tarification du carbone, les incitations aux projets d’énergie renouvelable et les normes d’émission strictes pour les industries font partie intégrante de cet engagement. La lutte contre les changements climatiques n’est pas seulement une nécessité environnementale, elle représente aussi une occasion économique pour le Canada. Les capitaux mondiaux penchent vers la décarbonisation, et le Canada risque d’être laissé pour compte s’il ne s’adapte pas.

    Pour parvenir à un équilibre entre ces trois piliers, les gouvernements doivent adopter une approche nuancée et progressive. Les politiques qui y parviennent sont de plus en plus courantes, car nous nous efforçons progressivement de décarboniser notre approvisionnement en énergie sans créer de nouvelles et graves difficultés en matière de coût d’approvisionnement et de fiabilité du réseau de distribution. La réussite dans ce domaine repose sur une prise de décision fondée sur des données probantes, qui s’appuie fortement sur la sagesse des parties prenantes, qui tiennent compte de la nature dynamique du paysage énergétique et de l’importance de faire preuve de souplesse dans l’adaptation de nos stratégies à des circonstances changeantes.

    Dan Moulton est vice-président de Crestview Strategy à Toronto. Il est spécialisé dans l’élaboration de stratégies qui gagnent l’opinion publique et permettent de remporter des victoires politiques. Dan dirige les plus grandes entreprises du Canada pendant les périodes de changement, de turbulences et de risques de réputation. Basé au bureau de Toronto, la pratique de Dan se concentre sur les entreprises centrées sur le consommateur, la technologie perturbatrice et l’énergie.


    Par Kathleen Monk

    Lorsqu’on se trouve en équilibre sur un tabouret à trois pieds, si l’un de ceux-ci cède, on tombe à la renverse. Toutefois, la lutte contre les changements climatiques ne constitue pas un simple jeu. Nous allons devoir réduire les émissions, assurer la sécurité énergétique et rendre la vie abordable.

    Cela fait un an que l’Inflation Reduction Act of 2022 (loi américaine de 2022 sur la réduction de l’inflation) a été adoptée. Partout dans le monde, des pays vont de l’avant avec détermination. Il est clair que l’inaction ne fait pas partie des solutions possibles.

    Si nous ne parvenons pas à relever ces défis, nos entreprises perdront du terrain face à la concurrence internationale, les investissements étrangers se tariront et les travailleurs canadiens feront la ligne au centre d’assurance-emploi, plutôt que d’être présents sur les lignes de production des produits à faibles émissions de demain.

    Si nous ne réduisons pas les émissions, nous risquons de laisser notre économie à la traîne dans la nouvelle économie mondiale à faibles émissions de carbone. Si l’énergie n’est pas abordable, les familles à faibles revenus risquent de devoir choisir entre payer leur épicerie, leur loyer ou leur facture d’électricité. Sans fiabilité, les gens perdent confiance dans les fournisseurs d’énergie. Dans tous les cas, les gens rejetteront la faute sur les gouvernements, ce qui rend les politiciens malheureux.

    Nous ne pouvons certainement pas nous permettre de commettre l’erreur de nous cacher la tête dans le sable comme une autruche et de ne pas penser à l’avenir, comme cela semble être la politique officielle du gouvernement de l’Alberta. Entre l’interdiction des projets d’énergie renouvelable, qui met en péril des milliards de dollars d’investissement, et le refus obstiné de travailler avec d’autres gouvernements sur un plan de réseau électrique propre, Danielle Smith se dirige à pleine vitesse vers une impasse qui laisserait pour compte l’économie, les entreprises et les travailleurs de l’Alberta.

    Nous devons agir! Nous devons nous préparer aujourd’hui aux réalités de demain. Cependant, la réduction des émissions de gaz à effets de serre peut être une victoire économique pour le Canada. Cela signifie qu’il faudra concevoir de nouvelles technologies qui consomment moins d’énergie, et ainsi en réduire la demande globale. Cela signifie créer de nouvelles opportunités économiques, tout en permettant aux particuliers et aux entreprises d’économiser de l’argent sur leurs factures d’énergie.

    Le Canada est également bien placé pour devenir un fournisseur de premier plan de minéraux essentiels. Nous avons des entreprises prêtes à passer à une fabrication moins polluante et plus propre. Nous disposons d’une main-d’oeuvre bien formée, travailleuse et productive.

    En juin, le gouvernement fédéral a présenté la Loi sur les emplois durables. Cette loi établit une feuille de route pour que les gouvernements, les entreprises et les travailleurs collaborent à cette transition qui n’arrive qu’une fois par génération. En travaillant ensemble, ils peuvent aligner l’action climatique des gouvernements sur l’amélioration de la formation et du soutien à l’apprentissage pour les travailleurs, ainsi que sur les nouvelles possibilités économiques pour les entreprises.

    Pour que cette transition économique soit fructueuse, il est essentiel de s’assurer que les travailleurs sont présents à la table des négociations. En effet, les communautés prospères sont bâties par des travailleurs qui ont de bons emplois bien rémunérés. Des emplois syndiqués qui permettent aux jeunes travailleurs de subvenir aux besoins de leur famille et même, peut-être un jour, d’acheter leur propre maison.

    Après un été marqué par des incendies de forêt, des évacuations massives, une qualité de l’air dangereuse et des conditions météorologiques extrêmes, il ne fait aucun doute que les changements climatiques sont réels et qu’ils s’aggravent. Le Canada est un pays qui dispose cependant d’une abondance de ressources, tant humaines que naturelles. Nous sommes bien placés pour aªronter l’avenir avec succès, à condition de ne pas laisser les autruches prendre le dessus.

    Kathleen Monk est propriétaire principale de Monk + Associates, une société indépendante d’a aires publiques. Elle apparaît régulièrement à l’émission Power and Politics du réseau CBC News et siège au conseil d’administration de CIVIX, un organisme de bienfaisance non partisan qui se consacre à la formation de citoyens engagés.

  • Les positions de nos analystes: Conservateur, Libéral, et NDP

    Les positions de nos analystes: Conservateur, Libéral, et NDP

    Comment les dirigeants politiques peuvent-ils soutenir une énergie abordable pour réduire les impacts de la pauvreté énergétique au Canada ?

    Les points de vue et opinions exprimés dans cet article sont ceux des auteurs et ne reflètent pas nécessairement la politique ou la position officielle de l’Association canadienne du gaz.

    Par Tim Powers

    Si vous avez acheté quelque chose dernièrement, vous savez que l’inflation est réelle. Si, comme de nombreux Canadiens, vous ne conduisez pas un véhicule électrique, vous savez, après être passé à la pompe, que le prix de l’essence a augmenté de façon spectaculaire. Et pour les personnes qui n’ont pas accès aux transports en commun ou pour qui la marche n’est pas une option, le coût pour se rendre au travail ou pour emmener les enfants au hockey rend la vie moins abordable.

    Maintenant que la guerre fait rage en Ukraine, le rôle central de la Russie dans l’approvisionnement en énergie de certaines parties de l’Europe, de l’Asie et d’ailleurs fait l’objet d’une attention accrue. La dynamique géopolitique a toujours influencé les discussions sur la politique énergétique au Canada. Déjà, trois provinces canadiennes – l’Alberta, Terre-Neuve-et-Labrador et la Saskatchewan – ont déclaré que le Canada devrait profiter de la crise en Ukraine pour faire progresser les options énergétiques de ces régions dans le monde. Parallèlement, des politiciens conservateurs fédéraux très en vue, Pierre Poilievre et Michael Chong, ont soutenu que le Canada doit également agir pour accélérer le développement de projets de GNL, en particulier ceux de la côte Est, afin que l’Europe dispose de nouvelles options d’approvisionnement stables.

    Hand holding gasoline nozzle
    « Si, comme de nombreux Canadiens, vous ne conduisez pas un véhicule électrique, vous savez, après être passé à la pompe, que le prix de l’essence a augmenté de façon spectaculaire ».

    Alors que le système politique national canadien se tourne vers la saison des budgets, attendez-vous à ce que l’inflation et l’instabilité mondiale dominent ces documents politiques. De St. John’s à Victoria, les citoyens réclament un soulagement temporaire de la douleur inflationniste, notamment en ce qui concerne le prix de l’essence. À Ottawa, ils entendent ces mêmes cris tout en étant encouragés à être plus agressifs sur l’ouverture de l’entrepôt énergétique du Canada au monde. Avec le Parti conservateur dans une nouvelle course à la chefferie, attendez-vous à plus de débats sur la façon dont le Canada doit faire plus sur le plan géopolitique pour supplanter les autres nations, non seulement en matière de réduction des gaz à effet de serre, mais aussi en tant que fournisseur d’énergie.

    Alors, à quoi faut-il s’attendre sur le plan politique? Il est possible que les gouvernements envisagent un allègement temporaire de la perception de la taxe sur l’essence dans les endroits où ils disposent de tels mécanismes. Certains ont demandé une renonciation ou une réduction plus large de la taxe de vente – ce qui n’est pas hors du domaine du possible – mais cela pourrait être considéré comme risqué, étant donné le précédent perçu que cela pourrait créer. D’autres pourraient augmenter les subventions pour une transition plus rapide vers des options d’énergie non renouvelable si l’on peut faire valoir que cela apporte un soulagement légitime aux défis personnels actuels en matière d’accessibilité financière. De plus, je n’exclurais pas que certains gouvernements créent des paiements spéciaux uniques pour soulager les citoyens. La corruption avec notre propre argent a déjà fonctionné auparavant.

    Les débats politiques à moyen et long terme, au-delà des budgets, reviendront sur l’environnement réglementaire de l’énergie au Canada et le rythme de la transition énergétique. Par exemple, dans l’actuelle course à la direction du Parti conservateur du Canada, le rythme et la place de la transition ont occupé le devant de la scène. Les candidats ont surtout reconnu que l’incertitude géopolitique en Europe crée une ouverture importante pour le pétrole et le gaz canadiens. Un candidat est allé jusqu’à affirmer que l’incertitude devrait nous inciter à accroître notre production nationale. Ceci, en plus de la reconnaissance récente par le gouvernement lui-même que l’augmentation de notre production d’énergie au Canada crée un ensemble de circonstances très intéressantes.

    Peut-être que pour la première fois depuis des années, il y a une véritable perturbation autour de ce que sera la forme de la politique énergétique du Canada au cours des deux prochaines décennies. Il sera intéressant de voir comment la situation évoluera, car la menace des changements climatiques ne disparaîtra pas de si tôt, pas plus que l’instabilité en Europe.

    « Peut-être que pour la première fois depuis des années, il y a une véritable perturbation autour de ce que sera la forme de la politique énergétique du Canada au cours des deux prochaines décennies ».

    Tim Powers, est le président de Summa Strategies Canada et le directeur général d’Abacus Data, dont les deux sièges sociaux sont à Ottawa. M. Powers est souvent invité à l’émission Power and Politics du réseau de télévision CBC, ainsi qu’à la chaîne VOCM de Terre-Neuve-et-Labrador, sa province d’origine.


    Scott Reid
    Par Scott Reid

    L’objectif de carboneutralité va remodeler l’économie du Canada au cours des deux prochaines générations. L’enjeu est notre capacité à préserver notre statut de grande nation productrice d’énergie, mais de manière durable. Plus fondamentalement encore, cet effort déterminera notre capacité à préserver notre niveau et notre qualité de vie. S’il y a un mot qui a été surutilisé ces derniers temps, c’est bien celui de transition. Mais la gestion de cette transition énergétique sera le défi de politique publique le plus crucial auquel le Canada devra faire face au cours du prochain demi-siècle.

    Le caractère abordable sera vital pour l’ensemble de l’exercice. Si nous fonçons tête baissée dans un changement qui augmente radicalement les prix que les familles paient pour satisfaire leurs besoins énergétiques, il y aura du recul et de la résistance. Les progrès seront compromis et ralentis. Par conséquent, il est essentiel de cerner des sources d’énergie abordables — et d’utiliser des outils de politique publique pour soutenir leur développement. Le gaz naturel figure en bonne place sur cette liste. Abondant en offre et avec une forte demande dans le monde entier, il représente une énorme opportunité de transition. Non seulement il nous aidera à nous rapprocher de la carboneutralité, mais il offrira des options plus abordables au niveau national ainsi qu’un potentiel d’augmentation du PIB à l’exportation. Bien sûr, le défi consiste à mettre ce produit sur le marché, ce qui nécessite le soutien engagé d’une approche de politique publique prudente — en particulier, pour la construction durable et socialement acceptée de pipelines.

    « Par conséquent, il est essentiel de cerner des sources d’énergie abordables — et d’utiliser des outils de politique publique pour soutenir leur développement. Le gaz naturel figure en bonne place sur cette liste. Abondant en offre et avec une forte demande dans le monde entier, il représente une énorme opportunité de transition ».

    D’autres technologies offrent des espoirs similaires pour une transition abordable, comme le développement des petits réacteurs modulaires (PRM) — ou petits réacteurs modulaires. Le Canada pourrait facilement, avec le soutien concerté des gouvernements et des responsables des politiques publiques, devenir un champion dans cette nouvelle ère de l’énergie nucléaire. Mais la technologie ne se produira pas toute seule. Des fonds publics et un soutien politique sont nécessaires pour créer un élan, susciter des percées et faciliter l’expansion.

    Enfin, le Canada devra également investir dans le soutien de ses producteurs d’énergie et de ses travailleurs à travers le pays. Ceux des régions productrices d’énergie comme l’Alberta, la Saskatchewan, la Colombie-Britannique et d’autres régions auront besoin d’aide pour se tourner vers d’autres options, qu’il s’agisse d’énergies renouvelables, de gaz naturel, de nucléaire ou autre. Les talents de ces travailleurs doivent être cultivés. Leurs compétences doivent être soutenues. Et leur capacité à gagner un salaire de subsistance doit être respectée. À des moments antérieurs de notre histoire, des programmes de transition spécialisés ont été mis en place pour accélérer le changement et soutenir les personnes les plus touchées. Nos outils de politique publique doivent être utilisés de façon similaire aujourd’hui afin de démontrer aux travailleurs du secteur de l’énergie que tous les Canadiens reconnaissent que le défi n’est pas seulement le leur. Il n’est pas non plus simplement sectoriel ou géographique. Il doit être considéré comme une priorité véritablement nationale.

    En poursuivant toutes ces pistes, et éventuellement d’autres, nous serions bien avisés de garder l’accessibilité financière comme un impératif prioritaire. Les politiques publiques doivent être élaborées en tenant pleinement compte des conséquences pratiques. Si le prix de la transition énergétique est trop onéreux pour que les gens puissent le payer, c’est tout le projet qui en pâtira. Le caractère abordable est donc un outil de discipline. Elle nous aide à choisir les priorités de politique publique qui non seulement nous feront réussir, mais qui nous permettront de créer et de cultiver le soutien du public.

    Scott Reid a été directeur des communications de l’ancien premier ministre Paul Martin, et est le cofondateur de Feschuk.Reid.


    Par Kathleen Monk

    Les familles sont en difficulté. L’inflation a atteint son plus haut niveau depuis 30 ans, tandis que les salaires restent à la traîne, surtout pour les travailleurs au bas de l’échelle salariale.

    La crise du coût de la vie continuera d’être un enjeu politique majeur. Alors que les politiciens se concentrent sur les Canadiens qui luttent pour payer des factures de plus en plus élevées, la hausse des coûts de l’énergie jouera un rôle central.

    Pendant des mois, les coûts de l’énergie ont été l’un des principaux moteurs de l’inflation et maintenant, comme les coûts augmentent pour transporter ou fabriquer des biens, cela a un effet d’entraînement rendant encore plus cher tout ce dont les familles ont besoin. Les taux d’intérêt étant sur le point d’augmenter au cours des prochains mois et les ménages canadiens étant endettés à hauteur de 2,5 billions de dollars, la pression fiscale à laquelle les familles sont confrontées ne peut que s’aggraver.

    Les experts mesurent généralement la pauvreté énergétique par le pourcentage du revenu des ménages que les familles consacrent à l’énergie, mais cela ne tient même pas compte de l’impact de la flambée des prix de l’essence, qui touche particulièrement les bas salaires dans les communautés n’ayant pas facilement accès aux transports en commun.

    La pauvreté énergétique ne fera que s’accroître. Cela signifie que davantage de Canadiens et Canadiennes sacrifient un élément essentiel pour en payer un autre, qu’un plus grand nombre de familles vivent dans l’inconfort, que l’incidence des maladies respiratoires est plus élevée et que les résultats en matière de santé mentale se dégradent. Tel est le sombre contexte auquel sont confrontés les décideurs politiques alors qu’ils envisagent de nouvelles mesures pour lutter contre la pauvreté énergétique dans ce pays.

    Le Canadian Urban Sustainability Practitioners (CUSP) propose un outil permettant de montrer à quoi ressemble la pauvreté énergétique au Canada. Selon le CUSP, le nombre de ménages qui dépensent plus du double de la moyenne nationale pour leurs factures d’énergie mensuelles — ce qui est la définition de la pauvreté énergétique — s’élève à plus de 2,8 millions de familles au Canada. Dans les provinces de l’Atlantique, plus d’un tiers des ménages sont maintenant en situation de pauvreté énergétique. Dans certaines régions du Nord de l’Ontario, c’est plus de 50 % des familles.

    Il ne s’agit pas seulement de familles qui ont du mal à assumer les coûts élevés de l’énergie. Certaines communautés, dont un nombre important de communautés autochtones, n’ont pas du tout accès à l’énergie de manière fiable.

    Les solutions devront s’adapter aux différentes réalités auxquelles sont confrontées une myriade de communautés à travers le pays.

    Les gouvernements peuvent commencer par aider les familles à améliorer l’efficacité énergétique de leur foyer grâce à des mesures telles que des programmes d’amélioration de l’efficacité énergétique, en particulier des initiatives visant à aider directement les familles à faible revenu vivant dans des maisons inefficaces. Efficacité énergétique Canada, un organisme qui milite en faveur d’une économie plus efficace sur le plan énergétique, a proposé une nouvelle législation comportant des objectifs fermes de réduction de la pauvreté énergétique ainsi qu’un nouveau financement dans le prochain budget fédéral qui pourrait être utilisé pour susciter des engagements plus importants de la part des provinces en matière de réduction de la pauvreté énergétique.

    « Les gouvernements peuvent commencer par aider les familles à améliorer l’efficacité énergétique de leur foyer grâce à des mesures telles que des programmes d’amélioration de l’efficacité énergétique… ».

    Voilà de bons premiers pas, mais il faut faire tellement plus. Le fait est que nous avons besoin de mesures urgentes pour réduire les coûts de l’énergie, mais aussi de mesures pour faire baisser le coût élevé du logement, des médicaments et de l’épicerie. Si nous n’agissons pas, nous risquons de laisser pour compte des millions de familles.

    Kathleen Monk est propriétaire principale de Monk + Associates, une société indépendante d’affaires publiques. Elle apparaît régulièrement à l’émission Power and Politics du réseau CBC News et siège au conseil d’administration de CIVIX, un organisme de bienfaisance non partisan qui se consacre à la formation de citoyens engagés.

  • Les positions de nos analystes: Conservateur, Libéral, et NDP

    Les positions de nos analystes: Conservateur, Libéral, et NDP

    Qu’est-ce que les résultats de l’élection fédérale nous apprennent sur l’opinion qu’ont les Canadiens et Canadiennes au sujet du paysage politique énergétique et environnemental du pays?

    Les points de vue et opinions exprimés dans cet article sont ceux des auteurs et ne reflètent pas nécessairement la politique ou la position officielle de l’Association canadienne du gaz

    Par Tim Powers

    La 44e élection générale du Canada s’est terminée le 20 septembre 2021. Les résultats de ce scrutin ont presque entièrement reflété le résultat de la campagne de 2019. Les libéraux ont été ramenés au pouvoir une nouvelle fois avec un gouvernement minoritaire. Les conservateurs serviront à nouveau de principal parti d’opposition, le Bloc québécois et le NPD semblant être plus des partenaires que des adversaires pour les libéraux lorsque le Parlement reviendra le 22 novembre.

    Le vote de 2021 a très peu porté sur l’environnement et la politique énergétique. En fin de compte, il s’agissait plutôt de savoir si Justin Trudeau devait être réélu ou s’il fallait donner une chance à Erin O’Toole. Bien que l’actuel premier ministre ait gagné, il n’a finalement pas obtenu la majorité tant recherchée. Après l’élection, M. O’Toole a fait l’objet d’appels précoces de la part de certaines parties du mouvement conservateur pour qu’il se retire — pour l’instant cependant, il semble qu’il tienne bon.

    Dans les premiers jours de la campagne, l’avenir de l’Afghanistan, le retrait du Canada et des troupes alliées de ce pays, ainsi que la situation critique de nombreux Afghans qui avaient aidé notre pays pendant le conflit, ont dominé la discussion. Après quelques semaines de couverture intense de ce sujet, le récit s’est déplacé vers toutes les questions relatives à la pandémie, puis vers une controverse auto-infligée des conservateurs sur l’interdiction ou non de certaines armes au Canada. Il aurait fallu le vieux détective légendaire Colombo pour trouver, au-delà des mentions dans les plateformes, une quelconque discussion sur l’énergie en général, le gaz en particulier, ou l’environnement.

    Bien que les élections n’aient pas donné un aperçu de ce que les prochaines années pourraient signifier en termes de politique environnementale et énergétique, je pense qu’il y a quelques indicateurs clés à surveiller qui pourraient nous orienter. Le premier indicateur clé a été les nominations au Cabinet, et en particulier le déplacement de Jonathan Wilkinson d’Environnement et Changement climatique (ECCC) vers les Ressources naturelles, et le placement de l’activiste défenseur de l’environnement Steven Guilbeault à ECCC. L’accent très fort mis sur l’environnement ne fera que se renforcer. Et les remarques du premier ministre à la COP l’ont clairement démontré.

    Bien sûr, le discours du Trône de la fin novembre sera un autre indicateur avancé de la direction que prendra le gouvernement Trudeau en matière de politique. Ce discours du Trône pourrait être plus crucial que les autres de l’ère de Justin Trudeau s’il énonce le programme de ce qui pourrait être son dernier mandat.

    Les spéculations à Ottawa et dans les environs ne valent généralement pas grand-chose, mais actuellement, on semble mûre à l’idée qu’à un moment donné au cours de cette législature, le premier ministre annoncera qu’il ne se représentera pas. Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles cela est logique, y compris la difficulté historique pour un leader de remporter quatre gouvernements consécutifs et le succès général du Parti libéral dans l’organisation des passations de pouvoir.

    Mais ne vous y trompez pas, si Justin Trudeau se retire effectivement de la politique, il aura à cœur de laisser un héritage. Il n’est pas difficile de concevoir que l’un des héritages qu’il souhaiterait voir se concrétiser serait d’ordre environnemental, avec des objectifs ambitieux en matière de gaz à effet de serre, un éloignement accru des ressources non renouvelables et une restructuration économique correspondante. Cela pourrait arriver et avec le NPD et le Bloc comme alliés à court terme, tout est possible.

    « Il n’est pas difficile de concevoir que l’un des héritages qu’il souhaiterait voir se concrétiser serait d’ordre environnemental, avec des objectifs ambitieux en matière de gaz à effet de serre, un éloignement accru des ressources non renouvelables et une restructuration économique correspondante ».

    Tim Powers, est le président de Summa Strategies Canada et le directeur général d’Abacus Data, dont les deux sièges sociaux sont à Ottawa. M. Powers est souvent invité à l’émission Power and Politics du réseau de télévision CBC, ainsi qu’à la chaîne VOCM de Terre-Neuve-et-Labrador, sa province d’origine.


    Par Gabriela Gonzalez

    Certaines personnes ont osé dire que les élections fédérales de 2021 étaient une perte de temps et de ressources, mais je ne suis pas d’accord avec elles pour deux raisons qui définissent notre époque : la garde d’enfants et le climat. En tant que mère d’un enfant de trois ans, j’ai des arguments tangibles en faveur des garderies abordables. En tant que libérale de longue date qui a récemment déménagé de Toronto à Calgary, j’ai une nouvelle perspective sur la politique énergétique et environnementale et, sans surprise, c’est ce dont je traite dans le présent article.

    Les Canadiens et Canadiennes veulent que l’on s’attaque réellement au changement climatique

    Lors des élections fédérales de 2021, 16 035 732 Canadiens et Canadiennes, soit 94 % des votes exprimés, ont voté pour des partis dotés d’un plan climatique. La population canadienne d’un océan à l’autre a envoyé un message clair : on a dépassé le stade des débats, et des mesures concrètes doivent être adoptées pour faire face à l’urgence climatique.

    « La population canadienne d’un océan à l’autre a envoyé un message clair : on a dépassé le stade des débats, et des mesures concrètes doivent être adoptées pour faire face à l’urgence climatique ».

    Leadership du secteur de l’énergie

    Les politiques climatiques des libéraux en 2015 étaient visionnaires et parfois perçues comme trop ambitieuses, mais elles ont sans aucun doute poussé les secteurs, en particulier le secteur énergétique (qui nécessite beaucoup de ressources), sur la voie de la durabilité et de la diversification. En juin de cette année, les plus grands producteurs de sables bitumineux du Canada ont annoncé une alliance sans précédent pour atteindre des émissions nettes nulles de gaz à effet de serre d’ici 2050 afin d’aider le Canada à atteindre ses objectifs climatiques, y compris ses engagements relatifs à l’Accord de Paris. Il s’agit d’une mesure importante qui envoie un message fort aux employés, aux investisseurs et à la population canadienne, à savoir que le secteur prend des mesures sérieuses en faveur de la durabilité.

    Les populations de Calgary et d’Edmonton soutiennent des mesures climatiques ambitieuses

    Alors que nous savons que les Canadiens et Canadiennes des provinces comme le Québec, l’Ontario et la Colombie-Britannique sont généralement favorables aux mesures climatiques, la population albertaine de quatre circonscriptions a surpris le pays en élisant des députés néo-démocrates et libéraux. Qui plus est, les populations de Calgary et d’Edmonton ont également élu des maires progressistes et diversifiés. À Edmonton, Amarjeet Sohi, un ancien ministre libéral des Ressources naturelles, a été élu maire avec une impressionnante proportion de 45 % des voix, soit plus du double de son plus proche adversaire. Malgré un ralentissement important de l’économie de l’Alberta en raison d’un autre effondrement des prix du pétrole et des effets de la pandémie, les habitants de Calgary et d’Edmonton ont été audacieux et ont voté en faveur de mesures ambitieuses de lutte contre le changement climatique.

    Les conservateurs ont pris au sérieux la politique climatique

    L’orientation de la politique du Parti conservateur en matière de changement climatique, qui comprend la tarification du carbone, a surpris plusieurs Canadiennes et Canadiens, mais la plupart d’entre eux savaient qu’un plan climatique était un prérequis pour être considéré comme une opposition viable, et surtout comme un gouvernement en devenir. Un sondage à la sortie des urnes commandé par Clean Prosperity a révélé que plus de 40 % des électeurs conservateurs ont déclaré que le Parti devrait en faire plus pour le climat, tandis que 10 % ont déclaré que le Parti devrait en faire moins. L’inclusion du prix du carbone dans le plan des conservateurs a changé la donne pour le Parti. Plus de six électeurs sur dix ont dit qu’ils ne pouvaient pas voter pour un parti sans plan climatique crédible et ont déclaré que la taxe sur le carbone était une priorité pour ce type de plan.

    En conclusion, cette élection fédérale a été une victoire pour les familles canadiennes et la planète, et nous nous en portons tous et toutes mieux.

    Gabriela Gonzalez est directrice des communications et de la participation du public chez Argyle et une bénévole libérale de longue date qui a récemment déménagé de Toronto à Calgary. Elle aime vivre près des montagnes avec sa famille et a embrassé l’identité de résidante de l’Ouest canadien. Vous pouvez la joindre sur Twitter (@GabrielainYYC) ou sur LinkedIn.


    Par Kathleen Monk

    Avec les événements climatiques catastrophiques qui se produisent tout autour de nous, et après un été au Canada marqué par des vagues de chaleur record et de vastes feux de forêt, il était surprenant de constater que les questions du changement climatique et de l’environnement n’ont pas dominé davantage la campagne électorale fédérale.

    Et si les résultats des élections n’ont pas beaucoup changé la répartition des sièges au Parlement, cela ne signifie pas que la prochaine législature sera comme la précédente.

    Le gouvernement libéral de Justin Trudeau, du moins pour un certain temps, ne peut plus agiter le gros bâton d’une possible élection auprès des partis d’opposition. Pour sa part, le chef conservateur Erin O’Toole sera probablement plus préoccupé au cours des prochains mois à gagner le soutien de son propre caucus que par les libéraux. Et bien que les néo-démocrates aient fait quelques gains, l’élection 2021 n’a pas eu de grands gagnants. Même le parti qui a subi la plus forte baisse, le Parti vert, pourrait pointer du doigt les luttes intestines au sein de son parti comme étant la cause de son recul, plutôt qu’un signe de changement d’opinion des Canadiens et Canadiennes sur l’environnement.

    Ce qui a le plus changé dans le paysage politique canadien, c’est que tous les partis se sont rapprochés de la politique climatique.

    Les libéraux et les conservateurs ont tous deux proposé des investissements massifs dans la capture du carbone et une norme de carburant à faible teneur en carbone, ainsi que dans un régime qui fixe un prix pour le carbone. Bien que les conservateurs aient toujours pris des engagements fermes pour soutenir l’industrie pétrolière et gazière du Canada, ils ont employé un langage plus explicite que jamais pour reconnaître que le changement climatique est bel et bien réel. La question est maintenant de savoir à quel point les conservateurs prennent vraiment au sérieux cette nouvelle préoccupation pour le changement climatique, ou s’ils vont simplement revenir, tel un élastique, à leur ancienne approche de la tête dans le sable à ce sujet.

    Quant aux néo-démocrates, ils ont bien expliqué pourquoi le gouvernement libéral n’en a pas fait assez pour lutter contre le changement climatique. Ils ont déployé des efforts considérables pour faire passer le message que le gouvernement Trudeau est fort en paroles, mais faible en actions, notamment en ce qui concerne l’élimination des subventions aux combustibles fossiles et les mesures concrètes pour atteindre des objectifs ambitieux de réduction des émissions.

    Les libéraux devront choisir qui sera leur partenaire de danse au cours de la prochaine législature. Ce sera le calcul politique à surveiller. Chercheront-ils à obtenir le soutien des conservateurs sur des sujets comme la capture du carbone et une approche plus favorable à l’industrie? Ou chercheront-ils à s’associer au NPD sur les questions de l’élimination des subventions aux combustibles fossiles et de l’adoption de mesures plus rigoureuses pour lutter contre le changement climatique?

    Connaissant le modus operandi des libéraux, la réponse à ces questions résidera dans la voie que le Parti pense être la plus susceptible de les mener vers un gouvernement majoritaire.

    Se concentreront-ils davantage sur le maintien de leur soutien dans les villes du Canada et auprès des jeunes électeurs? Ou seront-ils plus préoccupés par les électeurs des Prairies et ceux des communautés plus dépendantes des ressources? Et à quelle vitesse le changement climatique reviendra-t-il au premier plan des préoccupations de l’électorat, une fois que les gens auront l’impression que l’on a vraiment stoppé la pandémie?

    Le premier signe clair d’une réponse à ces grandes questions viendra lorsque la gouverneure générale Mary Simon prononcera le discours du Trône du gouvernement.

    Kathleen Monk est propriétaire principale de Monk + Associates, une société indépendante d’affaires publiques. Elle apparaît régulièrement à l’émission Power and Politics du réseau CBC News et siège au conseil d’administration de CIVIX, un organisme de bienfaisance non partisan qui se consacre à la formation de citoyens engagés.

  • Les positions de nos analystes:  NDP, Conservateur, et Libéral

    Les positions de nos analystes: NDP, Conservateur, et Libéral

    Que pensez-vous de la réaction du public face au prix de l’énergie au Canada?

    PAR TIM POWERS

    Comme l’a décrit le naturaliste Henry David Thoreau, « ce n’est pas ce que vous regardez qui compte, c’est ce que vous voyez ». M. Thoreau a tout à fait raison lorsqu’il s’agit du discours public sur l’énergie dans ce pays.

    Les politiciens d’un océan à l’autre encadrent le débat sur ce que leurs concitoyens voient maintenant en termes de factures et de prix à la pompe par opposition aux mesures futures sur des questions comme les changements climatiques ou la nécessité de construire des pipelines. Ce que vous voyez est également différent selon le lieu où vous êtes assis. Dans des endroits comme l’Alberta et Terre-Neuve-et-Labrador, le prix est synonyme d’emploi. Ce que vous pouvez vous permettre d’acheter ou de payer est fortement influencé par le fait que vous ayez ou non un emploi et les moyens de vous offrir ce qui vous fait envie.

    Par exemple, les récentes élections provinciales en Alberta ont été axées sur la question de savoir qui sera le mieux à même de faire construire des pipelines. Le pipeline symbolise les possibilités offertes, et le rythme auquel la construction peut avoir lieu représente la différence entre l’emploi d’une famille et le chômage potentiel. Mettre ou non de la nourriture sur la table est assurément l’essentiel du débat.

    Un sondage Angus Reid publié en janvier a bien saisi la notion suivante : ce que l’on voit dépend du regard qu’on y pose. Les manchettes clament avec évidence « Près de six Canadiens sur dix estiment que le manque de nouvelles capacités pipelinières est une crise ». Pourtant, un paragraphe du communiqué de presse du groupe Angus Reid a bien saisi la mosaïque canadienne. Il se lit comme suit :

    Les derniers sondages révèlent que les Canadiens sont polarisés selon les régions, les résidents de l’Alberta étant majoritairement d’avis qu’il s’agit d’une situation de crise. Là où les Britanno-Colombiens sont divisés, les Québécois sont d’un avis contraire.

    « Il n’y a donc pas de point de vue unique sur le prix de l’énergie au Canada. C’est un objectif grand angle avec beaucoup de lignes de visée différentes ».

    Lors des récentes élections provinciales de l’Ontario, on a demandé au public de voir le prix de l’énergie à travers le prisme des dirigeants d’entreprises qui s’enrichissent et qui ont de mauvaises ententes de distribution d’électricité, alors que Monsieur et Madame tout-le-monde payent davantage pour se tirer d’affaire. On a aussi rappelé que le prix de l’énergie était en fait une taxe sur le carbone et que le coût de tout ce qu’on achète augmente. Évidemment, ce ne sont pas des points de vue homogènes, mais le parti qui en a fait la promotion régit maintenant l’Ontario et mène sa politique énergétique en conséquence.

    Mais les Canadiens ne sont pas prêts à tout gober, et des preuves vérifiables et bien communiquées changent ce qu’ils voient. Par exemple, lorsqu’il s’agit de ce même débat sur la taxe sur le carbone en Ontario, les niveaux d’appui ou d’opposition varient selon l’information disponible. Dans le cadre d’un sondage réalisé le 8 février 2019 par notre entreprise de recherche Abacus, les données ont révélé qu’en Ontario, 34 % des répondants appuient la taxe fédérale sur le carbone, 37 % y sont favorables et 30 % s’y opposent. Lorsqu’on leur parle de l’idée que les revenus seraient remboursés aux ménages touchés, le niveau de soutien passe à 42 % et le niveau d’opposition fléchit pour s’établir à 22 %.

    Il n’y a donc pas de point de vue unique sur le prix de l’énergie au Canada. C’est un objectif grand angle avec beaucoup de lignes de visée différentes.

    Tim Powers est vice-président de Summa Strategies Canada ainsi que président d’Abacus Data, toutes deux ayant leur siège social à Ottawa. M. Powers est souvent invité à l’émission Power and Politics du réseau de télévision CBC, ainsi qu’à la chaîne VOCM de Terre-Neuve-et-Labrador, sa province d’origine.


    PAR GABRIELA GONZALEZ

    Les Canadiens ont toute sorte d’opinions sur les prix de l’énergie, et ils ne sont pas toujours polis lorsqu’ils les expriment. Je crois que leurs opinions fermes sont le résultat d’insécurités et de frustrations financières, et certains politiciens en profitent.

    Un sondage Ipsos de fin d’année 2018 a révélé que le pourcentage de Canadiens qui se sentent « bien » face à leurs finances est à son plus bas niveau en trois ans. La situation semble encore plus sombre en Alberta, où le secteur de l’énergie et les milliers de sources de revenu qui en dépendent continuent d’éprouver des difficultés. Les conservateurs au Canada capitalisent sur ces insécurités, et nous n’avons pas besoin de chercher bien loin pour en trouver la preuve. En Ontario, le gouvernement Ford continue de faire tout en son pouvoir pour lutter contre la taxe fédérale sur le carbone et faire baisser le prix de l’essence. Au niveau fédéral, les conservateurs ont envoyé des messages texte robotisés aux Canadiens dans les provinces où la taxe sur le carbone est entrée en vigueur.

    « Bien que le secteur énergétique soit un moteur important de l’économie canadienne, il constitue une industrie complexe souvent mal comprise qui fait l’objet de propos idéologiques virulents ».

    Ce que les politiciens omettent de mentionner, c’est que les fluctuations des prix de l’énergie résultent de l’ouverture des marchés et qu’elles échappent majoritairement à leur contrôle. En essayant de faire baisser artificiellement le prix de l’essence, les politiciens sacrifient donc les recettes futures du gouvernement. Les recettes gouvernementales provenant de l’essence sont importantes, car elles aident les administrations provinciales et municipales à bâtir l’infrastructure dont elles ont grandement besoin grâce au Fonds de la taxe sur l’essence fédéral.

    C’est dans la nature humaine de se plaindre de la hausse des coûts, qu’il s’agisse de la hausse des prix de l’énergie ou des aliments, ou bien du coût de plus en plus élevé du logement dans les centres urbains du Canada. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi les prix de l’énergie sont devenus une source de frustration chez les gens. En effet, les prix fluctuent sans « explication », presque arbitrairement, ce qui rend l’adaptation difficile pour les Canadiens, surtout pour ceux qui ont un budget serré et des revenus fixes. Bien que le secteur énergétique soit un moteur important de l’économie canadienne, il constitue une industrie complexe souvent mal comprise qui fait l’objet de propos idéologiques virulents.

    « Personne n’aime l’incertitude, surtout lorsqu’il est question des prix de l’énergie et de leur place dans le budget des Canadiens ».

    Je propose que nous examinions les prix de l’énergie au Canada sous un angle différent. Au lieu de nous plaindre lorsque nous pensons à la hausse ou à la baisse des prix, nous devrions songer aux centaines de milliers de personnes qui travaillent dans le secteur énergétique, à leur source de revenu et à leur capacité ou non de subvenir aux besoins de leur famille, et réfléchir aux façons de maintenir en vie les villes et villages touchés.

    Nous devrions également nous pencher sérieusement sur l’impact des mesures gouvernementales visant à réduire les prix de l’énergie. Si vous et moi économisons cinq cents le litre à la pompe, le gouvernement disposera alors de moins d’argent pour financer des programmes et services dont nous dépendons tous.

    Personne n’aime l’incertitude, surtout lorsqu’il est question des prix de l’énergie et de leur place dans le budget des Canadiens. Avant d’émettre une autre critique à l’égard de la taxe fédérale sur le carbone ou de suggérer une façon de réduire artificiellement les prix de l’énergie, les politiciens devraient être honnêtes avec les Canadiens en leur expliquant le manque à gagner qui résultera de leurs gestes politiques. Si les conservateurs veulent être financièrement responsables, ils devraient se concentrer sur les personnes qui ont le plus besoin d’aide, comme les ménages à faible revenu, au lieu d’essayer de faire économiser cinq cents par personne, même pour celles qui ne sont pas incommodées par les fluctuations des prix de l’énergie.

    Gabriela Gonzales est consultante chez Crestview Strategy. Avant ceci Gabriela a travaillé à Queen’s Park et elle a longtemps été organisatrice pour le parti libéral. Plus récemment, elle a travaillé à titre de conseillère principale en communications et opérations pour le ministre du Développement économique et de la croissance de l’Ontario. Gabriela détient un baccalauréat spécialisé en sciences politiques et en psychologie de l’université York et de l’École des Affaires publiques et internationales de Glendon.­­


    Par Kathleen Monk

    Pour les environnementalistes, la survie de notre planète dépend de la réduction de l’utilisation des combustibles fossiles par notre société, à commencer par la fixation d’un prix pour le dioxyde de carbone et l’augmentation des coûts énergétiques. Pour les familles qui ont du mal à joindre les deux bouts dans la vie de tous les jours, les coûts de l’énergie représentent une dépense mensuelle importante et un irritant majeur. Dans les régions moins urbaines, disons sans transport en commun, le coût élevé de l’essence a encore plus d’incidence et est davantage source d’irritation.

    Ainsi, pour beaucoup, il vaut certainement la peine de prêter une oreille attentive lorsqu’on parle de hausse des coûts de l’énergie.

    Avant les dernières élections en Ontario, les partis de gauche et de droite ont fait des propositions pour s’attaquer à l’impact du prix de l’énergie sur les gens ordinaires. En fait, tant les libéraux que les conservateurs ont proposé de fixer un prix pour le carbone tout en offrant des mesures énergiques pour alléger les coûts élevés de l’énergie.

    Il y avait une raison à cela. Selon le nouveau plan fédéral de tarification du carbone, il fallait fixer un prix pour le dioxyde de carbone, mais un gouvernement provincial pouvait diriger les recettes presque partout où il le voulait, y compris les remettre directement aux contribuables.

    À la suite de la démission de Patrick Brown, ces faits n’ont pas empêché l’ensemble des candidats à la direction du Parti conservateur de déclarer la guerre à la notion même de taxe sur le carbone.

    Doug Ford a pris la tête du peloton, prenant pour cible rhétorique la taxe sur le carbone qui se trouvait déjà dans la mire du Parti conservateur. Le reste du secteur – même ceux qui avaient déjà appuyé la version du Parti conservateur d’une taxe sur le carbone – a trouvé la rhétorique de M. Ford trop populaire parmi les membres du Parti conservateur, et tous ont aligné leur point de vue. Mais à quelques semaines de l’élection, il est devenu plus important d’avoir un slogan percutant, peu importe combien de milliards de dollars cela coûte au gouvernement. Apposer des autocollants populistes de droite sur des pare-chocs est en effet onéreux.

    « Ainsi, pour beaucoup, il vaut certainement la peine de prêter une oreille attentive lorsqu’on parle de hausse des coûts de l’énergie ».

    En octobre, nous assisterons aux élections fédérales et, malheureusement, probablement à d’autres campagnes qui s’appuieront sur des slogans populistes de droite, mais qui seront peu enclines à porter sur des faits, des politiques ou des débats éclairés.

    Le prix élevé de l’énergie est une réalité et nuit aux familles. Je crois que nous devons prendre des mesures urgentes pour lutter contre les changements climatiques, notamment en imposant un prix au dioxyde de carbone, mais nous ne pouvons pas simplement laisser les familles à faible revenu se débrouiller seules.

    Mais le problème n’est pas le populisme contre le pragmatisme. La vraie question ici est un débat honnête et factuel sur un problème réel par opposition à une rhétorique trompeuse, malhonnête et qui divise.

    Les néo-démocrates sont issus d’une fière tradition populiste, mais pas d’une tradition malhonnête. Lorsque Tommy Douglas a créé le régime d’assurance-maladie, c’était une idée populiste. Mais c’était aussi une solution pratique à un problème auquel les gens étaient confrontés au quotidien. Une solution qui avait tellement de bon sens que même les élites du Parti libéral sont passées en quelques années de tactiques alarmistes et de diabolisation des idées de Tommy Douglas à leur cooptation.

    Toute politique énergétique qui ne tient pas compte de la réaction du public en ce qui concerne les prix de l’énergie est vouée à l’échec. Mais un plan énergétique fondé sur une rhétorique qui sème la controverse et sur des slogans discordants condamne le pays tout entier.

    Kathleen Monk est directrice à Earnscliffe, où les leaders canadiens ont confiance en sa capacité à traiter des enjeux complexes de stratégie publique, à élaborer des stratégies et à réunir divers intervenants pour raconter de véritables histoires de succès. Elle fait régulièrement partie du principal panel de commentateurs politiques The Insiders de l’émission The National de la CBC, et fournit des analyses dans le cadre de l’émission Power and Politics sur CBC News Network.

  • Les positions de nos analystes:  NDP, Conservateur, et Libéral

    Les positions de nos analystes: NDP, Conservateur, et Libéral

    De nombreuses élections provinciales auront lieu (à Terre-Neuve-et-Labrador, dans les Territoires du Nord-Ouest, en Alberta et à l’Île-du-Prince-Édouard) ou ont déjà eu lieu (en Ontario, au Québec et au Nouveau-Brunswick) avant les élections fédérales de 2019. Selon vous, comment les résultats de ces élections peuvent-ils avoir un impact sur la dynamique qui existe entre la politique provinciale et fédérale et, par conséquent, sur les résultats des élections fédérales?

    Par Tim Powers

    Le monde de la politique canadienne bourdonnera d’activité en 2018 et 2019. Non seulement des élections fédérales se profilent l’an prochain, mais un grand nombre de provinces se rendront également aux urnes. Les élections provinciales et leurs résultats peuvent donc avoir une incidence marquée sur les politiques et les pratiques fédérales.

    Un exemple immédiat qui me vient à l’esprit est l’influence que le changement de gouvernement en Ontario a déjà eue sur le débat national sur l’énergie et l’environnement. Doug Ford, le nouveau premier ministre de l’Ontario, a déjà adopté une loi pour mettre fin au plan de tarification du carbone de sa province. Sa position s’harmonise avec celle du nouveau premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, dans le cadre d’une contestation judiciaire concernant le plan canadien. M. Ford a également suscité un changement de leadership à Hydro One en Ontario, l’un des plus importants services publics de transport et de distribution d’électricité du pays. Comme quoi le populisme latent ne connaît aucune limite corporative.

    Une autre élection aura lieu en Alberta au printemps 2019. L’actuelle première ministre néo-démocrate Rachel Notley, qui est généralement une alliée du gouvernement du premier ministre Trudeau, pourrait se faire battre par le chef du Parti conservateur unifié, Jason Kenney. Bien qu’il ne faille pas sous-estimer Mme Notley, une décision récente d’un tribunal qui s’est traduite par l’interruption de la construction du pipeline TransMountain et, jusqu’à tout récemment, l’appui qu’elle a apporté au plan du gouvernement libéral en matière de changement climatique, pourraient faire échouer ses plans. Les élections en Alberta, lorsqu’elles auront enfin lieu, mettront l’accent sur l’énergie et l’environnement. Si M. Kenney l’emporte, il a promis de tenir l’Alberta à l’écart de la stratégie climatique du gouvernement Trudeau. Cela influera à son tour sur la scène politique nationale.

    « Les élections en Alberta, lorsqu’elles auront enfin lieu, mettront l’accent sur l’énergie et l’environnement ».

    La tenue d’élections provinciales, de même que l’arrêt de la construction du pipeline TransMountain, ont soulevé un débat sur la question de savoir si l’oléoduc Énergie Est devrait ou non être remis en service. Lorsque les conservateurs fédéraux se sont réunis pour leur congrès d’orientation à Halifax en août, conscients de certains des vents dominants au pays, ils ont déclaré qu’ils feraient d’Énergie Est une réalité s’ils arrivaient au pouvoir en 2019.

    Déjà, le chef du Parti conservateur fédéral, Andrew Scheer, s’est caché derrière Messieurs Ford, Kenney et Moe, cultivant l’art de répéter plusieurs de leurs politiques énergétiques et environnementales qui sont diamétralement opposées à la position du gouvernement actuel. Si un plus grand nombre de premiers ministres dont la pensée ne s’harmonise pas avec celle du gouvernement fédéral sont élus, la collaboration à la mise en œuvre des politiques nationales deviendra certes plus difficile.

    Alors, bien qu’il soit fascinant et souvent divertissant de voir comment les relations canado-américaines et la dynamique qui sous-tend la politique américaine influencent la politique fédérale, ne perdez surtout pas de vue ce qui se passe au niveau provincial, car un revirement de situation pourrait bien avoir un impact important sur le discours fédéral.

    Tim Powers est vice-président de Summa Strategies Canada ainsi que président d’Abacus Data, toutes deux ayant leur siège social à Ottawa. M. Powers est souvent invité à l’émission Power and Politics du réseau de télévision CBC, ainsi qu’à la chaîne VOCM de Terre-Neuve-et-Labrador, sa province d’origine.


    Par Gabriela Gonzalez

    Malgré le fait qu’elles mettent en jeu des ordres de gouvernement bien définis et des responsabilités connexes, les élections provinciales pourraient bien influencer l’orientation du programme national. L’exemple le plus récent est celui des élections en Ontario, où le premier ministre Doug Ford et son gouvernement progressiste-conservateur ont commencé à éliminer des politiques clés de l’administration précédente et à mettre des bâtons dans les roues du gouvernement libéral fédéral avant la tenue des élections de 2019.

    Premier point à l’ordre du jour de son nouveau gouvernement, le premier ministre Ford a annulé le programme de plafonnement et d’échange de droits d’émission de la province, menaçant ainsi le « cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques » que tous les premiers ministres (sauf deux) avaient signé en 2016 sous le leadership du premier ministre Trudeau. M. Ford a également contesté les politiques d’immigration du gouvernement fédéral, amenant les deux premiers ministres à croiser le fer en public.  Les résultats des élections en Ontario ont mis un froid dans ce qui était auparavant une relation très chaleureuse entre Queen’s Park et Ottawa. Mais, à en juger par l’histoire, les Ontariens et Ontariennes ne dédaignent pas une saine tension entre les gouvernements provincial et fédéral, un peu à la manière d’un contrepoids.

    Ce changement dans la dynamique provinciale et fédérale a été plus évident encore lors de la première rencontre officielle entre le premier ministre Trudeau et le premier ministre Ford, le 5 juillet dernier. La séance de photos était plutôt révélatrice : Justin Trudeau affichait une mine sévère tandis que Doug Ford avait l’air provocateur. Peu après cette rencontre, le premier ministre a remanié son Cabinet, en partie à cause de l’évolution du paysage politique provincial. Mais ce changement ne s’est pas limité à l’Ontario. Le 1er octobre dernier, les Québécois ont élu un gouvernement majoritaire et se sont prononcés pour la CAQ, un parti de droite qui sera moins amical envers les libéraux fédéraux que le gouvernement précédent. Les sondages indiquent que l’Alberta suivra probablement les traces de ses homologues provinciaux et élira un gouvernement conservateur en mai 2019.

    Les changements de gouvernement en Ontario, au Québec et probablement en Alberta – trois régions critiques pour le gouvernement Trudeau – signifient la perte d’alliés clés du programme national; les progrès dans des dossiers comme l’infrastructure et l’environnement pourraient donc se heurter à de nouveaux obstacles.

    « Malgré le fait qu’elles mettent en jeu des ordres de gouvernement bien définis et des responsabilités connexes, les élections provinciales pourraient bien influencer l’orientation du programme national ».

    Malgré les nuages qui se profilent à l’horizon dans l’arène politique, l’économie canadienne est florissante, le taux de chômage est à son plus bas niveau et le Canada n’a jamais été aussi bien perçu sur la scène internationale. Les changements qui surviennent à l’échelle provinciale offrent au gouvernement fédéral l’occasion de comparer un programme d’action tourné vers l’avenir, inclusif et visant à édifier le pays avec la solution de rechange que constitue un programme conservateur, rétrograde et populiste qui ne contribue pas à relever les véritables défis propres à notre génération.

    Les libéraux croient fermement qu’ils se rangent du côté des gagnants en ce qui concerne les changements climatiques, l’immigration et les investissements dans les programmes sociaux comme la prestation fiscale canadienne pour enfants. À maintes reprises, le gouvernement Trudeau a démontré qu’il était capable de faire face à des situations aussi complexes qu’une présidence Trump et la renégociation de l’ALENA. Le nouvel accord commercial conclu entre les États-Unis, le Mexique et le Canada, dans la foulée de la renégociation de  l’ALENA, a été une victoire chaudement disputée pour les libéraux, qui a permis de faire des gains importants pour des secteurs essentiels à l’économie du Canada et d’assurer la stabilité économique. Les premiers ministres qui critiquent l’entente conclue par les libéraux dans le cadre de ce nouvel accord le font à leur détriment, puisqu’il existe un consensus général selon lequel le Canada s’en est mieux tiré que prévu dans les circonstances.

    Personne ne tient les résultats des élections de 2019 pour acquis, mais le gouvernement Trudeau peut néanmoins compter sur une solide feuille de route et sur sa capacité de diriger le pays, peu importe ce qui l’attend.

    Gabriela Gonzales est consultante chez Crestview Strategy. Avant ceci Gabriela a travaillé à Queen’s Park et elle a longtemps été organisatrice pour le parti libéral. Plus récemment, elle a travaillé à titre de conseillère principale en communications et opérations pour le ministre du Développement économique et de la croissance de l’Ontario. Gabriela détient un baccalauréat spécialisé en sciences politiques et en psychologie de l’université York et de l’École des Affaires publiques et internationales de Glendon.


    Par Kathleen Monk

    À une année des prochaines élections fédérales, les nomades de la campagne électorale s’affairent à trouver de nouveaux emplois aux sièges sociaux des libéraux, des conservateurs et des néo-démocrates afin d’élaborer des programmes, de proposer des candidats et de doter en personnel les régions. L’élection fédérale de 2019 s’annonce intéressante, et tandis que s’ouvre une nouvelle session parlementaire, il vaut la peine de réfléchir à la différence qui existe entre le paysage politique actuel et celui d’octobre 2015.

    L’élection de 2015 s’est déroulée dans un contexte de frustration croissante à l’égard de Stephen Harper et des conservateurs fédéraux après tout près d’une décennie au pouvoir. Mais le climat politique qui a mené à la victoire du gouvernement Trudeau doit tenir compte des victoires importantes remportées par les gouvernements progressistes partout au pays : en Alberta, le Nouveau Parti démocratique (NPD) de Rachel Notley a écrasé la dynastie du Parti conservateur au printemps 2015; les provinces populeuses de l’Ontario et du Québec ont élu des majorités libérales à la fin de 2014, en faveur de Kathleen Wynne et Philippe Couillard; Brian Gallant, du Nouveau-Brunswick, a balayé un gouvernement conservateur la même année, les libéraux et néo-démocrates conservant le pouvoir en Colombie-Britannique et au Manitoba. En d’autres termes, le paysage politique qui a mené au vote fédéral de 2015 a connu des vents contraires et progressistes importants sur le plan politique. Les élections de 2019 seront cependant un tout autre scénario.

    On le sait, il n’y a pas d’argent à gagner dans le jeu de la prédiction politique. Chaque élection est unique et tout stratège digne de ce nom se méfiera certainement de dépoussiérer le livre de jeu de la campagne précédente sans changer de stratégie, de tactique, de cible et de message. Mais quelle différence quelques années peuvent-elles bien faire.

    « L’élection fédérale de 2019 s’annonce intéressante, et tandis que s’ouvre une nouvelle session parlementaire, il vaut la peine de réfléchir à la différence qui existe entre le paysage politique actuel et celui d’octobre 2015 ».

    Au fait des récentes élections, nous avons vu les gouvernements provinciaux remettre en question le principal programme du gouvernement fédéral en matière de politique énergétique et climatique et modifier la dynamique entre la politique provinciale et la politique fédérale. Le proche allié de M. Trudeau, Dominic LeBlanc, s’est retrouvé dans la liste des quarts-arrière cet été comme ministre des Affaires intergouvernementales, et  le gouvernement espère que cet acteur politique expérimenté dont la réputation s’étend pourra gérer les relations toujours plus tendues avec les provinces et obtenir la faveur des premiers ministres avant la prochaine réunion des premiers ministres provinciaux.

    Alors que le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, et celui de la Saskatchewan, Scott Moe, contestent la politique du gouvernement fédéral en matière de taxe sur le carbone et que le pipeline TransMountain met le feu aux poudres,  la frustration croissante des provinces envers le gouvernement fédéral fait quotidiennement les manchettes. Pour le gouvernement Trudeau, l’obtention d’un deuxième mandat majoritaire en 2019 dépendra de bien plus que de vents de « changement réel » et de l’opposition au régime Harper. Cette fois-ci, le chemin de la victoire sera plus ardu et la capacité du gouvernement à communiquer et à démontrer des progrès substantiels quant aux principales politiques sera la clé de son succès ou de sa chute.

    Kathleen Monk est directrice à Earnscliffe, où les leaders canadiens ont confiance en sa capacité à traiter des enjeux complexes de stratégie publique, à élaborer des stratégies et à réunir divers intervenants pour raconter de véritables histoires de succès. Elle fait régulièrement partie du principal panel de commentateurs politiques The Insiders de l’émission The National de la CBC, et fournit des analyses dans le cadre de l’émission Power and Politics sur CBC News Network.