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  • Entretien : conversation avec le président de l’Union internationale du gaz

    Entretien : conversation avec le président de l’Union internationale du gaz

    Paul Cheliak, vice-président – stratégie et approvisionnement en gaz à l’Association canadienne du gaz, s’entretient avec Andrea Stegher, conseiller principal de SNAM et président de l’Union internationale du gaz (UIG). Ils discutent de la carrière d’Andrea dans l’industrie gazière, des grands changements dans les filières énergétiques mondiales, de la stratégie de résilience de l’Italie grâce aux infrastructures et à la diversification, et du rôle du Canada pour assurer un avenir énergétique sûr. 

    Le contenu de l’entretien a été légèrement modifié pour en accroître la clarté. 

    Paul Cheliak : Vous travaillez dans l’industrie de l’énergie gazière depuis plusieurs années. Qu’est-ce qui vous a amené à faire carrière dans ce secteur et quels changements importants avez-vous observés au cours de votre carrière?

    Andrea Stegher : Merci pour cette question, Paul. Celle-ci me fait réaliser que cela fait 30 ans que j’ai obtenu mon diplôme universitaire. À l’époque, je n’avais aucune idée de l’existence même de l’industrie de l’énergie! Par hasard, je me suis inscrit à un programme de maîtrise en économie managériale offert par ENI en Italie, et cela a vraiment changé le cours de ma vie. 

    J’ai commencé en amont à ENI, où je travaillais sur l’analyse de scénarios énergétiques, puis je me suis orienté vers la libéralisation du marché à la fin des années 90, en contribuant à faire du stockage souterrain du gaz naturel une unité commerciale rentable. Au fil des ans, j’ai travaillé dans les domaines de la règlementation, de la stratégie commerciale et du développement d’entreprise. 

    Andrea Stegher, conseiller principal de SNAM et vice-président de l’Union internationale du gaz 

    Plus tard, j’ai rallié les rangs de SNAM, première entreprise européenne d’infrastructures gazières, où j’ai d’abord assumé des responsabilités en développement d’infrastructures – incluant des simulations hydrauliques et la planification de capacité, ce qui constituait un sacré bond en avant par rapport à ma formation d’économiste. Entre autres choses, vers 2015, j’ai même travaillé à la mise en place d’une usine pilote pour ce que l’on appelle aujourd’hui le e-méthane – à l’époque appelé Power-to-Gas (conversion d’électricité en gaz naturel – P2G). 

    Cette carrière a été riche en défis et en expériences diverses. Cependant, s’il est une constante de ces 30 dernières années, c’est bien le changement. Cela fait partie intégrante de l’ADN de ce secteur ou, du moins, c’est ce qui ressort de mon expérience. Nous nous efforçons toujours de nous améliorer et, naturellement, cela nécessite de repousser les limites de temps à autre pour trouver des moyens de mieux faire les choses. C’est ce qui a rendu le travail si intéressant, et je suis vraiment enthousiaste à l’idée de continuer. 

    Paul Cheliak
    En ce qui concerne le changement constant, compte tenu des changements géopolitiques importants que nous observons dans le monde entier – des Amériques à l’Europe et au Moyen-Orient – comment voyez-vous le gaz naturel et le gaz naturel liquéfié (GNL) s’intégrer dans la conversation évolutive sur la sécurité énergétique mondiale? 

    Andrea Stegher : C’est une question très opportune et importante. Nous assistons non seulement à des tensions géopolitiques croissantes, en particulier en Europe et en Méditerranée orientale, mais aussi à un changement structurel plus large dans la manière dont nous envisageons l’énergie. Dans le passé, nous considérions le gaz naturel de manière isolée; aujourd’hui, nous le voyons comme faisant partie d’un système énergétique mondial beaucoup plus intégré. 

    Les marchés gaziers sont passés de régionaux à mondiaux, le GNL devenant un lien clé entre les continents. Cette intégration mondiale est source d’opportunités, mais aussi de complexité et, dans certains cas, de fragilité. La crise énergétique de 2022 a montré à quel point l’optionnalité et la diversification de l’approvisionnement sont essentielles. Si cette crise s’était produite cinq ans plus tôt, avant la mise en place de l’infrastructure de GNL, la situation de l’Europe aurait été bien pire. 

    « Les marchés gaziers sont passés de régionaux à mondiaux, le GNL devenant un lien clé entre les continents. »

    Ainsi, même si la géopolitique est au premier plan, les principes de base restent importants : l’investissement à long terme, la sécurité de l’approvisionnement, l’accessibilité financière et la responsabilité climatique. Il faut trouver un équilibre entre ces piliers. Le gaz naturel – et le GNL en particulier – continue de jouer un rôle essentiel pour assurer la sécurité énergétique, permettre la flexibilité et soutenir les transitions grâce à des technologies telles que le biométhane et l’hydrogène.  

    En fin de compte, nous devons rester concentrés sur le maintien d’une filière énergétique résiliente. Le gaz naturel reste essentiel – il a répondu à environ 30 % de la croissance de la demande mondiale d’énergie l’année dernière – et nous ne devrions pas hésiter à parler de la valeur que ce secteur apporte aux consommateurs du monde entier. 

    Paul Cheliak : Quel rôle l’énergie gazière joue-t-elle en Italie aujourd’hui et jouera-t-elle à l’avenir? Tant à l’échelle nationale qu’internationale. 

    Andrea Stegher : Nombreux sont ceux qui l’ignorent, mais l’Italie disposait d’une importante production nationale, très substantielle au milieu du siècle dernier, et l’Italie a joué un rôle clé dans la création de la première liaison gazière entre l’Europe occidentale et l’Union soviétique, permettant à cette dernière d’envoyer du gaz naturel à l’Europe.  En bref, l’Italie est un pays gazier depuis de nombreuses décennies, et elle dépend encore largement du gaz naturel, qui répond à environ 40 % de ses besoins énergétiques. Nous avons un nombre important de centrales à gaz naturel à cycle combiné, une base industrielle solide et plus de 20 millions de ménages qui dépendent du gaz naturel dans un pays relativement petit. Si vous regardez la carte, l’Italie est compacte par rapport au Canada, qui a une population légèrement inférieure, mais une vaste superficie. Pourtant, en Italie, nous exploitons 300 000 kilomètres de pipelines destinés au transport du gaz naturel. Pour mettre cela en perspective, notre réseau routier national ne fait qu’environ 8 000 kilomètres. 

    « En Italie, nous exploitons 300 000 kilomètres de pipelines destinés au transport du gaz naturel. Pour mettre cela en perspective, notre réseau routier national ne fait qu’environ 8 000 kilomètres. »

    L’Italie est depuis longtemps très dépendante du gaz naturel russe, mais nous avons également maintenu des liens étroits avec l’Algérie, car notre principe directeur en matière d’énergie a été la diversification. Nous avions clairement besoin de protéger les consommateurs en investissant dans le développement des infrastructures, ce qui a permis à notre filière énergétique de résister à de nombreuses conditions. Par exemple, il y a quelques années, à Milan, où je vis, les températures descendaient jusqu’à -15 °C. Un tel froid aurait posé de sérieux problèmes sans le gaz naturel, ce qui nous a obligés à agir rapidement et à investir dans l’infrastructure. 

    La flexibilité a également joué un rôle important dans le renforcement de la résilience, soutenue par un réseau très solide de capacités de stockage souterrain de gaz naturel qui joue un rôle essentiel pour assurer un approvisionnement continu lors de nos fluctuations saisonnières de la demande – notre pic de consommation en hiver est quatre à cinq fois plus élevé qu’en été. Il serait difficile de gérer ce type de demande en recourant uniquement à l’électrification, qui s’accompagne d’une grande complexité et de nombreux coûts. 

    L’Italie dispose de différents points d’entrée aux pipelines : l’Algérie, la Libye – bien que la Libye soit confrontée à des défis politiques – et, depuis peu, l’Azerbaïdjan. Je suis fier d’avoir contribué à la création du corridor gazier méridional dans le cadre de mes fonctions passées. 

    Depuis 2022, nous avons augmenté notre capacité de regazéification – une étape essentielle dans le renforcement de notre infrastructure énergétique. Toutefois, les terminaux de regazéification ne suffisent pas à eux seuls; ils ont besoin d’un approvisionnement régulier. C’est pourquoi il est si important que davantage de producteurs entrent sur le marché. La diversification s’est avérée essentielle. Avant 2022, l’Italie dépendait de la Russie pour 40 % de son gaz naturel et, sachant que l’Italie importe 97 % du gaz naturel qu’elle consomme, la réduction de la dépendance à l’égard d’un seul fournisseur est vitale pour la sécurité énergétique. 

    L’Italie jouit d’une position géographique unique. Permettez-moi d’être italien un instant et de vous dire que nous sommes au centre de la Méditerranée. Cela nous permet de devenir une plaque tournante de l’énergie, non seulement pour les importations, mais aussi pour les exportations. Nous avons déjà développé une capacité de flux inversé qui nous permet d’acheminer du gaz naturel du pays vers l’Europe du Nord, ce que nous n’aurions pas pu imaginer il y a 15 ans. En fait, nous avons même récemment exporté du gaz naturel vers l’Autriche. 

    À l’avenir, cette infrastructure pourrait également soutenir de nouvelles molécules, comme l’hydrogène, en particulier si les développements en Afrique du Nord s’intensifient. Encore une fois, notre objectif reste double : continuer à répondre aux besoins énergétiques actuels sans interruption et préparer un avenir énergétique durable et diversifié. 

    Paul Cheliak : Alors que vous vous apprêtez à assumer le rôle de président de l’Union internationale du gaz, quels sont les développements ou les opportunités que vous attendez le plus? 

    Andrea Stegher : Tout d’abord, je suis heureux de servir un secteur que je connais depuis de très nombreuses années. Notre secteur jouit d’une grande crédibilité et nous pouvons nous appuyer sur des faits et des chiffres impressionnants pour l’étayer. J’estime que c’est là que l’UIG peut faire beaucoup plus pour soutenir ses membres et représenter toutes les parties prenantes, qu’il s’agisse des décideurs politiques, des institutions financières ou de la prochaine génération de jeunes professionnels de l’énergie. Nous avons tendance à oublier à quel point il est important de rendre la pareille et de partager ce que nous avons appris.  

    Je pense que mon enthousiasme vient aussi du fait de servir une organisation mondiale comme l’UIG qui, selon moi, est comme une entreprise en démarrage vieille de 100 ans. L’UIG a été fondée en 1931, elle peut donc se targuer d’une histoire très riche, mais c’est aussi une organisation en constante évolution. À ce titre, nous avons récemment publié le Manifeste de l’UIG, qui définit une orientation claire pour notre travail et renforce notre rôle en tant que voix crédible et significative sur le gaz naturel et l’énergie au sens large. 

    J’aimerais également souligner la richesse des compétences et de l’expertise au sein de l’industrie et des comités de l’UIG. Je crois que nous pouvons en faire plus pour amplifier cela et positionner l’UIG comme une grande passerelle pour l’échange de connaissances et d’idées dans l’ensemble de la communauté mondiale de l’énergie. 

    Paul Cheliak : Parlons de la technologie – c’est un paysage en constante évolution. Que doivent faire les entreprises de services publics pour rester agiles face à l’évolution des besoins technologiques et des demandes des consommateurs? 

    Andrea Stegher : C’est un élément très important. Je pense que le fait qu’en Italie, 99 % des consommateurs utilisent des compteurs de gaz intelligents n’est pas très connu. Nous nous intéressons également à l’IA, à la cartographie numérique de nos infrastructures et, bien sûr, à la cybersécurité. On peut donc dire sans se tromper qu’il y a de nombreuses façons dont la technologie est profondément ancrée dans notre industrie. 

    La technologie s’étend également au développement de nouvelles molécules et de nouveaux systèmes, tels que le captage et le stockage du carbone. Il est désormais essentiel de changer le paysage et de créer de nouvelles chaînes de valeur. Il faut donc créer des mécanismes de tarification du CO2, qu’il s’agisse d’une tarification explicite ou d’une tarification fictive, afin de réaliser des analyses de rentabilité qui soient significatives pour le développement de ces nouvelles voies. 

    Comprendre les besoins du client est tout aussi important que l’infrastructure que nous construisons. Si nous sommes très fiers de la chaîne de valeur que nous représentons, nous oublions parfois les consommateurs. Il est toujours important de reconnaître que nous sommes là pour répondre à leurs besoins, et c’est là que la technologie joue un rôle essentiel en aidant à répondre à ces besoins.

    Paul Cheliak : Comme vous le savez, le Canada accueillera le G7 cette année, à un moment critique, non seulement dans les relations entre le Canada et les États-Unis, mais aussi dans les relations entre le Canada et l’Europe et entre le Canada et le reste du monde. Comment le Canada doit-il se positionner en matière d’énergie et de gaz naturel? Et quelles leçons pouvons-nous tirer de l’expérience de l’Italie, qui a accueilli le G7 sous sa présidence? 

    Andrea Stegher : Les développements de ces dernières années ont clairement souligné le rôle important que joue le gaz au sein du G7. Dans un contexte mondial de plus en plus volatil et incertain, la sécurité énergétique est devenue une préoccupation centrale. Par exemple, dans des pays comme l’Italie, qui ne dispose pas de ressources nationales suffisantes, cela signifie qu’il faut investir dans les infrastructures et poursuivre une plus grande diversification de l’approvisionnement. Mais il ne s’agit pas seulement d’un défi pour l’Italie – il s’agit également d’un appel pour les pays disposant de ressources nationales à soutenir des efforts de développement plus larges et à favoriser les relations énergétiques internationales. 

    Lorsque l’on parle de forums tels que le G7 et le G20, une autre priorité essentielle est de favoriser l’inclusion plutôt que la fragmentation. Le G7 a une occasion unique – et une responsabilité – de collaborer de manière plus significative avec les autres membres du G20. Nous devons éviter de limiter les discussions clés à un nombre restreint de voix. Nous devons au contraire élargir le dialogue et renforcer les liens entre les régions et les économies. 

    La diversité des points de vue est essentielle à toute conversation au sein du G7 – et c’est là que nous pensons que l’UIG peut jouer un rôle constructif. L’Union internationale du gaz s’est engagée à contribuer à cet effort en offrant une compréhension plus claire et plus globale du paysage de l’énergie gazière. Nous nous concentrons sur la manière dont le gaz peut répondre à la fois aux besoins immédiats en matière de sécurité énergétique et à l’innovation à long terme nécessaire pour l’avenir. 

    « Les développements de ces dernières années ont clairement souligné le rôle important que joue le gaz au sein du G7. »

    Paul Cheliak : Terminons par une question pour vous, Andrea, sur le Canada. Quels conseils avez-vous à nous donner alors que nous envisageons notre avenir énergétique en tant que pays? 

    Andrea Stegher : Bien sûr, vous avez d’importants défis à relever en termes de densité de population. Il existe de nombreuses possibilités d’accès aux ressources, et je pense que vous disposez d’une vaste infrastructure pour répondre aux besoins des consommateurs. 

    De plus, je suis d’avis que le Canada a la possibilité de se positionner plus fortement sur la scène internationale. Si le maintien d’une relation étroite avec les États-Unis est bien sûr essentiel, notamment en raison de la nature bidirectionnelle du commerce du gaz naturel, il est également possible d’élargir la contribution du Canada au niveau mondial. Grâce à ses importantes ressources énergétiques, le Canada peut jouer un rôle stabilisateur sur les marchés mondiaux. Comme je l’ai déjà mentionné, la volatilité reste un problème majeur et la demande mondiale d’énergie continue de croître. C’est pourquoi il est si important d’investir dans des infrastructures durables et de développer des ressources capables de répondre efficacement aux besoins futurs.  

    Il y a des années, j’ai encouragé mes collègues italiens à repenser la carte du monde en plaçant l’Asie au centre, plutôt que l’Europe – un changement de perspective qui nous aide à mieux comprendre comment les différentes régions peuvent contribuer au développement, au progrès humain et à la promotion sociale. Je pense que le Canada, avec ses capacités et ses valeurs, a un rôle important à jouer dans cette vision élargie. 

    Paul Cheliak : Je vous remercie de nous avoir consacré de votre temps, Andrea.
     

  • Une entrevue avec le nouveau ambassadeur de la Pologne au Canada, Witold Dzielski

    Une entrevue avec le nouveau ambassadeur de la Pologne au Canada, Witold Dzielski

    Le nouvel ambassadeur de la Pologne au Canada, Witold Dzielski, s’est entretenu avec l’Association canadienne du gaz pour discuter des besoins énergétiques de l’Europe et de la façon dont le secteur énergétique canadien peut soutenir la sécurité énergétique mondiale. L’entretien a été remanié pour plus de clarté et de concision.

    Association canadienne du gaz (ACG) : Merci de vous joindre à nous aujourd’hui, monsieur l’ambassadeur Dzielski. Pouvez-vous me parler un peu de vous et me dire quel a été votre parcours jusqu’à votre poste actuel d’ambassadeur de la Pologne?

    Ambassadeur Dzielski (Ambassadeur) : Je viens du monde de la société civile et je ne suis donc pas un diplomate de carrière typique à cet égard. J’ai toujours été fasciné par la diplomatie civique, et c’est quelque chose qui m’est resté. Je suis passé à la diplomatie au niveau gouvernemental et j’ai passé par différentes étapes. J’ai été affecté pendant cinq ans à l’ambassade de la Pologne à Washington, D.C. J’ai travaillé pour le ministère des Affaires étrangères, puis je suis passé à la chancellerie du président de la République de Pologne, où j’ai occupé pendant six ans le poste de directeur du Bureau des affaires étrangères. Après cela, j’ai déménagé ici au Canada pour devenir le nouvel ambassadeur de la Pologne.

    ACG : Le Canada entretient des relations de longue date avec la Pologne. Quelles valeurs communes voyez-vous entre les deux pays?

    Ambassadeur : La Pologne et le Canada partagent de nombreuses valeurs et celles qui sont les plus importantes pour la Pologne sont la liberté, l’indépendance, la souveraineté et le droit des pays à l’autodétermination. Nous tenons à ces principes en raison de notre histoire difficile et, comme de nombreux Canadiens le savent, l’histoire de la Pologne a été assez tumultueuse, remplie de guerres et de combats pour l’indépendance. Par conséquent, la liberté est quelque chose que le peuple polonais chérit, surtout aujourd’hui où nous sommes confrontés à une nouvelle agression russe. En Europe, nous apprécions l’engagement et les principes communs que nous avons avec le Canada.

    « La Pologne et le Canada partagent de nombreuses valeurs et celles qui sont les plus importantes pour la Pologne sont la liberté, l’indépendance, la souveraineté et le droit des pays à l’autodétermination ».

    ACG : Vous avez mentionné beaucoup de choses importantes et il y a un autre aspect important qui est lié à cette guerre, qui est l’énergie. Quelles sont les sources d’énergie sur lesquelles la Pologne compte?

    Ambassadeur : Le bouquet énergétique de la Pologne se diversifie chaque année. Historiquement, après avoir combattu le régime communiste en 1989, nous sommes entrés dans un processus de transformation énergétique très rapide et radical. Au début de ce processus, nous ne comptions que sur le charbon, mais au fil des ans, nous avons fait de notre mieux pour changer cela et passer à des technologies et des sources d’énergie plus modernes. Nous envisageons le nucléaire, nous avons déjà un solide mélange d’énergies renouvelables, principalement éoliennes et solaires, et nous envisageons évidemment le gaz naturel. Nous utilisons beaucoup de gaz et c’est une source d’énergie que nous considérons comme plus importante en Pologne également.

    ACG : Comment le gaz naturel a-t-il contribué au bouquet énergétique polonais?

    Ambassadeur : La Pologne utilise de plus en plus de gaz naturel chaque année en raison du niveau de développement de notre pays. Selon les estimations, la Pologne utilise environ 18 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an. Un tiers de ce volume est produit en Pologne, un tiers est acheminé par notre terminal de GNL et un tiers provenait auparavant de Russie. Le gouvernement polonais n’achète plus de gaz de la Russie et nous étions préparés à cette décision. La Pologne se prépare depuis des années. Nous sommes en train de construire et d’ouvrir le pipeline Baltic Pipe, qui pompera le gaz de la Norvège vers la Pologne en passant par le Danemark, et cela complètera en quelque sorte le tableau de l’énergie gazière en Pologne, si possible vers la fin de cette année.

    Le gaz est important pour l’industrie polonaise, pour les investisseurs qui investissent dans l’industrie polonaise, depuis l’extérieur de la Pologne, et il est essentiel pour les personnes et les ménages en termes de maintien au chaud pendant l’hiver.

    « Le gaz est important pour l’industrie polonaise, pour les investisseurs qui investissent dans l’industrie polonaise, depuis l’extérieur de la Pologne, et il est essentiel pour les personnes et les ménages en termes de maintien au chaud pendant l’hiver ».

    ACG : Quels sont les objectifs de la politique énergétique et environnementale de la Pologne et comment le gaz naturel s’y intègre-t-il?

    Ambassadeur : Le gaz naturel dans le contexte climatique est très important et est absolument essentiel pour la Pologne et la région. Le gouvernement polonais est déterminé à s’éloigner du charbon, ce qui est nécessaire pour plusieurs raisons. Afin d’effectuer la transition de l’énergie produite à partir du charbon, nous avons besoin du gaz, et il est essentiel aujourd’hui. La Pologne utilise environ 18 milliards de mètres cubes de gaz par an, mais cette consommation tend à augmenter chaque année – pour les ménages, mais aussi pour l’industrie.

    Les objectifs de la politique environnementale et le gaz sont un sujet absolument essentiel pour la Pologne aujourd’hui… La Pologne est en train de passer de ses centrales au charbon à de nouvelles technologies… Il y a un énorme besoin en Pologne et dans la région d’étendre nos niveaux d’achat de gaz, et pour le Canada, cela pourrait être un sujet très intéressant.

    ACG : Vous avez mentionné qu’un tiers de la portion de gaz naturel utilisée en Pologne provenait de la Russie, approvisionnement qui a été coupé, et on parle de sécurité énergétique. Votre gouvernement a-t-il discuté de cette question avec le gouvernement du Canada en raison des événements qui se sont déroulés en Europe?

    Ambassadeur : La Pologne travaille en étroite collaboration avec le Canada. Les deux gouvernements ont des conversations sur les sujets liés non seulement à la guerre et à l’horrible invasion russe en Ukraine, mais aussi à l’énergie qui est importante pour notre région. Il est essentiel de faire tout ce que nous pouvons pour couper les revenus que la Russie tire de la vente d’énergie. Beaucoup de travail a été accompli à cet égard. L’Union européenne a introduit plusieurs sanctions qui ont trait à l’énergie. Le Canada a fait beaucoup en décidant de ne plus acheter de pétrole de la Russie et de commencer à fournir des services dans les secteurs du gaz et du pétrole. Ce sont des décisions qui ont été appréciées en Pologne. Il y a donc de nombreuses conversations entre la Pologne et le Canada, et l’énergie est une question qui prend de plus en plus d’importance. C’est une priorité pour moi et mes collègues de l’ambassade. Nous avons des conversations sur la coopération nucléaire, nous avons une conversation sur les énergies renouvelables, et à propos du gaz, nous sommes très heureux de voir qu’il y a un débat interne au Canada. Nous espérons que le Canada, étant une superpuissance dans le domaine des ressources, sera en mesure d’envoyer du gaz en Pologne, et dans la région, afin de soutenir la diversification des sources d’énergie. C’est très important de notre point de vue et nous sommes prêts et serons heureux de soutenir le Canada à cet égard.

    « Nous espérons que le Canada, étant une superpuissance dans le domaine des ressources, sera en mesure d’envoyer du gaz en Pologne, et dans la région, afin de soutenir la diversification des sources d’énergie. »

    ACG : Quel serait votre principal message aux décideurs canadiens dans leur recherche de moyens de soutenir la sécurité énergétique de l’Europe et plus particulièrement de la Pologne?

    Ambassadeur : Mon espoir pour le gouvernement canadien et tous les partenaires canadiens, y compris les entreprises, serait de continuer à faire ce que vous faites et d’en faire plus. La guerre en Ukraine est loin d’être terminée. Les Ukrainiens ont besoin du soutien international, les pays de la région, y compris la Pologne, ont besoin du soutien international, y compris du soutien canadien dans le contexte de l’énergie. Nous devons faire tout ce qui est possible pour diversifier le bouquet énergétique et écarter les Russes des revenus dans le secteur de la vente d’énergie. Donc, ma demande et mon espoir pour le gouvernement canadien est d’envisager et d’ouvrir autant de voies que possible pour la coopération énergétique. Le gaz est une source d’énergie très importante pour notre région et on pourrait encore faire beaucoup plus. Nous avons besoin de voir le gaz canadien circuler dans les gazoducs européens, et c’est la direction dans laquelle j’espère que la conversation évoluera au Canada.

  • Un entretien avec le député Steve Baker

    Un entretien avec le député Steve Baker

    Cet entretien a été transcrit, puis révisé pour en réduire la longueur et en accroître la clarté. Le texte ci-dessous est une traduction de l’anglais.

    Tim : Je suis Timothy Egan, président et chef de la direction de l’Association canadienne du gaz. Nous apprécions vraiment cette occasion de bavarder.

    Député Steve Baker : Je suis absolument ravi de vous rencontrer.

    Tim : La première question concerne la politique locale pour vous : vous parlez beaucoup des préoccupations de votre circonscription en matière de faim et de pauvreté. On a beaucoup parlé de la pauvreté énergétique dans plusieurs endroits en Europe et maintenant un peu en Amérique du Nord aussi. Pensez-vous que les problèmes de faim et de pauvreté dans votre circonscription sont liés aux questions énergétiques ou quelle en est la cause? À votre avis, qu’est-ce qui se passe?

    Député : Je n’aurais pas dit que c’était la raison prédominante, mais je la verrais comme une contribution. Donc, si je devais prendre du recul — le président précédent, qui vient de quitter la banque alimentaire, est un de mes amis à l’église. J’ai de bons contacts à la banque alimentaire et d’autres personnes qui dirigent la banque alimentaire étaient également à mon église. J’ai donc compris qu’il y avait un problème croissant et sérieux d’insécurité alimentaire à Wycombe [Buckinghamshire, Royaume-Uni] et qu’en partie à cause de la pandémie, cette insécurité avait fortement augmenté. La plupart de ces personnes ont des moments de crise, c’est donc un sujet de préoccupation vraiment sérieux pour moi au XXIe siècle. Nous devrions mieux nourrir les gens. L’université Sheffield Hallam a découvert que Wycombe était l’endroit le plus touché par l’insécurité alimentaire au Royaume-Uni et plutôt que de discuter de la méthode, j’ai accepté et me suis penché sur la question en disant que nous devions faire plus. Mais quels sont les facteurs? Je pense que parce que nous sommes si proches de Londres, il y a un problème de coût de la vie très élevé, mais les gens de Wickham ne sont pas si bien payés, et les coûts élevés du logement et de l’énergie s’y ajoutent bien sûr. Si vous gagnez 20 000 et quelques livres au Royaume-Uni, vous aurez du mal à joindre les deux bouts à Wickham. C’est inévitable. C’est un endroit où la vie est chère, donc tout ce qui concerne les factures d’énergie me préoccupe. Je crois savoir que nous investissons environ 11 milliards dans les énergies renouvelables par le biais des factures d’énergie en ce moment au Royaume-Uni, certains des plus grands parcs éoliens recevant jusqu’à un demi-milliard. Je suis très conscient qu’à Wickham les gens ne sont pas si bien lotis… donc nous avons un petit problème maintenant. Le premier ministre prétend que le coût des énergies renouvelables a baissé — il l’a dit dans une réponse… à la Chambre des Communes — mais lorsque [nous] avons fait des recherches — une fois que vous tenez compte de l’ampleur de la subvention, je ne pense pas que vous puissiez soutenir l’argument selon lequel le prix de l’éolien a baissé — donc nous allons devoir avoir une conversation vraiment sérieuse sur la pauvreté énergétique et ce que cela signifie pour les gens dans des circonscriptions comme la mienne. Mais, connaissant les politiciens, ils essaieront d’avoir le beurre et l’argent du beurre… ils voudront agir sur la pauvreté alimentaire et énergétique, mais ils voudront aussi une carboneutralité plus forte et plus rapide et j’ai bien peur que parfois il faille accepter que l’on ne peut pas tout avoir.

    « Si vous gagnez 20 000 et quelques livres au Royaume-Uni, vous aurez du mal à joindre les deux bouts à Wickham ».

    Tim : Récemment, John Constable a longuement parlé devant la Chambre des lords du coût de l’énergie et de la subvention aux énergies renouvelables et de la part du coût de l’électricité au Royaume-Uni qu’elle représente. Nous avons une situation similaire au Canada et l’un des défis est de savoir comment faire pour expliquer cette situation aux gens et ensuite essayer de la résoudre. Que pouvez-vous faire pour ceux qui souffrent le plus, car l’intervention consistant à « leur fournir une assistance » est souvent une réponse facile.

    Député : Si je peux me permettre de reprendre deux fils, la première chose que j’aimerais voir… c’est que lorsque les factures sont envoyées, j’aimerais voir une indication claire de ce qui est taxe, ce qui est subvention et ce qu’est réellement le coût de l’énergie. Cela pourrait être fait à l’aide d’un diagramme circulaire ou d’un diagramme à barres ou quelque chose qui donne aux gens une compréhension claire… J’aimerais que cela soit communiqué au public [afin qu’il sache] quel est le coût de ces choses. Je pense que [cela] serait une très bonne idée parce que nous avons besoin de l’assentiment du public et le deuxième point concernant l’assistance — je veux dire, j’ai apporté ce point au dossier lorsque le Royaume-Uni a examiné notre future trajectoire de la dette, notre chien de garde du budget — l’office pour la responsabilité budgétaire — le fait tous les deux ans — il examine la trajectoire de la dette à long terme et il ne cesse de constater que les finances publiques ne sont pas viables en raison des dépenses liées au vieillissement et la crise du coronavirus nous a essentiellement catapultés en avant d’environ 20 ans sur cette trajectoire de la dette et cela va cristalliser des choix difficiles plus tôt. C’est pourquoi nous avons aujourd’hui ce vote sur le projet de loi sur l’assurance nationale parce que Boris [Johnson, premier ministre du Royaume-Uni] est confronté à des listes d’attente de 10 millions dans le service national de santé. [Il] a proposé d’augmenter les impôts, mais ce que je veux dire, c’est que toutes ces pressions sur les gens ordinaires ne peuvent pas continuer. Nous ne pouvons pas continuer à augmenter les impôts, nous ne pouvons pas continuer à imposer le coût de la carboneutralité et attendre des gens qu’ils la supportent. Donc, pour ce qui est de votre remarque sur l’assistance, je veux dire que la réalité à laquelle les politiciens doivent faire face est que nous sommes en train de manquer de l’argent des autres. C’est ça le problème — l’impôt est approximativement dans ses limites historiques au Royaume-Uni et la trajectoire de la dette est terrible… nous devons commencer à poser de sérieuses questions sur ce que signifie vivre dans les limites de ce que nous pouvons nous permettre.

    Tim : Les questions que vous soulevez sont des questions qui se posent certainement, je pense, partout dans l’anglosphère, si je peux m’exprimer ainsi, au Canada, aux États-Unis, en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Royaume-Uni — des questions très similaires — et dans tous ces pays, la carboneutralité a été proposée comme une sorte de quête nécessaire. Comme vous l’avez noté, elle est tenue à l’écart de la question des coûts. Que faites-vous pour rapprocher les deux? Que faites-vous pour aider les gens à comprendre les implications de la carboneutralité car, à première vue, c’est très attrayant pour beaucoup de gens?

    Député : Eh bien, l’idée, même si l’on mettait de côté les changements climatiques — ce que nous ne pouvons pas faire — de baser la vie de milliards de personnes sur la combustion d’une ressource limitée serait évidemment, à long terme, une folie. En plus de cela, il faut dire que les changements climatiques sont réels, que le dioxyde de carbone y contribue, que le dioxyde de carbone émis par l’homme y contribue, et que nous devons agir. Je ne remets pas en cause les données scientifiques, donc je pense que nous devons dire aux gens que c’est une conversation maintenant sur la façon dont nous décarbonisons. Maintenant, il y a des gens qui veulent parler de la science. Je trouve cela très intéressant — je pense effectivement que la science est parfois très mal représentée — je pense que c’est très clair. Mais… chaque fois que quelqu’un dévie de mes questions sur les coûts, pour revenir à la raison pour laquelle nous devons faire quelque chose, nous devrions le signaler. Parler de la science, c’est parler du pourquoi, et je ne conteste pas pourquoi nous devons faire quelque chose, et en fait je ne conteste pas ce que nous allons faire, c’est-à-dire atteindre la carboneutralité. Je ne remets pas ces choses en question… [mais] parlons du comment, parce que s’il n’y a pas de consentement public pour cet énorme ensemble de changements dans nos vies — la façon dont nous isolons et chauffons nos maisons, les voitures que nous conduisons, la nourriture que nous mangeons, la mesure dans laquelle nous pouvons voyager — cela affectera également notre travail — c’est tellement transformateur dans nos vies. S’il n’y a pas de débat public sérieux et de consentement public, je pense que nous aurons un terrible soulèvement politique. À l’heure actuelle, au Royaume-Uni et sans doute au Canada — vous m’avez dit qu’il y a essentiellement un consensus politique sur le fait qu’il faut le faire, la seule question est de savoir à quel point et à quelle vitesse — je pense que si vous ne donnez à personne le choix aux urnes, vous ne faites qu’emmagasiner des problèmes pour plus tard. C’est là qu’on se demande « comment allez-vous faire? ». Eh bien, je pense que nous devons écrire les articles, nous devons faire des apparitions à la télévision, nous allons devoir tenir des débats au Parlement, et juste demander au public — c’est ce que cela va signifier concrètement dans votre vie de faire cela — est-ce vraiment ce que vous voulez?

    « [S]’il n’y a pas de consentement public pour cet énorme ensemble de changements dans nos vies — la façon dont nous isolons et chauffons nos maisons, les voitures que nous conduisons, la nourriture que nous mangeons, la mesure dans laquelle nous pouvons voyager — cela affectera également notre travail — c’est tellement transformateur dans nos vies ».

    Tim : Eh bien, nous sommes certainement dans un débat très similaire en ce moment et en fait, nous sommes au milieu d’une campagne électorale1 et les partis se bousculent tous pour dire à quel point ils sont engagés à atteindre la carboneutralité, mais il n’y a aucune conversation sur le comment. Au Royaume-Uni, le premier ministre semblait très bien parti pour éliminer progressivement le gaz naturel dans le cadre de son [plan]. Vous et d’autres ont parlé des défis que cela représente — nous avons suivi cela de très près comme vous pouvez l’imaginer. J’ai été intrigué par la façon dont vous avez réussi à ouvrir la conversation et à faire comprendre aux gens que cela a d’énormes implications en termes de coûts pour les propriétaires. Comment se fait-il que le PM se soit concentré sur le gaz et comment avez-vous réussi à remettre les choses en perspective?

    Député : J’ai d’abord écrit un article pour le magazine The Critic, qui est un mensuel d’information, puis j’ai écrit pour le Sun, qui est un journal tabloïd à grand tirage — un très bon journal — et j’ai simplement exposé les faits. J’ai souligné que le gouvernement prévoyait d’interdire votre chaudière à gaz d’ici 2035, en disant que vous dépenserez 10 000 livres pour chauffer votre maison [et] que vous devrez également dépenser des milliers de livres supplémentaires pour l’isoler, installer de nouveaux radiateurs plus grands, des tuyaux plus gros, peut-être un chauffage par le sol — c’est une entreprise énorme — et, d’ailleurs, vous ne pourrez peut-être pas le faire parce que vous êtes dans un appartement — il s’agissait donc de présenter les faits au public et nous avons constaté que la porte était ouverte. Une fois qu’un journal populaire a écrit ce que cela allait coûter aux gens et qu’il a dit « par une nuit froide quand le vent ne souffle pas, quand vous n’avez pas de gaz, vous pourriez bien vous retrouver à grelotter dans le noir sous une couette » — c’est le genre d’image — et il est assez incontestable que si nous avons une électricité peu fiable et pas de chauffage au gaz et que nous obligeons les gens à dépenser tout cet argent… c’est très clairement une réduction du niveau de vie. Je pense que c’est pour cela que la porte s’est ouverte. Une fois que nous l’avons dit dans le Sun, je pense qu’il est juste de dire que le Telegraph a également pris en compte le coût pour les gens ordinaires. Ce que je constate, c’est que les gens sont toujours très méfiants — ils pensent que je vais être un négationniste des changements climatiques — ce qui, bien sûr, est une calomnie dont je suis parfois étiqueté. Mais ce n’est pas vrai — je dis oui, j’accepte la science des changements climatiques et nous devrions faire quelque chose. Essentiellement, [je suis à la place de] Bjorn Lomborg et Michael Schellenberger — je connais les deux — donc… nous devrions agir — mais c’est le fait de présenter aux membres du public quelque chose qui compte dans leur vie, c’est ce qui a fait la grande différence et les journaux ont été prêts à se rallier à cette idée. Je pense qu’à partir de là, nous finirons par avoir une conversation sérieuse sur ce qui est fait.

    « [S]i nous avons une électricité peu fiable et pas de chauffage au gaz et que nous obligeons les gens à dépenser tout cet argent… c’est très clairement une réduction du niveau de vie ».
    Tim : Pensez-vous que si vous n’aviez pas fait paraître l’article dans le Sun, cela ne serait pas arrivé?

    Député : Cela semble être le cas, oui. Je suis toujours réticent à trop revendiquer la gloire, mais il semble bien que si nous n’avions pas écrit dans le Critic et le Sun, nous aurions simplement avancé à tâtons, en interdisant très rapidement les chaudières à gaz et tout le reste avec la complaisance que cela impliquerait. C’est le problème qui se produit en politique lorsque tous les premiers bans sont d’accord, et que tous les principaux partis sont d’accord, la complaisance s’installe, puis la vigilance s’estompe et les coûts sont imposés au public. La nouvelle extension du train à grande vitesse au Royaume-Uni est un autre classique — tous les principaux partis politiques étaient d’accord sur ce projet. Certains d’entre nous ont dit : « le jeu n’en vaut pas la chandelle et, en plus, les coûts vont grimper très rapidement ». Ce qui devait arriver arriva — les coûts sont devenus incontrôlables mais il n’y a pas eu de véritable examen parce que les partis étaient tous d’accord, approuvant le projet avec complaisance, donc je crains une répétition de cela. Mais, ce que je dis, c’est que le public n’a pas tort, les journaux n’ont pas tort, et si les politiciens sont assez courageux pour poser les questions : Comment cela va-t-il fonctionner et comment allons-nous tenir nos promesses? Voici ce que cela va coûter aux gens — où les coûts vont-ils tomber? Ces personnes peuvent-elles se le permettre? Je pense alors que les journaux et la sphère publique se réveilleront au Canada comme ils l’ont fait au Royaume-Uni.

    Tim : Eh bien, je suis un peu plus pessimiste quant à la situation au Canada. Vous avez des médias beaucoup plus robustes et diversifiés que nous et il est difficile de faire passer un article. Je pense que de nombreux médias au Canada seraient plus proches du Guardian sur ce genre de choses, donc moins susceptibles de reprendre certains sujets.

    Député : Loin de moi l’idée de faire la leçon à vos propres politiciens, dont je n’ai rencontré que quelques-uns, et je pensais les avoir tous aimés, mais je crains que ma propre expérience de la politique, qui est très souvent inconfortable, est que parfois quelqu’un dans la sphère politique doit repousser, pour ainsi dire, l’intérieur du ballon et faire un plat… Oui, le Guardian me déteste, mais je peux travailler avec ça — je peux travailler avec leur condamnation, leur examen minutieux et leur répugnance à passer mes articles et j’ai peur qu’il faille un politicien canadien courageux pour être prêt à entrer dans la tanière du lion et dire « En fait, vous dites que vous vous souciez de la guerre et de la pauvreté énergétique, parlons de ce que votre politique de consommation énergétique nette zéro va vraiment signifier ».

    Tim : Avez-vous suscité un grand soutien de la part d’autres députés d’arrière-ban sur les marchés gouvernementaux?

    Député : J’ai créé deux groupes de députés d’arrière-ban et j’ai dit à mes collègues que je ne voulais pas organiser le troisième parce que c’est une charge de travail énorme, alors je l’ai fait avec mon collègue Craig McKinley… Je ne sais pas combien de personnes y participent… mais je dois dire qu’il n’y aura pas de majorité au Parlement… Personne ne doit se faire d’illusions, nous ne gagnerons aucun vote au Parlement sur ce sujet. Avec les principaux partis politiques alignés, cela ressemblera beaucoup plus à l’expérience du coronavirus, c’est-à-dire que nous serons un petit groupe de marginaux posant des questions vraiment délicates, mais de manière raisonnable, et je pense que cela ouvrira un débat public, mais nous ne sommes pas susceptibles de renverser une majorité de 80 sièges dans notre Parlement.

    Tim : Pour en revenir aux spécificités de l’énergie, l’hydrogène est un autre élément important de la conversation au Royaume-Uni sur le programme de réduction des émissions. Le Canada a également une stratégie en matière d’hydrogène et l’industrie essaie d’y travailler avec le gouvernement. Que pensez-vous des possibilités qu’offre l’hydrogène au Royaume-Uni? Avez-vous des conseils à donner aux autres pays qui les explorent, car je pense que le Royaume-Uni est, à bien des égards, bien avancé dans cette conversation.

    Député : En fait, je suis enthousiaste au sujet de l’hydrogène. Je suis ingénieur aérospatial et je vois le potentiel de l’hydrogène dans les avions et, bien sûr, dans les voitures. La rapidité du ravitaillement et l’autonomie — tout cela — je pourrais être vraiment enthousiaste pour l’hydrogène. Le problème est, bien sûr, de savoir d’où il va venir, car quiconque suit cette conversation sait que l’hydrogène n’est pas disponible gratuitement en abondance. Je suis très préoccupé par le fait que si nous optons pour l’hydrogène à partir du gaz naturel, cela ne sera pas du tout neutre en termes de carbone, et si nous optons pour l’hydrogène vert à partir de l’électrolyse de l’eau, c’est tellement cher. L’utilisation de l’énergie éolienne pour électrolyser l’eau afin de produire de l’hydrogène et toutes les pertes inhérentes à ce processus de passage de l’énergie éolienne aux piles à hydrogène — c’est tellement coûteux que de temps en temps, quelqu’un flirte avec la fusion nucléaire, mais il me semble que tant que nous n’aurons pas le type d’abondance que la nouvelle fusion semble offrir, j’ai l’impression de ne pas savoir d’où vient l’hydrogène. Mon conseil est d’être réaliste. Je veux dire, oui, l’hydrogène mais d’où vient-il? …Une entreprise du secteur de l’énergie est venue me voir et a suggéré que le gouvernement autorise un mélange de cinq pour cent d’hydrogène dans notre système de gaz afin de créer une demande suffisante d’hydrogène, pour inciter les grandes entreprises pétrochimiques à chercher comment elles pourraient le produire plus efficacement. C’est une suggestion intéressante, mais je reste assez pessimiste quant à la possibilité de produire de l’hydrogène de manière rentable.

    Tim : L’un des moyens les moins chers de produire de l’hydrogène aujourd’hui est de le faire directement à partir du gaz naturel. Le Royaume-Uni a toujours été un important producteur de gaz naturel, vous disposez d’énormes ressources en gaz naturel, [mais] la fracturation est incroyablement controversée au Royaume-Uni. Voyez-vous une opportunité de développer ces ressources nationales?

    Député : Est-ce que je vois une opportunité? Oui, je vois absolument une opportunité. L’une de mes exquises frustrations est qu’un de mes électeurs, un ingénieur, prétend qu’il a un trépan qui peut fournir du gaz de schiste sans fracturation. Il affirme, si j’ai bien compris, que lorsque vous introduisez le trépan, s’il est lubrifié, le lubrifiant referme les fissures dans le schiste. Il a donc un trépan qui ne nécessite pas ce type de lubrifiant. Par conséquent, lorsqu’il traverse le schiste, le gaz commence immédiatement à s’écouler sans qu’il soit nécessaire de procéder à la fracturation controversée — il suffit de forer le trou et le gaz sort. J’ai essayé de présenter cela aux ministres, car il y a bien sûr un obstacle réglementaire. Personne ne va investir dans le développement final de cette tête de forage … tant qu’ils ne savent pas qu’ils peuvent l’utiliser. Donc, il est coincé dans un cercle vicieux. J’ai essayé d’entrer en contact avec les ministres pour leur présenter cette possibilité et demander une modification de la réglementation, mais ils ne sont vraiment pas intéressés. Cela me dit que quelle que soit l’opportunité d’un approvisionnement en gaz sûr, abondant et bon marché au Royaume-Uni, les ministres ne veulent pas de ce gaz. Ils veulent le laisser dans le sol et je trouve cela personnellement très alarmant. Si nous voulons faire de l’hydrogène, nous avons besoin de gaz — nous avons besoin de notre propre gaz pour les besoins de sécurité énergétique à court terme. Il y a toutes sortes de possibilités d’utiliser ce gaz et de l’utiliser à bon escient, afin d’améliorer le bien-être et la sécurité du peuple britannique. En fait, je suis alarmé par le fait que les ministres ne veulent même pas participer à la réunion pour entendre comment cela pourrait être fait sans fracturation et s’ils ne veulent pas le faire sans fracturation, je ne les vois pas embrasser la controverse de la fracturation, même si l’impact sismique est très faible. Une fois, j’ai interrompu une séance d’information au Parlement ici — un sismologue expliquait qu’une fracturation typique équivaut à laisser tomber un carton de jus d’orange de la hauteur de la taille — et je l’ai arrêtée pour lui dire « désolé, ai-je bien entendu, un carton de jus d’orange de la hauteur de la taille? » Donc, il me semble que si c’est globalement vrai, alors nous devons simplement nous assurer que la fracturation est effectuée de manière sécuritaire par rapport aux caractéristiques géologiques souterraines qui la rendent plus difficile et nous devons nous y mettre. Mais, bien sûr, tout fait l’objet de propagande — on voit les robinets avec du gaz qui s’échappe et tout le reste, mais on devrait avoir le courage politique de passer outre la propagande et de sécuriser les approvisionnements énergétiques pour la prospérité des personnes que nous sommes censés servir.

    « Il y a toutes sortes de possibilités d’utiliser ce gaz et de l’utiliser à bon escient, afin d’améliorer le bien-être et la sécurité du peuple britannique ».

    Tim : Oui, c’est fascinant ici. Nous avons des réserves de gaz extraordinaires dans de nombreux endroits du pays et dans des endroits où les ressources conventionnelles ont été exploitées. Et au bénéfice des communautés locales, il y a beaucoup plus d’ouverture à la fracturation parce qu’elles comprennent la proposition de valeur du développement de la ressource, alors que dans les régions où il n’y a pas eu de développement de la ressource, l’idée de la fracturation est juste une sorte d’anathème. Je pense donc que le Royaume-Uni ressemble davantage à ces dernières situations au Canada.

    Député : J’ai vu des députés réfléchis que je respecte, être très fervents contre la fracturation parce que c’est la pression démocratique qu’ils subissent et on a un peu l’impression que ce navire a vogué et c’est dommage. Mais, c’est pourquoi je suis assez enthousiaste quant à la proposition de mes électeurs pour un équipement de forage qui ne nécessite pas de fracturation, car nous devons tous accepter que des trous doivent être percés dans le sol et si cela peut être fait sans fracturation à travers la couche, alors cela semble être assez excitant.

    Tim : Nous avons pris beaucoup de votre temps, y a-t-il autre chose que vous aimeriez commenter pour nos lecteurs ou pour cet article?

    Député : Ce que je dirais aux lecteurs, c’est que la conversation que vous avez maintenant est absolument existentielle pour notre prospérité. Même s’il y a des gens enthousiastes à l’idée d’avoir des conversations détaillées sur la science et… le réglage des modèles climatiques et la façon dont cela fait une différence, même au niveau du signe des mécanismes de rétroaction, mais il est inutile d’avoir cette conversation parce qu’elle ne capte pas l’imagination du public. Donc, je dirais aux personnes qui veulent avoir un quelconque succès dans cette conversation, de laisser tomber cela. Ils doivent avoir la conversation sur la façon dont elle est livrée parce qu’en fait, j’ose dire que les politiciens au Canada ne sont pas beaucoup mieux que les politiciens dans l’ensemble au Royaume-Uni. Ils n’ont pas tendance à réfléchir aux détails de la manière dont quelque chose va être livré, qu’il s’agisse du régime de prestations ou de la réforme des soins de santé ou autre. Nous avons tendance à dire ce que nous voulons et pourquoi nous le voulons et nous pouvons nous plaindre si nous ne l’obtenons pas, mais en tant qu’ingénieur… je me soucie vraiment de la façon dont les choses sont faites. Je conseille donc à tous ceux qui se soucient de la prospérité et de l’énergie d’avoir une conversation sur le comment, et d’être impitoyable en recentrant la conversation sur le comment, car cela exposera les vœux pieux des personnes qui n’ont pas envisagé les objectifs politiques incompatibles qu’ils ont, par exemple, en ce qui concerne la pauvreté énergétique et la carboneutralité. Ce serait mon point principal. Il se peut que ce soit les élus qui doivent être courageux et avoir cette conversation et mon conseil serait que vous pouvez être courageux dès que vous êtes raisonnable. La grande majorité des électeurs voudront que leurs représentants élus défendent leur prospérité, alors vous pouvez le faire en toute sécurité. …En politique, vous devez accepter que vous ne pourrez pas satisfaire tout le monde.

    « Je conseille donc à tous ceux qui se soucient de la prospérité et de l’énergie d’avoir une conversation sur le comment, et d’être impitoyable en recentrant la conversation sur le comment, car cela exposera les vœux pieux des personnes qui n’ont pas envisagé les objectifs politiques incompatibles qu’ils ont, par exemple, en ce qui concerne la pauvreté énergétique et la carboneutralité ».

    Tim : Je tiens à vous remercier pour votre temps, et j’espère que nous aurons une autre occasion de nous parler.

    1. Cet entretien a eu lieu le 14 septembre 2021, avant l’élection fédérale du 20 septembre 2021.